24 juin 1901 – Pablo Ruiz devient Pablo Picasso

Le jeune peintre inconnu a droit à un vernissage à Paris, et du coup décide de signer du nom de sa mère. Picasso sonnait plus rond et plus thêatral que Ruiz. Le jeune Pablo commence à l’utiliser pour signer ses toiles en prévision de ce premier vernissage chez Ambroise Vollard, marchand d’art à Paris. Suite à cette première exposition, Félicien Fagur, critique d’art en dit qu’il est « peintre, absolument peintre, il adore la couleur pour elle-même ». Comme quoi, tous les critiques ne sont pas cons. Certains sont visionnaires.

Et ces visionnaires auraient pu être millionnaires aujourd’hui, car un investissement de 150 anciens francs en 1901, soit ce que le marchand Pere Manach a payé contre toutes les toiles de Picasso, aurait rapporté au plus bas $650,000,000 un siècle plus tard. Riad Salamé s’est mis à la peinture après avoir fait ce calcul, rêvant à une nouvelle ingénierie financière pareille à offrir en cadeau pour les banques.

Ce n’est pas le cas de tous les critiques. Sur sa précédente exposition au cabaret du Els Quatre Gats, un critique anonyme parlant du modernisme de Pablo Ruiz « cette exposition révèle chez ce peintre, comme chez bien d’autres avant lui, en proie â une folle passion pour cette école, une déplorable perversion du sens artistique et une conception erronée de l’art. »

En 1901, le jeune peintre rend un hommage très personnel aux anciens. À Vélasquez avec les naines royales qui posent sans vergogne. À Goya le vaporeux, a

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vec sa Spanish Woman, mondaine et bien contemporaine, à la fois tout en détail minutieuse et en touches rapides. À Van Gogh et à Gauguin pour les contours noirs très marqués et l’intensité franche des couleurs avec Arlequin et sa compagne. À Degas  avec La Nana, clin d’œil moqueur à ses ballerines trop charnelles et à sa fillette en bronze de 14 ans, chétive et malsaine. À Toulouse-Lautrec dans ses tableaux de la vie parisienne comme ce French cancan qui danse en état d’ivresse dans des vapeurs éthyliques. Les influences se mélangent.

Et le fier Andalou ne se prend pas pour une sous-merde, finit par signer haut fort sur son autoportrait: Yo, Picasso (Moi, Picasso)

La première visite de Picasso à Paris date de l’automne-hiver 1900. Le «le petit Goya» comme l’ont surnommé ses amis, a convaincu Ambroise Vollard, grand marchand d’art moderne, de lui exposer ses peintures. Il passe le début de l’année 1901 à Madrid où il apprend le suicide de son ami Carles Casagemas. Un dépit amoureux qui s’est soldé par une balle dans la tempe en plein Café de l’Hippodrome à Montmartre devant la femme en jeu, Germaine Gargallo. Marcela Iacub a bien essayé de contacter Picasso et se faire passer pour Germaine sans succès.

Picasso ne produit pas, ou très peu, et la date de l’expo approche. Il rentre à Paris avec seulement quelques tableaux, pas assez pour une expo. Il s’installe 130 ter, boulevard de Clichy, à Montmartre, dans l’ancien atelier de Casagemas, avec un peu plus d’un mois pour œuvrer. Commence alors un travail frénétique. Jusqu’à trois tableaux par jour. La période bleue y est crachée au rythme de 3 tableaux par jour pour atteindre u64 œuvres réalisées en un temps record, dans un style expérimental, à la fois virtuose et changeant, pile pour l’exposition.

Poussé par la critique qui désormais loue ses traits fermes et précis, Picasso devient un tourbillon créatif, «celui qui peint 24 heures sur 24», comme le baptise Gustave Coquiot.

Après la ­fièvre parisienne et l’impertinence des reprises, la mélancolie se fait jour, peuplant ses tableaux d’esseulés, de muets avec les postures et les mains en position émouvante, de buveurs d’absinthe, d’Arlequins tristes (son alter ego), même accompagnés de mère aux abois bien avant Guernica.

La palette sourde qui sera la marque de sa période bleue envahit ses toiles. Et pour son ami Casagemas, il offre une mise en bière rêvée, picturale et grandiose à la Courbet avec des prostituées dans les cieux, copiées sur les malheureuses de la prison des femmes de Saint-Lazare.

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