11 Août 480 av. J.-C – Bataille des Thermopyles

Comment 300 spartiates ont retenu une armée de 300,000 hommes pour donner le temps à la Grèce de se défendre. Abou el Dam n’a plus qu’à remettre ses couches-culottes.

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Passage des Thermopyles

À l’entrée du défilé des Thermopyles qui commande l’accès de la Grèce centrale, le long de la mer Égée, la grande armée perse du Grand Roi Xerxès Ier qui comptait, selon les estimations modernes, entre 70 000 et 300 000 soldats est à l’arrêt. Devant eux, défendant la position, 7,000 hommes de l’alliance des cités grecques les attendent.

Le « grand roi » perse, Xerxès, fils de Darius Ier, ne voulait pas subir une nouvelle défaite contre les Grecs, comme son père à Marathon dix ans plus tôt. Darius est mort quatre ans après la défaite, et Xerxes, en bon fiston ne pensait qu’à la revanche.

Les nations ont afflué pour prêter serment au Roi des rois. L’armée était composée d’au moins une centaine de nations différentes, aux dialectes et aux mœurs toutes plus étranges les unes que les autres. Au cœur de cet assemblement, la garde personnelle de Xerxes, composée de 10.000 Immortels, une unité d’élite qui lui est dévouée corps et âme.

Pour traverser la mer, il n’a pas eu à se casser la tête pour se construire une armada. En Phénicie, on vend de tout et à tous. Ça n’a pas changé depuis. Les bateaux phéniciens formèrent le fleuron de sa flotte emmenée à l’assaut de la Grèce. Les rois des cités phéniciennes étaient les amiraux, chacun à la tête du contingent de sa cité : Hérodote cite parmi eux Tetramnestos de Sidon, Matten de Tyr et Merbalos d’Arwad, car quand on est phéniciens, on offre du service après-vente, surtout si le client paie comptant !

Même les oracles, ces prêtres en contact direct avec les dieux, sont unanimes: il n’existe aucun moyen de repousser l’armée de Xerxès. D’ailleurs, son avancée confirme la puissance de son armée.

Pour affirmer sa supériorité du peuple perse, il entreprend deux chantiers titanesques.

Le premier est la construction de deux ponts parallèles de plus de 3,000m enjambant les Dardanelles, pour faire passer ses hommes au plus vite. Une première tentative de ponts assis  sur des bateaux alignés et reliés les uns aux autres sont déchiquetés par une tempête. Que nenni. Xerxes fait décapiter les ingénieurs, et donner 300 coups de fouet à la mer avant de reprendre le chantier qui cette fois aboutira. Finalement, en juin -480, l’armée traverse le détroit, le défilé prend sept jours et sept nuits sur les deux ponts.

Le deuxième chantier est un canal au pied du mont Athos afin d’éviter à sa flotte de contourner la péninsule de l’Aktè. Douze ans plus tôt, une tempête au large de cette péninsule avait décimé toute la flotte de son père Darius, et Xerxes ne voulait pas subir le même sort. Le canal de 2400 mètres de long sur 30 mètres de large qui sera creusé et la flotte passa sans contourner la péninsule.

Malgré ces précautions, 400 navires et 40,000 hommes furent perdus dans des tempêtes.

Finalement, arrivé devant le passage des Thermopyles, Xerxès attendit quatre jours, pensant que la minuscule armée grecque fuirait. Cce ne fut pas le cas. Au cinquième jour, il donna l’ordre d’attaque.

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Léonidas aux Thermopyles, par Jacques-Louis David (1814)

Au premier jour de l’attaque, soit le 11 août, l’armée attaqua les Grecs frontalement « avec pour ordre de les amener vivants devant lui ». La bataille dura toute la journée. Les troupes de Léonidas tinrent fermement leur position en phalange dans le défilé et repoussèrent les Perses, ceux-ci ayant des lances plus courtes que les Grecs, leur infligeant de lourdes pertes.

Xerxès décida d’envoyer ses troupes d’élite, les 10 000 Mélophores ou Immortels. Ils connurent bientôt le même sort que leurs alliés, ne profitant pas de leur supériorité numérique dans le défilé trop étroit et moins bien armés que les Grecs. Les spartiates entamèrent une manœuvre de repli, attirant les Immortels à leur suite pour se retourner brusquement et les écraser.

Les corps des milliers de morts faisaient désormais une barrière naturelle entre les deux camps.

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Le champ de la bataille des Thermopyles

Le deuxième jour, Xerxès lança un assaut massif d’infanterie, comptant sur la fatigue des Grecs, et que le nombre aurait raison d’eux et qu’ « affaiblis par leurs blessures, ils ne puissent se battre ». Cependant, les troupes impériales ne réussirent pas mieux que la veille et se firent tailler en pièces.

Mais le soir,  un certain Éphialtès, citoyen de Malide, trahit son camp et livra aux Perses le moyen de contourner l’armée grecque, par le sentier d’Anopée. Ce chemin n’étant défendu que par un millier de soldats de Phocide, qui se replièrent quand les Perses arrivèrent. Léonidas décida alors de se sacrifier avec les 300 hoplites spartiates, ainsi que 700 soldats de Thespies, 700 Lacédémoniens non spartiates et 400 Thébains, pour laisser aux Grecs le temps d’organiser leur défense et à l’armée de se retirer en bon ordre.

Le troisième jour, toujours selon Hérodote, les Grecs changèrent de stratégie et avancèrent hors de leur position jusqu’à l’endroit le plus large des Thermopyles. Ils résistèrent héroïquement autour du roi spartiate Léonidas, qui fut tué. Leur infériorité numérique empira avec l’arrivée par le sentier d’Anopée des troupes perses. Ils se replièrent avec le peu d’armes qu’il leur restait sur le mont Kolonos. À l’issue de la bataille, Xerxès ordonna qu’on décapitât Léonidas et qu’on mît sa tête au bout d’un pieu, ce qui est étrange pour Hérodote puisqu’en ce temps, les Perses accordaient de la valeur aux soldats héroïques qu’ils avaient combattus.

Cette bataille devint l’emblème de la résistance grecque à l’envahisseur et de l’esprit de sacrifice des Spartiates. Au sommet du Kolonós, théâtre de l’ultime résistance spartiate, sur lequel fut érigé un mausolée, une inscription du poète Simonide de Céos (-556 ; -467), commémore cette action :

« Ὦ ξεῖν’, ἀγγέλλειν Λακεδαιμονίοις ὅτι τῇδε κείμεθα, τοῖς κείνων ῥήμασι πειθόμενοι » (« Étranger, annonce aux Lacédémoniens, que nous gisons ici, ayant obéi à leurs lois. »)

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Épitaphe de Simonide

10 Août 1961 – L’agent orange déversé pour la première fois en tant qu’arme chimique

Qui est le plus grand criminel à l’arme chimique : Ali Al Takriti le Chimiste ? Bachar El Assad ? Ni l’un ni l’autre : le gagnant de ce titre d’honneur n’est autre que J.F. Kennedy.

La plus grande guerre chimique a lieu au Viêt-nam, avec l’utilisation massive de l’Agent Orange. L’objectif de l’épandage de ce désherbant arc-en-ciel est tout simplement de tuer les récoltes des Vietnamiens, de détruire leur environnement, de tuer les forêts qui leur servaient d’abris et de dégarnir le terrain autour des positions armées. En d’autres termes, de niquer tout un pays pour satisfaire les États-Unis qui faisaient une guerre qui n’était pas la leur.

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Bidons d’agent orange

L’agent orange, de couleur rose brun en fait, mais nommé agent orange à cause des bidons rayés en orange vif, dans lequel il était livré, contient dans sa composition de la dioxine, un polluant chimique qui peut notamment entraîner des cancers, des maladies de la peau, du cerveau et des systèmes nerveux et des maladies congénitales.

Ce produit était d’usage courant dans l’agriculture aussi bien aux États-Unis qu’en URSS, dans les années 1960. Sa toxicité pour l’être humain n’était pas avérée. Il faut noter à ce sujet qu’au Viêt Nam le produit fut en moyenne surdosé d’un facteur 13 (!) ce qui rend difficile la comparaison entre l’usage agricole et l’usage militaire.

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Épandage d’agent orange au Viêt Nam

Il fut ensuite utilisé pour empêcher les guérilleros vietnamiens de se cacher dans les forêts du Sud Viêt Nam, pour détruire leurs récoltes, mais aussi afin de dégager les abords des installations militaires américaines. Ces opérations de guerre chimique débutèrent en 1961, le premier épandage ayant lieu le 10 août dans la province de Kontum au centre du pays. Le programme, intitulé Opération Ranch Hand, débuta ensuite progressivement avec le feu vert du président John F. Kennedy en novembre 1961 jusqu’à atteindre son apogée en 1965.

Les épandages ont soulevé de nombreuses protestations dans le monde et aux États-Unis même, de la part de scientifiques, d’un certain nombre de parlementaires et même d’anciens combattants. Les conséquences sur les populations civiles et embrigadées ont été massives : la destruction des récoltes provoquant un exode rural des paysans non belligérants vers des villes qui ne sont pas capables de les accueillir, et migration de combattants infiltrés par le même mouvement.

80 millions de litres de l’agent ont été déversés, et l’épandage a touché 20 % des forêts du sud Viêt Nam et empoisonné 400 000 hectares de terrain agricole, empoisonnement toujours actif et qui nécessite une décontamination massive.

Une version plus nocive a été créée au Liban sous le nom de code Super Agent Orange Gebran B. Les conséquences de l’utilisation de ce dernier sont fatales, et la décontamination complexe.

À noter que le développeur de l’agent orange n’est autre que Monsanto, la même compagnie entachée de scandales depuis près d’un siècle comme pour le PCB, l’hormone de croissance, l’aspartame et  qui aujourd’hui a presque l’exclusivité des marchés des grains OGM, et dont on mange les produits chaque jour, sous forme de produits congelés ou en conserve.

Dans les années 1970, des vétérans du Viêt Nam ouvrent une Class Action contre les producteurs de l’agent orange. Monsanto se retrouve, au côté de six autres entreprises, dont Dow Chemicals, accusé principal d’un procès en réparation pour empoisonnement. En 1987, les sept producteurs de l’agent orange acceptent de verser 180 millions de dollars à un fonds de compensation destiné aux soldats américains pour clore le procès, mais aucune condamnation n’a eu lieu pour les dommages subis par la population vietnamienne.

A noter que l’un des dérivés de l’agent orange, le 2,4-D, ne contenant pas de dioxine, reste un des herbicides les plus utilisés dans le monde et au Liban. Bon ap.

9 août 1564 – Oust 25 et 1er mars, le premier jour de l’année est fixé le 1er janvier

Le 9 août 1564, à Roussillon sur le Rhône, le roi Charles IX signe l’édit qui porte le nom de la ville, et qui fixe, entre autres édits, le premier jour de l’an au 1er janvier, confirmant ainsi l’article 39 de l’édit de Saint-Germain qui prescrivait déjà de dater les actes publics en faisant commencer les années au 1er janvier :

« Voulons et ordonnons qu’en tous actes, registres, instruments, contracts, ordonnances, édicts, tant patentes que missives, et toutes escriptures privées, l’année commance doresénavant et soit comptée du premier jour de ce moys de janvier (…).
Donné à Roussillon le neufiesme jour d’aoust, l’an de grâce mil cinq cens soixante quatre.
Et de notre règne de quatriesme. Ainsi signé par le roy en son conseil, Sébastien de l’Aubespine. Et scellé à double queue à cire jaune ».

Cet édit n’est entré en vigueur qu’en 1567, trois ans après avoir été promulgué

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Charles IX de France

Cette définition du 1er jour de l’an était devenue une nécessité, car lors de son grand tour de France organisé par sa mère Catherine de Médicis, le jeune roi de France Charles IX constata que, selon les diocèses, l’année débutait soit à Noël, comme à Lyon par exemple, soit le 25 mars, comme à Vienne, soit le 1er mars ou encore à Pâques, ce qui provoquait des confusions.

 

L’empereur d’Allemagne Charles Quint avait pris une mesure similaire pour ses terres quelques décennies plus tôt. En 1622, le pape généralise cette mesure à l’ensemble du monde catholique.

 

Pourquoi ces différences dans les dates?

Le 1er mars est le premier jour du calendrier julien

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Jules César

Jules César décréta le 1er janvier premier jour de l’année à la place du 1er jour de mars, le 1er janvier étant la date d’élection des Consuls de Rome. Les cadeaux échangés dans les cinq jours suivant le passage au Nouvel An  étaient appelés étrennes en l’honneur de la déesse Strenia.En 46 av. J.-C., Jules César décide de remplacer le calendrier lunaire jusque-là en vigueur par un calendrier solaire, dit « julien », du nom de l’empereur. Le premier jour de l’année était fixé depuis l’an 153 av. J.-C., au 1er mars, mois très important à Rome, associé au dieu de la guerre. Cette répartition a laissé des traces aujourd’hui : les derniers mois du calendrier actuel s’appellent toujours octobre (de « octo », le huitième), novembre (de « novo » le neuvième) et décembre ( de « decem » le dixième) alors qu’ils sont désormais les dixième, onzième et douzième mois de l’année.

 

Pâques ou Noël

Dans certaines régions de France, c’est Pâques, date anniversaire de la résurrection du Christ, qui fait office de Nouvel An. Mais cela pose quelques problèmes : Pâques est une date mobile qui correspond au premier dimanche après la pleine lune de printemps (21 mars). On peut donc se retrouver aussi bien avec des années de longueur variable… ce qui s’avère bien compliqué à l’usage. Dans d’autres pays ou régions, c’est Noël qui est choisi comme début de l’année : ainsi, à Lyon, dans le Poitou, en Normandie ou en Anjou…

Dans la plus grande partie partie de la chrétienté médiévale, l’année  commençait le 25 mars, jour de l’Annonciation.

En 532, le pape Libère décide de faire commencer l’année au 1er janvier, mois qui suit immédiatement la naissance du Christ, fixée au 25 décembre 753 de l’an de Rome, la fondation de la ville éternelle servant de point de départ au calendrier romain. Mais cette date ne fut pas adoptée par toutes les régions.

Le 22 septembre, Nouvel An révolutionnaire

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Personnification de Pluviôse

En 1805, la France reprit le calendrier grégorien, et le 1er janvier 1806 (11 nivôse an XIV) marque ainsi l’abandon du calendrier révolutionnaire pour le calendrier grégorien. Le 22 septembre 1792, la Convention proclame la République. Symbolisant une rupture avec l’ordre ancien, le calendrier révolutionniare démarra au jour de l’équinoxe d’automne, moment où la durée du jour est égale à celle de la nuit, ce qui, selon les années, peut correspondre au 22, 23 ou 24 septembre, date qui est fixée par décret, ou le 1er Vendémiaire.

 

 

 

Le Poisson d’Avril

Dans la France médiévale, le début de l’année correspondait à la fête de l’Annonciation, soit le 25 mars, et les gens avaient coutume de se faire des cadeaux du 25 mars jusqu’au premier jour du mois suivant, le 1er avril, les gens avaient donc coutume de se faire des cadeaux pour célébrer le passage à l’année nouvelle, en copiant les étrennes romaines.

En changeant la date du premier jour de l’an, les Français reportent sagement leurs étrennes au 1er janvier, mais n’en continuent pas moins à se faire des cadeaux « pour rire » à l’occasion du 1er avril.

Comme ce jour coïncide aussi avec la fermeture de la pêche, le mois d’avril étant la période du frai (reproduction) pour beaucoup de poissons de rivière, on qualifie ces amusements de « poissons d’avril » car ils sont aussi peu sérieux que de pêcher un poisson en avril.

En Angleterre comme dans les autres pays anglophones et également au Danemark et aux Pays-Bas, le 1er avril est relié à la tradition médiévale de la fête des fous, extension de l’Hilaria romaine, fête joyeuse en l’honneur de la déesse Cybèle, qui se déroulait autour du 25 mars, après l’équinoxe de printemps, d’où l’utilisation de Fools Day pour le 1er avril.

10aout-3La tradition du 1er avril a atteint le Brésil où l’on célèbre le Dia dos bobos (« jour des nigauds ») et aussi la « journée du mensonge ». C’est au point que les gouvernants, pour éviter des allusions malvenues, situent au 31 mars 1964 la déposition du président João Goulart alors que celle-ci a eu lieu dans les faits le lendemain 1er avril !

Par contre, en Espagne et dans les pays hispanophones comme l’Argentine, c’est  le 28 décembre, fête des Saints Innocents, que les médias cultivent l’art des « nouvelles pour rire »

 

8 Août 1929 – Le dirigeable allemand Graf Zeppelin entame son vol autour du monde

Quoi de mieux qu’un suppositoire géant de forme des plus phalliques pour faire le tour du monde, et finir sa carrière en une gerbe de feu et de sang ? C’est l’histoire du Zeppelin.

Le zeppelin, avec sa forme bien reconnue, est un dirigeable allemand, nommé d’après le pionnier allemand des dirigeables, Ferdinand von Zeppelin, qui avait le titre de Graf, ou comte.

8aout-graf-zeppelin-los-angele004a1-550x351Le Zeppelin était un géant des airs, presque aussi grand que le Titanic avec ses 246m de longueur (le Titanic mesurant 269m). Un géant rempli de gaz, comme les promesses du jus de l’EDL en quelque sorte: tout un tabac pour brasser de l’air, avant de finir en cendre et fumée.

Le Zeppelin servit en 1928 et 1937. Durant presque une décennie, il effectua 590 vols, 143 traversée de l’Atlantique et une du Pacifique, transportant 13,110 passagers sur plus d’un million et demi de kilomètres.

L’ère de l’exploitation des ballons a commencé au 19e siècle. Déjà, le 4 septembre 1870, deux jours après la capitulation de Sedan où Napoléon III est fait prisonnier, Léon Gambetta proclame la IIIe république et prend la décision de rejoindre Tours pour maintenir la cohésion nationale et organiser la résistance.

Pour s’enfuir de Paris, il décide de prendre la voix des airs, en s’envolant en ballon le 8 octobre 1870.

Mais les ballons encore à leur début et n’étant pas dirigeables, plutôt que de se diriger vers le Sud, le ballon s’envola vers le Nord et se posa au milieu des armées prussiennes ! Heureusement pour Gambetta, ce furent des Français qui vont l’accueillir et il mettra finalement deux jours pour rejoindre Tours.

50 ans après le vol en ballon de Gambetta, la maîtrise des airs est bien plus avancée.

La popularité grandissante du « géant des airs » permit au chef de la compagnie Zeppelin, le Dr Hugo Eckener de trouver des sponsors pour un vol autour du monde.

Débutant le 8 août 1929, le Graf Zeppelin retraversa l’Atlantique pour sa base de Friedrichshafen où il fit le plein. Il repartit le 15 août, survola Berlin puis la Pologne avant de traverser la nouvelle Union soviétique, ayant obtenu une autorisation de Staline. Il devait initialement survoler Moscou, mais la météo l’obligea à tracer sa route plus au nord, il survola la Sibérie et atteignit Tokyo et la base aéronavale de Kasumigaura, en un vol direct et sans escale de 11 246 km qui dura trois jours, survolant des terres en Sibérie n’ayant jamais été vues auparavant.

Après Tokyo, le Graf Zeppelin repartit pour une traversée de l’océan Pacifique. Il affronta une violente tempête, occasionnant quelques dégâts au dirigeable et coupant ses liaisons radio, ce qui fit penser pendant 2 jours aux médias internationaux que l’appareil s’était abimé en mer. Le Graf fut obligé à presque amerrir pour effectuer des réparations avant de reprendre son vol pour atteindre San Francisco, puis Mines Field à Los Angeles.  La traversée finale à travers les États-Unis fit passer le dirigeable au-dessus de Chicago avant d’atterrir à Lakehurst le 29 août.

Le temps de vol de Lakehurst à Lakehurst fut de 12 jours et 11 minutes et le temps complet de ce record de durée de vol est de 21 jours, 5 heures et 31 minutes. Le dirigeable parcourant en tout 49 618 km, la distance du « tour du monde » étant elle de 31 400 km.

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La circumnavigation de 1929

Après cet exploit, le Zeppelin effectua en juillet 1931 une expédition scientifique en Arctique au bout d’une traversée spectaculaire. Eckener envisagea alors sur une rencontre avec un navire de surface. Il finança ce énième exploit de son suppositoire volant par la livraison de courrier au navire. Après publicité, environ quinze mille lettres furent rassemblées à travers le monde pour un total de 300 kilos. Le navire choisi était le brise-glace soviétique Malygin qui avait de son côté embarqué 120 kilos de courrier destiné à être chargé sur le dirigeable. La majeure partie du coût de l’expédition fut ainsi couverte par la vente de timbres, le reste fut assuré par l’Aeroarctic et le groupe de presse Ullstein-Verlag en échange de l’exclusivité des reportages.

En parallèle de sa carrière civile, les dirigeables furent adoptés par les armées pour des missions de reconnaissance. Et même les États-Unis construisirent au début des années 1930 deux porte-avions volants qui pourront accueillir à leur bord plusieurs avions. Le dirigeable devient un hangar volant. Mais l’expérience tourna court: les deux dirigeables, l’USS Akkron et l’USS Macon, allaient s’écraser quelques années seulement après leur mise en service.

 

Le Graf avec ses innombrables exploits servait surtout de propagande au parti nazi.

8aout-5722839367_5422a2f218_bLe Zeppelin fut abandonné après l’accident du Hindenburg. Ce Zeppelin gonflé à l’hydrogène, gaz extrêmement inflammable, s’est embrasé à son arrivée à Lakehurst, le 6 mai 1937. Pas besoin d’être Sherlock pour comprendre que c’est une question de temps pour en arriver à l’accident. L’hélium, gaz ininflammable, rare et cher à l’époque, est essentiellement issu de ressources naturelles provenant des États-Unis. La législation américaine, à travers l’Helium Control Act de 1927, accorde au Bureau des Mines, « l’exploitation ainsi que la production de l’hélium », à l’exception de sa commercialisation. Ainsi, les Allemands ne purent pas acheter de l’hélium et durent se contenter du dangereux substitut, soit l’hydrogène.

Le Hindenburg, avec son espace dédié aux passagers à l’intérieur du ballon plutôt qu’à l’extérieur comme sur les modèles précédents, comprenait deux ponts, un restaurant, des douches, une cuisine « tout électrique » et même un fumoir ! Une folie pour un ballon gonflé à l’hydrogène !! Le fumoir était sécurisé par un système de surpression, afin d’empêcher toute intrusion accidentelle d’hydrogène. Il renferme le seul briquet disponible à bord, les briquets personnels étant confisqués au départ du voyage. Le barman s’assure qu’aucun passager ne franchit la porte tournante faisant office de sas avec une cigarette ou une pipe allumée.

À son arrivée, au bout de son 63e voyage, l’atterrissage du Hindemburg est retardé par un orage. Quelque 200 manœuvres s’apprêtent à l’amarrer. Un incendie éclate à la poupe du dirigeable, rapidement alimenté par le dihydrogène. L’aéronef perd son stabilisateur horizontal et s’écrase au sol en 34 secondes. Le brasier est nourri par le carburant diesel des moteurs. Il y avait 97 personnes à bord, dont 61 membres d’équipage et 36 passagers. L’accident fait 35 morts, dont 21 membres d’équipage, 1 membre du personnel au sol et 13 passagers.

Cet accident marqua la fin de l’âge d’or des dirigeables…

 

 

7 août 1932 – La loi des épis qui causa 3 à 6 millions de morts

Le 7 août 1932, l’URSS promulgue une loi qui punit de dix ans de déportation, voire de la peine de mort, «tout vol ou dilapidation de la propriété socialiste», y compris le simple vol de quelques épis dans un champ. Cette loi fut nommée la « loi des épis ». Conséquence directe, 3 à 6 millions de morts de faim dans les mois qui suivent. C’est le génocide ukrainien.

La «loi des épis» survient alors que les campagnes soviétiques connaissent un début de famine du fait des réquisitions forcées par le pouvoir. Elle prend le nom d’«Holodomor» ou «extermination par la faim» en ukrainien. Pas de quoi fouetter un ministre des finances chez nous, qui n’en a rien à foutre des épis de blé.

À la fin des années 1920, l’URSS commençait à retrouver le sourire, la production agricole et industrielle retrouvait même en 1927 les niveaux d’avant la Révolution. Rien ne pouvait freiner cet état de grâce qu’un Hariri. Comme il n’était pas dispo à l’époque, c’est Staline qui s’en chargea.

7aout-b47fc22c-0018-4d6f-ba99-bf8771f63ff7Staline craignait que cette embellie ne favorise dans les villes et les campagnes l’avènement d’une nouvelle bourgeoisie et un retournement contre le communisme, il lance alors un plan d’industrialisation du pays, mené par l’état. Pour achever son plan, il a besoin d’importer des machines modernes, et pour y arriver, il met en place un système de réquisition des récoltes chez les paysans.

Ces derniers résistent en réduisant leur production et les livraisons à l’État.

Staline accuse les paysans aisés, surnommés «koulaks» de faire obstruction à sa politique au nom de leurs intérêts particuliers. Il décide «l’élimination des koulaks en tant que classe» et l’intégration de tous les autres paysans dans de grandes fermes collectives (kolkhozes) ou fermes d’État (sovkhozes).

Au prix de grandes violences, 70% des terres sont collectivisées. C’est alors qu’apparaissent les premières victimes de la faim. L’ensemble du pays est affecté, mais c’est au Kazakhstan que l’on compte le plus grand nombre de morts : 1 à 1,5 million, victimes des réquisitions du gouvernement.

En 1932, le pouvoir soviétique resserre la pression sur les paysans d’Ukraine, coupables de n’en faire qu’à leur tête et suspectés de nationalisme. Les représentants du Parti multiplient les réquisitions forcées, y compris dans les fermes collectives. C’est alors que survient la sinistre «loi des épis» du 7 août. Elle va occasionner la déportation ou la mort de milliers de citoyens pour le vol de quelques grains et permettre à l’État de s’approprier la quasi-totalité de la moisson !

Avec l’arrivée de l’hiver survient la famine. De longues files de malheureux errent le long des routes en quête de subsistance et gagnent les villes en quête de travail et secours. Mais le gouvernement communiste prend les devants et institue en décembre 1932 un passeport unique pour tout le pays, avec interdiction pour quiconque de quitter son village de résidence sans autorisation du Parti !

Beaucoup de désespérés se suicident. Des cas de cannibalisme se répètent, des gens enlevant des enfants, ou pire, tuant parfois leur propre enfant pour s’en nourrir. Le phénomène est si peu rare que le gouvernement fait imprimer une affiche qui proclame : «Manger son enfant est un acte barbare !»

La famine ne relâche son étreinte qu’au mois de mai 1933 avec le retour des fruits et des légumes dans les jardins privés.

 

6 Août 1945 – Hiroshima est effacée de la carte. Merci uncle Sam.

La bombe était inutile, le Japon étant déjà défait, elle est lâchée pour montrer les dents à l’ami Staline. Lâchée de l’avion, 43 secondes plus tard, Hiroshima est effacée. 70,000 incinérés en une fraction de seconde, 150,000 au total. La question de la nécessité militaire et du moindre mal peut être rapidement écartée, car le Japon allait capituler dans tous les cas. Mais lancer la bombe permettait de faire étalage de la puissance militaire américaine devant l’URSS de Staline.

6aout-15Au moment où les Américains finalisent la bombe, l’Allemagne nazie s’apprête à capituler. Seul le Japon, dirigé par des généraux jusqu’au-boutistes, s’entête dans une résistance désespérée. Mais au pays du soleil levant, la situation était désespérée, et on savait la guerre perdue et la capitulation inévitable. Mais on discutait toujours sur le meilleur moyen de le faire, pour éviter d’avoir l’empereur démis, ou pire, jugé pour crime de guerre.

La simple prise de l’île d’Okinawa avait coûté 12,500 morts à l’armée américaine et 110,000 aux Japonais. L’état-major américain estimait les pertes à 500.000 soldats pour conquérir Honshu, l’île principale de l’archipel. Truman opte pour la solution radicale.

Le 6 août 1945, à 2h45, un bombardier nommé Enola Gay décolle de Tinian, dans les îles Mariannes. Le colonel Paul Tibbets et ses hommes ont survolé Iwo Jima, puis poursuivi vers le nord avant d’apercevoir, peu après 8 heures, leur objectif : Hiroshima, un important centre industriel et portuaire du sud du Japon, jusque-là épargné par les raids des forteresses volantes américaines.

 

 

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Hiroshima, avant et après l’impact. La capitale Tokyo n’est informée de la cause exacte du désastre qu’une quinzaine d’heures plus tard, lorsque la Maison-Blanche annonce publiquement le bombardement. Le gouvernement japonais ne formule aucune réponse officielle.

L’avion, isolé, ne déclenche aucun tir de défense. A 8 h 15, il largue au-dessus de la ville une bombe de 4,5 tonnes surnommée « Little Boy », longue de 4,30 m et d’un diamètre de 76 cm, avant d’effectuer un virage pour s’éloigner. Quarante-trois secondes plus tard, à 600 mètres d’altitude, l’engin explose. A l’éclair foudroyant succède une boule de feu d’un kilomètre de diamètre, puis une terrible onde de choc, qui secoue violemment le bombardier. En quelques secondes, une gigantesque colonne de fumée s’élève jusqu’à 12 000 mètres d’altitude. L’avion refait un passage au-dessus de la ville, terrifié, le capitaine Lewis s’écrie : « Mon Dieu, qu’avons-nous fait ? »

Le monde vient de basculer dans l’ère nucléaire.

6aout-7Environ 80 % des personnes vivant dans un rayon de 1 kilomètre autour du point d’explosion sont tuées sur le coup. Si quelque 70 000 personnes meurent instantanément, le bilan atteint 150 000 victimes dans les mois suivants, où d’autres personnes sont emportées à la suite de l’exposition aux radiations.

Trois jours plus tard, rebelote sur Nagasaki. Le bilan sera de 80,000 mort dans cette deuxième ville.

Le 15 août 1945, l’empereur japonais Hirohito annonce la capitulation de son pays, mettant fin à la Deuxième Guerre mondiale, le conflit le plus meurtrier de l’histoire avec plus de 60 millions de morts.

La bombe vient  bouleverser les lois de la guerre, abolissant des siècles de domination de la poudre à canon sur les champs de bataille pour ouvrir la terrifiante ère de l’atome. Une ère dominée par une arme tellement écrasante que la décision de son usage devient plus politique que stratégique.

« Le Japon était déjà vaincu et les bombes n’étaient absolument pas nécessaires. » Ces paroles ne sont pas celles d’un révisionniste ou d’un écrivain gauchiste. Ce ne sont certainement pas les paroles d’un antiaméricain primaire. Ce sont les paroles de Dwight D. Eisenhower, Commandant suprême des forces alliées en Europe et futur président des États-Unis. Eisenhower savait, comme toute la hiérarchie militaire des États-Unis, que le Japon était sans défense.

L’amiral Chester W. Nimitz, Commandant en Chef de la flotte US du Pacifique, fit écho à cette réalité lorsqu’il écrivit, «  En fait, les Japonais avaient déjà avoué leur défaite, la bombe atomique n’a joué aucun rôle sur le plan strictement militaire. » L’Amiral William D. Leahy, chef de cabinet du Président Truman, a dit la même chose : «  L’emploi des (bombes atomiques) sur Hiroshima et Nagasaki n’était d’aucune utilité dans la guerre contre le Japon. Les Japonais étaient déjà vaincus et prêts à se rendre. »

Cette question de la nécessité de la bombe est toujours critique aux États-Unis. Par exemple, le Smithsonian qui avait osé poser la question en 1995 a dû rapidement fermer l’exhibition suite aux indignations et aux critiques hystériques des visiteurs, cinquante ans après les faits.

Dix scientifiques allemands sont détenus depuis la capitulation nazie dans un cottage anglais près de Cambridge. Le 6 août 1945, des micros dissimulés enregistrent le contenu de leurs conversations. Ils sont dix, physiciens ou chimistes, théoriciens ou expérimentateurs, qui ont participé au programme nucléaire allemand. Ils sont traités avec tous les égards dus à leur valeur intellectuelle et ils jouissent d’un confort qu’ils n’ont sans doute pas connu depuis des mois. En début de soirée, après avoir écouté la BBC, le commandant Rittner s’isole avec Otto Hahn. Il réserve à l’homme qui a découvert la fission nucléaire en 1938 la primeur de l’annonce qu’une bombe atomique a été lâchée sur Hiroshima. Hahn est « complètement brisé par la nouvelle ». Il ne cesse de répéter qu’il est coupable : c’est lui qui a rendu tout cela possible. On doit lui faire boire de l’alcool jusqu’à ce qu’il ait suffisamment retrouvé son calme pour rejoindre les autres et leur révéler ce qu’il vient d’apprendre.

 

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Les 450 000 survivants de ces attaques, appelés les hibakusha (exposés à la bombe), connaîtront une existence pénible. Ils ont été blessés par la force et la chaleur de l’explosion et malades après avoir été exposés aux radiations qui provoquent d’innombrables symptômes comme la perte des cheveux, et des cancers. 

 

Pour faire un parallèle si la bombe avait explosé à Beyrouth par exemple:

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Si la bombe était lachée sur Beyrouth, le bilan serait de 133,00 morts et 358,000 blessés, avec pratiquement la moitié de Beirut rayée de la carte. À noter que la bombe lachée sur Hiroshima a un effet minuscule comparé aux bombes « modernes », tel la Tsar Bomba qui détruira tout le liban et une partie d’Israel et de la Syrie en un seul coup.

 

 

Quelques images d’Hiroshima, avant/après:

 

 

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5 Août 1473 – Premier dessin connu de Léonard de Vinci

L’homme multidisciplinaire, et à la vie privée mystérieuse, a daté son premier dessin en ce jour du 5 Août 1473. Ce dessin nous permet de revenir sur la vie et les mystères de Vinci, avec, promesse, aucune mention de la Joconde ni des théories de Dan Brown ou du Da Vinci Code.

 

Le Paysage de la vallée de l’Arno

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Ce dessin (19 × 28,5 cm) à la plume et à l’encre authentifié par son écriture. Il a noté lui-même dans l’angle supérieur gauche le jour où le dessin a été exécuté : le 5 août 1473. De cette œuvre ressort l’intérêt du jeune artiste de 21 ans pour les phénomènes naturels : fleuves, lacs, plantes ainsi que sa maîtrise d’un style simple.

 

Léonard de Vinci 1452-1519

L’art et la science se partagent l’esprit de cet homme aux dons hors du commun. Il représente pour nous aujourd’hui l’un des rares modèles de l’esprit universel, curieux de tout, doué pour tout, car l’époque permettait encore à un être exceptionnel de se confronter à tous les savoirs. Peintre, sculpteur, architecte, ingénieur, scientifique, Leonardo da Vinci a exploré tous les possibles de la Renaissance. Il n’a dans l’histoire de concurrent, qui maîtrise tellement de domaines scientifiques et artistiques que Kim Jung Il. (Faut pas déconner avec Kim Jung Il, car officiellement, la Corée du Nord explique que Kim a inventé le Hamburger, écrit 1500 livres et 6 opéras, et a retrouvé une tanière de licornes…)

Revenons à De Vinci, sa créativité technique se heurte aux limites de l’époque techniques de l’époque.

Rien ne prédestinait le fils de Ser Piero, riche notaire de la République de Florence, à devenir un génie universel. Il naît d’une liaison entre Ser Piero et Caterina, fille de paysans pauvres établis près de la bourgade de Vinci où résidait le notaire. Enfant illégitime, selon la terminologie en vigueur à l’époque, il est appelé par son prénom de baptême, Léonardo, auquel on ajoutera le nom de son village de naissance : da Vinci.

Léonard de Vinci est élevé dans la famille de son père entouré d’une pléthore de demi-frères et sœurs. Il fréquente de douze à quinze ans une école élémentaire enseignant la lecture, l’écriture et le calcul. Son instruction reste donc lacunaire et ne comporte pas l’étude du grec et du latin qui constituaient les signes distinctifs des lettrés de l’époque.

Léonard manifesta un intérêt et un talent pour les arts graphiques. Son père fit voir à Andrea del Verrocchio, son ami intime, quelques dessins, et le supplia de lui dire si Léonard, s’appliquant ainsi au dessin, pourrait un jour occuper une place distinguée parmi les artistes. Andrea, étonné en voyant les commencements prodigieux de ce jeune homme, engagea fort son ami à le faire étudier. Léonard avait trop d’intelligence pour s’attacher à une seule branche de l’art : tout ce que le dessin embrasse fut l’objet de sa recherche. Jeune encore, et déjà bon géomètre, il se montra sculpteur en modelant en terre quelques têtes de femmes et plusieurs têtes d’enfants, qu’on aurait pu attribuer à la main d’un maître.

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Verrocchio & Vinci. Le baptême du Christ (1472-75). L’ange le plus à gauche est l’œuvre de Vinci, la première connue.

De Vinci reste à Florence jusqu’aux années 1481-82, mais il ne semble pas qu’il ait été remarqué comme un artiste d’exception par le milieu culturel florentin et en particulier par les Médicis.

Ce que les Médicis lui refusent il le trouvera à Milan chez les Sforza. Ludovic Sforza, dit le More (1452-1508), duc de Milan, gouverne alors la Lombardie. Il est surtout un mécène qui entend développer le rayonnement culturel de Milan. Il utilisera les mille talents de Léonard, mais principalement son savoir-faire technique : organisation de fêtes et de spectacles (avec décors), construction de machines de théâtre, étude pour le dôme de la cathédrale de Milan, projets d’urbanisme, etc.

En octobre 1499, les troupes françaises de Louis XII occupent Milan. Ludovic Sforza est destitué et se réfugie en Allemagne.

Au début du 16e siècle, les princes italiens s’arrachent les services de Léonard. Il voyage beaucoup et ses activités sont multiples : ingénieur militaire pour la République de Venise, cartographe pour les Borgia, ingénieur hydraulicien pour la République de Florence, mathématicien, sans oublier la peinture.

À partir de 1506, Léonard partage son temps entre Florence et Milan. A Milan, il reprend le projet de statue équestre, qui n’aboutira pas. Il continue également à travailler à son Traité de la peinture.

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En septembre 1513, Julien de Médicis (1478-1516), qui occupe le poste de capitaine de la garde pontificale, l’appelle à Rome. Julien est le frère de Jean de Médicis (1475-1521) devenu pape sous le nom de Léon X en 1513. Mais, au Vatican, deux autres artistes d’exception dominent : Michel-Ange et Raphaël. Les Médicis semblent se défier de Léonard qui a une propension à élaborer des projets gigantesques qu’il ne parvient pas à terminer. Aussi ne lui confie-t-on aucun chantier important. Il travaille à un projet d’assèchement des marais pontins appartenant à Julien de Médicis et à des travaux de mathématiques et d’optique. Julien de Médicis meurt en 1516 et Léonard accepte l’invitation de roi de France François Ier.

5aout-leonarde-da-vinci-amsterdam-beurs-van-berlage_0François Ier (1494-1547) est sacré roi de France en 1515 à un moment où l’influence de la Renaissance italienne est au plus haut dans les élites françaises. A son arrivée en France, en septembre 1516, Léonard de Vinci a 64 ans, alors que François 1er est un jeune monarque âgé de 22 ans. Le jeune roi se prend d’affection pour le vieil homme, l’appelle « mon père », l’installe au château du Clos Lucé. Léonard est nommé premier peintre, premier ingénieur et premier architecte du roi. Léonard de Vinci meurt le 2 mai 1519 au Clos Lucé et lègue par testament ses manuscrits et documents divers ainsi que les tableaux encore en sa possession à deux de ses disciples : Francesco Melzi (1491-1570) et Salaï (1480-1524).

 

Une énigme : la vie privée de Léonard de Vinci

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Artiste inconnu. Portrait de Salaï (1502-03)

Léonard de Vinci a eu de nombreux amis masculins, mais ne s’est jamais marié et on ne lui connaît aucune liaison féminine. Bien entendu, dans ces conditions, la question de son homosexualité a été posée, l’homosexualité à l’époque était considérée comme le mal absolu,et devait être refoulée à tout prix. Mais cette rumeur prend naissance surtout que De Vinci avait déposé à un certain moment une plainte contre un de ses modèles, Jacopo Saltarelli, pour sodomie. Plainte qui aboutit à un non-lieu faute de preuve, et qu’on qualifie aujourd’hui d’acte politique visant les Médicis. Les documents judiciaires indiquent que Jacopo était un prostitué notoire. Avoir un prostitué comme modèle est un fait très exceptionnel pour un artiste comme Léonard. Autre fait, son apprenti Gian Giacomo Capriotti (1480-1524), dit Salaï, au physique androgyne et qui vécut toute sa vie avec De Vinci qui légua une grande partie de ses biens.

 

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Les traits de Salaï sont donné au Saint Jean-Baptiste de Léonard De Vinci

 

La phrase suivante de Léonard de Vinci est particulièrement significative : « L’acte de procréation, et tout ce qui s’y relie, est si répugnant que les humains finiraient bientôt par s’éteindre s’il ne s’agissait là d’une coutume transmise de tout temps et s’il n’y avait pas encore de jolis visages et des prédispositions sensuelles ». Freud en a conclu que Vinci est « l’exemple d’une froide récusation du sexuel, qu’on n’attendrait pas d’un artiste et peintre de la beauté féminine. » Et il décrit un Léonard de Vinci « chaste », voire « abstinent ». Le freudisme voit donc en Léonard un personnage d’exception qui est parvenu à sublimer l’instinct sexuel par une créativité débridée et qui n’aurait pas eu de relations sexuelles avec ses modèles et disciples.

Très peu de tableaux de Léonard subsistent, au 19e siècle, une cinquantaine existaient, dont seulement une quinzaine subsistent. À cela il faut y ajouter les nombreux dessins qui peuvent avoir une orientation artistique, technique ou anatomique.

Et pour finir, une autre représentation de Mona Lisa, nue, peinte par Salaï.

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Mona Lisa nue, ou Monna Vanna, par Salaï

 

 

 

 

4 Août 70 – Titus lève le siège de Jérusalem, après avoir détruit le temple

Le 10 du mois de Loos, soit le 4 août, Titus détruit le Temple de Jérusalem. Un soldat y jette un fagot et le temple prend feu. Cette date correspond à la chute de Jérusalem.

Le siège de Jérusalem en 70 est l’événement décisif de la première guerre judéo-romaine, la chute de Massada en 73 ou 74 y mettant un terme.

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Reconstitution du Temple de Jérusalem

L’armée romaine, menée par le futur empereur Titus, qui est secondé par Tibère Alexandre, assiège et conquiert la ville de Jérusalem, qui avait été tenue par ses défenseurs juifs depuis 66. La ville est mise à sac, et le second Temple de Jérusalem détruit.

Cet événement a été conté en détail par le dirigeant juif passé au service des Romains puis devenu historien, Flavius Josèphe.

Pompée avait conquis Jérusalem en 66 av J.-C, et depuis, les Romains gouvernent la Judée soit à travers des princes locaux mis en place, comme Hérode Ier le Grand ou Hérode Agrippa Ier, soit directement par des procurateurs souvent corrompus, qui suscitent l’hostilité des Juifs en s’appuyant sur l’importante population hellénisée.

Les causes immédiates de la révolte des Juifs, en 66, sont un sacrifice païen devant l’entrée de la synagogue de Césarée, suivi par le détournement de 17 talents du trésor du Temple de Jérusalem par le procurateur Gessius Florus. Franchement, une révolte pour 17 talents ! Même pas de quoi satisfaire un sous-fifre de parlementaire chez nous.

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Buste de Titus

Titus, arrivé pour mater la rébellion, est secondé par Tibère Alexandre, apostat du judaïsme, ancien procurateur de Judée, qui connaît donc la région et qui a déjà massacré des Juifs à Alexandrie en tant que préfet d’Égypte sous Néron. Les Juifs opposent aux Romains 23 400 hommes, mais ils appartiennent à des factions antagonistes et obéissent à de multiples chefs qui se sont entretués dans une féroce guerre civile. Jérusalem est donc tenue par trois factions zélotes dirigées par Éléazar ben Simon dont la forteresse est la cour intérieure du Temple, Simon Bargiora qui tient la ville haute et partie de la ville basse et Jean de Gischala qui tient le mont du Temple. Tacite raconte que « ce n’était entre eux que combats, trahisons, incendies et une partie du blé avait été dévorée par les flammes ».

En gros, rien n’a changé en Orient depuis : détournement d’or, guerres civiles, factions antagonistes, trahisons…

Au moment du siège, Jérusalem, entièrement ceinte de remparts, fait 7 kilomètres de tour et peut abriter 600 000 personnes.

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Titus met en place le siège devant la ville peu avant la Pâque 70. Il a avec lui quatre légions qu’il dispose d’abord sur les collines entourant Jérusalem. Malgré la gravité de la situation, les Juifs ne s’entendent toujours pas et Jean, en bon juif, profite de ce qu’Éléazar laisse les pèlerins venir au Temple célébrer la Pâque, pour y introduire ses hommes et s’en emparer, éliminant ainsi Éléazar.

Titus fait alors aplanir le terrain au pied des remparts de façon à en faciliter l’approche et construire des hélépoles, les fameuses tours roulantes, qui permettent à son armée de s’attaquer au nouveau rempart de la ville neuve. Le 25 mai 70, les troupes romaines peuvent le franchir, puis, cinq jours plus tard, s’emparer du second rempart et de la ville neuve jusqu’au pied de la forteresse Antonia, tenue par Jean de Gischala.

Mais les factions juives de Jean de Gischala et de Simon bar Giora résistent toujours, alors Titus décide de construire autour de Jérusalem une muraille de 7 kilomètres de long pour mieux isoler la ville.

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Siège de Jérusalem

Jérusalem possédait des provisions pour tenir le siège durant des années. Cependant, pour « motiver » les habitants au combat, les zélotes incendièrent ces provisions !!!

Un peu de famine pour se remuer le cul. La famine commença à faire ses ravages. Flavius Josèphe raconte : « Les terrasses étaient encombrées de femmes et de petits enfants exténués, les ruelles de vieillards morts ; des garçons et des jeunes gens erraient comme des fantômes, le corps tuméfié. Sur les places, ils tombaient là où le fléau les accablait. Les malades n’avaient pas la force d’ensevelir les cadavres de leurs proches ; ceux qui étaient encore vigoureux différaient ce soin, effrayés par la multitude des cadavres et l’incertitude de leur propre sort ; beaucoup tombaient morts sur ceux qu’ils ensevelissaient ; beaucoup, avant que fût venu pour eux le moment fatal, succombaient dans ce labeur »7. Et, malgré cela, la guerre civile continue alors dans Jérusalem où les zélotes se livrent toujours à de nombreuses exécutions sommaires, particulièrement parmi les prêtres.

Le 20 juillet, les Romains réussirent à percer une brèche dans le rempart, pour se retrouver devant un nouveau rempart qui avait été construit à la hâte par les assiégés.

Puis, ils construisirent une rampe d’accès à l’esplanade du Temple, et progressèrent malgré la résistance des Juifs qui, pour les repousser, mettaient le feu aux différents portiques qui entourent le Temple. En ce moment de la fin du siège quand les sacrifices quotidiens avaient cessé dans le Temple, la famine atteint en ville son point culminant : « en dernier lieu, ils usèrent du cuir de leurs ceintures et de leurs sandales ; ils grattèrent, pour la mâcher, la peau de leurs boucliers. D’autres se nourrirent de brindilles de vieux foin ». Josèphe cite aussi un cas de cannibalisme où une mère cuit et dévore son bébé.

Les combats redoublent d’intensité dans les derniers jours d’août 70. Finalement, le 10 du mois de Loos, quand les Romains s’approchèrent du Temple, un légionnaire jette un brandon dans le Temple qui s’embrase, et malgré les ordres de Titus, les Romains ne peuvent éteindre l’incendie.

Destruction of Jerusalem by Ercole de' Roberti

Finalement, les Romains donnent l’assaut final le 25 septembre (8 du mois de Gorpiée) en massacrant la population et en incendiant la ville. Simon bar Giora et Jean de Gischala sont faits prisonniers.

Selon Favius Josèphe, le nombre de prisonniers de guerre s’élève à 97 000 et le nombre de morts pendant le siège à 1 100 000, ce qui peut paraître exagéré même s’il faut se rappeler que le siège a commencé peu avant la Pâque, fête de pèlerinage où les Juifs avaient l’habitude de se rendre à Jérusalem. Mais en Orient, on sait depuis toujours jouer avec les chiffres. 700 prisonniers, dont Simon et Jean, sont emmenés à Rome pour le triomphe de Titus.

3 Août 1492 – Christophe Colomb lève l’ancre pour sa première traversée de l’Atlantique. C’est la fin du Moyen Âge.

Pour son premier voyage à la découverte du passage Ouest-Est et l’Inde et son commerce d’épices, Colomb lève l’ancre du port de Palos en Andalousie, et les historiens tirent un trait sur le Moyen Âge, cette découverte de l’Amérique marquant le passage au temp moderne. Au bout de cette épique traversée, le navigateur ramène la description d’un nouveau monde qu’il s’entête à identifier comme l’Inde ou la Chine ainsi que la Syphilis…

3aout-200px-ColombCristobal Colón, ou Christophe Colomb est un marin hors pair, mais un piètre politicien. Il découvrit tout un continent, fut nommé avant son départ amiral, vice-roi et gouverneur d’une contrée immense et riche, mais perdit tout à son retour.

Le périple débuta en ce 3 août 1492. Les trois navires armés, la Santa Maria, la Niña et la Pinta étaient prêts pour l’appareillage. L’équipage était formé de criminels en faveur de qui on avait suspendu le cours de la justice, un peu comme nos 128 députés de l’hémicycle, mais aussi des marins de valeur comme les Pinzon, qui avaient payé pour deux des trois navires.

Le vendredi 3 août 1492, à huit heures du matin, la flottille de Colomb appareilla de la barre de Salles, à l’embouchure de l’Odiel et du Rio Tinto, en face de Huelva. L’équipage s’était confessé et avait communié, les réservoirs d’eau remplis, les adieux aux femmes et enfants fait, il ne restait plus qu’à lever l’amarre vers l’inconnu. Colomb cingla droit sur les Canaries avec l’intention de se diriger ensuite à l’ouest sur le parallèle de cet archipel, vers l’île d’Antilia et Cipangu. Dès le quatrième jour le gouvernail de la Pinta se détacha, par la malveillance des deux propriétaires Pinzon qui avaient changé d’avis et voulaient revenir, pris de peur devant le voyage vers l’inconnu. Mais l’avarie fut réparée aux Canarie et le périple reprit.

Pour rassurer son équipage, Colomb prit la décision de leur donner des chiffres erronés sur la distance parcourue, inférieurs à la réalité, pour éviter que le trop grand éloignement les intimidât. Quand même après plusieurs jours de navigation sans terre visible, les matelots commencèrent à s’inquiéter, craignant que la persistance du vent qui les portait ne rendît leur retour impossible. Les mutineries de plus en plus violentes de ses hommes furent pour l’amiral un terrible, sujet de préoccupations.

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Réplique de la Santa Maria, construite à la fin du XIXe siècle

À partir du 25 septembre, Christophe Colomb parvenu aux parages où sa carte marquait l’île d’Antilia se mit à la rechercher obstinément; à plusieurs reprises il crut l’apercevoir. Las, ce n’était que Maxime Chaaya qui ramait pour sa troisième traversée en solitaire, sans eau, les yeux bandés et les mains liées derrière le dos, rien qu’avec une caméra de télé pour toute nourriture. Malgré la pression, Colomb ne se laissa pas ébranler par les prières, les objurgations ou les menaces de son équipage, décidé à poursuivre son entreprise jusqu’au bout. Mais la terre restait introuvable, c’était comme chercher de l’intégrité dans le cabinet d’Hariri. Une version non confirmée de l’histoire dit que Colomb aurait même demandé un répit de trois jours à son équipage avant de rebrousser chemin. Pour motiver ses hommes, il promit une pension de 10,000 maravédis à qui signalerait terre en premier. Mais il y eut tellement de fausses signalisations qu’il dut changer la règle pour en exclure tous ceux qui se tromperaient.

Le 10 octobre, les marins voulaient tous retourner. Ça sentait la mutinerie à tout bout de champ. Colomb tint tête, promettant monts et merveilles. On était alors à 750 milles des Canaries, mais l’équipage n’en savait rien, berné par les faux chiffres de Colomb. Le 11 octobre, on pêcha des branches d’arbre encore vertes, ce qui fit calmer les esprits. Le soir, Colomb lui-même aperçut du haut du château d’arrière de son navire une lueur; il appela l’équipage qui confirma la vision. Il y avait trente-deux jours qu’on était parti des îles Canaries, au lieu des quinze escomptés. La première rencontre avec les indigènes – que Colomb nomme « Indiens », car il pense avoir atteint les Indes orientales – est encore pacifique. Ceux-ci lui apportent du coton, des perroquets et d’autres objets. L’interprète que le navigateur avait embarqué à son bord n’est pas d’une grande utilité…

L’île fut baptisée «San Salvador» (Saint Sauveur). Les marins, quand ils descendirent à terre, sont surtout bouleversés par… la nudité des pacifiques Taïnos, des Indiens du groupe des Arawaks.

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Arrivée de Christophe Colomb à Hispaniola, illustration

De cette nudité qui fut suivie d’un « échange culturel », les marins ramenèrent en Europe, sans le savoir, une terrible maladie vénérienne, la syphilis. En contrepartie, et bon échange oblige, les Européens laissèrent aux habitants de ce Nouveau Monde des maladies comme la rougeole qui vont les décimer en quelques années, plus sûrement que les arquebuses et les épées des conquistadors. Mais cela, c’est une autre histoire.

De retour en Europe, Colomb fut fêté comme il se doit. Il effectua au total quatre voyages au Nouveau Monde. Mais il est vite destitué de ses titres. Et même, au bout de sont troisième voyage, en août 1500, Francisco de Bobadilla, émissaire des rois, débarque à Hispaniolia et fait jeter les frères Colomb au cachot avant de les renvoyer en Espagne. Fin octobre 1500, c’est enchaîné dans la cale, que Colomb débarque à Cadix, humilié et accusé. Il sera libéré au bout de quelques semaines, mais il perdra tous les bénéfices. Il se voit retirer le contrôle sur ses nouvelles terres et ne lui restera que son titre de vice-roi désormais strictement honorifique et ses privilèges.

L’entreprise maritime de Colomb est avant tout une affaire commerciale, mais de ce point de vue les découvertes de l’Amiral et de ses hommes ont déçu les espoirs placés en elles. Que ce soit pour les épices ou pour l’or, les bénéfices rapides et importants qui étaient escomptés n’ont pas été au rendez-vous, au moins du vivant de Colomb.

Les historiens dressent le portrait d’un marin hors pair, « un des meilleurs navigateurs de tous les temps », ou même « le plus grand marin de tous les temps », mais « piètre politicien ». Les biographes de Colomb, en particulier au XIXe siècle, ont souvent tenté d’expliquer le succès de son entreprise maritime par l’emploi de techniques nouvelles en matière de navigation, évoquant entre autres la boussole, le gouvernail d’étambot et la caravelle comme navire.

Il meurt le 20 mai 1506 à Valladolid, toujours convaincu d’avoir rejoint les Indes et totalement satisfait d’avoir atteint son but. Il ne saura jamais qu’il s’agissait d’un nouveau continent et que sa découverte le faisait entrer dans les annales de géographie.

2 Août 1914 – Jules Peugeot et Albert Mayer se tuent l’un l’autre. Les premiers morts de la Grande Guerre

Peugeot et Mayer, deux noms inconnus et oubliés, les deux premiers morts de la Grande Guerre. Le caporal français Jules Peugeot et le sous-lieutenant allemand Albert Mayer se trouvent face à face à Joncherey, sur le territoire de Belfort, et échangent des coups de feu. Pourtant la guerre n’était pas encore déclarée. Tous les deux ils tombent. C’est le bilan de cette première journée. Huit millions suivront tout au long des quatre années du conflit.

 

La Grande Guerre, la Der des Der, ou the Great War for Civilisation, qui ne fut en fin de compte qu’une boucherie dans la boue a été déclarée suite à une série de surenchère. Comme des cow-boys du Far West, les gouvernements européens étaient convaincus que la victoire appartiendrait à celui qui dégaine le premier, tout en espérant que l’autre se retiendrait. Malheureusement, la retenue ne fut pas de mise.

 

Trois coups de feu qui ont engendré 8 millions de morts.

Le destin se joue à quelques détails. Trois assassinats, trois coups de feu, ont  abouti au déclenchement de la boucherie générale.

Premier coup de feu :

Le 16 mars 1914, un fait divers anodin impliquant la femme du président du conseil a lieu. Henriette Caillaux abat avec son revolver le directeur du Figaro, Gaston Calmette, par crainte que le passé sentimental de son couple soit étalé sur la place publique, des lettres ayant fait surface. Ce qui aurait dû rester un fait divers sera le premier rouage au déclenchement de la Grande Guerre, car, suite à son crime, son mari, Joseph Caillaux se retire de la vie politique le temps du procès, et quitte la présidence du Conseil à un moment crucial. Partisan de la paix et de la diplomatie, il laisse libre cours aux partisans de la guerre, les revanchards, qui veulent venger Sedan et la guerre de 1870. Pas son absence, il a annihilé l’espoir d’une alternative diplomatique à la tragédie majeure dans laquelle va sombrer l’Europe.

Deuxième coup de feu :

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L’archiduc Franz-Ferdinand d’Autriche, avec sa femme, une heure avant leur assassinat dans cette même voiture

Le 28 juin 1914, un nationaliste serbe abat l’archiduc Ferdinand, héritier de la couronne austro-hongroise, et sa femme. Suite à l’assassinat de l’archiduc, l’empereur autrichien François-Joseph se décide à donner une leçon à la Serbie pour écraser toute volonté indépendantiste. Ce qu’il ne prévoyait pas, c’est que tout l’équilibre européen basé sur un jeu d’alliance allait s’ébranler: la Russie soutient les Serbes Slaves. La France, alliée à la Russie est obligée de lui apporter son soutien, tandis que l’Allemagne, par alliance germanique, soutient l’Autriche.

Troisième coup de feu :

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Jean Jaurès

Quelques mois plus tard, à Paris, au café du Croissant, le 31 juillet, un déséquilibré assassine Jean Jaurès.  Le leader respecté des socialistes était le dernier partisan de la paix qui défendait la voie diplomatique.

 

Dès lors, les surenchères allaient se suivre en dominos, les partisans de la paix étant réduits au silence.

Les débordements diplomatiques et fanfaronnades militaires se suivent de part et d’autre. Tout le monde compte sur le maintien de l’équilibre européen pour résoudre la crise, sans compter sur les revanchards français. Les revanchards, comptant des partisans de l’extrême gauche et l’extrême droite monarchique, qui pour une fois partagent la même analyse, poussent le gouvernement à guerroyer en Alsace et Lorraine. De l’autre côté du Rhin, le commandement allemand craint par-dessus tout d’être pris en tenaille par la France et la Russie. Ils ne voient l’espoir du salut que dans une attaque immédiate de la France qui mettrait celle-ci hors de combat avant que la Russie ait eu le temps de mobiliser ses troupes innombrables.

En Russie, sous la pression de ses généraux, qui craignent d’être pris de court, le tsar mobilise dès le 29 juillet.

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Mobilisation des troupes, août 1914

Le 1er août, l’Allemagne riposte avec une surenchère en déclarant la guerre à la Russie.

Le samedi 1er août 1914, à 4 heures de l’après-midi, tous les clochers de France sonnent le tocsin. C’est la mobilisation générale.

Le 3 août, l’Allemagne déclare la guerre à la France, et pour essayer de mater l’adversaire, elle envahit la Belgique, violant sa neutralité.

Le lendemain, les Anglais, qui avaient garanti la neutralité la Belgique, déclarent à leur tour la guerre à l’Allemagne.

En quelques jours, 6 millions d’hommes se retrouvent ainsi sous les drapeaux ! Chacun se résigne à un conflit que l’on espère court et, fait exceptionnel, on compte très peu de désertions dans tous les camps.

La Grande Guerre commence.

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