17 Août 1661 – Fouquet invite Louis XIV pour un dîner qui passe de travers

Il aurait mieux fait de se la couler douce, mais non, le superintendant des finances a insisté pour montrer au jeune les fêtes somptueuses de son château de vaux-le-vicomte. Mal lui en prend, car jaloux, Louis XIV décide de l’arrêter.

Nicolas Fouquet, marquis de Belle-Île, vicomte de Melun et Vaux, est né en janvier 16152 à Paris. Il est issu d’une lignée de parlementaires fortunés. De nature intelligent, audacieux et fidèle à la royauté, ce fut une ascension sociale très rapide, pour être nommé surintendant des finances, soit le troisième personnage du royaume. Il avait un caractère galant et attachant, qui a contribué à former une cour d’artistes et d’hommes de lettres qui s’étaient attachés à sa personne. Et c’est au château de Vaux-le-Vicomte, monumental objet de passion et d’audace dans lequel le surintendant s’était tant investi, que gravitait cette cour qui éclipsait la cour du roi de France.

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Nicolas Fouquet

Fouquet a été nommé Surintendant des Finances en 1653 par le Premier ministre, le Cardinal Mazarin. Le roi Louis XIV était encore un enfant. Une fois surintendant, Fouquet a eu pour mission de renflouer les caisses du royaume, assez mal en point. Il collabore avec Jean-Baptiste Colbert, l’intendant privé de Mazarin.

Les finances royales sont alors dans un état désastreux. Alors que les besoins d’argent de la couronne sont immenses, à la fois pour financer la guerre et pour les dépenses personnelles de Louis XIV, le Trésor est en banqueroute, la conjoncture fiscale est calamiteuse, les tailles ne rentrent plus et le stock de métaux précieux disponible, insuffisant. Pour faire face, Fouquet ne s’appuie pas sur une théorie économique précise. Cependant, il sait d’expérience que le principal problème de l’État français est son manque de crédit : les traitants, fermiers et autres bailleurs de fonds ne lui font pas confiance. Il s’emploie donc à restaurer le crédit en respectant les contrats passés entre ces traitants et le Trésor et en leur consentant des taux avantageux.

Le crédit se fait plus abondant et la situation s’améliore. Loin d’inciter à la sagesse, cette embellie provoque de nouvelles dépenses inconsidérées. Fouquet doit s’engager de manière importante sur sa fortune personnelle et même celle de ses proches. Il prête à l’état avec un intérêt de 20% !

La politique de Fouquet lui permet de se constituer une large clientèle parmi les manieurs d’argent du royaume. Les plus grands seigneurs deviennent ses amis et/ou ses obligés. À partir de 1653, il fait bâtir le magnifique château de Vaux-le-Vicomte. Fouquet commence par racheter méthodiquement les terres autour du domaine en friche, puis il fait raser le village de Vaux, quelques autres hameaux et bois, détourner une rivière et arracher des vignes. Il y fait travailler Le Vau, Le Brun, Le Nôtre et Villedo. Il s’entoure d’une petite cour d’écrivains comme Molière, La Fontaine, Madame de Sévigné ou Mademoiselle de Scudéry.

À la mort de Mazarin en mars 1661, Fouquet devrait logiquement lui succéder en qualité de Premier ministre, mais Louis XIV, âgé de 22 ans, décide soudain de supprimer cette fonction du gouvernement, et d’en prendre le contrôle pour gouverner seul. Colbert, calculateur et jaloux de la réussite de Fouquet, en profite pour l’accuser auprès du roi d’avoir détourné des millions (en réalité, volés par Mazarin), afin de déclencher sa disgrâce.

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Louis XIV

Malgré les avertissements de ses amis, Fouquet ne soupçonne rien de ce qui se trame dans son dos. Le 17 août 1661, alors qu’il offre au roi une réception somptueuse dans son domaine. Louis XIV, âgé de 23 ans, arrive à six heures du soir en compagnie de sa mère, la reine Anne d’Autriche, et de quelque six cents courtisans. La reine Marie-Thérèse, enceinte, n’a pu se joindre à la fête, mais le roi se console avec sa jeune maîtresse, Mademoiselle de La Vallière.

Le roi a l’humeur maussade. Pourtant tout a été fait pour honorer le roi. François Vatel, le même qui se suicidera quelques années plus tard pour un repas manqué et à qui on attribuera (à tort) l’invention de la crème chantilly s’y était mis. La somptueuse fête orchestrée par Vatel comprenait un dîner de 80 tables, 30 buffets et cinq services de faisans, cailles, ortolans, perdrix… Le décorateur du surintendant, Le Brun, fit les honneurs du château. Il montra les allégories, écureuils et soleil, qui désignent le surintendant lui-même, que tout le monde ici appelle «Monseigneur». Le roi apprécia peu cet étalage de vanité !

Ensuite, les invités sont répartis dans différentes pièces du château pour consommer un ambigu. Le terme désigne un buffet sur lequel sont présentés simultanément tous les plats, du salé au sucré. Le tout servi avec de la vaisselle en or massif pour les hôtes d’honneur et en argent pour le reste de la cour, luxe que le roi ne pouvait pas se permettre, ayant fait fondre sa vaisselle en or pour payer les dépenses.

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La bibliothèque à Vaux-le-Vicomte

Après la collation, les «deux Baptiste» Molière et Lully donnent dans les jardins une comédie-ballet, la première du genre, Les Fâcheux. Pendant les intermèdes, des elfes sortent de derrière les ifs et servent gâteries et diamants aux dames. En retournant vers le château, le roi et la cour sont éblouis par un feu d’artifice au-dessus de l’édifice.

Jean de La Fontaine rapporte dans une lettre du 22 août : «Tout combattit à Vaux pour le plaisir du roi. La musique, les eaux, les lustres, les étoiles.» Pourtant le roi s’est senti humilié. Il quitta d’ailleurs la fête et regagna son château de Fontainebleau sans attendre la fin.  Cette nuit-là, Louis XIV, manipulé par Colbert, a déjà décidé de jeter Fouquet en prison.

À ce propos, Voltaire aura ces mots célèbres : « Le 17 août, à 6 heures du soir, Fouquet était le roi de France; à 2 heures du matin, il n’était plus rien. »

Fouquet est arrêté à Nantes trois semaines plus tard par le capitaine des mousquetaires, d’Artagnan, et il est déféré devant une cour d’exception. Le « procès du siècle » traîne, mais finit par tourner à son avantage : les juges votent son bannissement, c’est-à-dire la liberté hors du royaume.

Mais le Chef de l’État intervient alors. Il a le droit de grâce sur toute sentence. Le jeune monarque décide alors d’utiliser ce droit, mais à l’envers. Au lieu d’adoucir la peine, il décide d’enfoncer le clou, ainsi il brise la sentence des juges et décrète la prison à vie. Et voilà pour la justice ! La justice n’avait qu’à s’aligner sur l’humeur du roi ! Il en a eu des émules depuis, au Liban…

Pour tracer l’état de sa fortune : à la mort de son père, Nicolas Fouquet hérite d’une fortune de 800 000 livres. En 1653, ses actifs étaient de 2 millions de livres et en 1661, ils sont de 19,5 millions de livres avec un passif de 16 millions de livres. Ce n’est rien comparé à Hariri père, qui le qualifia d’amateur, n’empêche, c’est beau pactole.

Personnage candidat au masque de fer, Nicolas Fouquet connut, bien longtemps après sa disgrâce, une réhabilitation posthume de son destin tragique. Il est mort soit mort le 23 mars 1680 à Pignerol, soit le e 19 novembre 1703 à la Bastille, au terme d’une longue captivité, habillé de son masque de fer.

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