30 Juillet 1792 – Les Marseillais entrent à Paris en chantant

Non, ce ne fut pas à l’occasion d’un match OM PSG. Ce sont les volontaires Marseillais rejoignant l’armée révolutionnaire à Paris. Ils chantaient « Chant de guerre pour l’armée du Rhin ». Non. Les qatarites n’ont pas sponsorisé ce chant pour le club de foot de la capitale. Le chant militaire a été composé par l’officier Claude Joseph Rouget de Lisle quelques mois plus tôt. Rebaptisée en Marseillaise, son succès sera tel, qu’elle deviendra « chant national » le 14 juillet 1795 (26 messidor an III). Abandonnée en 1804 sous l’Empire, Napoléon la trouvant trop révolutionnaire, elle fut remplacée par le Chant du départ, avant d’être reprise en 1830 pendant la révolution des Trois Glorieuses qui porte Louis-Philippe Ier au pouvoir. Elle devient hymne national de la national de la République française en 1879.

Pendant la période du régime de Vichy, bien qu’elle soit toujours l’hymne national, elle est souvent accompagnée par le chant Maréchal, nous voilà !. En zone occupée, le commandement militaire allemand interdit de la jouer et de la chanter à partir du 17 juillet 1941.

Valéry Giscard d’Estaing, sous son mandat de président de la République française, fait ralentir le tempo de La Marseillaise afin de retrouver le rythme originel.

30juillet-Rouget_de_Lisle1
Rouget de Lisle

Rouget de Lisle repose au Panthéon. Et voilà pour les paroles.

Quand à la musique, c’est une autre manche. La musique de la Marseillaise, elle est en réalité d’Alexandre Boucher, un musicien-virtuose que l’on avait surnommé, l’Alexandre des violons. Voici ce qu’il racontait en 1839, à 90 ans :

 » C’était en 1792, j’avais vingt-deux ans. Un bon maître m’avait enseigné la composition, que je cultivais en même temps que mon instrument à cordes. Un soir, que je me trouvais à Paris, dans le faubourg Saint-Germain, rue de la Chaise, à l’Hôtel de Mortaigne, un  colonel, qui partait le lendemain pour Marseille, vint faire ses adieux à la maîtresse du logis. J’assistais à l’entrevue. Mme de Mortaigne me nomma au colonel, qui s’écria :

 » Bravo la rencontre est bonne ! et j’en profite pour demander à monsieur Boucher une marche pour une musique de mon régiment, le priant même de me l’improviser tout de suite.

30juillet-Alexandre_Boucher_by_Frédéric-Désiré_Hillemacher
Alexandre Boucher

Comme je cherchais à m’excuser, objectant que je n’avais même pas de papier réglé, quelqu’un se trouva là  qui s’offrit d’en faire à l’aide d’un crayon et d’un papier ordinaire. J’aurais bien envoyé l’exigeant officier à tous les diables, mais Mme de Mortaigne s’étant mise à soutenir sa demande, il me fallut bien céder, et , me mettant à l’écart, je composais sur le champ un pas redoublé, auquel je donnais le rythme le plus vif que je pus. Le colonel part avec mon air dans sa poche. Je n’avais pas eu le temps de l’instrumenter. Dès son arrivée à Marseille, il le donne à son chef de musique, pour l’arranger et, comme il y a parade publique tous les jours, l’air ne tarde pas à devenir populaire, à se graver dans toutes les mémoires des flâneurs, à devenir le morceau favori. Un peu plus tard, un jeune officier du génie, ami sincère de la Constitution, mais ayant refusé de prêter un nouveau serment, qui lui semblait contraire au premier, fut destiné à être jeté en prison au fort saint Jean, à Marseille. Là, un geôlier, qui le voyait sans cesse occupé à écrire des vers, lui dit un jour :

 » Dites moi donc, mon officier,  au lieu de passer votre temps à soupirer avec des mots, pourquoi ne faite-vous pas une chanson en l’honneur de nos armées ? … On chante partout la Carmagnole, mais ce n’est pas fameux. Si l’on avait autre chose, ça vaudrait mieux. Tenez, il y a un air que vous entendez tous les jours, à la garde montante… Une marche… C’est vif, c’est troussé, c’est dans toutes les bouches. L’air ferait aussitôt adopter les paroles !  »

Rouget de l’Isle, car c’était son nom, écoutait avec intérêt cette proposition. Le geôlier lui assura que, si ses paroles étaient adoptées par la moitié de ceux qui adoraient l’air en question, sa liberté serait demandée et certainement obtenue… En fallait-il davantage pour que l’officier-poète se mît au travail. Et l’admirable chanson fut créée ! La seul modification à l’air fut que, pour adapter à des vers de huit pieds et lui donner l’allure chantante qu’il fallait, Rouget de l’Isle changea la mesure du 6/8 en quatre temps réguliers, et sacrifia quelques notes redoublées qui donnaient un entrain supplémentaire à cette marche destinée aux cuivres. Le tout, musique et paroles, se fondit ainsi en un tout saisissant que les événements devaient bientôt faire retentir dans toutes les contrées du pays.

Nineteenth Century French Painting of
Rouget de Lisle chantant la marseillaise, par Jean-Laurent Turbet

 » Grande fut ma surprise, continuait Alexandre Boucher, lorsque je reconnus mon air de la rue de la Chaîse – un peu mutilé, mais tout à fait reconnaissable ! – chanté sur des paroles de feu par des voix innombrables, soit aux levées des conscrits, soit accompagnant les légions qui allaient combattre. Ainsi venu de Marseille, ce chant s’appela tout naturellement « La Marseillaise ». Il n’eut pas reçu ce nom, si, d’après la légende adoptée par les biographes, Rouget de l’Isle l’avait composé à Strasbourg pour le départ des volontaires se rendant sur les bords du Rhin. »

Le dire du narrateur nonagénaire aurait pu, comme bien vous le pensez, être mis en doute, s’il n’avait pris soin d’y ajouter un complément de certitude indiscutable. Or la preuve fournit par Alexandre Boucher était la meilleure à donner, puisqu’elle consistait ni plus ni moins en l’aveu même de Rouget de l’Isle :

 » Bon nombre d’années plus tard, concluait-il, je me trouvais à dîner côte à côte avec Rouget de l’Isle, à Paris.  Je le voyais pour la première fois, et je étais pas sans une curiosité facile à comprendre, vu les faits que je viens de vous exposer. Je mis quelques malice à le complimenter sur les paroles uniquement:

– Vous ne me parlez pas de l’air ? s’étonna -t-il Ceci me surprend de la part d’un célèbre musicien comme vous.Est-ce que cet air ne vous plaît pas ?

– Si, oh, si mais à ce propos…

– Eh bien, sachez-le, me répliqua vivement Rouget de l’Isle, ayant deviné dans ma réticence, une signification qui le gêna sans doute, cet air n’est pas de moi. C’est une marche, venue on ne sait d’où, une marche qui se jouait à Marseille, à l’époque où la Terreur m’y tenait prisonnier… J’ai là-dessus tant bien que mal adapté mes paroles.

– Oui, je comprends, en subir au morceau quelques petites altérations ! Et, gaiement, je fredonnai, mon pas redoublé, tel que je l’avais composé chez Mme de Mortaigne, ce qui plongea rouget de l’Isle dans un profond étonnement :

 » C’est cela, c’est tout à fait cela ! fit-il, Expliquez-moi donc…

– Tout  à l’heure, répliquai-je, quand nous serons mieux pour causer librement au fumoir.

Ce moment venu, mon explication fut rapide. Il m’embrassa:

 » Ah, mon cher Boucher, me déclara-t-il, hélas, hélas, quoique l’on fasse désormais, vous resterez à jamais dépouillé de votre oeuvre, car votre air et mes paroles semble si bien avoir jailli d’un seul jet que l’on ne croira pas à mon emprunt même si je le proclame ! C’est désolant !

–            Gardez-le, répondis-je, ému de sa peine. Sans votre génie, ma petite marche serait oubliée depuis longtemps Elle est devenue bien vôtre, puisque vous avez su l’élever jusqu’à vos sublimes paroles. »

 

Fin de l’histoire.

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