26 juin 1903 – Le chewing-gum Wrigley ouvre l’ère de la codification de la distribution… et du consommateur, avec le premier code-barre mis en service

Le premier produit doté d’un code-barres scanné à une caisse est un paquet de gomme à mâcher de la William Wrigley Jr. Company dans un supermarché de la ville de Troy (Ohio).

Le zèbre cubiste qui trône sur le cul de tous les produits, emballage, billets, ou n’importe quel objet conçu et vendu n’est pas né d’hier. Le code-barres UPC (Universal Product Code) a été créé afin de définir une codification adaptée à la grande distribution, dans les années 70. Cette invention allait devenir l’une des techniques industrielles les plus marquantes de l’histoire, bouleversant les pratiques des distributeurs et de toutes les organisations qui achètent et transportent des objets, avec  la mise en œuvre des systèmes de traitement de l’information dans les magasins du monde entier, pour des millions de types de marchandises et d’articles.

L’idée de coder les produits était devenue une nécessité. Déjà, le 20 octobre 1949 N. Joseph Woodland, qui travaillait à l’époque au Drexel Institute of Technology, avant de devenir un IBMer, présenta la première demande de brevet sur la technologie des code-barres, brevet qu’il obtint avec Bernard Silver le 7 octobre 1952. Les premiers code-barres étaient circulaires et concentriques, ce qui permettait de scanner dans toutes les directions. Les choses devaient en rester là pendant plus de vingt ans, car la technologie des lecteurs optiques lasers n’était pas encore au point. Le premier scanner construit par Woodland dans son salon faisait la taille d’un bureau, devait rester recouvert d’une bâche huilée pour le protéger de la lumière, et pire, la lumière des lampes brûlait le papier portant le code-barres sans parler des dommages et lésions des yeux ! Ce genre de scanner aurait été intéressant pour les inspecteurs du TSL pour scanner les preuves, mais pas vraiment utile pour les supermarchés.

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Vers 1970, au centre Triangle Park d’IBM Research, George Laurer entreprit de trouver une solution pour scanner des étiquettes et développer un code à lecture numérique. Rapidement, une équipe fut mise sur pied, avec la participation de N. J. Woodland. Le premier essai porta sur le code en « œil de bœuf » de cercles concentriques, mais personne n’en fut satisfait, car il prenait trop de place sur les emballages.

Entre-temps, face au développement des supermarchés dans l’Amérique de l’après-guerre, le secteur de la distribution alimentaire voulait automatiser le passage en caisse pour gagner du temps, réduire les coûts de personnel et systématiser la gestion des stocks dans le magasin. L’équipe d’IBM avait quant à elle revu son approche et adopté les barres verticales que nous connaissons aujourd’hui, contenant chacune plusieurs copies des informations.

C’est le 26 juin 1974 qu’eut lieu la première lecture optique d’un article, dans le cadre d’un projet pilote réalisé dans un supermarché Marsh de Troy (dans l’Ohio). Il s’agissait d’un paquet de chewing-gum Juicy Fruit de Wrigley, exposé aujourd’hui au Smithsonian National Museum of American History, à Washington. Oui, c’est bien ça, ce premier chewing-gum portant un code-barre est préservé dans un musée. Oui, les maisons historiques de Beirut sont passées au pilon et au marteau piqueurs, et les colonnes et chapiteaux gréco-romains de Beirut sont jetés sur les plages du Biel.  26juin-4724952_orig

Les magasins alimentaires adoptèrent rapidement les nouveaux lecteurs, tandis que les consommateurs se convainquirent peu à peu de leur fiabilité pour la facturation.

Les doutes éventuels sur l’avenir du nouveau système furent définitivement balayés à la fin des années 1970. Le coût des passages en caisse avait chuté et leur vitesse avait augmenté de 40 % ; les transactions avaient gagné en fiabilité ; et les systèmes de gestion des stocks des magasins avaient été considérablement optimisés, pour la gestion des marchandises disponibles, en commande ou nécessitant un réassort.  Le code-barres a ouvert la voie à l’essor de l’hyperchoix, la multiplication des produits. Il a permis aux magasins de gérer un flux continu de nouvelles références, sans faire exploser les frais de gestion. Chaque jour, 8 milliards de « bips » retentissent partout sur la planète. La lecture optique du code-barres n’enregistre pas seulement la transaction. Elle déclenche aussi une incroyable cascade d’opérations, depuis l’enregistrement des données d’achats des clients jusqu’à la gestion des stocks, les commandes de réapprovisionnement automatique.

Et ce n’était qu’un début. L’une des conséquences immédiates fut la capacité des magasins à suivre les habitudes d’achat globales et, par la suite, individuelles des consommateurs grâce au scan de bons de réduction et de cartes de fidélité. En d’autres termes, le consommateur, autant que le produit, est fiché, tracé, suivi, prédit et en quelque sorte, codifié. Merci IBM.

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