10 juillet 1872 – Verlaine tire à bout portant sur Rimbaud

Drogue, Sexe et Rock and roll. Verlaine qui ne veut pas se séparer de son jeune amant lui tire dessus au lieu de se suicider comme c’était initialement le plan. Heureusement, il est moins bon tireur de revolver que tireur de jeunes esthètes bisexuels. Il le rate, et finit en prison pour deux ans. Du Simon Asmar comme on n’en fait plus…

Verlaine et Rimbaud ont laissé à la poésie française les plus beaux vers du XIXe siècle, le tout couronné par une relation chaotique, faite de passion, d’enlèvements, d’amour subversif, d’humiliation et de drogue dans un Paris en pleine révolte.

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Verlaine

Un monstre. Fonctionnaire à la ville de Paris, il se soûle chaque soir à l’absinthe. Il rentre tard, n’enlève même pas ses chaussures avant de grimper sur le lit pour violer Mathilde, la fille de 17 ans qu’il avait épousée. Quand elle geint, il la frappe. Quand elle ne geint pas, il la frappe aussi. Il jette aussi son bébé contre les murs. Mais quand il dessoule, il retrouve son caractère doux et hésitant, et écrit des poèmes sur la douleur de vivre.

« Sa mère a fait trois fausses couches. Elle gardait les fœtus dans des bocaux. Elle leur parlait. Voilà le spectacle auquel assiste Verlaine dans son enfance. Or Verlaine est incroyablement laid. Il est le sosie de ces fœtus morts. On le lui dit souvent. Il aimait les femmes, il avait besoin d’elles. Ce sont les femmes qui ne l’ont pas trouvé beau.

L’amour de sa vie, c’était sa cousine Élisa, que sa mère a adoptée. Elle a épousé un sucrier, puis est morte en couche. Verlaine était un grand sensuel. Mais le dédain des femmes l’a amené dans les bordels, puis à épouser une fille de quinze ans, puis à coucher avec des hommes, puis à retourner vers les prostituées, à la fin de sa vie. » (Jean-Pierre Guéno)

Rimbaud

Visage de poupin, beau comme un ange, une plume à faire pâlir d’envie toute l’Académie française. Il débarque à Paris après avoir correspondu avec Verlaine, lui envoyant ses textes.

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Rimbaud (à gauche) et Verlaine (à droite)

En janvier 1872, fasciné par ce jeune paysan à l’accent ardennais si prononcé qu’on le prendrait pour un patois, Verlaine installe le jeune garçon chez lui. Il se sait bisexuel. Rimbaud, lui, n’a que 17 ans, même si on ne lui donnait que 13 ou 14 ans tout au plus. Il a la beauté du diable. Il déteste les bonnes manières et les honneurs, et surtout ce qu’il surnomme la Sainte-Trinité : l’Église, l’Armée et les Institutions.

Ensemble, ils défraient la chronique, provoquent les bourgeois, boivent jurent, font le bonheur des lecteurs de la revue Parnasse avec leurs rimes, et surtout, pour rien au monde, ils ne ratent en fin d’après-midi « l’heure tout émeraude », celle de l’absinthe, la vraie, celle qui rend fou.

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Mathilde Mauté de Fleurville

Pendant quelques mois, les deux poètes et Mathilde vivent un vaudeville fétide, un ménage destructeur à trois, où la consommation massive d’absinthe joue un rôle primordial. La jeune Mathilde intercepte des lettres, des poèmes que les amants s’échangent. Elle est humiliée. En juillet 1872, Rimbaud n’en peut plus, il veut son amant pour lui tout seul, il enlève Verlaine et partent à Bruxelles.

L’exil est tumultueux. Les deux hommes sont ivres morts la plupart du temps. Rimbaud, semble-t-il, tente un jour de poignarder Verlaine. Ce qui nous amène à cette journée du 10 juillet 1873. Le matin de ce jour-là, Verlaine, à bout, achète un revolver pour en finir de ses jours. De retour dans la chambre qu’il partage avec Rimbaud, ce dernier lui annonce son départ, pour l’armée ou ailleurs, et la rupture. Verlaine, anéanti par l’amour, ferme la porte, sort son revolver et lui tire deux balles à bout portant. L’une se loge dans le plancher, l’autre dans le bras de Rimbaud. Un deuxième trou de balle en quelque sorte… De commun accord, les deux amants étouffent l’affaire, aucune plainte n’est posée par Rimbaud.

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Le revolver à six coups utilisé par Verlaine

Mais quand Rimbaud sort de l’hôpital, il annonce à Verlaine sa décision de partir. Ils se dirigent vers la gare du Midi. Sur la place Rouppe, Verlaine s’approche de lui et porte la main dans sa poche. Rimbaud pense qu’il sort à nouveau son revolver, il se précipite alors vers un agent de police. Ce dernier, sans s’embarrasser des explications, il emmène les deux hommes au commissariat.

L’enquête est ouverte, le juge veut ordonner la peine maximale, car un rapport arrivé de Paris désigne Verlaine comme un communard. Il a besoin de prouver la pédérastie du prévenu, ce qui en ferait un élément aggravant. Le juge commande une expertise médicale. Verlaine est emmené dans une pièce par un policier qui lui examine le sexe et lui scrute l’anus, un peu à la manière des gendarmes du poste de Hobeich. Le rapport qui suit l’examen:

« Le pénis est court et peu volumineux. Le gland est surtout petit et va s’amincissant, s’effilant vers son extrémité libre à partir de la couronne. Celle-ci est peu saillante et sans relief. (…) L’anus se laisse dilater assez fortement par un écartement modéré des fesses, en une profondeur d’un pouce environ. (…) De cet examen, il résulte que Paul Verlaine porte sur sa personne des traces d’habitude de pédérastie active et passive.»

Verlaine passe 555 jours en prison, loin des bars et des bouteilles d’absinthe. Il perd tout: sa femme, son enfant, son amant. Il compose plusieurs poèmes, qu’il tente de faire publier dans un recueil intitulé «Cellulairement», mais il est grillé par le scandale et n’arrive pas à se faire publier. Il disséminera les poèmes dans d’autres œuvres.  Et quand il sort de prison, il correspond toujours avec Rimbaud. L’enfant prodige, ingrat comme tous les prodiges, en profite alors pour le faire chanter et lui demander de l’argent.

Verlaine et Rimbaud se reverront une dernière fois après la libération du premier, en février 1875 à Stuttgart, où Rimbaud remet à son ami le manuscrit des Illuminations.

Verlaine s’exilera en Angleterre et ne réintègrera les cercles littéraires que dix ans plus tard. Pendant ce temps, Rimbaud rédige « Une saison en enfer » dans la ferme familiale.  Il a compris que toute carrière littéraire lui a été interdite, et ça n’a pas été étranger à son grand départ.

Et pour conclure, citant David Caviglioli « Passe encore qu’on raconte aux écoliers des histoires de viol conjugal, d’inceste, d’alcoolisme, d’armes à feu ou d’écartement anal. Mais on ne va tout de même pas leur expliquer si tôt que l’amour unit en général une personne qui souffre à une personne qui s’ennuie. »

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