30 juin 1643 – Molière, ayant lâché le métier d’avocat pour le théâtre, fonde l’Illustre Théâtre

Le 30 juin 1643 est établi le contrat de société fondant L’Illustre Théâtre. C’est une aventure vers l’inconnu, car de tous les signataires du contrat, seule Madeleine Béjart, maîtresse de Molière a déjà foulé la scène. Deux ans plus tard, il se fait jeter en prison pour créances non payées. Comme quoi la dèche des artistes ne date pas d’hier.

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Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière

À ce jour-là de l’année 1643, Jean-Baptiste Poquelin, 21 ans, fonde L’Illustre-Théâtre avec ses amis comédiens. Avec neuf amis, ils s’associent par-devant notaire pour constituer une troupe de comédiens sous le titre de l’« Illustre Théâtre ». Ce sera la troisième troupe permanente à Paris, avec celle des « grands comédiens » de l’Hôtel de Bourgogne et celle des « petits comédiens » du Marais.

 

Pour plusieurs d’entre eux, cet engagement s’inscrit sans doute dans le mouvement qu’a impulsé la Déclaration du 16 avril 1641, par laquelle Louis XIII levait l’infamie qui pesait sur le métier de comédien, précisant qu’« en cas que lesdits comédiens règlent tellement les actions du théâtre qu’elles soient du tout exempt d’impureté, nous voulons que leur exercice, qui peut innocemment divertir nos peuples de diverses occupations mauvaises, ne puisse leur être imputé à blâme, ni préjudicier à leur réputation dans le commerce public. »

Né le 15 janvier 1622 à Paris dans le ménage du tapissier du roi Louis XIII, le futur comédien a fait d’excellentes études de droit, mais sans guère l’envie d’y donner suite, au grand désespoir de son père.

Avocat à 18 ans, il se lie avec des comédiens italiens et rencontre aussi Madeleine Béjart (24 ans), directrice d’une troupe déjà connue, ainsi que ses frères Joseph et Louis. Il tombe amoureux de Madeleine, et n’hésite pas à s’établir avec elle malgré la différence d’âge. La première dame, Bibi Macron l’avait prévenu et conseillé de s’en foutre du qu’en dit-on.

Fort de ces nouvelles amitiés, il rompt avec son père pour suivre sa vocation de comédie. C’est ainsi que naît l’Illustre-Théâtre. La même année meurent le cardinal de Richelieu et le roi Louis XIII, et monte sur le trône le roi Louis XIV âgé de 5 ans… L’ascension de Molière sera concomitante avec celle du futur Roi-Soleil.

Le 28 juin 1644, il signe pour la première fois du nom de scène qu’il s’est choisi : Molière.

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Molière dans le rôle de Mascarille des Précieuses ridicules. Dessin de Kugel, huile sur pierre. (BnF)

À la mi-septembre 1643, les nouveaux comédiens louent la salle du Jeu de Paume dit des Métayers. La première représentation parisienne a lieu le 1er janvier 1644. Contrairement à ce qu’une certaine tradition répète depuis trois siècles, il semble que la troupe ait connu, pendant les huit premiers mois, un succès d’autant plus grand qu’il n’y avait pas de troupe à Paris :  le jeu de paume du Marais où, depuis quelques années, Pierre Corneille, donnait ses pièces à jouer, avait brûlé dès le 15 janvier et que les « petits comédiens », ainsi nommés par opposition aux « grands comédiens » de l’Hôtel de Bourgogne, étaient partis en province pendant les travaux de reconstruction. La troupe de Molière est seule dans la capitale.

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Madeleine Béjart dans le rôle de Magdelon des Précieuses ridicules. Dessin de Kugel, huile sur pierre. (BnF)

Son répertoire est constitué, comme celui des autres troupes, de tragédies, de tragi-comédies alors très à la mode, de comédies et de farces. Mais le succès est de courte durée et la faillite survient deux ans plus tard, en mai 1645.

Ne pouvant rembourser ses multiples créanciers, Molière est emprisonné en août 1645 : après moins de deux ans d’existence, l’entreprise de l’Illustre Théâtre a définitivement échoué, mais elle aura marqué l’histoire du théâtre.

Les restes de la troupe (Molière et la famille Béjart) rejoindront l’année suivante la troupe itinérante de Charles Dufresne, protégée et entretenue depuis de longues années par les duc d’Épernon, gouverneurs de la Guyenne. Il entame avec Madeleine des tournées à travers la France. Dix ans plus tard, à Lyon, il crée sa première comédie, l’Étourdi. Elle est suivie l’année suivante à Béziers du Dépit amoureux.

À 37 ans enfin, le comédien donne devant Louis XIV Nicomède. Cette tragédie du vénérable Corneille ne déride pas le jeune roi. En effet, Louis XIV âgé de 20 ans a besoin d’un bol d’air frais, autre que les classiques grecs et ce que le vieux Corneille lui rebat les oreilles avec.  O Rage, O Désespoir, d’accord, c’est mouvant, mais après ?! Le comédien enchaîne alors dans la foulée avec Le Docteur Amoureux, une comédie qui le fait rire aux éclats ! La carrière de Molière est lancée.

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Cette peinture, anonyme, du XVIIe siècle représente une scène avec le décor traditionnel des comédies, l’éclairage assuré par des lustres portant des chandelles (qu’il faut moucher toutes les demi-heures, ce qui explique la division des pièces en actes), une rangée de chandelles aussi le long de la rampe, sous laquelle sont écrits les noms des personnages (de gauche à droite : Molière, Jodelet — un acteur de sa troupe —, Poisson, Turlupin, Matamore, Arlequin, Guillot Gorju, Gros Guillaume, le dottor Grazian Balourd, Gautier Garguille, Polichinelle, Pantalon, sur le balcon, Scaramouche avec sa guitare, Briguelle et Trivelin.

Parallèlement à son activité théâtrale, la vie privée de Molière ne manque pas d’épisodes rocambolesques : un jour, il estoque à l’épée un sanglier au cours d’une chasse royale, ce qui lui attire la faveur du souverain. Une autre fois, il tue un cocher, doit s’enfuir en Hollande, et ne peut rentrer en France qu’en tentant d’y enlever un autre réfugié recherché par la justice pour une affaire des poisons. Il meurt de manière non moins spectaculaire, puisqu’il se rompt une veine en jouant l’une de ses pièces. À la mort de Molière, le roi ordonne la fusion de la troupe avec celle de l’Hôtel de Bourgogne, ce qui donne naissance à la Comédie-Française.

Le français devient la langue de Molière, la langue de l’avocat raté, du taulard, et du bon vivant toujours fauché.

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