1er juillet 1751 – Naissance tumultueuse de l’Encyclopédie

Le 1er juillet 1751 paraît le premier volume de l’Encyclopédie «tableau général des efforts de l’esprit humain dans tous les genres et dans tous les siècles». La levée des boucliers ne se fait pas attendre, science et religion ne font pas un bon couple.

L’aventure inédite et révolutionnaire est née six ans plus tôt dans la tête du libraire Le Breton qui voulait traduire la Cyclopaedia de l’anglais Ephraïm Chambers, un dictionnaire illustré des sciences et des arts publié en 1728. Mais Denis Diderot à qui il soumet l’idée voit plus grand. Il ne veut pas juste traduire l’ouvrage, mais écrire une œuvre qui englobera tout. Absolument tout. Il perçoit l’immense portée philosophique que peut représenter le projet. Il n’hésite donc pas un instant à se lancer corps et âme dans l’entreprise, faisant appel à plusieurs grandes plumes de l’époque. Rousseau, Voltaire et Montesquieu qui peinaient à faire accepter leurs articles par Wikipédia jouent le jeu. Il planche sur le nom, il pense tout d’abord à Al Jarass (qui contient tout, absolument tout), mais c’est déjà pris. Alors il invente un néologisme grec, Encyclopédie, qui signifie « les sciences destinées à être enseignées ».

Diderot s’associe les services de son ami, le mathématicien et philosophe Jean Le Rond d’Alembert. En octobre 1750, il expose son projet dans un Prospectus en vue d’attirer des souscripteurs. Pas moins de 2.000 répondent à l’appel, ainsi que le support de madame de Pompadour, maîtresse du roi Louis XV. Le projet est lancé.

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Séance de lecture chez Diderot

Le succès de l’Encyclopédie est immédiat en France, mais aussi dans toute l’Europe des Lumières. Son tirage s’élève rapidement à 4200 exemplaires, ce qui est beaucoup compte tenu du coût et de l’ampleur de l’œuvre. Les livres à l’époque étaient vendus tout au plus à 1,500 copies. Diderot aurait pu vendre beaucoup plus si la version Kindle n’avait pas été piratée et offerte en téléchargement gratuit sur un serveur russe.

Les premiers ennuis débutent en 1752, avec un article sur la Genèse et la création du monde rédigé par un ecclésiastique quelque peu libre penseur. Un arrêté du conseil du roi Louis XV interdit l’impression et la diffusion des deux premiers volumes de « L’Encyclopédie » ou « Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers ». L’œuvre est jugée subversive par les Jésuites qui la qualifient « d’athée et matérialiste », « contaminées par l’esprit voltairien ».

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Un dîner de philosophes, par Jean Huber. Denis Diderot est le second de la droite (assis)

Mais Mme de Pompadour et le directeur de la Librairie, Malesherbes, arrivent à convaincre le roi et font lever l’interdiction, autorisant la parution des cinq tomes suivants.

 En 1759, le pape Clément XIII condamne l’Encyclopédie de Diderot

L’encyclopédie n’est pas qu’un simple dictionnaire : Diderot y récuse l’idée de monarchie de droit divin et définit les limites de tout pouvoir, si bien que son « Encyclopédie », malgré le soutien du public, cette fois-ci, l’ouvrage dans tous ses volumes est interdit, par le pape, le roi et Nabih Berri. Le travail sera tout de même secrètement poursuivi par Diderot et le libraire Le Breton. Mais ce dernier censurera plusieurs articles à l’insu des auteurs, ce qui scandalisera Diderot lorsqu’il s’en apercevra.

D’Alembert, découragé, renonce à poursuivre l’entreprise. Les dix derniers tomes sont publiés clandestinement par Diderot en 1765 et les derniers volumes de planches illustrées sont enfin publiés sans la participation de Diderot en 1772. Au total, en trente ans, auront été publiés 28 volumes auxquels ont participé environ 200 auteurs, y compris les plus réputés de leur temps : Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Condorcet, Quesnay, Turgot, Marmontel, Helvétius, le baron d’Holbach… David Wolfe n’y apparaît pas, son article sur la noix de coco ayant été recalé.

En chiffres, l’Encyclopédie a fait :

  • 17 volumes d’articles, publiés entre 1751 et 1765
  • 11 volumes d’illustrations, publiés entre 1762 et 1772
  • 18,000 pages de texte
  • 75,000 entrées
    • 44,000 articles principaux
    • 28,000 articles secondaires
    • 2,500 illustrations
  • 20,000,000 mots au total

Pour comparer: Facebook pointe en tête avec 30 milliards d’articles partagés chaque mois, suivi par Wikipedia qui totalise 5 millions et demi d’articles en mai 2017 en anglais, avec une croissance de 20,000 articles par mois. L’Encyclopédie de Diderot leur a pavé la route avec seulement 75,000 entrées, pour que le premier serve à faire fondre la masse grise et le second à copier-coller les devoirs.

 

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