19 Août 1153 – Ascalon, porte de l’Égypte, tombe aux mains des croisés

Le dernier bastion des fatimides avait résisté aux deux croisades, et c’est depuis cette ville que les raids étaient menés. La forteresse d’Ascalon fermait la porte vers l’Égypte.

Cette ancienne colonie de Tyr fut conquise par les Arabes en 638 par le calife Omar. Puis elle est occupée par l’émir Muâwiya gouverneur de la Syrie et futur calife omeyyade.

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Premier siège d’Ascalon en 1099

Pendant la première croisade, la ville tint son rôle de principal bastion fatimide en Orient. Une première bataille oppose croisés et fatimides à Ascalon en 1099, pendant la première croisade. L’armée d’Al-Afdhal, vizir fatimide d’Égypte, forte de trente mille hommes, atteint la Palestine vingt jours après la prise de Jérusalem par les croisés. Le vizir hésite à attaquer la Ville sainte, et prend position près d’Ascalon. L’armée chrétienne commandée par Godefroy de Bouillon se réunit pour repousser l’armée musulmane. L’attaque débuta contre l’aile droite fatimide, où s’étaient regroupés la plupart des soldats musulmans. Un assaut conjugué de l’infanterie et de la cavalerie franque disloqua les rangs fatimides, et après une courte résistance des mercenaires éthiopiens au service des Sarrasins, dispersèrent l’armée.

La victoire d’Ascalon remportée par les Croisés permit aux Européens de confirmer leur victoire à Jérusalem. Cependant, à la suite d’un différend entre Godefroy de Bouillon et Raymond de Toulouse, la ville d’Ascalon ne fut pas occupée par les forces croisées. On dirait un scénario entre gendres du général. La forteresse resta aux mains des défenseurs défaits.

En 1111, Baudouin Ier de Jérusalem marche sur Ascalon. Le gouverneur fatimide de la ville, Chams al-Khilafa, effrayé, lui verse un tribut de 7000 dinars. La population palestinienne, qui se sent humiliée par cette capitulation, envoie des émissaires au Caire pour demander la destitution du gouverneur. Chams al-Khilafa expulse alors les fonctionnaires égyptiens et se met sous la protection de Francs. Baudouin lui dépêche trois cents hommes qui prennent en main la citadelle d’Ascalon. En juillet, Chams al-Khilafa est assassiné par un groupe de conjurés. La ville se révolte. Les citadins armés et la garde berbère du gouverneur assaillent la citadelle et massacrent les Francs.

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Baudouin III

Nous voilà arrivés à la deuxième croisade. Ascalon avec son imposante forteresse sert de base pour les attaques fatimides. En 1153, Baudoin III de Jérusalem ayant subi un échec cuisant au terme de 5 ans de siège de Damas, décide de lancer une attaque sur Ascalon.

Ascalon, de par sa position acculée à la mer était difficile à prendre avec ses murailles hautes, et ses habitants peu commodes et exercés au métier des armes. L’Égypte fatimide assurait son ravitaillement en vivres, armes et soldats par terre et par mer.

Au début de l’année 1150, Baudouin III se rendit tout d’abord à  «Gadres» ou Gaza, qui, las, comme un millénaire plus tard, tombait en ruine. L’emplacement avait été choisi stratégiquement afin de couper tout lien terrestre entre Ascalon, situé à 20 kilomètres au nord, et l’Égypte. Une forteresse fut rapidement construite par les Templiers, et ainsi, Ascalon se trouva isolée de l’Égypte qui désormais ne pouvait la ravitailler que par voie maritime.

Baudouin III et son armée arrivèrent devant Ascalon le 25 janvier 1153, accompagnés par les Templiers de Bernard de Tramelay, les Hospitaliers de Raymond du Puy, le clergé de Jérusalem et sous la protection de la «Vraie Croix», la même qui allait être perdue à la bataille de Hattin un demi-siècle plus tard.

Tandis que Géraud de Sidon assurait le blocus de la ville à l’aide de quinze galères, la ville était attaquée à l’aide d’un grand nombre d’engins de siège, puis, au bout de 2 mois, par « une tour roulante d’une immense hauteur, semblable à une forteresse avec sa garnison », recouverte de cuir pour échapper aux flammes et dont la hauteur était suffisante pour dominer la muraille et accabler les défenseurs de traits.

Le gouvernement fatimide, malgré les luttes intestines dont il faisait l’objet, parvint tout de même au bout de cinq mois de siège à envoyer aux assiégés une importante flotte de près de soixante-dix navires, lesquels firent se replier à leur arrivée les nefs franques postées devant la ville.

Cette arrivée inespérée rendit le moral aux assiégés, qui dès lors devinrent plus audacieux. Alors que les machines de siège continuaient leur inexorable bombardement, les assiégés prirent le parti d’incendier la haute tour de bois en amoncelant dans l’intervalle la séparant du rempart qu’elle dominait un ensemble de sarments badigeonnés d’huile et de poix, auquel ils mirent le feu.

Cependant, ce stratagème s’avéra désastreux, car un léger vent détourna la flamme du « château de fût » et la repoussa vers les murailles, dont un pan de mur s’effondra au petit matin.

La victoire à portée de main, un évènement difficile à comprendre eut lieu. Les Templiers, pris de cupidité, quarante des leurs se ruèrent par la brèche pour commencer le pillage en bloquant l’accès aux autres combattants.  Mais l’armée voulant sécuriser le roi de peur d’une contre-attaque ne suivit pas. Les quarante templiers, avec à leur tête le chef de l’ordre, Bernard de Tramelay, furent massacrés et pendus aux murs et la brèche comblée.

Les attaquants étaient on ne peut plus découragés, et même le roi Baudouin s’était résigné à lever le siège. Mais devant l’insistance du clergé, le roi accepta de rester quelques jours supplémentaires devant les murs de la ville. Bien lui en prit.

Les Égyptiens, ragaillardis par leur précédent succès face aux Templiers, opérèrent une sortie, et une véritable bataille eut lieu sous les murailles d’Ascalon. Une aubaine pour Baudouin qui put finalement livrer bataille sous les murailles d’Ascalon. Les fatimides subirent de lourdes pertes.

Devant l’inexorable détermination franque, les Ascalonitains se résignèrent à demander l’âman . Une délégation de notables fut à cet effet envoyée au roi Baudouin pour demander une capitulation honorable, ce qui leur fut accordé. Le 19 août 1153, après six mois de siège, les habitants et la garnison d’Ascalon évacuèrent la ville, en bon ordre et « avec tout leur harnois ». Conformément à la promesse du roi, cette évacuation se déroula sans anicroche, les troupes royales accompagnant même les Ascalonitains jusqu’à Laris ( El – Arish ), à l’orée du delta du Nil.

La ville fut intégrée au royaume de Jérusalem par Baudouin III, complétant l’oeuvre des premiers rois de Jérusalem, parachevant ainsi la maîtrise franque du littoral palestinien et ouvrant surtout de nouvelles perspectives d’expansion, dorénavant toutes tournées vers l’Égypte fatimide, alors en pleine décadence.

Ainsi, durant les deux décennies suivantes, Ascalon devint de lieu de rassemblement des armées latines en partance pour l’Égypte sous la férule de l’infatigable roi Amaury de Jérusalem, qui organisa durant son règne pas moins de six expéditions vers le Delta.

Ascallon fut reprise par Saladin le 4 septembre 1187. Grisé par un succès qui s’annonçait certain, le sultan, d’habitude si magnanime, réunit devant Ascalon tous les prisonniers dont il avait pu s’emparer jusqu’alors, et leur fit trancher la tête. La forteresse fut rasée pour ne pas tomber entre les mains des croisés.

Après la capitulation d’Acre en 1191, Ascalon, ainsi que Jaffa tombèrent aux mains de Richard Cœur de Lion, qui y construisit une nouvelle forteresse.

 

Saladin exigea que la forteresse soit démantelée en préalable à la paix de 1192. Pressé de rentrer en Angleterre, Richard Cœur de Lion céda et la forteresse fut une seconde fois rasée. En 1270, le sultan mamelouk Baybars rasa complètement la ville. La ville arabe d’Al-Majdal fut construite près des ruines d’Ascalon, et en 1596, elle fut répertoriée comme la sixième plus grande ville de Palestine avec une population de 2 795 habitants.

Aujourd’hui, la ville d’Al-Majdal, désormais appelée Migdal Ashkelon, est revendiquée par les Palestiniens.

 

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