31 Juillet 1766 – Les esclaves oubliés de Tromelin

Que fait un marchand d’esclaves dont le navire prend l’eau ? La réponse est simple. Il se déleste de la cargaison.

Le 31 juillet 1761, l’Utile, un vaisseau de la Compagnie française des Indes orientales se fracassa sur le récif corallien qui entoure un îlot de sable de l’océan Indien. Il avait à son bord une cargaison de 160 esclaves malgaches achetés illégalement par le capitaine, Jean de La Fargue, qui avait pu compter sur la complicité de ses officiers et de l’administration coloniale française. Enfermés dans la cale, dont les issues étaient clouées chaque soir par l’équipage par crainte d’une révolte, la plupart des esclaves périrent dans le naufrage. Ce n’est que lorsque la coque du bateau finit par se disloquer quelques heures plus tard que les derniers survivants purent s’échapper et gagner à la nage l’étendue de sable toute proche.

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Ile de Tromelin

Dans les jours qui suivirent le naufrage, l’équipage du navire s’attela à la construction d’une embarcation de fortune à partir des restes de l’épave qu’ils baptisèrent La Providence. Mais La Providence ne pouvait transporter que les maîtres français. Les esclaves malgaches furent donc laissés sur l’île déserte.

Ce n’est que 15 ans plus tard qu’un navire du nom de La Dauphine accosta sur l’île. Sur les 80 naufragés qui avaient été abandonnés sur l’île deux mois après le naufrage, il ne restait plus que sept femmes, et dans les bras de l’une d’elles, un bébé de huit mois.

Et l’histoire fut enfouie et oubliée.

Dans les années 50, Météo France installa une station sur l’île. Les générations d’ingénieurs en météorologie ne pouvaient ignorer ce drame puisqu’ils n’avaient qu’à faire le tour de la petite île pour retrouver les souvenirs du naufrage, dont la grande ancre rouillée. La sable avait enfoui tous le reste, depuis les masures construites en pierre et en coraux, aux ustensiles et débris utilisés pendant 15 par les robinsons forcés dans leur micro société. Leur survie reste l’un des épisodes les plus terrifiants de survie en milieu insulaire.

Un ingénieur de l’île, un peu plus bavard, aidé par l’explorateur Max Guérout, ont piloté 4 expéditions archéologiques pour essayer de reconstruire l’histoire des naufragés.

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L’ancre de l’Utile

Tout d’abord, pourquoi ce naufrage a été oublié ? Les archives de la Compagnie française des Indes orientales, à Lorient, sont extraordinairement bien conservées. Le seul récit connu à ce jour est une longue lettre qui décrit sommairement le quotidien des naufragés de Tromelin sur la base des témoignages recueillis auprès des survivantes: «Elles disent que 18 personnes sont parties assez rapidement sur un radeau, et qu’ensuite plusieurs femmes sont mortes en couches. Elles expliquent que les naufragés mangeaient des oiseaux et des tortues, qu’ils avaient construit des maisons, avaient gardé le feu jusqu’à la fin et qu’ils étaient habillés avec des pagnes faits avec des plumes d’oiseaux. » C’est à peu près tout ce qu’on savait avant l’expédition. Rien sur le rapport rédigé par le chevalier de Tromelin, le capitaine du vaisseau qui recueillit les survivantes le 29 novembre 1776 et qui donna son nom à l’île, qui jusque-là apparaissait comme « île de sable » sur les cartes. L’explication trouvée pour cet oubli est simple : cette histoire étant assez extraordinaire, la personne à qui le rapport a été adressé a dû s’empresser d’aller le montrer à son voisin, et ainsi de suite. Finalement, le document a fini par rester dans un bureau, sans qu’on pense à le récupérer pour l’archiver.

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Résultats des feuilles

Les 4 missions archéologiques ont été très riches en résultats, le sable ayant protégé le site en le recouvrant. Une micro-société a vu le jour sur l’île. Par exemple, la découverte d’un bol réparé à moult reprises témoigne du soin apporté à faire durer les objets, de larges cuillères indiquent sans doute qu’une partie de la nourriture était bouillie et consommée sous forme de soupe. De grandes bassines en cuivre, fabriquées sur place à partir des restes de l’épave, pour recueillir l’eau de pluie. Des briquets conservés précieusement permettaient de rallumer le feu. Même des objets fabriqués au-delà de l’utilitaire et du fonctionne, comme des bracelets en cuivre, des chaînettes et des piques ornementées, ou de pointes démêloir, un instrument qui permet de tracer les raies des cheveux. Car chez la population betsimisaraka, le deuil est marqué par des cheveux non coiffés. À la fin d’un deuil, le chef de groupe ou le patriarche asperge de l’eau sur la tête de l’assistance à l’aide d’une pointe démêloir, ce qui indique que le deuil est levé et que désormais toute la famille peut se coiffer.

Les huit survivantes furent embarquées puis déposées et affranchies à l’île Maurice. Elles refusèrent toutes de rentrer à Madagascar, de peur d’être reprises comme esclaves.

30 Juillet 1792 – Les Marseillais entrent à Paris en chantant

Non, ce ne fut pas à l’occasion d’un match OM PSG. Ce sont les volontaires Marseillais rejoignant l’armée révolutionnaire à Paris. Ils chantaient « Chant de guerre pour l’armée du Rhin ». Non. Les qatarites n’ont pas sponsorisé ce chant pour le club de foot de la capitale. Le chant militaire a été composé par l’officier Claude Joseph Rouget de Lisle quelques mois plus tôt. Rebaptisée en Marseillaise, son succès sera tel, qu’elle deviendra « chant national » le 14 juillet 1795 (26 messidor an III). Abandonnée en 1804 sous l’Empire, Napoléon la trouvant trop révolutionnaire, elle fut remplacée par le Chant du départ, avant d’être reprise en 1830 pendant la révolution des Trois Glorieuses qui porte Louis-Philippe Ier au pouvoir. Elle devient hymne national de la national de la République française en 1879.

Pendant la période du régime de Vichy, bien qu’elle soit toujours l’hymne national, elle est souvent accompagnée par le chant Maréchal, nous voilà !. En zone occupée, le commandement militaire allemand interdit de la jouer et de la chanter à partir du 17 juillet 1941.

Valéry Giscard d’Estaing, sous son mandat de président de la République française, fait ralentir le tempo de La Marseillaise afin de retrouver le rythme originel.

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Rouget de Lisle

Rouget de Lisle repose au Panthéon. Et voilà pour les paroles.

Quand à la musique, c’est une autre manche. La musique de la Marseillaise, elle est en réalité d’Alexandre Boucher, un musicien-virtuose que l’on avait surnommé, l’Alexandre des violons. Voici ce qu’il racontait en 1839, à 90 ans :

 » C’était en 1792, j’avais vingt-deux ans. Un bon maître m’avait enseigné la composition, que je cultivais en même temps que mon instrument à cordes. Un soir, que je me trouvais à Paris, dans le faubourg Saint-Germain, rue de la Chaise, à l’Hôtel de Mortaigne, un  colonel, qui partait le lendemain pour Marseille, vint faire ses adieux à la maîtresse du logis. J’assistais à l’entrevue. Mme de Mortaigne me nomma au colonel, qui s’écria :

 » Bravo la rencontre est bonne ! et j’en profite pour demander à monsieur Boucher une marche pour une musique de mon régiment, le priant même de me l’improviser tout de suite.

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Alexandre Boucher

Comme je cherchais à m’excuser, objectant que je n’avais même pas de papier réglé, quelqu’un se trouva là  qui s’offrit d’en faire à l’aide d’un crayon et d’un papier ordinaire. J’aurais bien envoyé l’exigeant officier à tous les diables, mais Mme de Mortaigne s’étant mise à soutenir sa demande, il me fallut bien céder, et , me mettant à l’écart, je composais sur le champ un pas redoublé, auquel je donnais le rythme le plus vif que je pus. Le colonel part avec mon air dans sa poche. Je n’avais pas eu le temps de l’instrumenter. Dès son arrivée à Marseille, il le donne à son chef de musique, pour l’arranger et, comme il y a parade publique tous les jours, l’air ne tarde pas à devenir populaire, à se graver dans toutes les mémoires des flâneurs, à devenir le morceau favori. Un peu plus tard, un jeune officier du génie, ami sincère de la Constitution, mais ayant refusé de prêter un nouveau serment, qui lui semblait contraire au premier, fut destiné à être jeté en prison au fort saint Jean, à Marseille. Là, un geôlier, qui le voyait sans cesse occupé à écrire des vers, lui dit un jour :

 » Dites moi donc, mon officier,  au lieu de passer votre temps à soupirer avec des mots, pourquoi ne faite-vous pas une chanson en l’honneur de nos armées ? … On chante partout la Carmagnole, mais ce n’est pas fameux. Si l’on avait autre chose, ça vaudrait mieux. Tenez, il y a un air que vous entendez tous les jours, à la garde montante… Une marche… C’est vif, c’est troussé, c’est dans toutes les bouches. L’air ferait aussitôt adopter les paroles !  »

Rouget de l’Isle, car c’était son nom, écoutait avec intérêt cette proposition. Le geôlier lui assura que, si ses paroles étaient adoptées par la moitié de ceux qui adoraient l’air en question, sa liberté serait demandée et certainement obtenue… En fallait-il davantage pour que l’officier-poète se mît au travail. Et l’admirable chanson fut créée ! La seul modification à l’air fut que, pour adapter à des vers de huit pieds et lui donner l’allure chantante qu’il fallait, Rouget de l’Isle changea la mesure du 6/8 en quatre temps réguliers, et sacrifia quelques notes redoublées qui donnaient un entrain supplémentaire à cette marche destinée aux cuivres. Le tout, musique et paroles, se fondit ainsi en un tout saisissant que les événements devaient bientôt faire retentir dans toutes les contrées du pays.

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Rouget de Lisle chantant la marseillaise, par Jean-Laurent Turbet

 » Grande fut ma surprise, continuait Alexandre Boucher, lorsque je reconnus mon air de la rue de la Chaîse – un peu mutilé, mais tout à fait reconnaissable ! – chanté sur des paroles de feu par des voix innombrables, soit aux levées des conscrits, soit accompagnant les légions qui allaient combattre. Ainsi venu de Marseille, ce chant s’appela tout naturellement « La Marseillaise ». Il n’eut pas reçu ce nom, si, d’après la légende adoptée par les biographes, Rouget de l’Isle l’avait composé à Strasbourg pour le départ des volontaires se rendant sur les bords du Rhin. »

Le dire du narrateur nonagénaire aurait pu, comme bien vous le pensez, être mis en doute, s’il n’avait pris soin d’y ajouter un complément de certitude indiscutable. Or la preuve fournit par Alexandre Boucher était la meilleure à donner, puisqu’elle consistait ni plus ni moins en l’aveu même de Rouget de l’Isle :

 » Bon nombre d’années plus tard, concluait-il, je me trouvais à dîner côte à côte avec Rouget de l’Isle, à Paris.  Je le voyais pour la première fois, et je étais pas sans une curiosité facile à comprendre, vu les faits que je viens de vous exposer. Je mis quelques malice à le complimenter sur les paroles uniquement:

– Vous ne me parlez pas de l’air ? s’étonna -t-il Ceci me surprend de la part d’un célèbre musicien comme vous.Est-ce que cet air ne vous plaît pas ?

– Si, oh, si mais à ce propos…

– Eh bien, sachez-le, me répliqua vivement Rouget de l’Isle, ayant deviné dans ma réticence, une signification qui le gêna sans doute, cet air n’est pas de moi. C’est une marche, venue on ne sait d’où, une marche qui se jouait à Marseille, à l’époque où la Terreur m’y tenait prisonnier… J’ai là-dessus tant bien que mal adapté mes paroles.

– Oui, je comprends, en subir au morceau quelques petites altérations ! Et, gaiement, je fredonnai, mon pas redoublé, tel que je l’avais composé chez Mme de Mortaigne, ce qui plongea rouget de l’Isle dans un profond étonnement :

 » C’est cela, c’est tout à fait cela ! fit-il, Expliquez-moi donc…

– Tout  à l’heure, répliquai-je, quand nous serons mieux pour causer librement au fumoir.

Ce moment venu, mon explication fut rapide. Il m’embrassa:

 » Ah, mon cher Boucher, me déclara-t-il, hélas, hélas, quoique l’on fasse désormais, vous resterez à jamais dépouillé de votre oeuvre, car votre air et mes paroles semble si bien avoir jailli d’un seul jet que l’on ne croira pas à mon emprunt même si je le proclame ! C’est désolant !

–            Gardez-le, répondis-je, ému de sa peine. Sans votre génie, ma petite marche serait oubliée depuis longtemps Elle est devenue bien vôtre, puisque vous avez su l’élever jusqu’à vos sublimes paroles. »

 

Fin de l’histoire.

29 juillet 1958 – Création de la NASA

  1. La guerre froide n’était pas encore un film, mais une réalité. URSS et US s’affrontent sur tous les terrains : armes, nucléaires, aviation, sport, échecs, technologie, innovation et bien sûr, l’espace. Les Russes dominaient dans le domaine spatial. Les Américains s’appuient sur les scientifiques nazis récupérés en Europe à la fin de la guerre pour reverser la courbe.

Le 29 juillet 1958, le président Dwight D. Eisenhower, pour contrer la réussite spatiale soviétique, crée une branche civile de l’aérospatiale états-unienne, la « National Aeronautics and Space Administration« , plus connue sous le nom de NASA. Cette agence gouvernementale est dirigée par Charles F. Bolden. Elle employait 18 493 personnes en 2012 pour un budget annuel de 18,7 milliards de dollars ($).
Après l’échec de la première tentative de lancement d’un satellite dans le cadre du projet Vanguard, les Amerloques s’étant fait coiffer au poteau par Spoutnik 1, l’équipe de Wernher von Braun est autorisée à effectuer ses propres essais le 31 janvier de la même année. C’est ainsi qu’est envoyé le premier satellite artificiel américain dans l’espace, 4 mois après le satellite russe. N’empêche, la gifle est retentissante. Ingénieur nazi de la SS, Wernher von Braun est l’inventeur des V2. Employé par les États-Unis pour des recherches en balistique, il avait été écarté du projet à cause de son passé. Après ce succès, ses compétences techniques feront de lui le principal artisan de la conquête spatiale américaine au sein de la NASA, et surtout la construction du lanceur Saturne V qui permit à la mission Apollo d’atteindre la Lune.

Mais le 29 juillet, on n’y était pas encore là. Le 29 juillet, le président Eisenhower signe la loi instituant la National Aeronautics and Space Administration (NASA).

La NASA coordonne les travaux de recherche et d’exploration aéronautiques et spatiales et vient en remplacement de la NACA (National Advisory Committee for Aeronautics), avec pour objectif primaire de gagner la « course de l’espace » engagée contre l’URSS.

En 62, la NASA place le premier américain en orbite. L’astronaute John Herschel Glenn est le premier Américain à prendre part à un vol spatial habité. À bord de la capsule « Mercury Friendship 7 », il effectue trois révolutions autour de la Terre (129 000 km) en 4 heures et 56 minutes. Les Américains réussissent ce vol habité, mais toujours avec près d’un an de retard par rapport aux Russes : le 12 avril 1961, Youri Gagarine avait été le premier homme de l’espace.

Le programme lunaire annoncé par le président Kennedy en 1961 provoquera le véritable essor de la NASA. Le pari d’envoyer un homme sur la Lune sera tenu en 1969 et mettra KO l’URSS qui peu à peu perdit la course à l’espace.

Aujourd’hui, la NASA n’ayant plus de navette spatiale, doit compter sur les vieux protagonistes d’hier et leur « vieux » système Soyouz pour alimenter la station spatiale.

O tempo o mores…

10 thermidor An II – Robespierre est raccourci d’une tête, c’est la fin de la Terreur

La Terreur, mise à l’ordre du jour en septembre 1792 pour s’achever le 28 juillet 1794 avec l’arrestation et la mise à mort des robespierristes, s’est présentée comme un système répressif visant à protéger, défendre la démocratie de ses ennemis qui la rongent de l’intérieur. C’est au nom du « salut public » qu’ont été emprisonnés, près de cinq cent mille « traîtres du peuple » pendant cette période, dont cinquante mille « supprimés ».

La Terreur signifie l’élimination systématique des présumés contre-révolutionnaires. La loi dit des « suspects », votée par le Comité de salut public le 17 septembre 1793, instaure un règne de suspicion et de délations, lesquelles sont récompensées et encouragées par des primes.

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Maximilien Robespierre

Dans un célèbre discours du 5 février 1794, Robespierre en appelle à la terreur pour sauver la Révolution menacée de l’intérieur comme de l’extérieur et lui donne une justification inattendue : « La terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu ; elle est moins un principe particulier qu’une conséquence du principe général de la démocratie, appliqué aux plus pressants besoins de la patrie ».

 

Robespierre, le jeune avocat d’Arras, âgé d’une avait tout d’abord  trentaine d’années a depuis sa jeunesse au lycée Louis Legrand été séduit par les écrits de Jean-Jacques Rousseau. Élu représentant d’Arras aux états généraux de 1789, ce vertueux incorruptible, dont on ne connaît ni ami ni femme, trace son chemin. Il se montre discret à l’assemblée, mais assidu à un café de Versailles fréquenté par des députés bretons et auquel on donnera le nom de club breton.

À l’automne 1789, le roi et l’Assemblée se transportent à Paris. Le club breton s’installe de son côté dans le couvent désaffecté des Jacobins dont il prend le nom.

Tandis qu’à la tribune de l’Assemblée, Robespierre suscite des ricanements avec sa voix éraillée et son emphase, il va donner toute sa mesure au club des Jacobins. Ce haut lieu de l’agitation révolutionnaire est fréquenté par les députés comme par les artisans de la ville, les sans-culottes. Alléchée par ce titre, Elissa tenta d’y souscrire en jetant son string à la poubelle, mais son application lui fut refusée.

Le détachement de Robespierre des plaisirs terrestres refroidit les opposants et lui vaut le qualificatif d’« incorruptible défenseur du peuple ». C’est un robot, ni plus ni moins. HAL de Space Odyssey avait plus de compassion.

Après la chute de la monarchie, Robespierre est à nouveau élu député et entre à la Convention. Il se hisse d’emblée parmi les chefs de file de la Montagne, les députés les plus radicaux, attachés à la volonté du peuple, et appelés Montagne à cause des bancs les plus hauts de la Convention où ils siégeaient. La Montagne  organise l’élimination de la Gironde, un parti coupable de s’opposer à la Terreur. Ses chefs sont proscrits le 31 mai 1793.

L’« Incorruptible » va personnifier la Révolution à partir de son entrée le 27 juillet 1793 au Comité de salut public (le gouvernement révolutionnaire), dont il va devenir le président sans en avoir le titre.

Il élimine George Danton et les montagnards Indulgents, et comme un enragé relance la Grande Terreur. Il tenta même d’imposer le culte de l’Être suprême en remplacement du christianisme sans succès. Le jour de la Pentecôte, il est en tête du défilé d’honneur du nouveau dieu. Mais son attitude déplait: « Il ne lui suffit pas d’être maitre, murmure-t-on, il veut être dieu ».

Les têtes tombent par milliers. Gagnés par la lassitude et la peur, rassurés par les victoires des armées françaises sur le front, les députés de la Convention finissent par s’insurger.

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Robespierre, le jour de son execution, par Jaques-Louis David

Le 27 juillet, à la tribune de la Convention, Maximilien Robespierre se fait huer du haut des gradins aux cris de « A bas le tyran ! ». Ses opposants lui reprochent d’avoir instauré la loi du 22 prairial (10 juin) qui avait mis  en place la « Grande Terreur » et d’avoir organisé un système d’espionnage des députés. La grande majorité des conventionnels rejoint le mouvement. Robespierre « l’Incorruptible », Saint-Just « l’Archange de la Terreur », Couthon, Robespierre jeune, frère de Maximilien, ainsi qu’une vingtaine d’autres jacobins seront arrêtés et guillotinés le lendemain sans avoir été jugés.

 

Pendant son arrestation, en essayant de résister, Maximilien Robespierre a la mâchoire inférieure arrachée par une balle. Il ne lui fut plus possible de parler ni de discourir. Qui sait comment cet orateur hors pair qui terrifiait les foules aurait pu retourner la situation.

 

La Convention fait fermer le club des Jacobins et instaure la République thermidorienne.

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Tête de Robespierre ( masque mortuaire)

27 juillet 1890 – Mort accidentelle ou par suicide de Vincent Van Gogh

27juillet-download2Van Gogh, tout comme de Vinci et une poignée d’autres artistes, suscite des théories à n’en plus finir sur chaque évènement de sa vie. La dernière en date concerne sa mort. Une nouvelle théorie, tout de suite contredite par un autre, assure qu’il aurait été tué d’un coup de balle plutôt qu’un suicide.

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Van Gogh attire les théories. C’est un fait. Plus de 150 médecins ont proposé une variété de diagnostics déroutants pour expliquer ses peintures, allant d’un trouble bipolaire, schizophrénie, neurosyphilis, le trouble intercritique dysphorique, coup de soleil, la porphyrie aiguë intermittente, l’épilepsie du lobe temporal précipité par l’utilisation de l’absinthe en présence d’une lésion limbique précoce, maladie de Ménière, pour ne citer que quelques-uns. Les ophtalmologues insistent sur sa xanthopsia ou le fait de « voir jaune », induite par l’absorption de la digitalis après son internement à Saint-Rémy-de-Provence en 1889 , pour expliquer ses coups de pinceaux jaunes vifs.

Ce peintre fou, dont les voisins se plaignaient sans cesse avait déjà en un coup de folie sectionné son oreille, tout l’organe et non pas le lobe, comme il fut dit pour un certain temps. En plus de sa mutilation, il aurait offert son oreille à une prostituée. La fille de joie récipiendaire de ce surprenant présent aurait été une jeune femme de chambre d’une maison de tolérance, à laquelle Van Gogh n’était pas insensible. Elle avait une terrible cicatrice sur le bras, due à une morsure de chien. Van Gogh a probablement voulu lui faire don de sa chair. Mike Tyson aurait, parait-il, demandé l’autre oreille, mais Van Gogh n’a pas succombé à ses charmes.

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Van Gogh. Autoportrait, avec bandage sur l’oreille et pipe. Collection privée.

Pour revenir à son décès : le 27 juillet, Vincent quitte avec pinceaux et chevalet son auberge d’Auvers-sur-Oise, un village d’artistes à une trentaine de kilomètres de Paris. Il revient quelques heures plus tard, blessé, et meurt dans les bras de son frère Theo trente heures après. La dernière-née des théories stipule que Vincent Van Gogh aurait été blessé accidentellement par une balle tirée par un couple d’adolescents qu’il connaissait. Cette balle perdue ne fut pas tirée en célébration des résultats du brevet à Beyrouth. Pour une fois. Les deux gamins jouaient en indien et cow-boys, utilisant une arme qui fonctionnait mal. Ils étaient connus pour picoler avec le peintre. Il agonisa pendant deux longs jours avant de succomber. Son frère qui le soutenait financièrement avec une allocation de 150 francs, désespéré et malade de la syphilis, le suit dans la tombe quelques mois après.

Les auteurs, de cette théorie, Steven Naifeh et Gregory White Smith, ont consulté, parmi quelque 28 000 notes, des lettres de l’artiste qui jusqu’ici n’avaient jamais été mises à la disposition de chercheurs. Leurs arguments principaux sont le rapport d’autopsie, qui indique que la trajectoire de la balle qui a frappé Van Gogh au ventre était oblique et non droite, comme supposée dans le cas d’un suicide. Puis le rapport du médecin ne mentionne nulle part des traces de brûlure par la poudre, qui apparaissent sur la peau si le canon est à moins de 30 cm… Et la confession de Van Gogh qui a avoué le suicide n’aurait été que pour couvrir les deux gosses.

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L’arme du suicide, retrouvée en 1860

Cette théorie fut démontée en quelques semaines plus tard. D’autres certainement suivront. N’empêche, cette date du  27 juillet 1890 restera marquée par la disparition l’artiste maudit, qui n’aurait vendu qu’une seule toile de son vivant, pour le grand bonheur de ses héritiers qui vendent son travail à coup de millions.

L’arme du suicide n’avait jamais été retrouvée jusqu’à ce que, vers 1960, un fermier découvre dans les champs, sur les lieux où Van Gogh se serait donné la mort, un pistolet rouillé de calibre de 7 mm de type « Lefauchaux à broche ».  Le degré de corrosion suggérait que l’arme était restée dans le sol pour 50 ou 60 ans.

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Le champ à Auvers-sur-Oise, où Vav Gogh se serait suicidé

 

26 Juillet 657 – Bataille de Siffin entre Ali et Moawiya, ou comment perdre quand on avait déjà gagné

Ali ibn Abi Taleb, le gendre du prophète Mahomet, est nommé quatrième calife. En désaccord avec cette décision, le gouverneur de Damas, Muawîya, prend les armes contre le nouveau calife à Siffin sur les bords de l’Euphrate. Son armée perdant du terrain, Amr ben al-As, général de Muawîya a une idée: placer des pages du Coran sur les lances de ses soldats. Ali se retrouve alors dans l’incapacité de poursuivre le combat contre le Coran et accepte l’arbitrage qui lui est proposé. Mais ce compromis lui sera fatal. Il perdit sur tapis vert ce qu’il avait gagné sur le champ de bataille. Une partie de ses partisans, les kharidjites, considérera l’arbitrage humain comme un outrage à la justice divine. Ali sera assassiné le 24 janvier 661.

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L’investiture d’Ali, at Ghadir Khums (Ilkhanid, illustration manuscrit)

L’armée de Muawîya venant de Damas comptait 80 000 hommes, celle d’Ali 50 000 hommes. Une première bataille eut lieu entre les deux avant-gardes à Raqqa, qui se replièrent chacune dans son camp. L’armée de Muawîya prit position sur les rives du fleuve de l’Euphrate, ce qui empêcha les troupes d’Ali d’accéder à l’eau. Après une courte négociation, Muawîya permit aux troupes d’Ali de se rendre au fleuve. Les deux armées se reposèrent pendant deux jours. Ali envoya des émissaires demandant de le reconnaître comme seul souverain légitime, mais Muawîya refusa prétextant qu’il était là pour venger Uthman Ibn Affan, troisième calife de l’Islam. Pourtant Ali n’avait rien à voir avec les assassins: Uthman a été assassiné à Médine, l’année précédente dans sa maison, après avoir été assiégé durant 40 jours par un groupe d’insurgés. Ali qui n’était plus à Médine, se retira dans sa maison, mais les mêmes sahaba, ou premiers compagnons du Prophète, qui avaient élu Uthman vinrent le voir afin de lui demander de devenir calife, ce qu’il refusa d’abord avant de changer d’avis quelques jours plus tard.

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Bataille de Siffin, illustration persane safavide, 1516

Au début du mois de Mouharam, Ali déclara qu’il voulait que l’on cesse les combats pendant le mois sacré. Durant ce mois, les deux armées se firent face, sans réel combat et dans l’espoir d’une conciliation. À la fin du mois, Ali annonça à ses hommes : « préparez-vous à combattre demain ». Un assaut général qui dura deux jours vit l’armée de Muawîya reculer. Une vraie boucherie. Les deux camps comptèrent de nombreux blessés et tués. À la fin de cet assaut, les deux armées comptaient 40,000 tués sans compter ceux qui moururent de leurs blessures dans les jours suivants.

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Lieu de la bataille de Siffin

Le 26 juillet, sentant la défaite proche, Amr ben al-As, le général de Muâwîya utilisa alors une ruse : il fit mettre au bout des lances de ses soldats une page du Coran. Les soldats de l’armée d’Ali arrêtèrent le combat ne voulant pas combattre contre le livre saint.

Les deux adversaires convinrent alors d’un arbitrage. Ali signa, plutôt contraint, un traité qui devait durer huit mois, laissant à Amr et à Abou Moussa al-Achari le soin de trancher le conflit. Un certain nombre de partisans d’Ali refusèrent cette solution, arguant qu’Ali avait été désigné par Allah comme calife et qu’il n’a donc pas le droit de revenir sur cette décision divine. Ces réfractaires formèrent ensuite un des premiers courants dissidents de l’Islam,le courant kharidjite.

Les deux arbitres désignés à Siffin devaient examiner le Coran chacun de son côté. Muâwîya et Ali devaient envoyer quatre cents hommes parmi les mieux qualifiés pour devenir calife pour assister aux débats. Abû Musa avança que le futur calife ne pouvait être ni Muâwîya ni Ali, Amr lui répondit qu’il ne voyait pas pourquoi exclure Muâwîya, alors qu’Ali, au contraire devait être exclu comme responsable de la mort d’Uthman. Finalement ils semblèrent tomber d’accord de soumettre le califat à l’élection et d’en exclure Muâwîya et Ali. Tout le monde se sépara, mais les Syriens nommèrent quand même Muâwîya prince des croyants.

 

Dans les mois qui suivirent, Ali perdit un grand nombre de ses partisans: même son frère Aqil rallia Muâwîya.

En 661, les kharijites organisèrent un triple meurtre des protagonistes de cet arbitrage: Muâwîya à Damas, Ali à Koufa et l’arbitre du conflit Amr en Égypte. Les trois attentats furent exécutés le même jour. Ali mourut de ses blessures, Muâwîya fut blessé et survécut, et Amr échappa complètement à l’attentat.

Aux termes de la conciliation de Siffin, Muâwîya devenait le seul candidat au titre de calife et il fut alors généralement accepté comme calife, puisque Hasan, fils aîné d’Ali renonça au califat et à toute prétention.

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Bataille de Siffin, illustration

25 juillet 306 – Constantin proclamé empereur

Faisant fi de la méritocratie, Constantin remet l’hérédité par le sang et se fait proclamer empereur. Première étape d’une longue marche qui le rendra maître de Rome, après avoir éliminé tous ses rivaux.

Le 25 juillet 306, Constantin est proclamé empereur par ses soldats à Eburacum, en Bretagne (aujourd’hui York, en Angleterre), où il a rejoint le quartier général de son père Constance Chlore, qui vient de mourir.

C’est le début d’une prodigieuse ascension qui va conduire le jeune trentenaire à la tête de l’Empire romain, après l’élimination de tous ses rivaux, et après avoir enterré la méritocratie pour l’hérédité, un peu comme chez les oranges chez nous.

Une dizaine d’années plus tôt, Dioclétien et son compagnon d’armes Maximien Hercule ont tenté de résoudre la question successorale à la tête de l’Empire romain en instaurant la « tétrarchie », du grec ancien, ou quatre gouvernements. Pourquoi faire simple quand on peut faire complexe ?

En fait, sous la pression des invasions barbares, l’Empire romain connaissait une grave crise. Les empereurs ayant de plus en plus de mal à repousser les envahisseurs, l’armée prit, parallèlement à la croissance de ses effectifs, une place de plus en plus importante dans l’État, désignant et renversant les empereurs. Comme quoi, Émile, Michel et Michel n’ont pas inventé le passage de la grande muette à la tête de l’état. Au sein de l’Empire romain, des guerres civiles s’ajoutaient aux guerres étrangères, les légions d’une région désignant un général populaire empereur, dans l’espoir d’obtenir la prime attribuée par les nouveaux empereurs à leurs troupes : le donativum. Il arriva que certaines parties de l’Empire fissent sécession, proclamant leur propre empereur. Bref, c’était le bazar à la tête de l’Empire.

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Palais de Dioclétien (actuel emplacement de la ville de Split en Croatie)

Ce problème fut résolu par Dioclétien. Ce dernier, arrivé au pouvoir en étant désigné nouvel Auguste par ses troupes, puis en éliminant ses concurrents, il décida d’instaurer un nouveau système. Pour ne plus être seul à gouverner tout l’Empire, il nomma Maximien César, avec charge de défendre la partie occidentale de l’Empire. La répartition territoriale se fit naturellement en fonction de la langue administrative, la partie orientale de l’Empire (Balkans et Grèce en Europe, Proche-Orient, Égypte) utilisant traditionnellement le grec, la partie occidentale (Italie, Gaules, Espagnes, Nord de l’Afrique, cours supérieur du Danube), utilisant le latin.

Cependant, malgré ces deux chefs, l’Empire n’était pas divisé, et Dioclétien gardait toute autorité sur son César, ainsi que sur l’ensemble de l’Empire et des légions. Maximien ne bénéficiait que d’une délégation de pouvoir. Il fut néanmoins bientôt élevé au rang d’Auguste, égalant en titulature Dioclétien.

Pour compléter la tétrarchie, Dioclétien et Maximien désignèrent chacun son César, ou remplaçant.

Dioclétien choisit Galère, berger d’origine dace devenu un brillant stratège dans l’armée de Rome, qu’il maria à sa fille. Quant à Maximien, il a jeté son dévolu sur Constance Chlore, militaire illyrien comme lui.

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Portrait des Quatre Tetrarques, porphyre initialement placée au palais de Constantin, puis trasnférée à la basilique St Mark à Venise

Constance Chlore avait auparavant noué une liaison avec Hélène, une femme de basse extraction, exerçant la profession de stabuleria, ce qui peut se traduire par « servante d’auberge » ou par prostituée recrutant ses clients dans les étables (stabula) près des auberges. Il s’éprit de la belle femme et l’épousa. Elle lui donna un fils: Constantin, le futur empereur. Tôt convertie à la religion chrétienne, Hélène a contribué à rapprocher son mari et son fils de la foi nouvelle, l’un et l’autre se gardant toutefois d’afficher leurs convictions en public.

Mais une fois nommé César, raison d’État oblige, Constance Chlore fut forcé de répudier Hélène et se remaria avec Théodora, fille de son protecteur Maximien, qui lui donna six enfants.

De la succession par le mérite à la succession héréditaire

Usés par la tâche, Dioclétien et Maximien se retirent de leur plein gré le 1er mai 305, selon la règle qu’ils ont eux-mêmes fixée. Mais leurs successeurs montrent beaucoup moins de désintéressement et ne tardent pas à se disputer le pouvoir.

Suivant l’exemple de Dioclétien, Constance Chlore, nouveau «Auguste» d’Occident, doit choisir un «César», qui fut Sévère, tandis que son propre fils est placé sous le commandement de Galère, «Auguste» d’Orient. Mais Constantin avait les dents longues, et ne voyait pas les choses de cet œil. Apprenant que son père était mourant, Constantin obtient de revenir auprès de lui, à York. Il resta avec lui jusqu’à ce que Constance Chlore décède, et alors, il se fait désigner «Auguste» à sa place, faisant fi des règles édictées par Dioclétien.

De son côté, à Rome, Maxence, fils de Maximien, n’accepte pas davantage d’être privé de la succession de son père. Il se fait à son tour proclamer «Auguste» par la garde prétorienne, la troupe d’élite stationnée dans la ville éternelle et chargée de la protection de l’empereur.

Ainsi le principe héréditaire vient-il brutalement se heurter à la cooptation au mérite qu’avaient tenté d’instituer les premiers tétrarques… Gebran Bassil jubile. Constantin aussi. Avec la mort de la méritocratie, s’ensuit une confusion augustéenne, où les césars et augustes sont nommés, puis écartés en orient et en occident.

Maxence, pour consolider son pouvoir, invita son père Maximien Hercule à revêtir de nouveau la pourpre et prendre place à ses côtés, puis il poursuivit Sévère, le César légal qui lui disputait le pouvoir en Occident, et le fait mettre à mort.

En 307, Maximien, qui prend peur devant la tournure des choses, tente d’évincer son fils mais il échoue et doit se réfugier à Trèves, au nord de la Gaule, sous la protection de son gendre Constantin. Mais, il ne peut s’empêcher de comploter contre ce dernier. Dénoncé par sa fille, il s’enfuit à nouveau jusqu’à Marseille, poursuivi par Constantin. Finalement il est contraint de se suicider en 310.

De son côté, Galère, nouveau «Auguste» d’Orient, ajoute à la confusion en tentant de remettre de l’ordre dans la tétrarchie. Il hisse à la fonction d’«Auguste» son compagnon d’armes Licinius, un ancien paysan dace comme lui. Mais, malade, il doit se retirer de la compétition. Avec lui disparaissent les derniers vestiges de la tétrarchie.

Finalement, le 28 octobre 312, Constantin bat son rival Maxence au Pont Milvius, sur le Tibre, à la sortie de Rome.

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La Bataille du Pont Milvius – détail (Fresque de Raphaël, Vatican, Salle de Constantin)

Cette bataille entre les deux prétendants à l’Empire va s’inscrire dans les mémoires en raison moins de son aspect militaire que de son aspect symbolique : pour la première fois, en effet, le futur empereur Constantin le Grand révèle son empathie pour la religion chrétienne, et arbore la croix.

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Constantin le Grand, ou Saint Constantin, saint de l’église Orthodoxe

Le règne de Constantin voit l’établissement de la liberté de culte individuel qui met fin aux persécutions des chrétiens (édit de Milan, 313). Il met provisoirement fin aux dissensions des Églises d’Orient en convoquant le concile de Nicée (325) et affirme son autorité dans le domaine religieux : c’est le césaropapisme. Il instaure une monnaie stable (le solidus, 312), développe l’administration centrale, défend les frontières de l’Empire contre les Francs, les Alamans, les Sarmates, les Goths et les Perses. Il fonde en 330 une nouvelle capitale à son nom, Constantinople (actuelle Istanbul). Ses réformes favorisèrent largement l’essor du christianisme, vers lequel il se tourna progressivement et dont il est devenu l’un des saints pour l’Église orthodoxe.

Ses noms de référence sont Imperator Caesar Flauius Valerius Aurelius Constantinus Pius Felix Inuictus Augustus, Germanicus Maximus, Sarmaticus Maximus, Gothicus Maximus, Medicus Maximus, Britannicus Maximus, Arabicus Maximus, Adiabenicus Maximus, Persicus Maximus, Armeniacus Maximus, Carpicus Maximus. (Gebran, faut s’y mettre à la rédaction du nom, le temps presse !)

 

24 Juillet 1911 – Hiram Bingham découvre Machu Picchu

Après une longue marche dans la jungle, arrivé au sommet, Bingham tombe sur la citadelle inca de Machu Picchu, trésor architectonique jusqu’alors resté caché pendant plus de 4 siècles sous l’exubérante nature du canyon de l’Urubamba.

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Hiram Bingham

Le professeur de l’université de Yale, Hiram Bingham auteur de cette trouvaille, est un anthropologue converti, historien et explorateur nord-américain passionné par l’archéologie. Bien qu’il soit considéré comme un archéologue, il préféra toujours le terme explorateur, insistant pour être décrit ainsi dans les Who’s Who de son époque.

Né à Honolulu, Hawaï, en 1875, il étudia l’histoire et la géographie de l’Amérique du Sud à l’Université de Yale. Il s’est intéressé aux légendes sur la llacta de Vitco, le dernier refuge des Incas en rébellion contre les Espagnols, dans la jungle de Vilcabamba, contées de manière épique par les chroniqueurs de cette époque. Sa première incursion eut lieu en Argentine en 1906.

En juillet 1911, après plusieurs jours de marche, Hiram tombe sur des murs construits, recouverts de végétation.
« Nous nous frayions un chemin à travers la forêt vierge (…). Quand soudain, je me suis retrouvé face aux murs de maisons en ruines construites grâce à un travail de pierres très minutieux qu’avaient fait les Incas », raconte-t-il dans son livre consacré, en 1948, à sa « découverte » (La Fabuleuse Découverte de la cité perdue des Incas, Pygmalion, réed. 1998).

« Alors que j’examinais les grands blocs de la ligne inférieure et calculais qu’ils devaient peser  entre 10 et 15 tonnes chacun, je ne pouvais pas en croire mes yeux. Quelqu’un allait-il croire ce que je venais de découvrir? Heureusement (…), j’avais un bon appareil photo et le soleil brillait »

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En réalité, l’archéologue cherchait la ville de Vitco, le dernier refuge des Incas et lieu de résistance contre les Espagnols, et il était convaincu de l’avoir trouvée. Cette découverte fut le fruit d’une investigation exténuante basée sur les informations fournies par des paysans en plus de nombreuses années de voyage et exploration de la zone.

Bien que la découverte soit attribuée à Bingham, Enrique Palma, Gabino Sanchez et Augustin Lizárraga furent les premiers à visiter ces vestiges archéologiques et à graver leur nom sur une pierre, le 14 juillet 1901. Hiram Bingham s’accommoda rapidement de ce petit contretemps, en grattant activement leur nom pour s’attribuer la paternité de cette découverte.

Le site se trouve à l’est de la cordillère des Andes, aux limites de la forêt amazonienne  au Pérou, à cent trente kilomètres de Cuzco, à 2 438 mètres d’altitude. Les ruines sont à cheval sur la crête entre deux sommets : le Huayna Picchu signifiant « jeune montagne » et le Machu Picchu, signifiant « vieille montagne » en quechua.

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Hiram Bingham (gauche) avec des membres de son équipe

Pour Hiram, ce site ne pouvait être que la Vitcos tant recherchée. Il s’y accrocha bec et ongle à cette théorie, même quand d’autres chercheurs prouvèrent catégoriquement que Machu Picchu ne pouvait être la capitale recherchée. Pour lui, ce site découvert sous les lianes était Vitcos, la capitale de l’un des derniers empereurs incas, Manco II, et de ses fils. Ledit Manco aurait emporté dans sa fuite de véritables trésors, notamment la plus grande et la plus précieuse des effigies en or du Dieu Soleil, qui ornait le grand temple de Cuzco. Il n’en fallait pas plus pour exciter les imaginations de tous les chasseurs de trésors. C’est pour cette raison que Walid avait envoyé Taymour sur place.

Suite à la découverte de Machu Picchu, la Vitcos de ses rêves, Bingham sollicita un soutien économique à l’Université de Yale et la Société Géographique Nationale, qui lui fut donnée. Il employa un groupe d’archéologues et anthropologues pour effectuer les fouilles sur le site. Bingham obtint le 31 octobre 1912 l’autorisation d’exécution d’œuvres sur Machu Picchu, et d’emporter les objets rencontrés durant ses travaux archéologiques aux États-Unis. Selon l’article nº4 de cette autorisation Bingham pouvait faire sortir librement toutes les pièces obtenues pendant ses explorations, sous la condition de les rendre au Pérou sur simple pétition.

Tu parles, Charles !

Le site fut retourné mètre par mètre, et aujourd’hui, Bingham et son expédition sont le plus grand exemple de piraterie culturelle qu’a connu l’Amérique du Sud.

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23 juillet 1904 – Un réfugié syrien invente la corne à glace, ou cornet

Canicule et situation régionale combinée, un article sur la glace et un réfugié syrien qui inventa le cornet en 1904.

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Ernest Hamwi

Le 23 juillet 1904, à la foire internationale de Saint-Louis, Missouri. Arnold Fornachou, vendeur de glaces, se retrouve à court d’assiettes en papier pour servir ses clients. Dans le stand à côté, un boulanger syrien du nom d’Ernest Hamwi propose des zalabias, qui ressemblent à de grosses crêpes rondes et plates cuites dans un moule à gaufres. Solidaire de son voisin désemparé, Hamwi lui propose de servir ses glaces sur ses gaufres. Il roule les zalabias chauds en forme de cône avant de les laisser refroidir pour y mettre de la crème glacée.

Cette histoire découle d’une lettre adressée au Ice Cream Trade Journal, par Hamwi, en 1928, bien après qu’il eut fondé la Cornucopia Waffle Company, devenue ensuite la Missouri Cone Company.

C’est l‘une des versions liées à l’invention du cornet à glace. Une seule chose est certaine, c’est que le cornet comestible qui sert à servir la glace a fait son apparition vers le 23 juillet, à la foire internationale de Saint-Louis. Nombreux étaient les vendeurs de glaces à l’Exposition universelle, et plusieurs ont réclamé la paternité du cornet.

Un New-Yorkais, nommé Italo Marchioni, a affirmé qu’il vendait de la glace dans un récipient comestible en pâtisserie depuis 1896. Il est avéré en tout cas qu’il a obtenu le brevet le 13 décembre 1903, pour un moule à coupe en pâte destiné à recevoir la glace ; il avait tenté de trouver une solution au manque à gagner causé par le bris des récipients en verre qu’il utilisait, ou par le fait que les clients ne les rapportaient pas. Son brevet ne concernant pas qu’une seule forme de moule, alors que bien d’autres avaient été créées, Marchioni a ensuite perdu le procès qu’il avait intenté contre les fabricants de cornets pour violation de brevet.

21 juillet 357B.C. – Érostrate brûle le temple d’Artemis, une des merveilles du monde, pour accéder à la notoriété

Manque de pot. Le tribunal qui le juge interdit de prononcer son nom, sous peine de mise à mort. Néanmoins, la notoriété survient un peu plus tard, l’historien Théopompe le mentionnant dans ses Helléniques ; puis il est repris par Strabon, Élien, Solinus, et Panta Rhei pour Ave Tempus, qui feront connaître le nom d’Érostate à la postérité.

 

Les faits

21juillet-119048601_1Dans la nuit du 21 juillet -357, Érostrate, un jeune homme de la cité antique d’Éphèse en Asie Mineure en manque de reconnaissance a l’idée lumineuse d’illuminer le temple d’Artémis en y mettant le feu, pour accéder à l’Histoire et à l’immortalité. Il met le feu au temple d’Artémis, l’une des sept merveilles du monde antique. La déesse en question est représentée au musée actuel d’Éphèse sous la forme d’une « déesse aux mille seins », rien à voir avec sa réincarnation romaine, Diane la chasseresse…

Le pyromane expliqua sous la torture qu’il avait voulu par son geste acquérir une immortelle notoriété. Comme quoi ce besoin existait bien avant le Loft, Big Brother et les perches à selfies. Il fut supplicié comme il se doit et exécuté par les Éphésiens qui condamneront à mort toute personne de la cité qui prononcera son nom.

Dans sa nouvelle Érostrate, publiée dans le recueil de nouvelles Le Mur, Jean-Paul Sartre résume brillamment l’histoire en quelques lignes :

« — Je le connais votre type, me dit-il. Il s’appelle Érostrate. Il voulait devenir illustre et il n’a rien trouvé de mieux que de brûler le temple d’Éphèse, une des sept merveilles du monde.
— Et comment s’appelait l’architecte de ce temple ?
— Je ne me rappelle plus, confessa-t-il, je crois même qu’on ne sait pas son nom.
— Vraiment ? Et vous vous rappelez le nom d’Érostrate ? Vous voyez qu’il n’avait pas fait un si mauvais calcul. 

 

Le temple

21juillet-artemis-planLe temple d’Artemis, dédié à la déesse de la chasse et chef d’œuvre de l’art ionien, a été construit vers 550 av. J.-C. par Théodore de Samos, Chersiphron et Métagénès, et financé par le roi Crésus de Lydie.

Il était entouré de 127 colonnes. Ses dimensions colossales (137,74 m de longueur et 71,74 m de largeur) et la richesse de sa décoration expliquent sa mention dans seize des vingt-quatre listes des sept merveilles du monde qui nous sont parvenues.

D’après Plutarque, reprise par Cicéron dans son traité De Divinatione, cet incendie eut lieu le jour de la naissance d’Alexandre le Grand, ce qui inspire à Hégésias de Magnésie le commentaire suivant : « on comprend que le temple ait brûlé, puisque Artémis était occupée à mettre Alexandre au monde! »

Ce temple est également considéré comme un des premiers établissements bancaires au monde. Il disposait de ses propres finances et faisait fonction de banque pour les dépôts. À quoi servirait sinon la fonction de prêtre si on ne peut pas en profiter au passage ? Puis, de par son statut, le sanctuaire était inviolable et le droit d’asile était accordé à ceux qui se plaçaient sous sa protection.

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Ce qui reste du temple aujourd’hui

Un second temple est bâti au milieu du IVe siècle av. J.-C. sur le même plan avant d’être pillé par les Goths en 263, puis brûlé par les chrétiens en 401. Justinien achève de le démanteler en prélevant une partie de ses colonnes pour le palais impérial de Constantinople. Ses ruines sont visibles à quelques kilomètres de la ville turque d’Izmir.