30 juin 1643 – Molière, ayant lâché le métier d’avocat pour le théâtre, fonde l’Illustre Théâtre

Le 30 juin 1643 est établi le contrat de société fondant L’Illustre Théâtre. C’est une aventure vers l’inconnu, car de tous les signataires du contrat, seule Madeleine Béjart, maîtresse de Molière a déjà foulé la scène. Deux ans plus tard, il se fait jeter en prison pour créances non payées. Comme quoi la dèche des artistes ne date pas d’hier.

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Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière

À ce jour-là de l’année 1643, Jean-Baptiste Poquelin, 21 ans, fonde L’Illustre-Théâtre avec ses amis comédiens. Avec neuf amis, ils s’associent par-devant notaire pour constituer une troupe de comédiens sous le titre de l’« Illustre Théâtre ». Ce sera la troisième troupe permanente à Paris, avec celle des « grands comédiens » de l’Hôtel de Bourgogne et celle des « petits comédiens » du Marais.

 

Pour plusieurs d’entre eux, cet engagement s’inscrit sans doute dans le mouvement qu’a impulsé la Déclaration du 16 avril 1641, par laquelle Louis XIII levait l’infamie qui pesait sur le métier de comédien, précisant qu’« en cas que lesdits comédiens règlent tellement les actions du théâtre qu’elles soient du tout exempt d’impureté, nous voulons que leur exercice, qui peut innocemment divertir nos peuples de diverses occupations mauvaises, ne puisse leur être imputé à blâme, ni préjudicier à leur réputation dans le commerce public. »

Né le 15 janvier 1622 à Paris dans le ménage du tapissier du roi Louis XIII, le futur comédien a fait d’excellentes études de droit, mais sans guère l’envie d’y donner suite, au grand désespoir de son père.

Avocat à 18 ans, il se lie avec des comédiens italiens et rencontre aussi Madeleine Béjart (24 ans), directrice d’une troupe déjà connue, ainsi que ses frères Joseph et Louis. Il tombe amoureux de Madeleine, et n’hésite pas à s’établir avec elle malgré la différence d’âge. La première dame, Bibi Macron l’avait prévenu et conseillé de s’en foutre du qu’en dit-on.

Fort de ces nouvelles amitiés, il rompt avec son père pour suivre sa vocation de comédie. C’est ainsi que naît l’Illustre-Théâtre. La même année meurent le cardinal de Richelieu et le roi Louis XIII, et monte sur le trône le roi Louis XIV âgé de 5 ans… L’ascension de Molière sera concomitante avec celle du futur Roi-Soleil.

Le 28 juin 1644, il signe pour la première fois du nom de scène qu’il s’est choisi : Molière.

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Molière dans le rôle de Mascarille des Précieuses ridicules. Dessin de Kugel, huile sur pierre. (BnF)

À la mi-septembre 1643, les nouveaux comédiens louent la salle du Jeu de Paume dit des Métayers. La première représentation parisienne a lieu le 1er janvier 1644. Contrairement à ce qu’une certaine tradition répète depuis trois siècles, il semble que la troupe ait connu, pendant les huit premiers mois, un succès d’autant plus grand qu’il n’y avait pas de troupe à Paris :  le jeu de paume du Marais où, depuis quelques années, Pierre Corneille, donnait ses pièces à jouer, avait brûlé dès le 15 janvier et que les « petits comédiens », ainsi nommés par opposition aux « grands comédiens » de l’Hôtel de Bourgogne, étaient partis en province pendant les travaux de reconstruction. La troupe de Molière est seule dans la capitale.

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Madeleine Béjart dans le rôle de Magdelon des Précieuses ridicules. Dessin de Kugel, huile sur pierre. (BnF)

Son répertoire est constitué, comme celui des autres troupes, de tragédies, de tragi-comédies alors très à la mode, de comédies et de farces. Mais le succès est de courte durée et la faillite survient deux ans plus tard, en mai 1645.

Ne pouvant rembourser ses multiples créanciers, Molière est emprisonné en août 1645 : après moins de deux ans d’existence, l’entreprise de l’Illustre Théâtre a définitivement échoué, mais elle aura marqué l’histoire du théâtre.

Les restes de la troupe (Molière et la famille Béjart) rejoindront l’année suivante la troupe itinérante de Charles Dufresne, protégée et entretenue depuis de longues années par les duc d’Épernon, gouverneurs de la Guyenne. Il entame avec Madeleine des tournées à travers la France. Dix ans plus tard, à Lyon, il crée sa première comédie, l’Étourdi. Elle est suivie l’année suivante à Béziers du Dépit amoureux.

À 37 ans enfin, le comédien donne devant Louis XIV Nicomède. Cette tragédie du vénérable Corneille ne déride pas le jeune roi. En effet, Louis XIV âgé de 20 ans a besoin d’un bol d’air frais, autre que les classiques grecs et ce que le vieux Corneille lui rebat les oreilles avec.  O Rage, O Désespoir, d’accord, c’est mouvant, mais après ?! Le comédien enchaîne alors dans la foulée avec Le Docteur Amoureux, une comédie qui le fait rire aux éclats ! La carrière de Molière est lancée.

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Cette peinture, anonyme, du XVIIe siècle représente une scène avec le décor traditionnel des comédies, l’éclairage assuré par des lustres portant des chandelles (qu’il faut moucher toutes les demi-heures, ce qui explique la division des pièces en actes), une rangée de chandelles aussi le long de la rampe, sous laquelle sont écrits les noms des personnages (de gauche à droite : Molière, Jodelet — un acteur de sa troupe —, Poisson, Turlupin, Matamore, Arlequin, Guillot Gorju, Gros Guillaume, le dottor Grazian Balourd, Gautier Garguille, Polichinelle, Pantalon, sur le balcon, Scaramouche avec sa guitare, Briguelle et Trivelin.

Parallèlement à son activité théâtrale, la vie privée de Molière ne manque pas d’épisodes rocambolesques : un jour, il estoque à l’épée un sanglier au cours d’une chasse royale, ce qui lui attire la faveur du souverain. Une autre fois, il tue un cocher, doit s’enfuir en Hollande, et ne peut rentrer en France qu’en tentant d’y enlever un autre réfugié recherché par la justice pour une affaire des poisons. Il meurt de manière non moins spectaculaire, puisqu’il se rompt une veine en jouant l’une de ses pièces. À la mort de Molière, le roi ordonne la fusion de la troupe avec celle de l’Hôtel de Bourgogne, ce qui donne naissance à la Comédie-Française.

Le français devient la langue de Molière, la langue de l’avocat raté, du taulard, et du bon vivant toujours fauché.

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29 juin 2007 – Après le fiasco du premier Apple phone, le Rokr E1, le 29 juin 2007 Apple commercialise l’iPhone

Le Rokr E1, premier téléphone de la marque à la pomme dévéloppé conjointement avec Motorola fut un bide total. Le 29 juin 2007, le premier iPhone est commercialisé. Ce fut une machine truffée de bugs, avec des problèmes à n’en plus finir, mais au potentiel en or. Avant cette date, on était thé ou café, dessert ou fromage, Nord ou Sud, et depuis, on est iPhone ou autre.

2007, c’était il y a dix ans. Ce n’est pas vraiment de l’histoire, mais l’histoire fut écrite ce jour-là. Depuis l’annonce par Steve Jobs de l’iPhone en janvier de cette même année, la ferveur du public et la panique des ingénieurs d’Apple ne cessaient de monter.

Le 29 juin, ce sont les queues devant les Apple Stores. Le public qui se rue à l’intérieur après plusieurs jours d’attente sur le trottoir, dormant sur place sous les tentes. Les analystes et les médias ne comprennent pas cet engouement pour un téléphone. Ils filmaient ces extra-terrestres faisant la queue, attendant l’ovin d’iPhone. Pourtant ce genre de folie de groupe n’est pas nouveau à New York. En 1945, les New-Yorkais faisaient déjà la queue pour un produit qui voulait révolutionner leur vie: le stylo bille, notre fidèle BIC. Et à l’époque, ils ont payé l’équivalent de 150 dollars pour se le procurer. Sauf que depuis, et contrairement à l’iPhone, son prix a bien baissé.

La conception de ce premier iPhone avait démarré dans le plus grand secret. Jobs voulait l’expérience de l’internet sur un téléphone sans boutons.

« C’était comme la première mission sur la Lune ! » raconte Tony Fadell, le père de l’iPod.

Au moment du keynote, en janvier 2017, l’iPhone n’était qu’un « prototype qui fonctionnait à peine » Il n’y avait pas encore de ligne de production mise en place, il en existait une centaine d’exemplaires, dont certains avaient de gros défauts, pleins de bugs, et qui plantaient aléatoirement. Par exemple, l’iPhone pouvait lire un extrait de musique ou de vidéo, mais pas jouer un clip entier sous peine de planter. Il pouvait envoyer un e-mail puis surfer sur le Web, mais pas l’inverse ! Des heures de tests avaient permis de définir l’ordre précis dans lequel on pouvait enchaîner les actions sans plantage. Mais toute sortie de route était pénalisée.

Concevoir un écran tactile était à lui seul un projet titanesque. Un des tout premiers appareils équipés de la technologie tactile multipoints, sur lequel travaillait l’équipe Mac, était « énorme, il remplissait la pièce ». Le premier vrai prototype ressemblait à un iPod dont on utilisait la molette cliquable pour composer les numéros. Pas assez cool pour le boss.

Le deuxième prototype, conçu début 2006, plus proche de la version finale, était entièrement en aluminium. Deux experts des antennes ont dû aller « jusqu’en salle du conseil pour expliquer à Steve (Jobs) et (Jonathan) Ive qu’on ne pouvait pas faire traverser du métal à des ondes radio » raconte Phil Kearney, qui dut expliquer aux « artistes » que c’était juste une belle brique, qui ne pourrait jamais fonctionner. Loin de faciliter les discussions, par obsession du secret, Steve Jobs avait tenu à séparer les équipes du logiciel de celles travaillant sur le matériel… Au final : un bel appareil qui ne peut servir que comme presse-papier.

Pour mettre la pression, Jobs annonce la keynote aux grands désarrois de ses ingénieurs. En janvier 2007, la veille du jour J, après cinq jours de répétitions d’arrache-pied, l’ultime prototype se comportait rarement sans plantage. Les ingénieurs d’Apple avaient établi un «  golden path  », autrement dit un cheminement sûr pour le démonstrateur, Steve Jobs. S’il enchaînait les tâches dans le bon ordre, l’iPhone donnait l’impression de bien fonctionner. Mais au moindre faux pas, il aurait planté. En fin de compte, le miracle se produisit. Steve Jobs parvint à accomplir sa démonstration sans incident.

Pendant ce temps, au cinquième rang, une bande d’ingénieurs et de cadres, stressés et exténués, saluaient chaque étape réussie de la présentation de Steve Jobs d’une lampée de Scotch, se préparant à subir la foudre de Jobs en cas de plantage.

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George E. Kennedy Jr., left, first in line to purchase the new iPhone, shows his purchase, at an Apple store in Tysons Corner, Va., Friday, June 29, 2007. Kennedy is switching from Nextel to AT&T, and for him it is « bye bye Blackberry, hello iPhone. » (AP Photo/Manuel Balce Ceneta)

La keynote réussie, restait à sortir un produit commercialisable. Finalement, le 29 juin 2007, les portes des Apple Store s’ouvrent, et les fans, qui attendaient depuis plusieurs jours aux portes, vont se ruer à l’intérieur pour s’en emparer. À l’époque, le premier iPhone n’avait pas d’App Store, une faible 2G, pas de fonction copier-coller ni même de possibilité de changer le fond d’écran. Ce modèle n’était pas opérationnel, les bugs étaient nombreux, et ni les médias ni les analystes ne comprenaient la folie qui entourait le produit. Mais en 2007, tout ce qui intéressait les gens avec l’iPhone, au-delà de l’aspect gadget ultramoderne véhiculé par Apple, c’était l’expérience du Web qu’offrait le téléphone avec une qualité encore jamais vue.

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Quelques mois plus tard seulement, Apple baissait le prix de son téléphone, le faisant passer de 600 à 400 dollars. Le modèle sorti l’année suivante, l’iPhone 3G ne sera vendu que 200 dollars. Un rabais tout simplement inconcevable aujourd’hui: l’iPhone 7 coûte aux alentours de 650 dollars dans les magasins alors qu’il ne coûte que 227 dollars à produire.

 

Quelques anecdotes sur l’iPhone:

L’iPhone n’était pas le premier téléphone d’Apple. En 2005 le Rokr E1 lancé avec Motorola fut un total échec.

Adios femmes et enfants. À quelques semaines du lancement de l’iPhone, insatisfait de l’appareil, Jobs avait demandé à toutes les personnes travaillant sur le projet de rentrer chez elles pour prendre quelques affaires dans une valise et revenir travailler non-stop jusqu’à ce que tout fonctionne comme il se doit.

Le téléphone de Google et Android ringardisé avant son lancement. Andy Rubin, papa d’Android et à la tête du projet de téléphone Google du nom de code Sooner était en route pour un rendez-vous à Las Vegas, où se tenait l’édition 2007 du CES. Il devait y rencontrer un fabricant de téléphones, prêt à intégrer son bébé. Bluffé par la présentation qu’il était en train de voir, il a demandé à son chauffeur de s’arrêter sur le bas-côté pour finir de regarder l’événement. « Shit ! », aurait-il dit à un de ses collègues dans la voiture, «  je crois qu’on ne va pas sortir le téléphone  ».

Le téléphone en question était pourtant plus performant que l’iPhone sur certains aspects. Il était, entre autres, multitâche, fonctionnait sans avoir besoin d’être connecté régulièrement à un PC ou un Mac et intégrait un Android Market. Problème : il était laid et ringard, avec un clavier physique et écran non tactile. Google dut remettre à plat son projet pour le relancer en 2008 sous le nom de code Dream.

Le Gorilla Glass. À l’origine, l’iPhone devait avoir un écran en plastique, comme ceux des iPod. Mais une fois les premiers prototypes en main, Steve Jobs voulut passer au verre, plus noble et élégant. La difficulté était de trouver un verre solide et inrayable… Un tel matériau existait bel et bien : baptisé Gorilla Glass, il avait été inventé dans les années 60 par l’entreprise Corning… mais n’avait jamais trouvé de marché. Corning n’en produisait donc pas et n’avait pas d’usine capable d’en fabriquer dans le délai de six mois fixé par Jobs. Quelque peu poussé par le patron d’Apple, Wendell Weeks, directeur général de Corning, releva le défi. Le Gorilla Glass, qui orne encore les iPhone, a été produit en moins de six mois après qu’une usine fut transformée en une nuit.

L’iPad avant l’iPhone. Apple travaillait sur une tablette tactile bien avant de se mettre à développer son iPhone. Mais Steve Jobs avait un problème avec le concept de tablette : il ne savait pas comment le « vendre » ce Safari Pad. En revanche, il pensait pouvoir vendre un appareil tactile destiné à remplacer les téléphones mobiles de l’époque. Apple s’est donc orienté vers l’iPhone. Le Safari Pad ne fut lancé que trois ans plus tard sous le nom d’iPad.

Steve Jobs ne voulait pas de l’App Store. Il était même très réticent à ce que des applications tierces viennent polluer son appareil avec des virus ou des logiciels indésirables. Pour que Steve Jobs change d’avis, il a fallu toute l’insistance de Phil Schiller et d’Arthur Levinson. Siégeant au board de Google, ce dernier savait que le magasin applicatif était central à Android. L’App Store a été lancé en juillet 2008, avec l’iPhone 3G.

Le nom d’iPhone était propriété de Cisco. Ainsi que l’iOS. Un accord passant par les cases tribunal et  chéquier permit à Apple de garder le nom.

28 juin 1492 – Pour plaire à son souverain, Antoine de Ville invente l’alpinisme

Pour répondre à un souhait du roi Charles VIII, Antoine de Ville s’attaque à la falaise du Mont Aiguille. Il va réussir une réelle performance acrobatique et audacieuse en prenant d’assaut la montagne comme on le faisait pour les châteaux forts : échelles, tours, et machine de guerre.  

Mais quel est l’intérêt de la montagne, terroir non agricole au climat si rude? Pendant longtemps, les sommets demeurent un territoire interdit, où les croyances situent la demeure des dragons et du diable. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle, la nature, l’océan et al montagne en particulier furent recherchés comme des « sites d’expérimentation et de définition d’une nouvelle catégorie esthético-morale ».  Mais au XVe siècle, seuls les fous penseraient s’y aventurer.

Les prémices de l’alpinisme peuvent être trouvées dans l’ascension du Mont Aiguille, 2087m en 1492. C’est une première initiative dont il est conservé une relation avérée de l’exploit.

Au moyen âge, le Mont Aiguille, baptisé en latin Supereminet Invius qui signifie « Il se dresse, inaccessible », est perçu comme un énorme rocher d’une hauteur prodigieuse. Les dessinateurs de l’époque le représentent sous la forme d’un champignon ou d’une pyramide renversée. Sous l’ancien Régime, il jouit d’une popularité supérieure à celle des géants des Alpes, ignorés du plus grand nombre.

En 1211, Gervais de Tilbury, neveu du roi d’Angleterre Henri II, le décrit comme un mont inaccessible duquel choit une source transparente; au sommet, de l’herbe verdoie et l’on y voit parfois des draps blancs, étendus pour sécher, selon l’usage des lavandières. Les lambeaux de neige qui subsistent au printemps sur la prairie sommitale et l’imagination du narrateur juché sur la cime du grand Vermont suffisent pour accréditer la légende des lavandières du Mont Aiguille.

Certaines des légendes qui s’y rapportent ont pu retenir l’attention des princes. La plate-forme sommitale apparaissait en effet, dans bien des esprits, comme une sorte d’Eden, un territoire préservé du monde profane. Une île en pleine terre.

1492, le jeune roi Charles VIII impressionné par la silhouette de cette tour rocheuse lors d’un voyage de Lyon à Notre Dame d’Embrum, pour accomplir un pèlerinage sur les traces de de son père, le roi Louis XI le Pieux, chargea Antoine de Ville, seigneur lorrain de Domjulien et Beaupré, et capitaine du roi, spécialiste de l’assaut des places fortes, de se risquer à l’ascension de la divine montagne. Les textes sont précis : le Roi de France Charles VIII n’émet pas un ordre, mais une invitation « à faire essayer si l’on pouvait monter sur cette montagne que l’on disait inaccessible ». Et le courtisan comme n’importe quel cadre du CPL, FL, Futur ou Amal s’y jeta corps et âme. Bel damm, bel rou7…

Donc, pour être exact, cette ascension ne fut nullement d’une conquête alpine ; Antoine de Ville, en s’attaquant à la falaise du Mont Aiguille, faisait œuvre de courtisan désireux de satisfaire un caprice de son souverain Charles VIII. Puis la forme singulière de la montagne, en forme de table, donnait envie d’aller voir ce qu’il y avait dessus!

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Illustration de l’exploit

Tout au plus pourrait-on reconnaître que le sire de Ville était un précurseur en matière d’escalade artificielle, puisque son ascension évoque la prise d’une place forte, beaucoup plus qu’une escalade de rocher ; les moyens employés : échelles, perches, etc., étaient ceux normalement usités lorsque l’on donnait l’assaut aux murs d’un château fort. Cette expédition fut authentifiée par un acte notarié le 28 juin 1492. Car le capitaine de Ville a bien voulu risquer de se casser le cou pour plaire à son seigneur, n’empêche, comme tout cadre du CPL et Cie, ne départira pas sans une récompense ou un nouveau poste, et il fallait authentifier l’acte par un notaire. Yves Lévy, huissier de son état effectue le constat depuis le bas « Ne voulant pas s’exposer d’y monter par le danger qu’il y avait d’y périr et par l’impossibilité d’y arriver de peur  qu’il ne parût tenter le seigneur… » L’acte certifié, de Ville put se pavaner de son action en attendant dans les antichambres, échine courbée la récompense, comme tout bon cadre du CPL et Cie en gros.

Pour son assaut, Antoine de Ville se fait assister par un prédicateur apostolique, l’escalleur du roi (échelleur), un maître tailleur de pierres, un maître charpentier, un laquais et un aumônier. L’ascension est réalisée par cette équipe de « spécialistes » au moyen d’échelles, de cordes et de grappins pour, enfin au sommet,  découvrir « un beau pré qui demanderait 40 hommes pour le faucher, avec des fleurs de couleurs et de parfums divers, et une belle garenne de chamois » ainsi qu’une « belle garenne de chamois qui jamais n’en pourront partir. » La question sans réponse qui se posa, comment ces bêtes sont elles arrivées sur ce plateau.

Antoine de Ville et ses compagnons séjournèrent plusieurs jours sur la prairie sommitale, y burent et y mangèrent, firent dire des messes, baptisèrent le mont « Aiguille-Fort », érigèrent 3 croix et bâtirent une petite maison de pierres sèches.

La seconde escalade ne sera réalisée qu’en 1834 par un berger du pays, Jean Liotard.

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Le Mont Aiguille

27 Juin 444 – Mort de Cyrille d’Alexandrie à qui on doit l’avènement d’une ère d’obscurantisme, et la proclamation de « Marie Mère de Dieu »

Cyrille d’Alexandrie, surnommé de son vivant le Pharaon, est mieux connu pour sa brutalité à l’égard des païens et des chrétiens de Constantinople ou d’Antioche, pour les assassinats commandités et pour avoir (ex)terminé la pensée gréco-romaine antique et l’avènement de l’obscurantisme chrétien. Mais ses écrits lui valent néanmoins la sainteté et, en 1882, le titre de Docteur de l’Église. Autre légat, au concile d’Éphèse, en 431, Marie qui n’était que mère de Jésus, fut proclamée par Cyrille « Marie Mère de Dieu ».

Né en 376, et après des études classiques et théologiques, Cyrille mena pendant un certain temps la vie monastique, puis devint clerc. À la mort de son oncle Théophile, en 412, Cyrille fut élu au siège d’Alexandrie et il le conserva jusqu’à sa mort en 444. Comme quoi l’hérédité des postes date des premiers siècles dans notre cher Orient.

Tout comme son oncle Théophile, que l’on surnommait « le Pharaon », Cyrille a parfois abusé du pouvoir immense que lui donnait son titre d’évêque d’Alexandrie. Mais on Orient, on ferme les yeux et on bénit nos tyrans.

La première partie de son épiscopat est marquée par la lutte et l’expulsion des Juifs, et la lutte brutale contre les païens et les hérétiques, et les chrétiens de Constantinople et d’Antioche. Pour en finir des concurrents des deux villes concurrentes, c’est tout simple, Cyrille les affuble d’hérésie. Ainsi le bras assassin devient vengeur béni. Ces mesures brutales l’opposent à Oreste, préfet d’Egypte, chrétien lui aussi, et sont l’occasion de pogroms et autres scènes sanglantes, au cours desquelles périt en 415 la philosophe Hypatie, victime d’un lynchage.

La mort d’Hypatie est considérée comme la fin de la pensée des philosophes et l’avènement de l’obscurantisme chrétien. Fille de Théon, dernier directeur de la bibliothèque d’Alexandrie, Hypatie est une scientifique, agnostique, laïque avant l’heure, qui enseigne notamment la pensée de Platon, les mathématiques et l’astronomie. Ses travaux ont été détruits – merci, Cyrille -, mais on suppose qu’elle travaillait sur une forme d’héliocentrisme.

L’historien chrétien Socrate le Scolastique disait d’elle:

 

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Socrate le Scolastique

« Il y avait à Alexandrie une femme du nom d’Hypatie ; c’était la fille du philosophe Théon ; elle était parvenue à un tel degré de culture qu’elle surpassait sur ce point les philosophes, qu’elle prit la succession de l’école platonicienne à la suite de Plotin, et qu’elle dispensait toutes les connaissances philosophiques à qui voulait ; c’est pourquoi ceux qui, partout, voulaient faire de la philosophie accouraient auprès d’elle. La fière franchise qu’elle avait en outre du fait de son éducation faisait qu’elle affrontait en face à face avec sang-froid même les gouvernants. Et elle n’avait pas la moindre honte à se trouver au milieu des hommes ; car du fait de sa maîtrise supérieure, c’étaient plutôt eux qui étaient saisis de honte et de crainte face à elle. »

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Hypatie, matématicienne et philosophe

On ne sait pas si elle fut Femen, montrant ses seins tagués, ou juste philosophe. N’empêche, elle gênait Cyrille.

Ne pas être chrétienne, enseigner le rationalisme, la philosophie, être femme, indépendante et avoir une influence sur une partie du peuple et sur le préfet romain Oreste ; voilà plusieurs raisons qui vont conduire Hypatie à sa perte. Celle-ci intervient en 415, dans un empire romain désormais devenu chrétien. Et Cyrille, pour s’en défaire va suivre les conseils de Samir Geagea en appelant une milice chrétienne pour le sale boulot. Ainsi les paraballanis, groupe de quelques centaines de bras armés aux ordres du puissant patriarche lapident Hypatie à mort.

En 428, Cyrille ouvre les hostilités contre Nestorius, évêque de Constantinople, et prend la défense du Théotokos (Marie, Mère de Dieu).

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Concile d’Éphèse

L’église jusqu’à présent voyait en Marie la mère de Jésus, l’homme. Nestorius essaya de trouver un compromis pour en finir avec cette querelle gênante en proclamant Marie mère du Christ. Mais Cyrille et l’évêque de Rome, Célestin, ne voulaient pas de compromis : Ils cherchaient la destitution de Nestorius pour en finir avec le pouvoir de Constantinople. Cyrille proclame alors Marie mère de Dieu et convoque un concile à Éphèse où Nestorius, arrivé avec une dizaine d’évêques pour parler théologie, fit face à quelques deux cents évêques de Cyrille qui le destituèrent. Oh Marie si tu savais, composa Johnny Hallyday à cette occasion.

Petite parenthèse sur les statuts de Marie qui changeaient au fil du temps. Déjà, au 2e siècle, pour faire comme les vestales et prêtresses païennes, on fit de Marie la mère de famille, une vierge. Puis, pour faire mieux, on remonta la virginité à sa conception même, un dogme décréta qu’elle fut ainsi conçue sans la faute originelle. Puis on raya d’une explication vite bâclée la mention des frères de Jésus. Un autre dogme fit qu’elle resta vierge après la naissance de Jésus, ainsi, il est sorti de son sein… et ainsi de suite. Fin de la parenthèse.

Résultat des courses : milliers de juifs, de païens et d’hérétiques tués ; fin de la pensée philosophique et l’ère des lumières ; premier schisme de l’église consommé en 430 avec la destitution de Nestorius dont les adeptes formèrent l’église nestorienne.

Et là, vous vous demandez, et Cyrille qu’est-il devenu? La réponse est très simple : Saint Cyrille, sanctifié et glorifié. Il meurt le 27 juin 444. Saint pour les orthodoxes et catholiques, il est aussi, depuis la proclamation du pape Léon XIII en 1882, Pèreét Docteur de l’Église catholique.

La postérité est clémente sous nos cieux du Proche Orient, ce qui fera respirer bon nombre de personnes à la Place de l’Étoile et à Baabda.

26 juin 1903 – Le chewing-gum Wrigley ouvre l’ère de la codification de la distribution… et du consommateur, avec le premier code-barre mis en service

Le premier produit doté d’un code-barres scanné à une caisse est un paquet de gomme à mâcher de la William Wrigley Jr. Company dans un supermarché de la ville de Troy (Ohio).

Le zèbre cubiste qui trône sur le cul de tous les produits, emballage, billets, ou n’importe quel objet conçu et vendu n’est pas né d’hier. Le code-barres UPC (Universal Product Code) a été créé afin de définir une codification adaptée à la grande distribution, dans les années 70. Cette invention allait devenir l’une des techniques industrielles les plus marquantes de l’histoire, bouleversant les pratiques des distributeurs et de toutes les organisations qui achètent et transportent des objets, avec  la mise en œuvre des systèmes de traitement de l’information dans les magasins du monde entier, pour des millions de types de marchandises et d’articles.

L’idée de coder les produits était devenue une nécessité. Déjà, le 20 octobre 1949 N. Joseph Woodland, qui travaillait à l’époque au Drexel Institute of Technology, avant de devenir un IBMer, présenta la première demande de brevet sur la technologie des code-barres, brevet qu’il obtint avec Bernard Silver le 7 octobre 1952. Les premiers code-barres étaient circulaires et concentriques, ce qui permettait de scanner dans toutes les directions. Les choses devaient en rester là pendant plus de vingt ans, car la technologie des lecteurs optiques lasers n’était pas encore au point. Le premier scanner construit par Woodland dans son salon faisait la taille d’un bureau, devait rester recouvert d’une bâche huilée pour le protéger de la lumière, et pire, la lumière des lampes brûlait le papier portant le code-barres sans parler des dommages et lésions des yeux ! Ce genre de scanner aurait été intéressant pour les inspecteurs du TSL pour scanner les preuves, mais pas vraiment utile pour les supermarchés.

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Vers 1970, au centre Triangle Park d’IBM Research, George Laurer entreprit de trouver une solution pour scanner des étiquettes et développer un code à lecture numérique. Rapidement, une équipe fut mise sur pied, avec la participation de N. J. Woodland. Le premier essai porta sur le code en « œil de bœuf » de cercles concentriques, mais personne n’en fut satisfait, car il prenait trop de place sur les emballages.

Entre-temps, face au développement des supermarchés dans l’Amérique de l’après-guerre, le secteur de la distribution alimentaire voulait automatiser le passage en caisse pour gagner du temps, réduire les coûts de personnel et systématiser la gestion des stocks dans le magasin. L’équipe d’IBM avait quant à elle revu son approche et adopté les barres verticales que nous connaissons aujourd’hui, contenant chacune plusieurs copies des informations.

C’est le 26 juin 1974 qu’eut lieu la première lecture optique d’un article, dans le cadre d’un projet pilote réalisé dans un supermarché Marsh de Troy (dans l’Ohio). Il s’agissait d’un paquet de chewing-gum Juicy Fruit de Wrigley, exposé aujourd’hui au Smithsonian National Museum of American History, à Washington. Oui, c’est bien ça, ce premier chewing-gum portant un code-barre est préservé dans un musée. Oui, les maisons historiques de Beirut sont passées au pilon et au marteau piqueurs, et les colonnes et chapiteaux gréco-romains de Beirut sont jetés sur les plages du Biel.  26juin-4724952_orig

Les magasins alimentaires adoptèrent rapidement les nouveaux lecteurs, tandis que les consommateurs se convainquirent peu à peu de leur fiabilité pour la facturation.

Les doutes éventuels sur l’avenir du nouveau système furent définitivement balayés à la fin des années 1970. Le coût des passages en caisse avait chuté et leur vitesse avait augmenté de 40 % ; les transactions avaient gagné en fiabilité ; et les systèmes de gestion des stocks des magasins avaient été considérablement optimisés, pour la gestion des marchandises disponibles, en commande ou nécessitant un réassort.  Le code-barres a ouvert la voie à l’essor de l’hyperchoix, la multiplication des produits. Il a permis aux magasins de gérer un flux continu de nouvelles références, sans faire exploser les frais de gestion. Chaque jour, 8 milliards de « bips » retentissent partout sur la planète. La lecture optique du code-barres n’enregistre pas seulement la transaction. Elle déclenche aussi une incroyable cascade d’opérations, depuis l’enregistrement des données d’achats des clients jusqu’à la gestion des stocks, les commandes de réapprovisionnement automatique.

Et ce n’était qu’un début. L’une des conséquences immédiates fut la capacité des magasins à suivre les habitudes d’achat globales et, par la suite, individuelles des consommateurs grâce au scan de bons de réduction et de cartes de fidélité. En d’autres termes, le consommateur, autant que le produit, est fiché, tracé, suivi, prédit et en quelque sorte, codifié. Merci IBM.

25 juin 1903 – Naissance de George Orwell, auteur des deux bibles politiques : la Ferme des Animaux, et 1984

Son 1984, livre de chevet livré avec les clés du palais de Baabda, décrit un régime que chaque président rêverait de recréer. A chaque citation du Big Brother, Machnouk ne peut s’empêcher un frémissement orgasmique… Si seulement il pouvait faire pareil…

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George Orwell

De son vrai nom Eric Arthur Blair, George Orwell naît aux Indes le 25 juin 1903 d’un père fonctionnaire en charge du commerce de l’opium. Ce poste de dealer légal de l’état était plutôt bien en vue, et bon nombre de prétendants attendaient la libération du poste. Georges Wassouf et Mohamad Fneich étaient déjà sur la liste d’attente.

Mais papa dealer n’avait pas les moyens. Alors Eric décroche une bourse pour pouvoir rejoindre les pensionnats de l’élite anglaise. Mais il éprouve l’amertume du déclassement. Par contre, à Eton, à la place des soirées néonazies du prince Harry, il découvre le communisme. Au bout de ses études, il s’engage comme sergent en Birmanie. Il démissionne au bout de cinq ans, en désaccord total avec une idéologie oppressive. Commence alors une période difficile, ponctuée de petits travaux et de chômage, pendant laquelle Orwell reste fidèle à l’écriture : il écrit à Paris et à Londres des romans et des nouvelles, qui ne trouveront pas d’éditeur. C’est la dèche.

S’ennuyant de Paris et de Londres, il s’engage en Espagne aux côtés des communistes dissidents du POUM pour faire sa petite guerre. Pendant la guerre d’Espagne, il prend conscience de la nature totalitaire du communisme à une époque où les intellectuels de son espèce préféraient en chanter les louanges.

Son intérêt pour les luttes révolutionnaires n’ayant pas altéré son amour pour la démocratie, il écrit le 8 mai 1940, avant l’invasion de la Belgique et de la France par la Wehrmacht : «Si je prends parti pour la Grande-Bretagne et la France, c’est parce que je préfère rejoindre les plus anciens impérialismes- décadents, – comme Hitler a raison de les appeler – que les nouveaux, beaucoup plus sûrs d’eux-mêmes et donc beaucoup plus impitoyables. »

Réformé suite à une blessure à la gorge, George Orwell devient reporter à la BBC et publie en 1945 un petit roman parodique publié : Animal Farm (la Ferme des Animaux).

Il s’agit d’une allégorie satirique du communisme qui raconte la prise de pouvoir des animaux dans une ferme, à l’instigation des cochons, et la manière dont ces derniers s’arrogent un pouvoir dictatorial au nom des grands principes :

«TOUS LES ANIMAUX SONT ÉGAUX,

MAIS CERTAINS ANIMAUX SONT PLUS

ÉGAUX QUE D’AUTRES ».

Le CPL ne peut qu’approuver ce choix judicieux des mots.

 

En 1949, son dernier roman, 1984, décrit une société totalitaire sous le regard d’un chef omniprésent, «Big Brother» (Grand Frère) en lequel chacun reconnaît Staline. Le titre ne fait pas référence à un futur imaginaire, mais à son époque ; il faut y voir en effet une anagramme de 1948. Dans ce roman, l’autorité s’exerce par le contrôle de la langue officielle, la novlangue. Elle se caractérise par l’appauvrissement du vocabulaire pour restreindre les mots aux termes permis. Quelle bonne idée ! Au lieu de foutre les twitteurs en prison, enlevons les mots qu’ils n’ont pas le droit d’utiliser; Gebran s’est mis à la rédaction du novalibanais.

George Orwell meurt l’année suivante de la tuberculose sans avoir connu le succès planétaire de son 1984.

24 juin 1901 – Pablo Ruiz devient Pablo Picasso

Le jeune peintre inconnu a droit à un vernissage à Paris, et du coup décide de signer du nom de sa mère. Picasso sonnait plus rond et plus thêatral que Ruiz. Le jeune Pablo commence à l’utiliser pour signer ses toiles en prévision de ce premier vernissage chez Ambroise Vollard, marchand d’art à Paris. Suite à cette première exposition, Félicien Fagur, critique d’art en dit qu’il est « peintre, absolument peintre, il adore la couleur pour elle-même ». Comme quoi, tous les critiques ne sont pas cons. Certains sont visionnaires.

Et ces visionnaires auraient pu être millionnaires aujourd’hui, car un investissement de 150 anciens francs en 1901, soit ce que le marchand Pere Manach a payé contre toutes les toiles de Picasso, aurait rapporté au plus bas $650,000,000 un siècle plus tard. Riad Salamé s’est mis à la peinture après avoir fait ce calcul, rêvant à une nouvelle ingénierie financière pareille à offrir en cadeau pour les banques.

Ce n’est pas le cas de tous les critiques. Sur sa précédente exposition au cabaret du Els Quatre Gats, un critique anonyme parlant du modernisme de Pablo Ruiz « cette exposition révèle chez ce peintre, comme chez bien d’autres avant lui, en proie â une folle passion pour cette école, une déplorable perversion du sens artistique et une conception erronée de l’art. »

En 1901, le jeune peintre rend un hommage très personnel aux anciens. À Vélasquez avec les naines royales qui posent sans vergogne. À Goya le vaporeux, a

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vec sa Spanish Woman, mondaine et bien contemporaine, à la fois tout en détail minutieuse et en touches rapides. À Van Gogh et à Gauguin pour les contours noirs très marqués et l’intensité franche des couleurs avec Arlequin et sa compagne. À Degas  avec La Nana, clin d’œil moqueur à ses ballerines trop charnelles et à sa fillette en bronze de 14 ans, chétive et malsaine. À Toulouse-Lautrec dans ses tableaux de la vie parisienne comme ce French cancan qui danse en état d’ivresse dans des vapeurs éthyliques. Les influences se mélangent.

Et le fier Andalou ne se prend pas pour une sous-merde, finit par signer haut fort sur son autoportrait: Yo, Picasso (Moi, Picasso)

La première visite de Picasso à Paris date de l’automne-hiver 1900. Le «le petit Goya» comme l’ont surnommé ses amis, a convaincu Ambroise Vollard, grand marchand d’art moderne, de lui exposer ses peintures. Il passe le début de l’année 1901 à Madrid où il apprend le suicide de son ami Carles Casagemas. Un dépit amoureux qui s’est soldé par une balle dans la tempe en plein Café de l’Hippodrome à Montmartre devant la femme en jeu, Germaine Gargallo. Marcela Iacub a bien essayé de contacter Picasso et se faire passer pour Germaine sans succès.

Picasso ne produit pas, ou très peu, et la date de l’expo approche. Il rentre à Paris avec seulement quelques tableaux, pas assez pour une expo. Il s’installe 130 ter, boulevard de Clichy, à Montmartre, dans l’ancien atelier de Casagemas, avec un peu plus d’un mois pour œuvrer. Commence alors un travail frénétique. Jusqu’à trois tableaux par jour. La période bleue y est crachée au rythme de 3 tableaux par jour pour atteindre u64 œuvres réalisées en un temps record, dans un style expérimental, à la fois virtuose et changeant, pile pour l’exposition.

Poussé par la critique qui désormais loue ses traits fermes et précis, Picasso devient un tourbillon créatif, «celui qui peint 24 heures sur 24», comme le baptise Gustave Coquiot.

Après la ­fièvre parisienne et l’impertinence des reprises, la mélancolie se fait jour, peuplant ses tableaux d’esseulés, de muets avec les postures et les mains en position émouvante, de buveurs d’absinthe, d’Arlequins tristes (son alter ego), même accompagnés de mère aux abois bien avant Guernica.

La palette sourde qui sera la marque de sa période bleue envahit ses toiles. Et pour son ami Casagemas, il offre une mise en bière rêvée, picturale et grandiose à la Courbet avec des prostituées dans les cieux, copiées sur les malheureuses de la prison des femmes de Saint-Lazare.

23 Juin 1839 – Lady Esther Stanhope, connue comme reine de Tadmor, sorcière de Joun, ou tout simplement el Sett, s’éteint dans les ruines de son palais au Mont-Liban

La Lady orientaliste, reine autoproclamée, archéologue autodidacte, exploratrice, fantaisiste, délurée, folle et un peu sorcière décède dans son palais vide et froid. Il n’y avait que Madonna et Lady Gaga qui la visitaient encore,  pour glaner des idées choquantes à plagier.

Lady Esther Stanhope est certainement la plus intrigante des orientalistes. Elle est issue d’une vieille famille traditionnelle et classique, à l’image de la noblesse de cette époque, avec tout son lot de contrainte pour la gent féminine. Mais Esther Stanhope ne voyait pas les choses sous cet angle. Elle a vécu sa jeunesse en Angleterre, après une éducation sauvage passée à combattre ses governesses et la société. Elle a vécu dans cette Europe souvent mal décrite du XVIIIe siècle : l’Angleterre de l’hypocrite raideur, des mœurs négligées, délurées, tolérées, mais publiquement répudiées. Partout l’exagération et l’extrême, le factice. Elle vécut dans cette Angleterre-là, en guerre contre les vertus de convention, la moralité d’emprunt et les impostures de tous ordres.

Un exemple qui résume la situation dans les salons anglais de l’époque, on s’est imaginé dans certains cercles que l’ennui était la plus belle chose du monde ! Plus on était fade et stupide et froid, plus on avait de succès : c’était le bon ton… La naïveté comme vertu, poussée à l’extrême. Esther Stanhope ne s’y est jamais retrouvée.

À la mort de son oncle, le Premier ministre, lord Pitt, lady Stanhope décida de quitter l’Angleterre et venir habiter le Mont-Liban. Le Mont-Liban était mystifié dans l’imaginaire populaire européen avec son émir qu’on considérait dans les cours d’Europe — à tort probablement — comme prince réformateur et visionnaire, protecteur des chrétiens du Moyen-Orient.

La décadence de l’Empire ottoman incitait ses vassaux à se rebeller, comme Mehemet Ali en Égypte et l’émir Béchir au Liban. À cette époque, tout le monde conspirait contre le pouvoir ottoman. C’est dans cet état de presque anarchie et de turbulence que lady Stanhope arriva dans le pays. L’émir Béchir lui concéda un vieux couvent, le couvent de Mar Elias, où elle habita à son arrivée. Mais ce n’était pas assez in. Au bout de quelques années, elle transféra sa maisonnée à Machmoucheh, puis à Joun, non loin de Saïda. Là-bas, elle construisit toute une aura mystique autour de son personnage. Elle fut reconnue comme illuminée, sorcière et prêtresse. Elle faisait tout pour amplifier son image d’excentrique. Par exemple, elle demanda à l’émir Béchir de lui donner son bourreau qu’elle rattacha à ses ordres, pour l’accompagner dans tous ses déplacements, portant toujours ses armes et outils. Lady Gaga palissait d’envie.

Pareil pour le choix de sa demeure. Elle refusa de s’installer dans un lieu commun. C’est à Joun, entourée de précipices et de ravins sauvages et de torrents furieux qu’elle édifie son palais. Ce n’était pas un palais au sens propre du terme. Sa résidence était un amas confus de maisonnettes basses, liées les unes aux autres par des galeries obscures, des corridors tortueux, entourant des cours irrégulières. C’était plus un labyrinthe qu’une maison. Tout était disposé pour le mystère. Elle avait semé son domicile de trappes et de cachettes. On appelait son palais Deir el Sett, ou Le Couvent de la Dame.23juin-joun

Sa maison se transforma en un refuge pour les mendiants, une destination pour les devins et autres charlatans, un abri pour les persécutés. On y venait de tout l’Orient. On faisait le voyage pour lui vendre des services mystiques ou divinatoires, de vieux talismans ou grimoires. Zein el Atet y fit fortune en vendant sa Jujuba, Mariam Nour y copia sa posture en tailleur, et David Wolfe y apprit l’existence de l’huile de noix de coco. Lady Stanhope régnait de son palais. Outre ses activités ésotériques, elle s’engagea dans l’arène politique de l’époque. Elle fut une farouche opposante de l’émir Béchir, quoique lui rendant régulièrement visite. Elle communiquait aussi régulièrement avec Ibrahim Pacha. Elle traitait avec eux d’égal en égal. À cette époque, un conflit armé eu lieu entre l’émir Béchir Chéhab, prince maronite au pouvoir et à l’ambition sans limites, et Béchir Joumblat, grand notable et chef féodal des Druzes dont la puissance et la richesse égalaient, voire dépassaient celles de l’émir. La bataille balança en faveur de l’émir qui vainquit Joumblat à la bataille de Semqaniyé. Les historiens racontent que dans cette balade, Béchir Joumblat fut pris prisonnier puis égorgé, et qu’un autre Joumblat, prénommé Walid, changea six fois de camps avant de parader au final à droite du Chéhab. Que nenni, lady Stanhope s’y immisça dans le conflit offrit l’asile aux Druzes défaits et à la famille de Béchir Joumblatt, défiant le pouvoir du prince triomphateur.

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Lady Hester Stanhope

L’extravagante Lady Stanhope réussit en quelque sorte à s’intégrer dans la société, en comprenant les tenants et aboutissants et les subtilités politiques de la région, tout en restant différente. Par exemple, elle délaissa ses habits occidentaux, mais elle refusa de porter le voile que les femmes de l’époque, indépendamment de leur religion, portaient au Liban. D’ailleurs Marine Le Pen lui envoya un courrier de félicitation sur ce sujet. Elle s’habilla en homme, en saroual, arborant le couvre-chef masculin. Elle recevait ses visiteurs en fumant le narguilé, ce qui était une activité purement masculine. Elle ne se déplaçait que sur son pur-sang, toujours au galop, accompagnée du bourreau qui la suivait partout. Elle adorait ses chevaux auxquels elle consacrait de longues heures. Quand sa fortune s’épuisa et qu’elle ne put plus entretenir sa maison, elle renvoya ses domestiques et ordonna au bourreau de massacrer ses chevaux qu’elle aimait plus que tout…

Outre son attachement à la région, elle était fortement intéressée par son histoire. Elle effectua et finança des fouilles archéologiques dans la région, les premières fouilles modernes dans la terre sainte, basée sur des manuscrits et documents historiques. C’était des fouilles à un but bien particulier : elle recherchait un trésor dont elle avait eu vent. N’empêche, c’était une vraie fouille archéologique. D’après les mémoires de son médecin et accessoirement amant, lady Stanhope avait en sa possession un manuscrit italien médiéval, récupéré des archives d’un monastère en Syrie, qui mentionnait un grand trésor enfoui dans la région. Elle le localisa dans les ruines du port d’Ashkelon, au nord de Gaza, en Palestine. Alors la Lady, ayant plus de scrupule que les gardiens du Louvre et du British Museum, demanda un permis d’excavation aux autorités ottomanes et prépara une expédition. Elle guida la mission archéologique, et fouilla l’ancien port d’Ashkelon. Elle ne trouva point de trésor, mais mis à jour une belle statue en marbre, de sept pieds de hauteur. Par dépit, elle ordonna aux ouvriers de la fracasser en mille morceaux, et de la jeter dans la mer, ce qu’ils firent.

23juin-XGAD7_033Lady Esther Stanhope tenait une maison ouverte, et sa fortune et ses revenus passèrent dans l’entretien de son train de vie. Elle dut vendre peu à peu tout ce qu’elle possédait. À la fin, se trouvant démunie et sans aucune ressource, elle décida de murer l’entrée de son palais en attendant la mort. Ainsi elle décéda pauvre, sans un sou, habillée de ses vêtements troués, dans sa maison vide et murée, et qui tombait en ruine, ses serviteurs étant partis avec les maigres biens qui lui étaient restés… De tous ceux qui l’avaient détroussée, aucun ne fut poursuivi, même pas Gibran qui commençait déjà à mettre de côté des sous pour s’acheter un jet.

 

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22 juin 1893 – Arrogant et Têtu, le Vice-amiral Tryon Envoie au Fond de l’Eau le HMS Victoria à Tripoli

Comme quoi la bêtise humaine peut venir à bout de toute technologie, science ou logique. Lors d’une manœuvre en mer censée épater les badauds et leur donner plein les yeux, , l’amiral Tryon s’entête dans ses ordres et vient empaler le HMS Victoria contre le HMS Camperdown. Résultat des courses : le navire amiral au fond de l’eau et le Camperdown cloué au port.

Les badauds rassemblés au port de Tripoli n’en croient pas leurs yeux. C’est ça la fameuse toute puissante et première force marine de l’histoire ? N’importe quel pêcheur du port a fait la même manœuvre au moins des centaines de fois sans jamais frôler le moindre rocher ou navire. Car le HMS Victoria vient de sombrer devant la foule, plongeant en quelques minutes et disparaissant de la surface de la mer, plus vite que la valeur de Saudi Oger.

Ce matin du 22 juin, la f22juin-HMS_Victoria_(1887)_William_Frederick_Mitchelllotte de onze navires de guerre anglais, devait en une manœuvre planifiée comme une cérémonie d’Oscars montrer à ces manants autochtones, et surtout aux français et italiens dont les espions rodent toujours dans le mont Liban, comment la marine anglaise maîtrise la mer. Car la méditerranée est devenue la route vitale qui relie les Indes au reste de l’empire de Sa Majesté. Le message doit être bien clair : aucune menace ne sera tolérée. Et quoi de mieux pour faire passer ce mes

 

sage qu’un géant de 100m de long, 21m de large, 8.15m de tirant d’eau, car le cuirassé HMS Victoria, qui a à peine six ans, est vanté comme étant le plus puissant et le plus rapide des cuirassés en service, possédant le meilleur blindage et les canons les plus puissants. Ce navire amiral, fine fleur de ce que la technologie pouvait produire avait un seul point faible : son commandant.

 

L’amiral Tryon, Tryon était un tacticien bien reconnu dans la première force navale de la terre, considéré comme un des meilleurs du haut État major de la Royal Navy. Il croyait dur comme fer en l’obéissance absolue des équipages en temps de guerre. Et c’est ce qu’il prônait ce jour de manœuvre! Au briefing, lord Tryon avait informé les capitaines d’une manœuvre classique, une avancée en deux colonnes, vers la côte, puis les têtes de colonnes, soit les cuirassés Victoria et Camperdown tourneront de180 degrés vers l’intérieur, suivis par le reste des navires, et ainsi les deux colonnes repartiront dans le même ordre. Et de fait, il demande à ce que les deux colonnes soient séparées de 1,100m. Les officiers lui ont fait remarquer que 1,100 m c’est trop peu, chaque navire a besoin de 800m pour effectuer un demi-tour. Pardon me ? L’addition n’était point le point fort du Lord, puis on ne discute pas avec un amiral de Sa Majesté. D’ailleurs, les capitaines s’attendaient à ce que l’amiral les teste en pleine manœuvre avec de nouveaux ordres à exécuter, les mettant à l’épreuve en envoyant de nouveaux signaux. La manœuvre vouée à l’échec débute. Mais l’ordre de changer ne vient pas. Et en bons soldats de Sa Majesté, avec un flegme tout britannique, les deux navires naviguent l’un vers l’autre : le HMS Victoria et les HMS Camperdown entrent en collision. Le navire amiral s’est empalé sous la ligne de flottaison.

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Collision des HMS Camperdown et HMS Victoria

Comme une erreur n’est jamais assez, et contre toute logique, Tryon ordonne de faire machine arrière. L’eau s’engouffre alors dans la brèche alors dans les soutes. Conscient de son erreur, essayant de sauver le navire, Tryon ordonne de reverser les machines en avant toute pour rejoindre le port. Hélas, en moins de temps qu’il ne faut à Trump pour twitter, le Victoria s’enfonce dans les flots, entraînant avec lui 358 hommes, parmi lesquels le vice-amiral Tryon. Seul un député du parlement libanais aurait pu faire pire.

Le Victoria, devenu cimetière marin, git encore à presque 200m de profondeur face à la Mina – Tripoli dans une position des plus shocking : proue enfoncée dans les sédiments et la poupe vers le haut, car les machines reversées en avant toute ont quasiment propulsé le Victoria vers le fond, le clouant dans la vase. Un Brexit avant l’heure en quelque sorte.

À noter que Tryon, fervent admirateur de Nelson conservait quelques objets de valeur dans sa cabine, dont l’épée du grand amiral. Avis aux pilleurs de cimetières et voleurs de tout genre, bandits, cagoulards, ministres et députés, maraudeurs, barboteur : l’épée vaut une fortune.

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L’épave verticale du HMS Victoria

 

21 Juin 217 av. J.-C. – Hannibal décime à Trasimène les légions romaines équipées de cochons de guerre

Il a traversé les Alpes avec des éléphants. Rome répond avec des attaques de cochons de guerre, mais n’arrive pas à entraver l’avance. La bataille de Trasimène, l’une des plus importantes victoires d’Hannibal dans la Deuxième Guerre punique, ouvre la route de Rome à l’armée carthaginoise.

Le 20 Juin 217 av. J.-C., Fluminius avec son armée, ultime rempart que Rome peut placer sur la route d’Hannibal avance à la recherche de l’armée exténuée d’Hannibal.

Fluminius s’est même muni de ses armes anti-éléphant pour contrer les fameux pachydermes de guerre d’Hannibal: des cochons de guerre enduits d’huile ou de résine en enflammés avant d’être lâchés parmi les éléphants pour les effrayer.

Non, ce n’est pas Angry Birds, mais bel et bien la seconde Guerre Punique. Pline l’Ancien, repris par Aleanus avait déjà recommandé cette arme, précisant que « les éléphants sont effrayés par le plus petit grognement de cochon. » Mais l’armée carthaginoise est dans un état de fatigue avancé. Ils ont réussi la traversée la méditerranée, la péninsule ibérique, et réalisé l’impossible, la montée et la descente des Alpes en dix-huit jours ! Ils ont tant enduré sur les pistes blanches de la montagne, même les quarante éléphants de guerre sont tous morts malades ou devenus fous, se sont jetés dans les abîmes, entraînant avec eux cornacs et soldats.

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Hannibal sur un éléphant de guerre (fresque)

Les morsures des glaciers ont esquinté les sabots des chevaux, Hannibal lui-même a perdu un œil, ils ont même croisé une certaine Jackie Chamoun qui fuyait en ski, poursuivie par une horde de prêcheurs. Chaque jour était une bataille. Tant d’hommes qui n’ont jamais vu la neige tombaient épuisés. Mais, à la fin, il a réussi la traversée des Alpes, perdant la moitié de son armée qui est à bout de forces. La Tosca

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Hannibal

ne qu’il découvre avec son soleil, ses champs et ses vignes n’arrive pas à leur faire oublier la brume, la neige, la glace et la souffrance sous le soleil. Fluminius n’a qu’à cueillir cette horde de barbares exténués. Il sait bien qu’il est le dernier espoir de Rome qui n’a plus d’armée à mettre sur le chemin d’Hannibal. L’empire tremble. L’ennemi déferle et rien ne semble pouvoir arrêter ce fou qui rassemble avec lui toutes les peuplades opprimées et révoltées que ce soit les Ibères, Gaulois, Baléares, Étrusques, Libyens ou Numides… Il a la responsabilité de sauvegarder Rome, sinon, Antoine Kerbaj n’arrêtera plus d’ânonner à ses oreilles « Roma, Roma, je suis ton soldat et gnagnagna ».  Il espère que cette bataille sera décisive. Il a quitté Rome avec 25,000 hommes, et poursuivait les hordes carthaginoises.

Hannibal poursuivi et traqué savait que l’armée romaine devait inévitablement passer par le lac de Trasimène. Au lieu de fuir, il décide de placer son armée sur les hauteurs qui surplombent le vallon de Trasimène tout en faisant allumer des feux sur des collines lointaines pour faire croire à Fluminius que son armée est encore loin. Si l’armée romaine décide de passer par le vallon en suivant le fleuve, il pourra les attaquer par surprise, par contre, s’ils passent par la montagne, ou s’ils envoient des éclaireurs et découvrent sa position, alors il sera pris à son propre piège avec son armée de 40,000 hommes divisée sur deux hauteurs et séparée en deux groupes.

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Le 20 juin au soir, l’armée romaine arrive au lac et y campe pour la nuit. Le brouillard recouvre tout le terrain. Satané brouillard. Les deux armées ne se voient pas. Le silence règne, surtout du côté carthaginois, Hannibal ayant ordonné silence absolu, même pas un cliquetis d’arme n’était toléré. On n’entendait dans la nuit qu’Antoine Kerbaj qui criait toujours « Roma, Roma, je ne suis qu’un soldat, je veux dormir, dormir… ».

Le 21 au matin, le soleil se lève. Le brouillard commence à se dissiper en hauteur. Si l’heure avance encore, les Romains pourront voir les positions découvertes de leurs ennemis. Mais ils lèvent le camp et se mettent en marche dans le brouillard, en position normale : les chefs devant, les charriots et les vivres au milieu, et les soldats sur les côtés, suivant le vallon. La réaction des Carthaginois ne se fit pas attendre. Ils se ruèrent de « mille endroits à la foi », décimant tout d’abord le groupe des chefs. Fluminius a la tête tranchée dès les premières minutes. Le temps que les Romains réalisent que c’est une embuscade et c’est la panique. Adios l’ordre légendaire des légions romaines. C’est le sauve-qui-peut. En fin de journée 15,000 soldats romains sont massacrés au fil de l’épée, l’eau du lac est rouge de sang. 10,000 autres soldats sont faits prisonniers. Les captifs italiens, non romains sont libérés: c’est la poursuite de la politique commencée rappelant aux peuplades qu’Hannibal leur apportait avant tout « la liberté », c’est là toute son habileté politique.

L’eau du lac est rouge de sang. Hannibal n’a perdu de son côté que 1,500 hommes, la plupart sont des Gaulois, turbulents et moins disciplinés, ce qui en faisait des cibles faciles.

La route de Rome est ouverte.

(Spoiler) Hannibal ne marchera pas surRome, car il n’avait pas de machines de siège. Il envahit le reste de l’Italie avant d’être refoulé.