12 juillet 1794 – L’amiral Nelson est éborgné

Éborgné, puis amputé, c’est au détail, membre par membre, que l’amiral est tué.

Fils d’un pauvre pasteur du comté de Norfolk sur la mer du nord de l’Angleterre, il vit le jour le 28 septembre 1758 dans le presbytère paternel. Il était tellement chétif et sans souffle, qu’on le crut condamné à une fin rapide.

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Horatio Nelson, par Lemuel Francis Abbott

En 1770, âgé de 12 ans, Horace Nelson fit savoir à ses parents qu’il voulait devenir marin. Il embarqua comme mousse, devint novice puis pilotin, enfin officier et gravissant rapidement les grades lors d’expéditions lointaines, il obtint son premier commandement en 1777 à l’âge de vingt ans. Durant ces années de navigation, il avait beaucoup souffert, mais aussi beaucoup appris, malgré une santé précaire et un incoercible mal de mer. Sa frégate, l’Hinchinbrook, participant durant cinq mois à une opération sur la rivière Nicaragua, des 1 800 hommes de troupe, seulement 10 en réchappèrent, dont Horace, presque agonisant, qui dut être rapatrié d’urgence. Soigné aux eaux de Bath, et à peine rétabli, il reprit la mer pour d’autres expéditions.

 

 

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Lady Nelson, Frances « Fanny » Nisbet

De 1785 à 1787, il croisa aux Antilles où ses sentiments belliqueux pour tout ce qui l’entourait subirent une miraculeuse mutation au bénéfice du sexe faible, qu’il n’avait sans doute jamais eu encore le temps ni la santé de découvrir, avant l’âge de vingt-huit ans. Cette miraculeuse découverte fut sous les formes harmonieuses d’une très jeune veuve, Fanny Nisbey, mère d’un garçon de trois ans qu’il épousa et ramena au presbytère familial.

 

A Naples, il rencontra Emma Hamilton, la femme de l’ambassadeur de Sa Majesté britannique près de la Cour de Naples, et en tomba immédiatement amoureux. Las, aux premiers temps, le capitaine Nelson avec son physique chétif et peu séduisant ne fut même pas remarqué par l’éblouissante Emma, star de la cour de Naples.

Borgne puis manchot

La guerre ayant ses impératifs, Nelson fut envoyé aussitôt de Naples en Corse, Française depuis 1768, où un certain Pascal Paoli menait campagne contre la France pour l’indépendance, et pour y parvenir, demandait le secours des Anglais qui ne demandaient pas mieux.

Le 12 juillet 1794, au siège de Calvi, un boulet français tombant près de Nelson souleva une gerbe de pierrailles. Se croyant seulement égratigné, il se releva pour constater la perte de son œil droit.

Le 14 février 1797, l’escadre anglaise se trouva face à une flotte espagnole au large du cap Saint-Vincent, pointe extrême sud du Portugal, Nelson commandait le vaisseau le Captain. Son escadre comprenait quinze navires, contre vingt-sept Espagnols. Prenant le risque maximum, il bondit sur ses adversaires, disloqua leur ligne de bataille, et obtint une victoire si totale que l’Amirauté lui accorda le grade de contre-amiral, et l’ordre du Bain. À Naples, on ne parlait plus que du héros et lady Hamilton qui tantôt ne le remarquait pas en rêva… tandis qu’à Norfolk, la calme et tendre épouse lady Fanny, lui écrivait pour l’inciter à arrêter ses prouesses mortelles. Conseil parfaitement inutile, d’autant qu’un galion espagnol chargé de trésors approchait de Santa Cruz de Ténérife, la plus grande île des Canaries, possession espagnole. Nelson résolut de s’en emparer. Arrivé devant le port ennemi, il décida, dans la nuit du 24 juillet 1797, de conduire lui-même le corps de débarquement. Au cours de la descente à terre, une salve de projectiles à mitraille s’abattit sur la chaloupe par tribord, et tous les

 

hommes assis vers la proue eurent le côté droit criblé, dont Nelson. L’amiral s’écroula. Le chirurgien n’eut d’autre choix que de l’amputer du bras droit.

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Blessure de l’amiral Nelson à Teneriffe, par Richard Westall

 

Quand l’opération fut achevée, Nelson, qui n’avait jamais perdu connaissance, commanda d’une voix ferme de jeter ce bras inutile à la mer par un sabord.

 

Deuxième victoire

Se voyant fortement diminué par ses deux infirmités majeures, il rentra à Londres pour se reposer et quitter définitivement le service. Mais au printemps 1798, un an à peine après son amputation, l’amirauté le rappelle à l’activité, et lui offre le commandement en chef d’une escadre comprenant trois vaisseaux de ligne, quatre frégates et un sloop, et ceci pour découvrir ce que Bonaparte préparait en secret dans le port de Toulon.

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Lady Hamilton, par Georges Romney

Nelson, après une incroyable recherche de l’armada française en Méditerranée, trouva et détruisit la flotte française dans la rade d’Aboukir, à l’exception de trois vaisseaux. L’audace et la chance couvraient de lauriers le front du déjà célèbre amiral Nelson. L’Angleterre et ses alliés en firent le plus grand héros maritime de tous les temps, le roi le créa baron du Nil, les Communes lui votèrent une pension de 2 000 livres et les honneurs volaient de tous côtés… mais ce qui alla le plus au cœur de Nelson, fut une lettre de lady Emma Hamilton, de Naples. Véritable déclaration d’amour où elle transforme le qualificatif d’ensorcelée par celui « d’en-nelsonnée » . Elle le supplie de venir bientôt.

 

 

L’amiral perd le nord

Nelson n’attendit pas pour quitter l’amirauté au grade de vice-amiral et libéré de tout service, bondit à l’appel de la belle et débarqua à Naples. Alors commença pour le héros une vie de délices à laquelle il n’aurait jamais pensé accéder. Emma devint sa maîtresse, et le débonnaire sir William Hamilton, déclarant Nelson son meilleur ami, fut toujours d’une candide compréhension : il venait d’avoir quatre-vingts ans. Flegme britannique… Le caractère du célèbre et valeureux amiral fut totalement transformé. Emma l’accapara à tel point qu’elle fit de lui un chien de cirque qu’elle promenait et montrait à la Cour de Naples. Adieu la rigueur et la discipline militaire, il se mit à rechercher les flatteries et les faveurs et à dilapider sottement sa fortune, à jouer, et à se quereller avec de vieux camarades de bord qui ne le reconnaissaient plus, imbriqué qu’il était dans les intrigues de cour. Nelson, Emma et son ambassadeur de mari formaient un trio inséparable et ridicule. Lorsqu’ils débarquèrent à Londres, Nelson se souvint tout à coup de sa femme Fanny. Il lui présenta ses « amis », mais elle resta figée. Il tenta vainement d’imposer leur présence au sein de la  « gentry » londonienne. Emma lui donna secrètement une fille qui le combla de joie, qu’il nomma Horatia, et dont la naissance et l’existence furent sans doute ignorées du brave sir William, qui eut la présence d’esprit de mourir le 6 avril 1803, à Londres.

Nelson prétendit alors faire vivre sa maîtresse et sa fille au domicile conjugal… Fanny, écœurée s’en alla, mais refusa de divorcer, contraignant les amants à une vie de concubinage qui aura au décès de Nelson, les plus fâcheuses conséquences pour l’avenir d’Emma et de sa fille.

 

La victoire finale

En 1805, Napoléon empereur depuis un an rassemble dans le port de Boulogne une flotte de débarquement prête à envahir l’Angleterre, moyennant la maîtrise des mers dans la Manche, ne serait-ce que pendant quelques heures.

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Affiche commémorant la victoire de Trafalgar

L’amirauté britannique, avertie, décida d’arrêter cette armada, et pour y parvenir et la détruire, fit appel au plus valeureux des marins, dont le seul nom glaçait d’effroi les équipages adverses : le vice-amiral Nelson ! Le 13 septembre 1805, l’amiral manchot et borgne, atteint de l’autre œil d’une demi-cécité, âgé de quarante-sept ans, ne peut refuser cet insigne honneur. Il embarque sur son navire amiral, le Victory, le 19 octobre, Nelson rejoint l’escadre franco-espagnole face au cap Trafalgar, au sud de Cadix. Nelson, après avoir rédigé son testament, s’étant revêtu de son plus bel uniforme, chamarré et armé, couvert de toutes ses décorations, il monte sur la dunette de commandement et mène le combat.  La victoire, qui fut une des plus grandes de l’histoire britannique, porta désormais le nom de Trafalgar.

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La Mort de Nelson, par Benjamin West, 1806

Nelson, heureux et sans souci de la mitraille, allait et venait sur sa dunette lorsqu’un marin français, intrigué par cet officier gesticulant d’un bras et vêtu comme à la cour, le visa et l’atteignit d’une balle meurtrière à la colonne vertébrale. L’amiral s’affaissa. Il rendit le dernier soupir à l’infirmerie à 4h30. On ramena son corps en Angleterre, conservé dans un fût d’eau-de-vie.

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La colonne de Nelson, Trafalgar Square

Le désespoir d’Emma fut effrayant. Abandonnée par la famille et spoliée d’une quelconque succession pour raison de concubinage, elle mourut dans une totale misère à cinquante-trois ans dans la ville de Calais où elle s’était réfugiée avec sa fille Horatia.

Nelson eut des funérailles nationales, le nom de Trafalgar fut donné à une place de Londres, où l’on éleva sa statue au sommet d’une colonne de la hauteur du mât le plus haut du Victory. Elle y est toujours.

 

 

 

 

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