27 octobre1962 – Vassili Arkhipov empêche une guerre nucléaire d’éclater

Merci Vassily Arkhipov ! En ce jour-ci, il y a 55 ans, tu pris la bonne décision.

Si cher lecteur, ton chat n’a qu’une seule tête, le poulet dans ton assiette ne brille pas dans le noir, et si tu es assis devant ton écran avec un café bio commerce équitable, c’est probablement grâce à Vassily Alexandrovich.

Le 27 octobre1962, en plein milieu de la crise des missiles à Cuba, pendant que Castro tirait sur un cigare roulé sur les jambes fermes d’une jeune vierge, et Kennedy tirait son coup sur une jeune stagiaire plus si vierge que ça, les marines étaient en exercice d’entrainement pas loin de Guantanamo. Le groupe de onze destroyers et le porte avion USS Randolph localisent dans la journée un sous-marin soviétique classe B-59 pas loin des côtes du « bordel de l’Amérique », comme était le surnom de Cuba à l’époque.

Bien qu’ils étaient en eaux internationales, les marines commencèrent à balancer des charges explosives profondes, soi-disant pour l’exercice, question de titiller les rouges et forcer le sous-marin à faire surface pour identification.

Dans le B-59, les marins soviétiques étaient depuis plusieurs jours sans aucun contact extérieur, et ils ne savaient pas si la guerre a éclaté ou pas encore. Peu avant le départ du B-59, Vassili Arkhipov avait demandé à son supérieur, l’amiral Vladimir Fokhine, dans quel cas utiliser l’arme nucléaire. La réponse n’avait pas été très claire, le sous-marin devant utiliser son arme nucléaire en cas de dommages qui lui seraient portés ou sur ordre spécial de Moscou.

Mais en entendant les charges explosives, le capitaine du sous-marin, Valentin Savitsky, fut convaincu que la guerre a déjà éclaté et donna l’ordre d’armer un torpido nucléaire pour répondre aux destroyers.

La procédure veut que les trois officiers au bord du submersible, valident à l’unanimité l’ordre pour lancer une projectile nucléaire. Il fallait donc l’accord du capitaine Savitsky, l’officier du bureau politique Ivan Semonovich Maslennikov, et le commandant en second Arkhipov.

Un vive discussion s’en suivit entre Arkhipov et les deux autres officiers.

La suite on peut l’imaginer. La torpille nucléaire ne fut pas envoyée, le monde évita de justesse une guerre nucléaire, et aujourd’hui, la population de la terre a dépassé les sept milliard, et le chat n’a toujours que quatre pattes et une seule queue.

20 août 636 – Damas tombe aux mains des Arabes

Les Occidentaux n’ont pas attendu le XXe siècle pour utiliser les Arabes pour leurs guerres contre les Arabes. La première fois fut à la bataille de Yarmouk en 636!

Le 20 août 636, quatre ans seulement après la mort du Prophète, l’armée arabe affronte les Byzantins à Yarmouk. Les Byzantins défaits, Damas et le Proche-Orient avec ses richesses tombe dans l’escarcelle du calife Omar.

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Vallée du Yarmouk

Le Yarmouk est un affluent du Jourdain. C’est sur les rives de cette rivière que l’armée arabe, après cinq jours de marche forcée, arrive enfin face à l’armée byzantine, nettement supérieure en nombre.

Lors de la dernière des guerres byzantino-perses, Héraclius devient empereur romain d’Orient en 610 après avoir renversé Phocas3. Dans le même temps, les Sassanides conquièrent la Mésopotamie. Héraclius prépare une contre-attaque et reconstruit son armée. Neuf ans plus tard, en 622, il lance son offensive5. Après de nettes victoires contre les Perses et leurs alliés dans le Caucase, en Arménie et à Ninive, les Perses entament alors des négociations de paix et acceptent de quitter tous les territoires byzantins occupés par les Perses..

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Siège de Damas

Pendant que Byzantins et Perses s’épuisent dans un conflit de longue durée, l’Arabie connaît un profond bouleversement politique après que Mahomet a prêché l’islam à partir de 630. Cette nouvelle religion s’étend rapidement et parvient à unir la région sous une seule autorité politique.

L’affrontement entre les deux forces était inévitable, surtout après la conquête de l’Irak par les Arabes, et la Syrie en point de mire. Toutefois, les armées musulmanes s’avèrent bientôt trop peu nombreuses pour s’opposer aux Byzantins. Les généraux musulmans font appel à des renforts, et Khalid ibn al-Walid, le meilleur général arabe est envoyé et un détachement pour mener l’invasion.

Après s’être emparés d’Émère, les musulmans sont tout proches d’Alep, une forteresse byzantine, ainsi que d’Antioche où Héraclius réside. L’empereur byzantin est particulièrement inquiet de cette série de revers et prépare une contre-attaque pour récupérer les territoires perdus. En 635, Yazdgard III, l’empereur sassanide, est à la recherche d’une alliance avec les Byzantins.

Les musulmans découvrent les préparatifs d’Héraclius par le biais de prisonniers byzantins. De ce fait, Khalid est informé de la possibilité que ses forces séparées soient attaquées puis vaincues. Sa stratégie consiste alors de retirer ses forces des territoires occupés pour les concentrer dans l’optique d’une bataille décisive contraint les Byzantins à rassembler leurs cinq armées en réaction.

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Depuis plusieurs siècles, les Byzantins ont évité de s’engager dans des batailles décisives à grande échelle et la concentration d’une telle force engendre des tensions logistiques pour un Empire mal préparé. Damas est la base logistique la plus proche, mais Mansur, le dirigeant de la ville, ne peut approvisionner l’ensemble de cette grande armée qui se rassemble dans la plaine du Yarmouk.

Les relations entre les différents généraux byzantins sont tendues. Il existe notamment une lutte d’influence entre les Grecs, les Arméniens et les Arabes. Jabalah, le chef des chrétiens arabes, est largement mis de côté alors même qu’il dispose d’une bonne connaissance du terrain. Sans oublier les querelles ecclésiastiques entre les monophysites et les Chalcédoniens, même si leur impact direct est faible, contribuent certainement à envenimer les tensions existantes. L’ensemble de ces éléments affaiblissent la coordination et la planification des forces, ce qui est l’une des raisons de la lourde défaite byzantine. À la veille de la bataille, l’armée byzantine est supérieure en nombre, mais peu motivée. Elle est surtout composée d’Arméniens et d’Arabes.

La bataille se déroule dans la plaine du nord du Yarmouk, enserrée sur sa bordure occidentale par un profond ravin, connu sous le nom de Wadi-ur-Ruqqad. La rivière Yarmouk a des rives très pentues, allant de trente mètres à deux cents mètres de hauteur.

La majorité des sources de l’époque, estiment la taille des forces musulmanes entre 24 000 hommes et 40 000 hommes et celle des forces byzantines entre 80 000 et 150 000 hommes. Khalid remporte une importante victoire contre Héraclius lors de cette bataille du Yarmouk et parvient à piéger Yazdgard qui perdra rapidement une grande partie de son armée.

Le sort de la bataille affecta peu Constantinople, qui s’inquiétait bien davantage du péril perse ou encore bulgare, et des querelles théologiques entre les patriarcats de Constantinople et du Proche-Orient. Fort de cette victoire inespérée, Khalid occupe Damas ainsi qu’Antioche, métropole prestigieuse de l’Orient hellénistique.

C’est la fin de l’unité du bassin méditerranéen organisée autour de la culture gréco-romaine et de la foi chrétienne. Le bassin méditerranéen s’organisera autour de trois grandes aires de civilisation : l’aire gréco-byzantine, chrétienne orthodoxe autour de la mer Égée et des Balkans, la chrétienté catholique romaine, à la pointe occidentale de l’Europe, et le monde musulman, de l’Andalousie au Moyen-Orient.

19 Août 1153 – Ascalon, porte de l’Égypte, tombe aux mains des croisés

Le dernier bastion des fatimides avait résisté aux deux croisades, et c’est depuis cette ville que les raids étaient menés. La forteresse d’Ascalon fermait la porte vers l’Égypte.

Cette ancienne colonie de Tyr fut conquise par les Arabes en 638 par le calife Omar. Puis elle est occupée par l’émir Muâwiya gouverneur de la Syrie et futur calife omeyyade.

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Premier siège d’Ascalon en 1099

Pendant la première croisade, la ville tint son rôle de principal bastion fatimide en Orient. Une première bataille oppose croisés et fatimides à Ascalon en 1099, pendant la première croisade. L’armée d’Al-Afdhal, vizir fatimide d’Égypte, forte de trente mille hommes, atteint la Palestine vingt jours après la prise de Jérusalem par les croisés. Le vizir hésite à attaquer la Ville sainte, et prend position près d’Ascalon. L’armée chrétienne commandée par Godefroy de Bouillon se réunit pour repousser l’armée musulmane. L’attaque débuta contre l’aile droite fatimide, où s’étaient regroupés la plupart des soldats musulmans. Un assaut conjugué de l’infanterie et de la cavalerie franque disloqua les rangs fatimides, et après une courte résistance des mercenaires éthiopiens au service des Sarrasins, dispersèrent l’armée.

La victoire d’Ascalon remportée par les Croisés permit aux Européens de confirmer leur victoire à Jérusalem. Cependant, à la suite d’un différend entre Godefroy de Bouillon et Raymond de Toulouse, la ville d’Ascalon ne fut pas occupée par les forces croisées. On dirait un scénario entre gendres du général. La forteresse resta aux mains des défenseurs défaits.

En 1111, Baudouin Ier de Jérusalem marche sur Ascalon. Le gouverneur fatimide de la ville, Chams al-Khilafa, effrayé, lui verse un tribut de 7000 dinars. La population palestinienne, qui se sent humiliée par cette capitulation, envoie des émissaires au Caire pour demander la destitution du gouverneur. Chams al-Khilafa expulse alors les fonctionnaires égyptiens et se met sous la protection de Francs. Baudouin lui dépêche trois cents hommes qui prennent en main la citadelle d’Ascalon. En juillet, Chams al-Khilafa est assassiné par un groupe de conjurés. La ville se révolte. Les citadins armés et la garde berbère du gouverneur assaillent la citadelle et massacrent les Francs.

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Baudouin III

Nous voilà arrivés à la deuxième croisade. Ascalon avec son imposante forteresse sert de base pour les attaques fatimides. En 1153, Baudoin III de Jérusalem ayant subi un échec cuisant au terme de 5 ans de siège de Damas, décide de lancer une attaque sur Ascalon.

Ascalon, de par sa position acculée à la mer était difficile à prendre avec ses murailles hautes, et ses habitants peu commodes et exercés au métier des armes. L’Égypte fatimide assurait son ravitaillement en vivres, armes et soldats par terre et par mer.

Au début de l’année 1150, Baudouin III se rendit tout d’abord à  «Gadres» ou Gaza, qui, las, comme un millénaire plus tard, tombait en ruine. L’emplacement avait été choisi stratégiquement afin de couper tout lien terrestre entre Ascalon, situé à 20 kilomètres au nord, et l’Égypte. Une forteresse fut rapidement construite par les Templiers, et ainsi, Ascalon se trouva isolée de l’Égypte qui désormais ne pouvait la ravitailler que par voie maritime.

Baudouin III et son armée arrivèrent devant Ascalon le 25 janvier 1153, accompagnés par les Templiers de Bernard de Tramelay, les Hospitaliers de Raymond du Puy, le clergé de Jérusalem et sous la protection de la «Vraie Croix», la même qui allait être perdue à la bataille de Hattin un demi-siècle plus tard.

Tandis que Géraud de Sidon assurait le blocus de la ville à l’aide de quinze galères, la ville était attaquée à l’aide d’un grand nombre d’engins de siège, puis, au bout de 2 mois, par « une tour roulante d’une immense hauteur, semblable à une forteresse avec sa garnison », recouverte de cuir pour échapper aux flammes et dont la hauteur était suffisante pour dominer la muraille et accabler les défenseurs de traits.

Le gouvernement fatimide, malgré les luttes intestines dont il faisait l’objet, parvint tout de même au bout de cinq mois de siège à envoyer aux assiégés une importante flotte de près de soixante-dix navires, lesquels firent se replier à leur arrivée les nefs franques postées devant la ville.

Cette arrivée inespérée rendit le moral aux assiégés, qui dès lors devinrent plus audacieux. Alors que les machines de siège continuaient leur inexorable bombardement, les assiégés prirent le parti d’incendier la haute tour de bois en amoncelant dans l’intervalle la séparant du rempart qu’elle dominait un ensemble de sarments badigeonnés d’huile et de poix, auquel ils mirent le feu.

Cependant, ce stratagème s’avéra désastreux, car un léger vent détourna la flamme du « château de fût » et la repoussa vers les murailles, dont un pan de mur s’effondra au petit matin.

La victoire à portée de main, un évènement difficile à comprendre eut lieu. Les Templiers, pris de cupidité, quarante des leurs se ruèrent par la brèche pour commencer le pillage en bloquant l’accès aux autres combattants.  Mais l’armée voulant sécuriser le roi de peur d’une contre-attaque ne suivit pas. Les quarante templiers, avec à leur tête le chef de l’ordre, Bernard de Tramelay, furent massacrés et pendus aux murs et la brèche comblée.

Les attaquants étaient on ne peut plus découragés, et même le roi Baudouin s’était résigné à lever le siège. Mais devant l’insistance du clergé, le roi accepta de rester quelques jours supplémentaires devant les murs de la ville. Bien lui en prit.

Les Égyptiens, ragaillardis par leur précédent succès face aux Templiers, opérèrent une sortie, et une véritable bataille eut lieu sous les murailles d’Ascalon. Une aubaine pour Baudouin qui put finalement livrer bataille sous les murailles d’Ascalon. Les fatimides subirent de lourdes pertes.

Devant l’inexorable détermination franque, les Ascalonitains se résignèrent à demander l’âman . Une délégation de notables fut à cet effet envoyée au roi Baudouin pour demander une capitulation honorable, ce qui leur fut accordé. Le 19 août 1153, après six mois de siège, les habitants et la garnison d’Ascalon évacuèrent la ville, en bon ordre et « avec tout leur harnois ». Conformément à la promesse du roi, cette évacuation se déroula sans anicroche, les troupes royales accompagnant même les Ascalonitains jusqu’à Laris ( El – Arish ), à l’orée du delta du Nil.

La ville fut intégrée au royaume de Jérusalem par Baudouin III, complétant l’oeuvre des premiers rois de Jérusalem, parachevant ainsi la maîtrise franque du littoral palestinien et ouvrant surtout de nouvelles perspectives d’expansion, dorénavant toutes tournées vers l’Égypte fatimide, alors en pleine décadence.

Ainsi, durant les deux décennies suivantes, Ascalon devint de lieu de rassemblement des armées latines en partance pour l’Égypte sous la férule de l’infatigable roi Amaury de Jérusalem, qui organisa durant son règne pas moins de six expéditions vers le Delta.

Ascallon fut reprise par Saladin le 4 septembre 1187. Grisé par un succès qui s’annonçait certain, le sultan, d’habitude si magnanime, réunit devant Ascalon tous les prisonniers dont il avait pu s’emparer jusqu’alors, et leur fit trancher la tête. La forteresse fut rasée pour ne pas tomber entre les mains des croisés.

Après la capitulation d’Acre en 1191, Ascalon, ainsi que Jaffa tombèrent aux mains de Richard Cœur de Lion, qui y construisit une nouvelle forteresse.

 

Saladin exigea que la forteresse soit démantelée en préalable à la paix de 1192. Pressé de rentrer en Angleterre, Richard Cœur de Lion céda et la forteresse fut une seconde fois rasée. En 1270, le sultan mamelouk Baybars rasa complètement la ville. La ville arabe d’Al-Majdal fut construite près des ruines d’Ascalon, et en 1596, elle fut répertoriée comme la sixième plus grande ville de Palestine avec une population de 2 795 habitants.

Aujourd’hui, la ville d’Al-Majdal, désormais appelée Migdal Ashkelon, est revendiquée par les Palestiniens.

 

18 Août 1572 – Henri IV épouse la reine Margot

Non. Elle ne ressemble pas à Isabelle Adjani. Oui. Elle vécut « libre ». Non. On n’est pas sûr qu’elle couchait avec ses frères. Oui. Le mariage vaut à Henri de Navarre de devenir roi de France sous le nom d’Henri IV.

Née le 14 mai 1553, Marguerite de France est le septième enfant d’Henri II et de Catherine de Médicis. Blessé au cours d’un tournoi, son père meurt lors qu’elle a six ans, elle grandit avec ses frères, avec qui elle entretient d’excellents rapports, à la cour. Rapports qui, certaines sources malveillantes de l’époque affirment, dépassèrent le simple amour fraternel.

À la fin des années 1560, une idylle nait entre Marguerite et Henri de Lorraine, duc de Guise. Catholique radical, cette union va à l’encontre de la politique de son frère le roi. Le mariage n’aura pas lieu.

Par contre, sa mère Catherine de Médicis engage des négociations avec Henri de Navarre, le futur Henri IV, jeune chef du parti protestant, pour la main de Marguerite. Le 18 août 1572, Marguerite épouse, non sans réticence, Henri de Navarre.

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Henri IV et Marguerite

Ce ne fut pas de bon cœur. Tout séparait ces deux-là. Lui, huguenot, âgé de 18 ans, il a conservé de son enfance béarnaise des mœurs grossières, il adore la chasse et la bagarre, la propreté n’est pas son obsession, pour ne pas en dire plus. Puis il culbute tout ce qui passe à portée de son membre. Les femmes de chambre en savaient quelque chose. C’était ou lui ou Strauss-Kahn, autant aller pour le roi… Elle, catholique, âgée de 19 ans, elle parlait le latin, le grec, l’italien et l’espagnol. Fine lettrée, très coquette et soignée, et si elle partageait la même boulimie sexuelle que son futur époux, au moins elle choisissait ses amants parmi la fine fleur du royaume.

Le mariage réunit 800 gentilshommes réformés, venus à Paris et rassemblés sur le parvis de la cathédrale de Notre-Dame de Paris. Ils ont dû interner de force Hiba Tawagi qui n’arrêtait pas de hurler son Esmeralda, accrochée aux gargouilles de la façade. Face aux tenues luxuriantes des papistes, beaucoup de huguenots se contentent de paraître en habit noir à large col blanc. Les deux futurs époux ont le visage fermé au milieu du cortège. Seule la future mariée pénètre dans Notre-Dame, au bras de son frère, le duc d’Anjou, qui remplace le Béarnais le temps de la cérémonie. En effet, avant de mourir, Jeanne d’Albret, la mère d’Henri, huguenote fanatique, pour qui Baghdadi lui-même ressemblerait à un hippie soixante-huitard, avait exigé que son fils n’assistât pas à la messe célébrée dans la cathédrale.

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La mariage d’Henri IV et de la reine Margot

Le futur Henri IV patiente donc sur le parvis en compagnie de sa suite. Bientôt, sa promise sort pour la bénédiction nuptiale qui se déroule sur une estrade dressée pour l’occasion devant la cathédrale. Marguerite hésite à prononcer le fameux oui. Il faut que son frère, le roi, lui fasse incliner la tête de la main.

La cérémonie achevée, tout le monde est convié à un festin qui durera trois jours et trois nuits, durant lesquels les catholiques n’arrêtent pas d’humilier les réformés. Des mascarades sont jouées par les rois et les princes, et comme par hasard, les rôles les plus ridicules échouent à Henri de Navarre et sa suite. Ainsi il est grimé en chevalier errant battu par des anges armés ( le roi et ses frères), ou habillé en Turc, et défait par des amazones aux seins nus, toujours joués par le roi et ses frères.

La tension monte entre les deux camps, et les incidents se suivent. Un attentat est perpétré contre l’amiral de France Gaspard II de Coligny, chef de file des réformés. Suivi le jeudi 21 août a lieu le massacre de la Saint Barthélemie, où les catholiques massacrent les huguenots. Au total, le nombre de morts est estimé à 3 000 à Paris, et de 5 000 à 30 000 dans le reste de la France.

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La reine Margot et sa cour

Pendant le massacre, Margot s’activera à sauver les serviteurs de son mari, et ne profitera pas comme l’occasion lui est donnée de faire annuler son mariage. Henri reste prisonnier à la cour, et il est contraint d’abjurer le protestantisme le 26 septembre 1572. Durant quatre ans, il vit en bon catholique avant de s’évader de la cour et de son épouse en 1576.

Le couple ne fait pas long feu. Henri, une fois devenu roi, demande la dissolution de son mariage au pape, Margot n’arrivant pas à donner d’héritier au roi de France. Les deux anciens époux restent en bons termes. Elle mènera une vie libre et dissolue de son côté, changeant d’amant comme on change de chaussettes.

Et pour casser définitivement l’image d’Isabelle Adjani dans le rôle de la reine, cette description de Tallement des Réaux de Marguerite, qui raconte que Margot, devenue énorme, elle élargit encore sa carrure avec des plaques de fer blanc disposées sous ses habits pour faire paraître sa taille plus fine. Par contre, avec cette carapace en fer, elle n’arrive plus à passer par les portes. Elle utilise des « vertugadins », ou bourrelets, disposés sous sa jupe dans lesquels « elle mettoit une boîte où était le coeur d’un de ses amants trépassés, car elle était soigneuse, à mesure qu’ils mouroient, d’en faire embaumer le cœur ». Chaque soir elle prend soin d’attacher ce vertugadin à son lit. Devenue chauve, elle se coiffe d’une perruque blonde faite avec les cheveux de ses valets de pied, et pour dissimuler son teint couperosé, elle lance l’usage de la poudre, pratique qui nous est arrivée. À lire Tallement, on se dit que Samira Toufic, tondue et démaquillée aurait mieux fait l’affaire que la maigriotte Adjani pour le role de la Reine Margot.

 

17 Août 1661 – Fouquet invite Louis XIV pour un dîner qui passe de travers

Il aurait mieux fait de se la couler douce, mais non, le superintendant des finances a insisté pour montrer au jeune les fêtes somptueuses de son château de vaux-le-vicomte. Mal lui en prend, car jaloux, Louis XIV décide de l’arrêter.

Nicolas Fouquet, marquis de Belle-Île, vicomte de Melun et Vaux, est né en janvier 16152 à Paris. Il est issu d’une lignée de parlementaires fortunés. De nature intelligent, audacieux et fidèle à la royauté, ce fut une ascension sociale très rapide, pour être nommé surintendant des finances, soit le troisième personnage du royaume. Il avait un caractère galant et attachant, qui a contribué à former une cour d’artistes et d’hommes de lettres qui s’étaient attachés à sa personne. Et c’est au château de Vaux-le-Vicomte, monumental objet de passion et d’audace dans lequel le surintendant s’était tant investi, que gravitait cette cour qui éclipsait la cour du roi de France.

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Nicolas Fouquet

Fouquet a été nommé Surintendant des Finances en 1653 par le Premier ministre, le Cardinal Mazarin. Le roi Louis XIV était encore un enfant. Une fois surintendant, Fouquet a eu pour mission de renflouer les caisses du royaume, assez mal en point. Il collabore avec Jean-Baptiste Colbert, l’intendant privé de Mazarin.

Les finances royales sont alors dans un état désastreux. Alors que les besoins d’argent de la couronne sont immenses, à la fois pour financer la guerre et pour les dépenses personnelles de Louis XIV, le Trésor est en banqueroute, la conjoncture fiscale est calamiteuse, les tailles ne rentrent plus et le stock de métaux précieux disponible, insuffisant. Pour faire face, Fouquet ne s’appuie pas sur une théorie économique précise. Cependant, il sait d’expérience que le principal problème de l’État français est son manque de crédit : les traitants, fermiers et autres bailleurs de fonds ne lui font pas confiance. Il s’emploie donc à restaurer le crédit en respectant les contrats passés entre ces traitants et le Trésor et en leur consentant des taux avantageux.

Le crédit se fait plus abondant et la situation s’améliore. Loin d’inciter à la sagesse, cette embellie provoque de nouvelles dépenses inconsidérées. Fouquet doit s’engager de manière importante sur sa fortune personnelle et même celle de ses proches. Il prête à l’état avec un intérêt de 20% !

La politique de Fouquet lui permet de se constituer une large clientèle parmi les manieurs d’argent du royaume. Les plus grands seigneurs deviennent ses amis et/ou ses obligés. À partir de 1653, il fait bâtir le magnifique château de Vaux-le-Vicomte. Fouquet commence par racheter méthodiquement les terres autour du domaine en friche, puis il fait raser le village de Vaux, quelques autres hameaux et bois, détourner une rivière et arracher des vignes. Il y fait travailler Le Vau, Le Brun, Le Nôtre et Villedo. Il s’entoure d’une petite cour d’écrivains comme Molière, La Fontaine, Madame de Sévigné ou Mademoiselle de Scudéry.

À la mort de Mazarin en mars 1661, Fouquet devrait logiquement lui succéder en qualité de Premier ministre, mais Louis XIV, âgé de 22 ans, décide soudain de supprimer cette fonction du gouvernement, et d’en prendre le contrôle pour gouverner seul. Colbert, calculateur et jaloux de la réussite de Fouquet, en profite pour l’accuser auprès du roi d’avoir détourné des millions (en réalité, volés par Mazarin), afin de déclencher sa disgrâce.

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Louis XIV

Malgré les avertissements de ses amis, Fouquet ne soupçonne rien de ce qui se trame dans son dos. Le 17 août 1661, alors qu’il offre au roi une réception somptueuse dans son domaine. Louis XIV, âgé de 23 ans, arrive à six heures du soir en compagnie de sa mère, la reine Anne d’Autriche, et de quelque six cents courtisans. La reine Marie-Thérèse, enceinte, n’a pu se joindre à la fête, mais le roi se console avec sa jeune maîtresse, Mademoiselle de La Vallière.

Le roi a l’humeur maussade. Pourtant tout a été fait pour honorer le roi. François Vatel, le même qui se suicidera quelques années plus tard pour un repas manqué et à qui on attribuera (à tort) l’invention de la crème chantilly s’y était mis. La somptueuse fête orchestrée par Vatel comprenait un dîner de 80 tables, 30 buffets et cinq services de faisans, cailles, ortolans, perdrix… Le décorateur du surintendant, Le Brun, fit les honneurs du château. Il montra les allégories, écureuils et soleil, qui désignent le surintendant lui-même, que tout le monde ici appelle «Monseigneur». Le roi apprécia peu cet étalage de vanité !

Ensuite, les invités sont répartis dans différentes pièces du château pour consommer un ambigu. Le terme désigne un buffet sur lequel sont présentés simultanément tous les plats, du salé au sucré. Le tout servi avec de la vaisselle en or massif pour les hôtes d’honneur et en argent pour le reste de la cour, luxe que le roi ne pouvait pas se permettre, ayant fait fondre sa vaisselle en or pour payer les dépenses.

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La bibliothèque à Vaux-le-Vicomte

Après la collation, les «deux Baptiste» Molière et Lully donnent dans les jardins une comédie-ballet, la première du genre, Les Fâcheux. Pendant les intermèdes, des elfes sortent de derrière les ifs et servent gâteries et diamants aux dames. En retournant vers le château, le roi et la cour sont éblouis par un feu d’artifice au-dessus de l’édifice.

Jean de La Fontaine rapporte dans une lettre du 22 août : «Tout combattit à Vaux pour le plaisir du roi. La musique, les eaux, les lustres, les étoiles.» Pourtant le roi s’est senti humilié. Il quitta d’ailleurs la fête et regagna son château de Fontainebleau sans attendre la fin.  Cette nuit-là, Louis XIV, manipulé par Colbert, a déjà décidé de jeter Fouquet en prison.

À ce propos, Voltaire aura ces mots célèbres : « Le 17 août, à 6 heures du soir, Fouquet était le roi de France; à 2 heures du matin, il n’était plus rien. »

Fouquet est arrêté à Nantes trois semaines plus tard par le capitaine des mousquetaires, d’Artagnan, et il est déféré devant une cour d’exception. Le « procès du siècle » traîne, mais finit par tourner à son avantage : les juges votent son bannissement, c’est-à-dire la liberté hors du royaume.

Mais le Chef de l’État intervient alors. Il a le droit de grâce sur toute sentence. Le jeune monarque décide alors d’utiliser ce droit, mais à l’envers. Au lieu d’adoucir la peine, il décide d’enfoncer le clou, ainsi il brise la sentence des juges et décrète la prison à vie. Et voilà pour la justice ! La justice n’avait qu’à s’aligner sur l’humeur du roi ! Il en a eu des émules depuis, au Liban…

Pour tracer l’état de sa fortune : à la mort de son père, Nicolas Fouquet hérite d’une fortune de 800 000 livres. En 1653, ses actifs étaient de 2 millions de livres et en 1661, ils sont de 19,5 millions de livres avec un passif de 16 millions de livres. Ce n’est rien comparé à Hariri père, qui le qualifia d’amateur, n’empêche, c’est beau pactole.

Personnage candidat au masque de fer, Nicolas Fouquet connut, bien longtemps après sa disgrâce, une réhabilitation posthume de son destin tragique. Il est mort soit mort le 23 mars 1680 à Pignerol, soit le e 19 novembre 1703 à la Bastille, au terme d’une longue captivité, habillé de son masque de fer.

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15 Août 1483 – Sixte IV consacre la chapelle Sixtine, qui ne plait pas

Le pape Sixte IV avait commandé cette chapelle et lui donna même son nom, Sixtine, avant de mourir un an plus tard. Son successeur et neveu, Jules II ordonne une refonte des fresques et demande à un Michel-Ange réticent de s’y mettre. Se dernier essaie de se soustraire, clamant qu’il est un sculpteur et non un peintre. Mais on ne dit pas non à Jules.

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La Sixtine, c’est ce bâtiment à l’architecture banale, mais aux fresques révolutionnaires. Elle fut fut construite par l’architecte Baccio Bontelli reproduisant exactement les dimensions du temple de Salomon: 40,92 m de long, 13,41 m de large et 20,69 m de haut, avec une voûte en berceau et un sol à deux niveaux.

Premier fait à clarifier : la décoration n’est pas exclusivement de Michel-Ange.

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Le Christ qui louche

La décoration est confiée aux plus prestigieux des artistes de l’époque. Elle inclut la somptueuse Circoncision de Moïse par du Pérugin, le Châtiment de Coré, Datan et Abiram ou la Tentation de Jésus, par Botticelli,  et la Traversée de la mer Rouge, de Biagio d’Antonio, qui, O Sacrilège, fait loucher le Christ, et d’autres par Ghirlandaio, Luca Signorelli et Cosimo Roselli, et Pier Mateai d’Amelia.

Le 15 août 1483, Sixte IV, très fier de l’édifice, consacre la nouvelle chapelle dédiée à N.-D. de l’Assomption, avant de mourir un an plus tard.

En 1503, Jules II devient pape. Il entreprend la construction de Saint-Pierre, et pose la première pierre le 18 avril 1506. Mais les travaux de construction déstabilisent la chapelle Sixtine et la voûte est fissurée. Alors Jules II décide d’en refaire la décoration et fait appel à Michelangelo Buonarroti pour ce travail. Il lui avait confié la création de sa sépulture quelques années plus tôt, et ne voit pas qui d’autre pourrait satisfaire son ego en créant une œuvre superbe. Michel-Ange essaie de se soustraire. Il clame haut et fort qu’il n’est pas peintre, mais sculpteur, avant de capituler et de s’y mettre à la tâche.

Le travail prévu consistait à représenter les douze apôtres dans les lunettes, en remplissant le reste de la voûte avec des figures géométriques. Mais Michel-Ange, en acceptant ce chantier avait mis comme condition une liberté d’expression absolue. Il estime le projet trop pauvre. Il en résulte la voûte actuelle, exécutée en quatre ans.

Ainsi, Michel-Ange, l’artiste solitaire, peint neuf scènes centrales représentant des épisodes de la Genèse, entourées de 20 nus (Ignudi) qui supportent des médaillons en trompe-l’œil, donnant une impression de relief, illustrant des scènes bibliques. À la base se trouvent douze figures de prophètes et de sibylles avec deux génies. Ces figures dominent une galerie des ancêtres du Christ. Enfin, dans les pendentifs des quatre coins, Michelangelo représente quatre épisodes du salut miraculeux du peuple d’Israël.

En octobre 1512, l’œuvre est achevée et le 1er novembre, fête de la Toussaint, le pape célèbre la messe dans la chapelle.

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Le jugement dernier

De 1536 à 1551, à la demande de Clément VII puis de Paul III, Michel-Ange exécute le Jugement dernier, avec quelque 400 personnages. Pour réaliser son œuvre, Michel-Ange détruit sur la paroi du fond, trois fresques du Péruguin pour faire de la place. Il rajoute quelques messages secrets, des nus et des scènes grivoises qu’on ne tarde pas à lui reprocher, comme, par exemple Saint Catherine nue, en levrette devant un Saint Basile déchaîné.

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Le pape Paul IV demande ainsi à Ricciardelli, ami et assistant de Michel-Ange de recouvrir les nus, qui s’y exécute, et dans la foulée acquiert le surnom d’ «Il Braghettone», le «fermeur de braguettes».

12 Août 30 av. J.-C. – Cléopâtre se donne la mort

Reine d’Égypte, surnommée « bouche d’or » par César pour ses talents, elle usa de son habileté politique et de son charme pour tenter de sauver son règne.

«Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé», note Blaise Pascal dans ses Pensées, manière de dire que l’Histoire tient à peu de chose ! Peu de destins, en tout cas, sont aussi romanesques que celui de la dernière reine d’Égypte, lointaine descendante d’un général d’Alexandre le Grand.

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Buste de Cléopâtre

Née vers 69 av. J.-C., Cléopâtre, reine d’Égypte  de la dynastie des Ptolémées d’origine macédonienne, règne sur le pays entre 51 et 30 avec ses frères et époux et époux Ptolémée XIII et Ptolémée XIV, puis au côté du général romain Marc Antoine.

La légende, les dramaturges et Hollywood se sont emparés du personnage pour construire tout un univers autour d’elle. Peu de sources parlent de Cléopâtre en dehors du contexte romain. Plutarque, Suétone et Appien, n’évoquent Cléopâtre que pour autant qu’elle prenne place dans l’histoire romaine. C’est ainsi que peu d’informations subsistent sur ce qu’elle fait à Rome au lendemain de l’assassinat de César, par exemple, ni à Alexandrie durant l’absence de Marc Antoine entre 40 et 37 av. J.-C.

De plus l’historiographie antique lui est globalement défavorable, car inspirée par le vainqueur de Cléopâtre, l’empereur Auguste et son entourage dont l’intérêt est de noircir la reine afin de renforcer l’image mauvaise de l’adversaire de Rome et de Marc Antoine encore populaire au sein de l’armée et au sénat.

Flavius Josèphe raconte ainsi qu’« Elle fit d’Antoine l’ennemi de sa patrie par la corruption de ses charmes amoureux ».

Cléopâtre est née probablement à Alexandrie. Elle est l’une des trois filles de Ptolémée XII Aulète, roi d’Égypte et vraisemblablement d’une concubine, probablement noire.  Ptolémée XII avait une autre fille légitime, Bérénice IV, qui renversa son père et régna de 58 av. J.-C. à 55 av. J.-C, avant qu’il ne la renverse à son tour et la décapite dans la foulée. On n’est pas des tendres chez les Ptolémée. On dirait un conseil des gendres d’Orangina.

Il est difficile de cerner la véritable personnalité de Cléopâtre, qu’un certain romantisme a contribué à déformer, mais elle avait à l’évidence beaucoup de courage et fut suffisamment puissante pour inquiéter les Romains. Aucune source sûre ne vient nous éclairer sur son aspect physique qui échappe à un classement esthétique banal. Certaines pièces de monnaie donnent l’image d’une femme aux traits lourds et au nez assez proéminent. En revanche, on sait qu’elle avait une présence forte et du charme, qu’elle dégageait une puissante séduction et que tout cela était complété par une voix ensorcelante ainsi qu’un esprit brillant et cultivé. Les textes rapportent qu’elle avait eu un enseignement de pédagogues cultivés, et qu’elle fut polyglotte, parlant, outre le grec, l’araméen, l’éthiopien, le mède, l’arabe, sans doute aussi l’hébreu et surtout l’égyptien, une première (et une dernière) chez les Ptolémée.

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Cléopâtre

Le testament du roi Ptolémée XII, mort en 51 av. J.-C., désigne comme ses successeurs Cléopâtre et un frère cadet de celle-ci, Ptolémée XIII, d’une quinzaine d’années environ, à qui elle est nominalement mariée.  Mais trois ans plus tard, les relations se dégradent entre les deux souverains. En fait c’est une véritable guerre qui éclate entre les deux monarques puisqu’à l’été 48 av. J.-C. ils se font face à Péluse. Il semble que Cléopâtre se trouve en difficulté, car elle doit fuir en Syrie puis à Ascalon où elle trouve de l’aide.

Entre temps, Pompée, vaincu par Jules César à Pharsale au début du mois de juin 48 av. J.-C., tente de trouver refuge en Égypte. Le jeune roi Ptolémée XIII et ses conseillers jugent sa cause perdue et pensent s’attirer les bonnes grâces du vainqueur en le faisant assassiner, dès qu’il pose pied sur le sol égyptien le 28 juillet 48 av. J.-C., sous les yeux de son entourage. César, qui débarque deux jours plus tard, et qui reçoit en cadeau la tête de son ennemi est furieux de ce lâche forfait et n’éprouve pour le pharaon que mépris. Il tente quand même de réconcilier le couple royal. Cléopâtre, pour arriver au général et le gagner pour sa cause, se fait enrouler dans un tapis et livrer au palais en tant que cadeau. Débuta entre eux une histoire d’amour. Mais Ptolémée, peu impressionné par les faibles effectifs de César (environ 7000 hommes), le fait prisonnier en Alexandrie pour quelques mois. Finalement, le roi se noya par accident, ce qui mit fin au conflit.

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Jules César

Cléopâtre épousa alors un autre de ses frères cadets, Ptolémée XIV sur l’injonction de César. Cependant, elle fut la seule à détenir le pouvoir, et entretint une liaison avec César. Ce dernier de retour à Rome ramena sa concubine avec lui. Il en fit faire une statue dorée de son amante qu’il plaça dans le temple de Vénus. On ne sait que très peu des services que Cléopâtre rendit à César, et comment elle arriva à l’ensorceler, mais dans ses mémoires, César la nomme « bouche d’or », ce qui laisse présager des talents secrets qu’elle avait.

Cléopâtre savait surtout manipuler les gens pour tracer son chemin. Ainsi, pour le triomphe de César, où l’habitude veut que les chefs ennemis sont paradés puis tués au terme du triomphe, Cléopâtre livra à César sa sœur Arsinoé, qui s’était fait reconnaître reine par les troupes de Ptolémée XIII, et elle assista tranquillement au défilé.

En 44 av. …-C. César est assassiné. Cléopâtre quitte alors Rome, faisant escale en Grèce pour accoucher de Césarion, le fils de César, puis fait voile vers Alexandrie. Elle profite de la situation confusion qui suit la mort de César pour rétablir l’autorité de l’Égypte sur Chypre.

A peine de retour dans son pays elle fait assassiner Ptolémée XIV, à la fois monarque inutile et rival potentiel. La naissance de son fils lui assure un successeur éventuel et elle prend donc seule le titre de reine.

La guerre que se livrent les assassins de César, Cassius et Brutus et ses héritiers, Octave et Marc Antoine, oblige la reine à des contorsions diplomatiques. Cléopâtre aide d’un côté Cassius, et en même temps, envoie une flotte aux partisans de César, qui reconnaissent Césarion pour roi.

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Marc Antoine

Dans le partage du monde romain intervenu après l’écrasement des républicains, l’orient est dévolu à Antoine. Il reprend alors le projet de César avant sa mort, c’est-à-dire une grande expédition contre les Parthes. Pour cela il convoque les souverains des royaumes clients à Tarse, y compris la reine d’Égypte. Celle-ci connaît au moins un des défauts de l’officier, sa vanité et son amour du faste, aussi arrive-t-elle dans un navire à la poupe dorée et aux voiles pourpres, siégeant sous un dais d’or, entourée d’un équipage déguisé en Nymphes, Néréides et Amours. Puis elle invite Marc Antoine à son bord pour un somptueux banquet. Commence alors une liaison de dix ans.

Marc Antoine s’absente régulièrement d’Alexandrie pour les campagnes militaires, et s’affronte avec son ancien allié, Octave, puis conclut une paix avec ce dernier en épousant sa sœur Octavie. Pendant ce temps à Alexandrie Cléopâtre donne trois enfants à Antoine, Alexandre Hélios, Cléopâtre Séléné et Ptolémée.

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Repas de Cléopâtre et Marc Antoine

Cléopâtre, comme toujours, profite de la confusion politique pour agrandir son règne, ainsi elle prend possession de villes de la côte syrienne, du royaume de Chalcis, au Liban actuel, et de la côte cilicienne. Elle reconstitue ainsi une partie de la thalassocratie des premiers rois lagides.

Mais après 37 av. J.-C., on commence à voir à Rome dans l’alliance entre Antoine et Cléopâtre une menace contre l’Empire et contre Octave qui démarre une campagne de dénigration du couple.

Entretemps, Antoine soumet l’Arménie et la Médie. Césarion est proclamé roi des rois, Alexandre Hélios reçoit en partage l’Arménie et les terres au-delà de l’Euphrate, Ptolémée est nommé à la tête de la Syrie et l’Asie Mineure. Cléopâtre Séléné se retrouve à la tête de la Cyrénaïque. Et Cléopâtre se contente de réclamer à son amant, en vain, la Judée.

Les relations avec Octave s’enveniment de nouveau en 32 av. J.-C. et poussent à l’affrontement. Marc Antoine mène la guerre en dépit du bon sens, sans énergie et alors qu’Octave peine à constituer son armée, il lui laisse le temps de s’organiser. Lorsqu’éclate la bataille navale d’Actium (septembre 31 av. J.-C.), Cléopâtre comprend rapidement l’issue de la guerre et rompt le combat avec sa flotte.

Antoine retourne en Égypte et ne prend pratiquement aucune mesure pour lutter contre l’avancée de plus en plus triomphale d’Octave. Il consume ses forces en banquets, beuveries et fêtes somptueuses sans se soucier de la situation. Cléopâtre quant à elle, elle ressort son arme de destruction massive : elle essaie de séduire Octave. Mais probablement, la quarantaine passée et après quatre accouchements, elle n’y arrive pas.

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Octave

Vers août 30 av. J.-C., Octave arrive à Alexandrie. Cléopâtre fit parvenir la fausse nouvelle de sa mort à Marc Antoire, qui mit fin à ses jours en se jetant sur son épée. Cléopâtre pensait avoir plus de manœuvres avec Octave sans Antoine, mais elle dut déchanter rapidement. Cléopâtre se donne la mort, selon Plutarque dans sa Vie d’Antoine, en se faisant porter un panier de figues contenant deux aspics venimeux. Ses deux fidèles servantes meurent avec elle pour continuer de la servir dans l’au-delà. Césarion est exécuté sur ordre d’Octave les trois autres enfants d’Antoine et Cléopâtre sont emmenés à Rome et élevés par Octavie, restée fidèle à la mémoire de son mari.

C’en est fini à jamais de trois mille ans d’Histoire pharaonique, soit la plus longue durée qu’ait jamais encore connue une civilisation, même s’il se trouvera encore des scribes quatre siècles plus tard pour graver des hiéroglyphes sur les monuments.

L’Égypte devient une simple province romaine… et le principal grenier à blé de la ville éternelle. Rattachée trois siècles plus tard à l’Empire romain d’Orient, elle deviendra byzantine avant d’être conquise par les Arabes en 642.

11 Août 480 av. J.-C – Bataille des Thermopyles

Comment 300 spartiates ont retenu une armée de 300,000 hommes pour donner le temps à la Grèce de se défendre. Abou el Dam n’a plus qu’à remettre ses couches-culottes.

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Passage des Thermopyles

À l’entrée du défilé des Thermopyles qui commande l’accès de la Grèce centrale, le long de la mer Égée, la grande armée perse du Grand Roi Xerxès Ier qui comptait, selon les estimations modernes, entre 70 000 et 300 000 soldats est à l’arrêt. Devant eux, défendant la position, 7,000 hommes de l’alliance des cités grecques les attendent.

Le « grand roi » perse, Xerxès, fils de Darius Ier, ne voulait pas subir une nouvelle défaite contre les Grecs, comme son père à Marathon dix ans plus tôt. Darius est mort quatre ans après la défaite, et Xerxes, en bon fiston ne pensait qu’à la revanche.

Les nations ont afflué pour prêter serment au Roi des rois. L’armée était composée d’au moins une centaine de nations différentes, aux dialectes et aux mœurs toutes plus étranges les unes que les autres. Au cœur de cet assemblement, la garde personnelle de Xerxes, composée de 10.000 Immortels, une unité d’élite qui lui est dévouée corps et âme.

Pour traverser la mer, il n’a pas eu à se casser la tête pour se construire une armada. En Phénicie, on vend de tout et à tous. Ça n’a pas changé depuis. Les bateaux phéniciens formèrent le fleuron de sa flotte emmenée à l’assaut de la Grèce. Les rois des cités phéniciennes étaient les amiraux, chacun à la tête du contingent de sa cité : Hérodote cite parmi eux Tetramnestos de Sidon, Matten de Tyr et Merbalos d’Arwad, car quand on est phéniciens, on offre du service après-vente, surtout si le client paie comptant !

Même les oracles, ces prêtres en contact direct avec les dieux, sont unanimes: il n’existe aucun moyen de repousser l’armée de Xerxès. D’ailleurs, son avancée confirme la puissance de son armée.

Pour affirmer sa supériorité du peuple perse, il entreprend deux chantiers titanesques.

Le premier est la construction de deux ponts parallèles de plus de 3,000m enjambant les Dardanelles, pour faire passer ses hommes au plus vite. Une première tentative de ponts assis  sur des bateaux alignés et reliés les uns aux autres sont déchiquetés par une tempête. Que nenni. Xerxes fait décapiter les ingénieurs, et donner 300 coups de fouet à la mer avant de reprendre le chantier qui cette fois aboutira. Finalement, en juin -480, l’armée traverse le détroit, le défilé prend sept jours et sept nuits sur les deux ponts.

Le deuxième chantier est un canal au pied du mont Athos afin d’éviter à sa flotte de contourner la péninsule de l’Aktè. Douze ans plus tôt, une tempête au large de cette péninsule avait décimé toute la flotte de son père Darius, et Xerxes ne voulait pas subir le même sort. Le canal de 2400 mètres de long sur 30 mètres de large qui sera creusé et la flotte passa sans contourner la péninsule.

Malgré ces précautions, 400 navires et 40,000 hommes furent perdus dans des tempêtes.

Finalement, arrivé devant le passage des Thermopyles, Xerxès attendit quatre jours, pensant que la minuscule armée grecque fuirait. Cce ne fut pas le cas. Au cinquième jour, il donna l’ordre d’attaque.

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Léonidas aux Thermopyles, par Jacques-Louis David (1814)

Au premier jour de l’attaque, soit le 11 août, l’armée attaqua les Grecs frontalement « avec pour ordre de les amener vivants devant lui ». La bataille dura toute la journée. Les troupes de Léonidas tinrent fermement leur position en phalange dans le défilé et repoussèrent les Perses, ceux-ci ayant des lances plus courtes que les Grecs, leur infligeant de lourdes pertes.

Xerxès décida d’envoyer ses troupes d’élite, les 10 000 Mélophores ou Immortels. Ils connurent bientôt le même sort que leurs alliés, ne profitant pas de leur supériorité numérique dans le défilé trop étroit et moins bien armés que les Grecs. Les spartiates entamèrent une manœuvre de repli, attirant les Immortels à leur suite pour se retourner brusquement et les écraser.

Les corps des milliers de morts faisaient désormais une barrière naturelle entre les deux camps.

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Le champ de la bataille des Thermopyles

Le deuxième jour, Xerxès lança un assaut massif d’infanterie, comptant sur la fatigue des Grecs, et que le nombre aurait raison d’eux et qu’ « affaiblis par leurs blessures, ils ne puissent se battre ». Cependant, les troupes impériales ne réussirent pas mieux que la veille et se firent tailler en pièces.

Mais le soir,  un certain Éphialtès, citoyen de Malide, trahit son camp et livra aux Perses le moyen de contourner l’armée grecque, par le sentier d’Anopée. Ce chemin n’étant défendu que par un millier de soldats de Phocide, qui se replièrent quand les Perses arrivèrent. Léonidas décida alors de se sacrifier avec les 300 hoplites spartiates, ainsi que 700 soldats de Thespies, 700 Lacédémoniens non spartiates et 400 Thébains, pour laisser aux Grecs le temps d’organiser leur défense et à l’armée de se retirer en bon ordre.

Le troisième jour, toujours selon Hérodote, les Grecs changèrent de stratégie et avancèrent hors de leur position jusqu’à l’endroit le plus large des Thermopyles. Ils résistèrent héroïquement autour du roi spartiate Léonidas, qui fut tué. Leur infériorité numérique empira avec l’arrivée par le sentier d’Anopée des troupes perses. Ils se replièrent avec le peu d’armes qu’il leur restait sur le mont Kolonos. À l’issue de la bataille, Xerxès ordonna qu’on décapitât Léonidas et qu’on mît sa tête au bout d’un pieu, ce qui est étrange pour Hérodote puisqu’en ce temps, les Perses accordaient de la valeur aux soldats héroïques qu’ils avaient combattus.

Cette bataille devint l’emblème de la résistance grecque à l’envahisseur et de l’esprit de sacrifice des Spartiates. Au sommet du Kolonós, théâtre de l’ultime résistance spartiate, sur lequel fut érigé un mausolée, une inscription du poète Simonide de Céos (-556 ; -467), commémore cette action :

« Ὦ ξεῖν’, ἀγγέλλειν Λακεδαιμονίοις ὅτι τῇδε κείμεθα, τοῖς κείνων ῥήμασι πειθόμενοι » (« Étranger, annonce aux Lacédémoniens, que nous gisons ici, ayant obéi à leurs lois. »)

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Épitaphe de Simonide

10 Août 1961 – L’agent orange déversé pour la première fois en tant qu’arme chimique

Qui est le plus grand criminel à l’arme chimique : Ali Al Takriti le Chimiste ? Bachar El Assad ? Ni l’un ni l’autre : le gagnant de ce titre d’honneur n’est autre que J.F. Kennedy.

La plus grande guerre chimique a lieu au Viêt-nam, avec l’utilisation massive de l’Agent Orange. L’objectif de l’épandage de ce désherbant arc-en-ciel est tout simplement de tuer les récoltes des Vietnamiens, de détruire leur environnement, de tuer les forêts qui leur servaient d’abris et de dégarnir le terrain autour des positions armées. En d’autres termes, de niquer tout un pays pour satisfaire les États-Unis qui faisaient une guerre qui n’était pas la leur.

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Bidons d’agent orange

L’agent orange, de couleur rose brun en fait, mais nommé agent orange à cause des bidons rayés en orange vif, dans lequel il était livré, contient dans sa composition de la dioxine, un polluant chimique qui peut notamment entraîner des cancers, des maladies de la peau, du cerveau et des systèmes nerveux et des maladies congénitales.

Ce produit était d’usage courant dans l’agriculture aussi bien aux États-Unis qu’en URSS, dans les années 1960. Sa toxicité pour l’être humain n’était pas avérée. Il faut noter à ce sujet qu’au Viêt Nam le produit fut en moyenne surdosé d’un facteur 13 (!) ce qui rend difficile la comparaison entre l’usage agricole et l’usage militaire.

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Épandage d’agent orange au Viêt Nam

Il fut ensuite utilisé pour empêcher les guérilleros vietnamiens de se cacher dans les forêts du Sud Viêt Nam, pour détruire leurs récoltes, mais aussi afin de dégager les abords des installations militaires américaines. Ces opérations de guerre chimique débutèrent en 1961, le premier épandage ayant lieu le 10 août dans la province de Kontum au centre du pays. Le programme, intitulé Opération Ranch Hand, débuta ensuite progressivement avec le feu vert du président John F. Kennedy en novembre 1961 jusqu’à atteindre son apogée en 1965.

Les épandages ont soulevé de nombreuses protestations dans le monde et aux États-Unis même, de la part de scientifiques, d’un certain nombre de parlementaires et même d’anciens combattants. Les conséquences sur les populations civiles et embrigadées ont été massives : la destruction des récoltes provoquant un exode rural des paysans non belligérants vers des villes qui ne sont pas capables de les accueillir, et migration de combattants infiltrés par le même mouvement.

80 millions de litres de l’agent ont été déversés, et l’épandage a touché 20 % des forêts du sud Viêt Nam et empoisonné 400 000 hectares de terrain agricole, empoisonnement toujours actif et qui nécessite une décontamination massive.

Une version plus nocive a été créée au Liban sous le nom de code Super Agent Orange Gebran B. Les conséquences de l’utilisation de ce dernier sont fatales, et la décontamination complexe.

À noter que le développeur de l’agent orange n’est autre que Monsanto, la même compagnie entachée de scandales depuis près d’un siècle comme pour le PCB, l’hormone de croissance, l’aspartame et  qui aujourd’hui a presque l’exclusivité des marchés des grains OGM, et dont on mange les produits chaque jour, sous forme de produits congelés ou en conserve.

Dans les années 1970, des vétérans du Viêt Nam ouvrent une Class Action contre les producteurs de l’agent orange. Monsanto se retrouve, au côté de six autres entreprises, dont Dow Chemicals, accusé principal d’un procès en réparation pour empoisonnement. En 1987, les sept producteurs de l’agent orange acceptent de verser 180 millions de dollars à un fonds de compensation destiné aux soldats américains pour clore le procès, mais aucune condamnation n’a eu lieu pour les dommages subis par la population vietnamienne.

A noter que l’un des dérivés de l’agent orange, le 2,4-D, ne contenant pas de dioxine, reste un des herbicides les plus utilisés dans le monde et au Liban. Bon ap.

9 août 1564 – Oust 25 et 1er mars, le premier jour de l’année est fixé le 1er janvier

Le 9 août 1564, à Roussillon sur le Rhône, le roi Charles IX signe l’édit qui porte le nom de la ville, et qui fixe, entre autres édits, le premier jour de l’an au 1er janvier, confirmant ainsi l’article 39 de l’édit de Saint-Germain qui prescrivait déjà de dater les actes publics en faisant commencer les années au 1er janvier :

« Voulons et ordonnons qu’en tous actes, registres, instruments, contracts, ordonnances, édicts, tant patentes que missives, et toutes escriptures privées, l’année commance doresénavant et soit comptée du premier jour de ce moys de janvier (…).
Donné à Roussillon le neufiesme jour d’aoust, l’an de grâce mil cinq cens soixante quatre.
Et de notre règne de quatriesme. Ainsi signé par le roy en son conseil, Sébastien de l’Aubespine. Et scellé à double queue à cire jaune ».

Cet édit n’est entré en vigueur qu’en 1567, trois ans après avoir été promulgué

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Charles IX de France

Cette définition du 1er jour de l’an était devenue une nécessité, car lors de son grand tour de France organisé par sa mère Catherine de Médicis, le jeune roi de France Charles IX constata que, selon les diocèses, l’année débutait soit à Noël, comme à Lyon par exemple, soit le 25 mars, comme à Vienne, soit le 1er mars ou encore à Pâques, ce qui provoquait des confusions.

 

L’empereur d’Allemagne Charles Quint avait pris une mesure similaire pour ses terres quelques décennies plus tôt. En 1622, le pape généralise cette mesure à l’ensemble du monde catholique.

 

Pourquoi ces différences dans les dates?

Le 1er mars est le premier jour du calendrier julien

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Jules César

Jules César décréta le 1er janvier premier jour de l’année à la place du 1er jour de mars, le 1er janvier étant la date d’élection des Consuls de Rome. Les cadeaux échangés dans les cinq jours suivant le passage au Nouvel An  étaient appelés étrennes en l’honneur de la déesse Strenia.En 46 av. J.-C., Jules César décide de remplacer le calendrier lunaire jusque-là en vigueur par un calendrier solaire, dit « julien », du nom de l’empereur. Le premier jour de l’année était fixé depuis l’an 153 av. J.-C., au 1er mars, mois très important à Rome, associé au dieu de la guerre. Cette répartition a laissé des traces aujourd’hui : les derniers mois du calendrier actuel s’appellent toujours octobre (de « octo », le huitième), novembre (de « novo » le neuvième) et décembre ( de « decem » le dixième) alors qu’ils sont désormais les dixième, onzième et douzième mois de l’année.

 

Pâques ou Noël

Dans certaines régions de France, c’est Pâques, date anniversaire de la résurrection du Christ, qui fait office de Nouvel An. Mais cela pose quelques problèmes : Pâques est une date mobile qui correspond au premier dimanche après la pleine lune de printemps (21 mars). On peut donc se retrouver aussi bien avec des années de longueur variable… ce qui s’avère bien compliqué à l’usage. Dans d’autres pays ou régions, c’est Noël qui est choisi comme début de l’année : ainsi, à Lyon, dans le Poitou, en Normandie ou en Anjou…

Dans la plus grande partie partie de la chrétienté médiévale, l’année  commençait le 25 mars, jour de l’Annonciation.

En 532, le pape Libère décide de faire commencer l’année au 1er janvier, mois qui suit immédiatement la naissance du Christ, fixée au 25 décembre 753 de l’an de Rome, la fondation de la ville éternelle servant de point de départ au calendrier romain. Mais cette date ne fut pas adoptée par toutes les régions.

Le 22 septembre, Nouvel An révolutionnaire

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Personnification de Pluviôse

En 1805, la France reprit le calendrier grégorien, et le 1er janvier 1806 (11 nivôse an XIV) marque ainsi l’abandon du calendrier révolutionnaire pour le calendrier grégorien. Le 22 septembre 1792, la Convention proclame la République. Symbolisant une rupture avec l’ordre ancien, le calendrier révolutionniare démarra au jour de l’équinoxe d’automne, moment où la durée du jour est égale à celle de la nuit, ce qui, selon les années, peut correspondre au 22, 23 ou 24 septembre, date qui est fixée par décret, ou le 1er Vendémiaire.

 

 

 

Le Poisson d’Avril

Dans la France médiévale, le début de l’année correspondait à la fête de l’Annonciation, soit le 25 mars, et les gens avaient coutume de se faire des cadeaux du 25 mars jusqu’au premier jour du mois suivant, le 1er avril, les gens avaient donc coutume de se faire des cadeaux pour célébrer le passage à l’année nouvelle, en copiant les étrennes romaines.

En changeant la date du premier jour de l’an, les Français reportent sagement leurs étrennes au 1er janvier, mais n’en continuent pas moins à se faire des cadeaux « pour rire » à l’occasion du 1er avril.

Comme ce jour coïncide aussi avec la fermeture de la pêche, le mois d’avril étant la période du frai (reproduction) pour beaucoup de poissons de rivière, on qualifie ces amusements de « poissons d’avril » car ils sont aussi peu sérieux que de pêcher un poisson en avril.

En Angleterre comme dans les autres pays anglophones et également au Danemark et aux Pays-Bas, le 1er avril est relié à la tradition médiévale de la fête des fous, extension de l’Hilaria romaine, fête joyeuse en l’honneur de la déesse Cybèle, qui se déroulait autour du 25 mars, après l’équinoxe de printemps, d’où l’utilisation de Fools Day pour le 1er avril.

10aout-3La tradition du 1er avril a atteint le Brésil où l’on célèbre le Dia dos bobos (« jour des nigauds ») et aussi la « journée du mensonge ». C’est au point que les gouvernants, pour éviter des allusions malvenues, situent au 31 mars 1964 la déposition du président João Goulart alors que celle-ci a eu lieu dans les faits le lendemain 1er avril !

Par contre, en Espagne et dans les pays hispanophones comme l’Argentine, c’est  le 28 décembre, fête des Saints Innocents, que les médias cultivent l’art des « nouvelles pour rire »