6 novembre 1956 – L’expédition franco-britanniques à Suez tourne à l’humiliation

Le 6 novembre 1956, à minuit, prend fin l’expédition de Suez. Les parachutistes français et britanniques doivent cesser le feu quelques heures à peine après avoir sauté sur le canal et défait les troupes égyptiennes.

Cette date sonne la fin de l’ère coloniale la France et la Grande-Bretagne et la fin de leur influence au Moyen-Orient. Elle annonce aussi l’émergence du tiers monde et des pays arabes ainsi que l’intervention des États-Unis dans la politique moyen-orientale.

C’est donc en ce jour-là, à minuit que les Britanniques, les Français et les Israéliens acceptent le cessez-le-feu réclamé par l’ONU. Économiquement affaibli par le conflit, le Royaume-Uni n’a d’ailleurs aucune alternative. De plus, ils ne peuvent compter sur le soutien américain, puisque les deux grandes puissances – États-Unis et URSS – exigent le retrait des troupes. Le conflit amorcé par les trois pays se solde donc par un échec humiliant. Les troupes franco-britanniques quitteront progressivement le territoire jusqu’au mois de décembre.

Tout commence le 26 juillet 1956 lorsque le président de l’Égypte, le « raïs » Nasser, décide de nationaliser le canal de Suez par où transite la moitié des importations de l’occident. Exploité par les Français et les Britanniques, le canal ne rapporte que 3% de son chiffre d’affaires à l’Égypte. Les 97% restant tombant dans l’escarcelle franco-britannique. Or Nasser a besoin d’argent pour son grand projet : la construction du barrage d’Assouan, un travail pharaonique, capable à la fois de fertiliser la Nubie, de réguler les crues du Nil et surtout d’apporter à l’Égypte un potentiel hydroélectrique considérable.

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Débarquement d’un char britannique à Port Saïd, 1956

Suite à la nationalisation du canal, le socialiste Guy Mollet, chef du gouvernement français, eut l’idée de punir Nasser de son soutien aux indépendantistes algériens. De son côté, le jeune État d’Israël, fidèle allié de la France, manifesta le souhait d’une guerre préventive contre l’Égypte, soupçonnée de vouloir laver l’affront subi par les Arabes en 1948.

Une conférence internationale s’ouvrit à Londres le 16 août en vue de trouver un compromis. Pendant ce temps, dans la discrétion, les militaires français et britanniques acheminèrent des troupes vers Chypre. À Londres, le Premier ministre conservateur Anthony Eden eut plus de difficulté à rallier sa majorité à la perspective d’une guerre.

Il est convenu que les Israéliens, décidés à « rompre l’encerclement », attaqueront les Égyptiens et qu’ensuite, Français et Britanniques adresseront un ultimatum aux adversaires et occuperont la zone du canal sous prétexte de les séparer !

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Un tanker en feu à Port-Saïd

Le 29 octobre, les troupes du général Moshe Dayan se lancent dans le Sinaï et mettent en déroute l’armée égyptienne. Comme prévu, le 30 octobre, Londres et Paris envoient un ultimatum conjoint au Caire et à Tel-Aviv, enjoignant aux combattants de cesser le feu et de se retirer à 10 miles du canal.

Israël s’incline, mais l’Égypte, comme on peut s’y attendre, rejette l’ultimatum.

Le lendemain 31 octobre, Français et Anglais détruisent au sol les avions égyptiens. Et, les 5 et 6 novembre, les parachutistes sautent sur Port-Saïd, à l’endroit où le canal débouche sur la mer Méditerranée. Personne ne se soucie d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies adoptée trois jours plus tôt, le 1er novembre…

Entretemps, pendant que l’attention du monde se porte sur le canal de Suez, les chars soviétiques entrent à Budapest et répriment le soulèvement des Hongrois contre leur régime communiste.

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Soldat égyptien fait prisonnier par des paras britanniques

À peine les paras français et britanniques touchent-ils terre dans la zone du canal que les Soviétiques menacent d’intervenir avec des fusées intercontinentales à tête nucléaire si l’attaque n’est pas stoppée ! Les États-Unis,  inquiets d’un affrontement direct avec l’URSS qui soutient l’Égypte, imposent un cessez-le-feu immédiat ainsi qu’un désengagement sous l’égide des Nations unies.

Britanniques et Français n’ont alors pas d’autres choix que d’accepter ces conditions le 6 novembre.

Au final, l’intervention franco-britannique n’aura duré que 40 heures et se sera soldée par quelques centaines de morts, dont douze Français et dix-neuf Britanniques.

La France et l’Angleterre sortent humiliées de la crise. À Paris, Guy Mollet est affaibli, tandis qu’à Londres, Anthony Eden est contraint de démissionner. Surtout, les deux puissances européennes essuient une grave perte de prestige, en particulier face aux pays émergents du Tiers monde. À l’inverse, le régime de Nasser ressort triomphant de la confrontation. Son prestige ne va dès lors cesser de croître. Le canal ne sera rouvert qu’au milieu de l’année 1957 . La France et l’Angleterre ne seront plus ravitaillées en pétrole durant de longs mois et devront mettre en place un système de rationnement.

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Bon de rationnement d’essence en France, 1956

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