3 juillet 1187 – Victoire de Saladin à Hattin

Maître de l’Égypte et de la Syrie, le sultan Saladin remporte une grande victoire sur les croisés au pied des cornes de Hattîn, près du lac de Tibériade, au nord-est de la Palestine. Et ainsi, les États francs de l’Orient perdent toute leur armée et leur chevalerie.

Rien que pour la naissance du mythe des Templiers, avec lequel on nous rebat les oreilles à la télé, au cinéma et dans les romans de Dan Brown, Saladin mérite le palet. Saladin, en mettant à genou les principautés et comtés d’Orient, et en décapitant au passage les quelques centaines de templiers restants, a réussi à atteindre le but de son jihad : libérer la ville de Jérusalem, et démarrer la légende du Graal et des Templiers.

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An-Nasir Salah ad-Din Yusuf ibn Ayyub

Moins d’un siècle plus tôt, les chevaliers d’Occident s’étaient élancés vers l’Orient en vue d’enlever aux musulmans Jérusalem et le tombeau du Christ. Chose faite, ce fut le temps des divisions et guerres internes. L’Orient et le pouvoir furent ainsi divisés en États francs et un siècle plus tard, en pleine déliquescence, dut faire face à un ennemi autrement plus coriace. Saladin el Ayyoubi avait réussi là où ses prédécesseurs, et ses successeurs d’ailleurs s’étaient cassés les dents: unifier les musulmans sous une seule bannière pour contrer l’envahisseur. Gamal Abdel Nasser essaya de lui chiper la recette pour cette unification miracle, mais Saladdin ne la lui fila pas.

 

 

En cette année de 1187, Saladin avait décrété le jihad pour libérer la ville sainte. De l’autre côté, Guy de Lusignan, jeune chevalier parachuté au Moyen-Orient chez son frère Amalhric, roi de Chypre. Voulant faire carrière dans cet eldorado oriental, il se maria à Sybille, cousine de Richard Cœur de Lion, et héritière du trône de Jérusalem, qui lui laissa le trône et la couronne. Du Gebran Bassil tout craché. Mais le roitelet fraîchement promu manquait de talent. Il voulait ferrailler comme papi, puis ripailler et violer quelques Sémites en prise de guerre. Faisant fi de la trêve signée avec les Arabes, entouré de quelques barons, il décida de reprendre les hostilités.

Renaud de Châtillon, un aventurier, nommé seigneur d’Outre Jourdain et de Montréal, à la tête d’une troupe, attaqua une caravane de pèlerins en route du Caire vers Damas. Il en massacra les hommes en armes et emprisonna les commerçants et les caravaniers dans sa citadelle de Kérak. Par la suite, il attaqua d’autres caravanes de pèlerins allant à La Mecque, se pavanant même d’y aller à son tour pour la détruire. Saladin demanda officiellement la restitution du butin et des prisonniers aux seigneurs francs, fit preuve diplomatie, voulant se préparer mieux, rebâtir son empire dévasté après les nombreuses guerres internes, et de refaire une santé après le long siège de Mossoul qui venait de tomber. Mais Renaud refusa de l’entendre.

En mars, il réunit ses troupes et marcha vers Montréal et Kérak qui tombèrent rapidement. Sur sa route, il rencontra un certain Baghdadi qui voulait être calife à la place du calife, et qui ne demandait pas mieux que décapiter des francs, mais Saladin préféra ne pas s’allier avec une telle ordure. Conformément à son alliance avec Raymond de Tripoli, Saladin demanda au Comte  de laisser ses éclaireurs faire une reconnaissance du côté du lac de Tibériade. Le comte, embarrassé, et en plein conflit avec le roi de Jérusalem qu’il refusait de reconnaître ne peut refuser. Manque de pot, l’armée de Saladin tomba sur une avant-tête  de 150 chevaliers templiers et hospitaliers qui rentraient après avoir attaqué  une colonne au nord de Nazareth. Ce fut un massacre : seuls cinq hospitaliers et trois templiers parviennent à s’enfuir, dont le maître de l’Ordre, Gérard de Ridefort.

La paix n’était plus possible, et même Raymond III, bon gré mal gré, dut se ranger dans le camp des francs, le massacre ayant eu lieu sur ses terres.

Dès les premiers jours de juillet 1187, les deux camps sont prêts pour en découdre. Du côté franc, les ordres militaires fournissent autour de 2000 chevaliers, dont 1200 templiers, 13000 fantassins et 40000 mercenaires de majorité Turcomènes. En face, Saladin, aligne une force de plus de 30 000 soldats, dont les redoutables archers montés.

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Le 2 juillet, l’armée franque arrive à Séphorie, marchant avec en tête la vraie croix qui devait leur porter bonheur et victoire. Ils sont à l’abri de toute attaque et disposent là de vivres en quantité et d’eau à volonté, grâce aux fontaines de la cité. Pour les forcer à venir à lui, Saladin attaque et incendie la ville de Tibériade distante de 27km.

 

 

 

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Bataille de Hattin. Gravure de Gustave Doré

Le 3 juillet, l’armée franque entame la marche de la mort. Tout au long du chemin, Saladin avait empoisonné les sources d’eau, et les valeureux chevaliers francs tout bardés de fer, ressemblant à de grands pots de conserve en fer blanc, ont cuit toute la journée sous le soleil.Cuisson à l’étouffé, pour reprendre les termes de Top Chef. Sans jamais engager le combat, les cavaliers les harcèlent de tous côtés de leurs flèches, et ralentissent la marche. Cette tactique réussit si bien, qu’au soir du 3 juillet, le roi Guy de Lusignan, cuit à point, propose de rejoindre le village de Hattin où se trouve l’un des rares points d’eau. Mais Saladin lui barre la route. À la nuit tombée, les Francs, souffrant de la soif, sont obligés de bivouaquer au milieu des pierres brûlantes, sur le sable desséché. Toute la nuit, les attaques de harcèlement se multiplient. L’armée passe une troisième nuit sans dormir.

 

Les 4 juillet, la journée s’annonce encore plus chaude, les Francs se trouvent sous le vent. Saladin fait déployer ses troupes afin de bloquer toute tentative de sortie, puis fait mettre le feu aux broussailles. Le vent pousse la fumée et le feu vers les croisés. Sans eau pour se rafraîchir, les Francs étouffent sous leurs imposantes cuirasses. Ils mènent cependant des combats pour tenter de percer les lignes ennemies sans résultats.

 

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Bataille de Hattin, avec la tente du roi de Jérusalem au fond à droite

Peu à peu, les Francs sont repoussés et contraints de se rassembler sur une élévation appelée les Cornes de Hattin, un piton basaltique dominant la plaine voisine. De toute l’armée, seul Raymond de Tripoli avec quelques détachements réussit à faire une sortie vers Séphorie et Tyr. Le reste de l’armée fut massacré ou pris prisonnier. Guy de Lusignan et sa suite se rendent à Saladin. Celui-ci tue de sa main Renaud de Châtillon, une ordure en moins. Gerard de Ridefort le grand maître de l’ordre du Temple fut fait prisonnier, ou mourut pendant le combat. Une autre source évoque son exfiltration dans un sous-marin vers la France où il se refit une fortune.

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Entrer une légendeExécution de Renaud de Châtillon (Historia de Guillaume de Tyr)

 

 

 

Les chevaliers templiers et hospitaliers prisonniers furent massacrés sur le champ, et le reste des soldats vendus comme esclaves. Guy de Lusignan acheta sa liberté avant de se refaire une santé à Chypre. Jérusalem tomba trois mois plus tard. Et bientôt, de tous les états francs, il ne subsista que Tyr qui résista encore et toujours à l’envahisseur avant de tomber à son tour en 1268, soit presque un siècle après Jérusalem.

 

 

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