18 Juillet 64 – Rome brûle et Néron s’émerveille

Quoi de plus émouvant qu’un barbeuc romain sous le ciel étoilé. Pour couper court au suspens : non, Néron n’a pas brûlé Rome ni joué de la lyre en regardant le feu. Il s’est juste « enthousiasmé par la beauté du spectacle » d’après Suétone. Il faut chercher les coupables ailleurs, si coupable il y en a.

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Lucius Dominitius Claudius Nero

Il y en a des personnages qui resteront gravés dans la mémoire de l’humanité associés à un fait précis : Néron et l’incendie de Rome, Hannibal et les éléphants, Michel Aoun et Iznogood. Pour Néron, il est vrai que sa courte vie n’inspire que peu de sympathie pour sa personne: perfide, pervers, assassin de sa mère, de sa femme et de son principal garde du corps. Il était également l’incarnation du mauvais empereur pour les Romains, ainsi qu’il fut la figure de l’antéchrist pour les chrétiens.

Dans la nuit du 18 au 19 juillet, en un temps de canicule et de vent sec, il y eut un départ de feu. L’historien Tacite, contemporain des faits raconte :

« Le point de départ de l’incendie se trouva dans cette partie du Cirque qui est contiguë aux collines du Palatin et du Caelius. De là, à cause des boutiques dans lesquelles les marchandises alimentent les flammes, le feu, violent et activé par le vent, dévore toute la longueur du Cirque. En effet, il n’y avait rien pour le retenir, ni les maisons entourées de clôtures, ni les temples ceints de murs et ni rien d’autre d’équivalent. L’incendie se répand avec violence d’abord dans les parties planes, puis s’élance vers les quartiers en altitude avant de dévaster les parties basses de la ville. Par sa rapidité foudroyante, il devance les secours et trouve une proie facile dans la ville aux ruelles étroites et tortueuses, aux quartiers mal alignés, comme était l’ancienne Rome. »

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Hubert Robert, L’Incendie de Rome, vers 1770-1785

Les vigiles, chargés de la prévention et de l’extinction des incendies, ne peuvent contrôler le feu, et l’obscurité de la nuit ainsi que la panique d’une foule importante ont pu nuire à leur travail.  Sept jours et nuits durant, Rome brûle, l’incendie ravagea 10 des 14 régions de la ville. Le nombre des victimes ne fut pas comptabilisé, mais 200,000 habitants sur les 1 million que comptait la ville perdirent leurs foyers. Les quartiers populaires, composés de maisons en torchis et parfois hauts de 4 étages, sont les plus touchés.

La population, traumatisée, souhaitait trouver des responsables, et même si elle ignorait la cause de l’incendie. Des rumeurs évoquent des hommes jeter des torches contre les maisons et l’historien Suétone va le répéter dans son oeuvre, la Vie des Douze Césars : « on vit des gens lancer des torches contre les maisons en disant tout haut qu’ils avaient reçu des ordres ». La cause ? Néron qui voudrait se construire un palais plus grand. Cette rumeur se répandit selon laquelle il serait le commanditaire du sinistre. Elle partit d’une accusation du tribun militaire Subrius Flavius, un opposant notoire, qui fut éliminé l’année d’après (prend note Nabih. Pas plus qu’une année!).

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Henryk Siemiradzki, 
Les Torches de Néron (Lumières guidant la Chrétienté), huile sur toile, 1876

Comme toujours, devant les catastrophes de cette ampleur, la populace évoque la vengeance des dieux : pour les Romains, les dieux punissent Rome à cause de Néron qui s’est approprié le pouvoir par la force, en écartant puis tuant Britannicus, l’héritier légitime. Pour les chrétiens, c’est la nouvelle Babylone qui est punie pour ses excès et la vie de débauche et d’impiété. À noter que les adeptes du Chrestus, furent accusés d’avoir mis le feu. Cette suspicion est également confortée, comme le reconnaîtra au IVe siècle, Jean Chrysostome, par certains chrétiens apocalyptiques qui refusèrent de participer à la lutte contre le brasier, se félicitant même de la destruction de la “Bête aux sept collines”.

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Gravure, représentation Néron avec la lyre à la main observant l’incendie de Rome

Que faisait Néron pendant ce temps ? Néron, passionné d’art grec, composait un poème intitulé La Prise de Troie. L’incendie de Rome aurait pu l’émerveiller et lui aurait donné de l’inspiration pour la composition de son poème. Tacite mentionne cette rumeur, mais sans vraiment la confirmer: « Mais toute cette popularité manqua son effet, car c’était un bruit général qu’au moment où la ville était en flammes il était monté sur son théâtre domestique et avait déclamé la ruine de Troie, cherchant, dans les calamités des vieux âges, des allusions au désastre présent. »

Il résidait dans sa villa d’Antium. L’empereur regagna précipitamment la capitale arrivant au troisième jour de l’incendie, coordonnant la lutte contre le fléau et organisant les secours. La première action de Néron a été de prendre les dispositions nécessaires pour sauver les oeuvres qui pouvaient encore échapper aux flammes. Tacite raconte : « Néron, pour consoler le peuple fugitif et sans asile, ouvrit le Champ-de-Mars, les monuments d’Agrippa et jusqu’à ses propres jardins. Il fit construire à la hâte des abris pour la multitude indigente ; des meubles furent apportés d’Ortie et des municipes voisins, et le prix du blé fut baissé jusqu’à trois sesterces. (…) Mais aucun moyen humain, ni largesse impériale, ni cérémonie expiatoire ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d’avoir ordonné l’incendie. »

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La palais doré de Néron. Reconstruction virtuelle. XXe siècle.

Finalement, Néron reconstruisit un Rome mozderne, et pour lui, il s’offrit un nouveau palais. Plus qu’un palais, ce fut un immense parc de 80 hectares planté au coeur même de la ville, « un morceau de campagne implanté en milieu urbain » comme dirent ses contemporains. Un artiste a besoin d’un certain cadre pour pouvoir s’exprimer. S’y trouvaient des pièces d’eau variées et nombreuses, des espaces cultivés et d’autres naturels, une statue colossale de Néron, haute de plus de 35 mètres (prend note Nabih. Pas moins de 35 mètres !). Des animaux sauvages et domestiques. Sans oublier les bâtiments luxueux qui émerveillaient par leurs machineries extraordinaires, éparpillés dans ce parc qui résume l’univers. Parmi eux, la cenatio rotunda que décrit l’historien Suétone: « Le plafond des salles à manger était fait de tablettes d’ivoire mobiles et percées de trous, afin que l’on pût répandre d’en haut sur les convives soit des fleurs soit des parfums; la plus importante d’entre elles était ronde et tournait continuellement sur elle-même, le jour et la nuit, comme le monde. »

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La mort de Néron. Vasiliy Smirnov, 1888

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