2 juillet 1940 – Churchill lance l’Opération Catapult

À l’origine de l’anglophobie française moderne, et du maintien du surnom  de « Perfide Albion », l’opération Catapult. Quoi de mieux que de bombarder la flotte de ses alliés ancrée dans ses ports pour se remonter le moral ? Churchill avait besoin d’une victoire, et ce n’est pas face aux Allemands qu’il allait se faire les dents. Il y avait bien plus facile… La flotte française alliée réfugiée dans ses ports.

L’opération Catapult et Mers el Kebir Mers-El-Kébir sont de ces noms qui rappellent de sombres souvenirs de l’histoire de France : l’armistice de 1940, et le coup de poignard dans le dos de Churchill.

Quelques jours avant cette opération, le 22 juin exactement, le gouvernement français signe un armistice avec l’Allemagne après une campagne de six semaines qui a mis exergue le manque de préparation et l’absence de stratégie des généraux pantouflards, endormis sur leurs lauriers de la der des ders. L’armistice stipule entre autres que les navires français devront être désarmés dans leurs ports.

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Mers el Kebir, le 2 juillet 1940

Les amiraux et capitaines préfèrent fuir à bord de leurs navires, soit dans les ports anglais soit dans les ports des colonies françaises pour continuer le combat, car, las, les marins pensaient que l’immense empire colonial de la France, mais s’il était très mal préparé, voire pas du tout, à la conduite de la guerre, allait servir de nouvelle base pour reprendre les hostilités.

Le 2 juillet, Churchill décide de lancer l’opération Catapult contre tous les navires français.

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Winston Churchill

En Angleterre, contrairement à ce qu’a laissé entendre la belle histoire des vainqueurs, l’ambiance est des plus moroses. Les témoignages des Londoniens de l’époque, mentionnent des citoyens pessimistes, avec le moral dans les chaussettes. On est loin du modèle de l’anglais prêt à tout pour se battre jusqu’au bout… Le Premier ministre malgré sa détermination à continuer la lutte est en ballotage défavorable, car là encore, contrairement à l’histoire véhiculée après-guerre, une partie du gouvernement britannique est prête à négocier avec les nazis. Churchill vient tout juste d’être nommé Premier ministre, malgré la résistance du « camp de la paix » qui veut arrêter la guerre. Il veut frapper les esprits, tant américains que britanniques, quitte pour cela à trahir son allié français. L’historien britannique Richard Lamb écrit : «Le verdict de l’histoire doit être qu’en ignorant l’avis de son amirauté, et en provoquant une guerre larvée avec la France, Churchill a porté atteinte à la cause alliée. Son refus de croire les promesses des Français qu’ils ne permettraient jamais aux Allemands de s’emparer de la flotte fut presque sa plus grave erreur politique de la guerre».

Une victoire militaire était nécessaire. L’opération Catapult fit deux coups d’une seule pierre. En plus de montrer à ses concitoyens que l’Angleterre ne cèdera pas, et il fit en sorte que le poids militaire de ses alliés français fut réduit au maximum, ainsi il n’aurait pas à les consulter ni négocier avec eux pour la suite des opérations.

Le 3 juillet au matin, les opérations ont lieu dans le port d’Alexandrie, où les amiraux anglais et français trouvent un accord sans verser du sang, dans les ports anglais où les navires français sont saisis après une résistance pour la forme, et à Mers el Kébir où le gros de la flotte française est ancrée en une position qui ne leur permet même pas de riposter, leurs canons dirigés vers la terre.

Au matin du 3 juillet, une escadre de navires britanniques alliés apparaît à l’horizon de Mers el Kébir. À la surprise de les voir passer si près des côtes, succède rapidement un mélange d’excitation et de suspens dans les rangs des marins français : les anglais viendraient les chercher pour continuer la lutte. Mais au fur et à mesure que le temps s’égrène, la situation devient inquiétante pour les non informés : rappel des personnels à bord, procédures et définition des ordres d’appareillage, puis l’alarme du branle-bas de combat qui résonne dans tout le port. Pourtant les amiraux français avaient déclaré sur l’honneur qu’ils ne rejoindraient pas l’Axe. Que s’est-il passé?

Churchill donnera l’ordre à l’Amiral Sommerville, commandant l’escadre britannique, de lancer un ultimatum aux Français. Parmi les propositions : le sabordage, l’internement dans des ports français des Antilles ou rejoindre l’Angleterre pour continuer la lutte. Comme les négociations traînaient, Churchill n’attendit pas la fin et fit bombarder la flotte. Ce fut comme un exercice de tir, les navires français étant dans l’incapacité de répondre. Bilan : 1297 marins français morts, et 350 blessés.

Le drame et l’ampleur du nombre de victimes suscitèrent de nombreuses réactions d’indignation même en Grande-Bretagne, mais en suivant avec son célèbre discours « … nous nous battrons sur les plages, dans les rues […] nous ne nous rendrons jamais…« , Churchill réussit à envoyer un message au monde entier : l’Angleterre ne cédera pas, et toute la nation se fédèrera derrière lui.

Voilà comment on traite ses alliés. Churchill fut bien content de sa stratégie, et remercia amplement son conseiller Saad Hariri, qui lui avait assuré avoir fait de même avec ses alliés pour la présidentielle, afin de garantir  sa place de Premier ministre, lui aussi.

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Sans son opération Catapult, Churchill n’aurait pas eu la maîtrise totale de la poursuite du conflit, maîtrise qu’il avait acquise en se débarrassant de l’alliance Franco-Britannique. Dorénavant, et jusqu’en 42, la Chambre des Communes lui était toute dévouée, il s’était entouré exclusivement de yes men, et n’avait plus à consulter ce grincheux de de Gaulle qui ne pesait plus dans le conflit. De même, il s’était débarrassé de la vieille garde du parti conservateur, les Chamberlain et Halifax. Et avec sa double casquette de ministre de la Défense et Premier ministre, il s’était attribué des pouvoirs spéciaux pour continuer SA guerre.

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