5 novembre 1906 – Le scandale Marie Curie: première femme à donner un cours à la Sorbonne

C’est la première femme à occuper ce poste. Malgré le sexisme et la xénophobie à leur paroxysme à cette époque, Marie s’impose comme étant la seule qualifiée à occuper le poste de son mari Pierre, décédé dans un accident de voiture. Elle donne ainsi ce 5 novembre 1906  son premier cours à un parterre d’étudiants tout autant intrigués par la radiologie que par cette femme au destin hors du commun. Par ce premier cours, elle ouvre ainsi la voie aux postes élevés de l’enseignement supérieur aux femmes.

Marie Curie, née Maria Sklodowska au sein du Royaume du Congrès (actuelle Pologne) le 7 novembre 1867 a été pionnière dans bien de domaines.

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Pierre et Maris Curie dans leur laboratoire de fortune

Avec son époux, Pierre Curie, ils reçoivent une moitié du prix Nobel de physique de 1903 (l’autre moitié est remise à Henri Becquerel) pour leurs recherches sur les radiations. Contrairement à ce qu’on imagine, tout leur travail s’est fait dans un taudis qui tient plus d’un croisement d’une grange de pomme de terre et d’une étable que d’un laboratoire scientifique de pointe. Paul n’a jamais mis les pieds dans le laboratoire que l’Université de Paris tardait à construire. Il décède dans un accident de voiture laissant sa femme continuer le travail sur les radiations et découvrir ainsi

le Radium.

Après la disparition de Paul, outre son travail de recherche, Mari dû faire face à bien de préjugés. Cette femme scientifique d’exception, l’opinion publique voulait la voir en mère au foyer plutôt qu’une directrice de laboratoire. On voulait tout simplement que la Polonaise rentre chez elle !

Pour ne rien arranger aux choses, le 4 novembre 1911, éclate l’« affaire Langevin ». La presse accuse Marie, alors veuve depuis cinq ans, de tenir une liaison extraconjugale avec un autre collègue scientifique, Paul Langevin. Cette histoire est imaginée par la presse nationaliste, misogyne et xénophobe qui la traite de « Polonaise venant briser un bon ménage français » et fait les gros titres.

Des journaux à scandale publient des lettres qui enflamment les lecteurs. Tous deux démentent la teneur des lettres publiées, mais en vain. La campagne de presse a été si violente que le ministre de l’Instruction publique en est venu à souhaiter que Marie Curie retourne en Pologne.

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Le Nobel de chimie de 1911

Le 8 novembre 1911, au plus fort et en dépit du scandale, Marie Curie reçoit un télégramme l’informant que le prix Nobel de chimie lui est décerné, « en reconnaissance des services pour l’avancement de la chimie par la découverte de nouveaux éléments : le radium et le polonium, par l’étude de leur nature et de leurs composés». Malgré la suggestion du comité Nobel de ne pas venir chercher le prix en raison de pressions politiques ainsi que du scandale qui la couvre, elle choisit de se déplacer et le reçoit le 10 décembre 1911 à Stockholm.

Elle est la première femme à avoir reçu le prix Nobel, et elle reste à ce jour la seule personne à avoir été récompensée par le prix Nobel dans deux domaines scientifiques distincts.

Mais la presse française reste silencieuse à l’époque, gardant sous silence l’exploit de Marie.

Le Nobel est quand même une affaire de famille pour les Curie, car outre Marie, lauréate deux fois, et son mari Pierre, sa fille Irène reçu le prestigieux prix en 1935 pour son travail sur la radioactivité. C’est presque comme chez nous, à quelques neurones près : chez nous au Libanistan on se passe les postes de ministres ou députés plutôt que les Nobels de père en fils, ou en beau-fils…

Marie fut aussi active pendant la première mondiale, mettant ses recherches do côté pour le travail de secours aux soldats. Dès le début de la guerre, elle se mobilise, car elle sait combien peuvent-être utile les appareils à rayons X pour repérer les fractures et localiser les éclats d’obus.

Dès le mois d’août 1914, elle obtient une attestation du Ministère de la Guerre pour mettre en place une équipe de manipulateurs en radiologie. Elle enseigne à plus de 150 élèves les bases de physique et d’anatomie.

Voiture laboratoire de radiologie
Laboratoire mobile de radiologie « petite Curie », France, 1ere guerre mondiale 

Marie Curie est persuadée qu’il ne faut pas déplacer les blessés. Elle va donc créer des unités radiologiques mobiles avec le matériel nécessaire, qu’on appelle à l’époque « Les Petites Curies ». Elle en conduira une elle-même dans les zones de combat.

En novembre 1918, à la fin de la guerre, Marie Curie peut enfin reprendre son poste à l’Institut du radium. L’Institut du radium doit faire face à des difficultés financières.

En 1921, la journaliste Marie Mattingly Meloney organise une collecte de 100 000 dollars

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Albert Einstein et Marie Curie

américains (environ 1 million de francs or) auprès des femmes américaines afin que Marie Curie puisse acheter un gramme de radium pour l’institut. Marie Curie effectue son premier voyage aux États-Unis le 20 mai 1921, pour acheter un gramme de radium à l’usine du radium de Pittsburgh, où sont utilisés de manière industrielle les procédés qu’elle a développés. En 1929, toujours grâce aux femmes américaines, elle reçoit un nouveau gramme de radium, dont elle fait don à l’Université de Varsovie.

Marie Curie ignorait le danger de la radioactivité pour le corps humain. Son corps fut carrément usé par son travail, littéralement, et non pas en burn-out de cadres chouchoutés au Starbucks skinny latte  et aux plateaux de sushis.

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La reocnnaissance arrive tard. Un billet de 500FF avec Marie et Pierre Curie ainsi qu’une « petite Curie »

Elle est atteinte d’une leucémie radio-induite par son exposition prolongée aux éléments radioactifs. Elle décède le 4 juillet 1934, à 66 ans des suites de sa maladie. Le 20 avril 1995, Pierre et Marie Curie sont transférés au Panthéon, sur décision du président François Mitterrand. Jusqu’en 2014, elle y est la seule femme honorée pour ses actions. Avant elle, Sophie Berthelot a été la première femme inhumée, mais « en hommage à sa vertu conjugale » (ça se récompense cela ?!?)

Ses papiers, documents et instruments sont toujours radioactifs et dangereux à ce jour.

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