15 Août 1483 – Sixte IV consacre la chapelle Sixtine, qui ne plait pas

Le pape Sixte IV avait commandé cette chapelle et lui donna même son nom, Sixtine, avant de mourir un an plus tard. Son successeur et neveu, Jules II ordonne une refonte des fresques et demande à un Michel-Ange réticent de s’y mettre. Se dernier essaie de se soustraire, clamant qu’il est un sculpteur et non un peintre. Mais on ne dit pas non à Jules.

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La Sixtine, c’est ce bâtiment à l’architecture banale, mais aux fresques révolutionnaires. Elle fut fut construite par l’architecte Baccio Bontelli reproduisant exactement les dimensions du temple de Salomon: 40,92 m de long, 13,41 m de large et 20,69 m de haut, avec une voûte en berceau et un sol à deux niveaux.

Premier fait à clarifier : la décoration n’est pas exclusivement de Michel-Ange.

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Le Christ qui louche

La décoration est confiée aux plus prestigieux des artistes de l’époque. Elle inclut la somptueuse Circoncision de Moïse par du Pérugin, le Châtiment de Coré, Datan et Abiram ou la Tentation de Jésus, par Botticelli,  et la Traversée de la mer Rouge, de Biagio d’Antonio, qui, O Sacrilège, fait loucher le Christ, et d’autres par Ghirlandaio, Luca Signorelli et Cosimo Roselli, et Pier Mateai d’Amelia.

Le 15 août 1483, Sixte IV, très fier de l’édifice, consacre la nouvelle chapelle dédiée à N.-D. de l’Assomption, avant de mourir un an plus tard.

En 1503, Jules II devient pape. Il entreprend la construction de Saint-Pierre, et pose la première pierre le 18 avril 1506. Mais les travaux de construction déstabilisent la chapelle Sixtine et la voûte est fissurée. Alors Jules II décide d’en refaire la décoration et fait appel à Michelangelo Buonarroti pour ce travail. Il lui avait confié la création de sa sépulture quelques années plus tôt, et ne voit pas qui d’autre pourrait satisfaire son ego en créant une œuvre superbe. Michel-Ange essaie de se soustraire. Il clame haut et fort qu’il n’est pas peintre, mais sculpteur, avant de capituler et de s’y mettre à la tâche.

Le travail prévu consistait à représenter les douze apôtres dans les lunettes, en remplissant le reste de la voûte avec des figures géométriques. Mais Michel-Ange, en acceptant ce chantier avait mis comme condition une liberté d’expression absolue. Il estime le projet trop pauvre. Il en résulte la voûte actuelle, exécutée en quatre ans.

Ainsi, Michel-Ange, l’artiste solitaire, peint neuf scènes centrales représentant des épisodes de la Genèse, entourées de 20 nus (Ignudi) qui supportent des médaillons en trompe-l’œil, donnant une impression de relief, illustrant des scènes bibliques. À la base se trouvent douze figures de prophètes et de sibylles avec deux génies. Ces figures dominent une galerie des ancêtres du Christ. Enfin, dans les pendentifs des quatre coins, Michelangelo représente quatre épisodes du salut miraculeux du peuple d’Israël.

En octobre 1512, l’œuvre est achevée et le 1er novembre, fête de la Toussaint, le pape célèbre la messe dans la chapelle.

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Le jugement dernier

De 1536 à 1551, à la demande de Clément VII puis de Paul III, Michel-Ange exécute le Jugement dernier, avec quelque 400 personnages. Pour réaliser son œuvre, Michel-Ange détruit sur la paroi du fond, trois fresques du Péruguin pour faire de la place. Il rajoute quelques messages secrets, des nus et des scènes grivoises qu’on ne tarde pas à lui reprocher, comme, par exemple Saint Catherine nue, en levrette devant un Saint Basile déchaîné.

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Le pape Paul IV demande ainsi à Ricciardelli, ami et assistant de Michel-Ange de recouvrir les nus, qui s’y exécute, et dans la foulée acquiert le surnom d’ «Il Braghettone», le «fermeur de braguettes».

5 Août 1473 – Premier dessin connu de Léonard de Vinci

L’homme multidisciplinaire, et à la vie privée mystérieuse, a daté son premier dessin en ce jour du 5 Août 1473. Ce dessin nous permet de revenir sur la vie et les mystères de Vinci, avec, promesse, aucune mention de la Joconde ni des théories de Dan Brown ou du Da Vinci Code.

 

Le Paysage de la vallée de l’Arno

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Ce dessin (19 × 28,5 cm) à la plume et à l’encre authentifié par son écriture. Il a noté lui-même dans l’angle supérieur gauche le jour où le dessin a été exécuté : le 5 août 1473. De cette œuvre ressort l’intérêt du jeune artiste de 21 ans pour les phénomènes naturels : fleuves, lacs, plantes ainsi que sa maîtrise d’un style simple.

 

Léonard de Vinci 1452-1519

L’art et la science se partagent l’esprit de cet homme aux dons hors du commun. Il représente pour nous aujourd’hui l’un des rares modèles de l’esprit universel, curieux de tout, doué pour tout, car l’époque permettait encore à un être exceptionnel de se confronter à tous les savoirs. Peintre, sculpteur, architecte, ingénieur, scientifique, Leonardo da Vinci a exploré tous les possibles de la Renaissance. Il n’a dans l’histoire de concurrent, qui maîtrise tellement de domaines scientifiques et artistiques que Kim Jung Il. (Faut pas déconner avec Kim Jung Il, car officiellement, la Corée du Nord explique que Kim a inventé le Hamburger, écrit 1500 livres et 6 opéras, et a retrouvé une tanière de licornes…)

Revenons à De Vinci, sa créativité technique se heurte aux limites de l’époque techniques de l’époque.

Rien ne prédestinait le fils de Ser Piero, riche notaire de la République de Florence, à devenir un génie universel. Il naît d’une liaison entre Ser Piero et Caterina, fille de paysans pauvres établis près de la bourgade de Vinci où résidait le notaire. Enfant illégitime, selon la terminologie en vigueur à l’époque, il est appelé par son prénom de baptême, Léonardo, auquel on ajoutera le nom de son village de naissance : da Vinci.

Léonard de Vinci est élevé dans la famille de son père entouré d’une pléthore de demi-frères et sœurs. Il fréquente de douze à quinze ans une école élémentaire enseignant la lecture, l’écriture et le calcul. Son instruction reste donc lacunaire et ne comporte pas l’étude du grec et du latin qui constituaient les signes distinctifs des lettrés de l’époque.

Léonard manifesta un intérêt et un talent pour les arts graphiques. Son père fit voir à Andrea del Verrocchio, son ami intime, quelques dessins, et le supplia de lui dire si Léonard, s’appliquant ainsi au dessin, pourrait un jour occuper une place distinguée parmi les artistes. Andrea, étonné en voyant les commencements prodigieux de ce jeune homme, engagea fort son ami à le faire étudier. Léonard avait trop d’intelligence pour s’attacher à une seule branche de l’art : tout ce que le dessin embrasse fut l’objet de sa recherche. Jeune encore, et déjà bon géomètre, il se montra sculpteur en modelant en terre quelques têtes de femmes et plusieurs têtes d’enfants, qu’on aurait pu attribuer à la main d’un maître.

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Verrocchio & Vinci. Le baptême du Christ (1472-75). L’ange le plus à gauche est l’œuvre de Vinci, la première connue.

De Vinci reste à Florence jusqu’aux années 1481-82, mais il ne semble pas qu’il ait été remarqué comme un artiste d’exception par le milieu culturel florentin et en particulier par les Médicis.

Ce que les Médicis lui refusent il le trouvera à Milan chez les Sforza. Ludovic Sforza, dit le More (1452-1508), duc de Milan, gouverne alors la Lombardie. Il est surtout un mécène qui entend développer le rayonnement culturel de Milan. Il utilisera les mille talents de Léonard, mais principalement son savoir-faire technique : organisation de fêtes et de spectacles (avec décors), construction de machines de théâtre, étude pour le dôme de la cathédrale de Milan, projets d’urbanisme, etc.

En octobre 1499, les troupes françaises de Louis XII occupent Milan. Ludovic Sforza est destitué et se réfugie en Allemagne.

Au début du 16e siècle, les princes italiens s’arrachent les services de Léonard. Il voyage beaucoup et ses activités sont multiples : ingénieur militaire pour la République de Venise, cartographe pour les Borgia, ingénieur hydraulicien pour la République de Florence, mathématicien, sans oublier la peinture.

À partir de 1506, Léonard partage son temps entre Florence et Milan. A Milan, il reprend le projet de statue équestre, qui n’aboutira pas. Il continue également à travailler à son Traité de la peinture.

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En septembre 1513, Julien de Médicis (1478-1516), qui occupe le poste de capitaine de la garde pontificale, l’appelle à Rome. Julien est le frère de Jean de Médicis (1475-1521) devenu pape sous le nom de Léon X en 1513. Mais, au Vatican, deux autres artistes d’exception dominent : Michel-Ange et Raphaël. Les Médicis semblent se défier de Léonard qui a une propension à élaborer des projets gigantesques qu’il ne parvient pas à terminer. Aussi ne lui confie-t-on aucun chantier important. Il travaille à un projet d’assèchement des marais pontins appartenant à Julien de Médicis et à des travaux de mathématiques et d’optique. Julien de Médicis meurt en 1516 et Léonard accepte l’invitation de roi de France François Ier.

5aout-leonarde-da-vinci-amsterdam-beurs-van-berlage_0François Ier (1494-1547) est sacré roi de France en 1515 à un moment où l’influence de la Renaissance italienne est au plus haut dans les élites françaises. A son arrivée en France, en septembre 1516, Léonard de Vinci a 64 ans, alors que François 1er est un jeune monarque âgé de 22 ans. Le jeune roi se prend d’affection pour le vieil homme, l’appelle « mon père », l’installe au château du Clos Lucé. Léonard est nommé premier peintre, premier ingénieur et premier architecte du roi. Léonard de Vinci meurt le 2 mai 1519 au Clos Lucé et lègue par testament ses manuscrits et documents divers ainsi que les tableaux encore en sa possession à deux de ses disciples : Francesco Melzi (1491-1570) et Salaï (1480-1524).

 

Une énigme : la vie privée de Léonard de Vinci

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Artiste inconnu. Portrait de Salaï (1502-03)

Léonard de Vinci a eu de nombreux amis masculins, mais ne s’est jamais marié et on ne lui connaît aucune liaison féminine. Bien entendu, dans ces conditions, la question de son homosexualité a été posée, l’homosexualité à l’époque était considérée comme le mal absolu,et devait être refoulée à tout prix. Mais cette rumeur prend naissance surtout que De Vinci avait déposé à un certain moment une plainte contre un de ses modèles, Jacopo Saltarelli, pour sodomie. Plainte qui aboutit à un non-lieu faute de preuve, et qu’on qualifie aujourd’hui d’acte politique visant les Médicis. Les documents judiciaires indiquent que Jacopo était un prostitué notoire. Avoir un prostitué comme modèle est un fait très exceptionnel pour un artiste comme Léonard. Autre fait, son apprenti Gian Giacomo Capriotti (1480-1524), dit Salaï, au physique androgyne et qui vécut toute sa vie avec De Vinci qui légua une grande partie de ses biens.

 

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Les traits de Salaï sont donné au Saint Jean-Baptiste de Léonard De Vinci

 

La phrase suivante de Léonard de Vinci est particulièrement significative : « L’acte de procréation, et tout ce qui s’y relie, est si répugnant que les humains finiraient bientôt par s’éteindre s’il ne s’agissait là d’une coutume transmise de tout temps et s’il n’y avait pas encore de jolis visages et des prédispositions sensuelles ». Freud en a conclu que Vinci est « l’exemple d’une froide récusation du sexuel, qu’on n’attendrait pas d’un artiste et peintre de la beauté féminine. » Et il décrit un Léonard de Vinci « chaste », voire « abstinent ». Le freudisme voit donc en Léonard un personnage d’exception qui est parvenu à sublimer l’instinct sexuel par une créativité débridée et qui n’aurait pas eu de relations sexuelles avec ses modèles et disciples.

Très peu de tableaux de Léonard subsistent, au 19e siècle, une cinquantaine existaient, dont seulement une quinzaine subsistent. À cela il faut y ajouter les nombreux dessins qui peuvent avoir une orientation artistique, technique ou anatomique.

Et pour finir, une autre représentation de Mona Lisa, nue, peinte par Salaï.

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Mona Lisa nue, ou Monna Vanna, par Salaï

 

 

 

 

27 juillet 1890 – Mort accidentelle ou par suicide de Vincent Van Gogh

27juillet-download2Van Gogh, tout comme de Vinci et une poignée d’autres artistes, suscite des théories à n’en plus finir sur chaque évènement de sa vie. La dernière en date concerne sa mort. Une nouvelle théorie, tout de suite contredite par un autre, assure qu’il aurait été tué d’un coup de balle plutôt qu’un suicide.

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Van Gogh attire les théories. C’est un fait. Plus de 150 médecins ont proposé une variété de diagnostics déroutants pour expliquer ses peintures, allant d’un trouble bipolaire, schizophrénie, neurosyphilis, le trouble intercritique dysphorique, coup de soleil, la porphyrie aiguë intermittente, l’épilepsie du lobe temporal précipité par l’utilisation de l’absinthe en présence d’une lésion limbique précoce, maladie de Ménière, pour ne citer que quelques-uns. Les ophtalmologues insistent sur sa xanthopsia ou le fait de « voir jaune », induite par l’absorption de la digitalis après son internement à Saint-Rémy-de-Provence en 1889 , pour expliquer ses coups de pinceaux jaunes vifs.

Ce peintre fou, dont les voisins se plaignaient sans cesse avait déjà en un coup de folie sectionné son oreille, tout l’organe et non pas le lobe, comme il fut dit pour un certain temps. En plus de sa mutilation, il aurait offert son oreille à une prostituée. La fille de joie récipiendaire de ce surprenant présent aurait été une jeune femme de chambre d’une maison de tolérance, à laquelle Van Gogh n’était pas insensible. Elle avait une terrible cicatrice sur le bras, due à une morsure de chien. Van Gogh a probablement voulu lui faire don de sa chair. Mike Tyson aurait, parait-il, demandé l’autre oreille, mais Van Gogh n’a pas succombé à ses charmes.

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Van Gogh. Autoportrait, avec bandage sur l’oreille et pipe. Collection privée.

Pour revenir à son décès : le 27 juillet, Vincent quitte avec pinceaux et chevalet son auberge d’Auvers-sur-Oise, un village d’artistes à une trentaine de kilomètres de Paris. Il revient quelques heures plus tard, blessé, et meurt dans les bras de son frère Theo trente heures après. La dernière-née des théories stipule que Vincent Van Gogh aurait été blessé accidentellement par une balle tirée par un couple d’adolescents qu’il connaissait. Cette balle perdue ne fut pas tirée en célébration des résultats du brevet à Beyrouth. Pour une fois. Les deux gamins jouaient en indien et cow-boys, utilisant une arme qui fonctionnait mal. Ils étaient connus pour picoler avec le peintre. Il agonisa pendant deux longs jours avant de succomber. Son frère qui le soutenait financièrement avec une allocation de 150 francs, désespéré et malade de la syphilis, le suit dans la tombe quelques mois après.

Les auteurs, de cette théorie, Steven Naifeh et Gregory White Smith, ont consulté, parmi quelque 28 000 notes, des lettres de l’artiste qui jusqu’ici n’avaient jamais été mises à la disposition de chercheurs. Leurs arguments principaux sont le rapport d’autopsie, qui indique que la trajectoire de la balle qui a frappé Van Gogh au ventre était oblique et non droite, comme supposée dans le cas d’un suicide. Puis le rapport du médecin ne mentionne nulle part des traces de brûlure par la poudre, qui apparaissent sur la peau si le canon est à moins de 30 cm… Et la confession de Van Gogh qui a avoué le suicide n’aurait été que pour couvrir les deux gosses.

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L’arme du suicide, retrouvée en 1860

Cette théorie fut démontée en quelques semaines plus tard. D’autres certainement suivront. N’empêche, cette date du  27 juillet 1890 restera marquée par la disparition l’artiste maudit, qui n’aurait vendu qu’une seule toile de son vivant, pour le grand bonheur de ses héritiers qui vendent son travail à coup de millions.

L’arme du suicide n’avait jamais été retrouvée jusqu’à ce que, vers 1960, un fermier découvre dans les champs, sur les lieux où Van Gogh se serait donné la mort, un pistolet rouillé de calibre de 7 mm de type « Lefauchaux à broche ».  Le degré de corrosion suggérait que l’arme était restée dans le sol pour 50 ou 60 ans.

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Le champ à Auvers-sur-Oise, où Vav Gogh se serait suicidé

 

14 Juillet 1944 – L’espionne et double agent Asmahan est neutralisée

La chanteuse à la double vie, collaborant avec les Britanniques et les nazis est tuée dans un mystérieux accident de voiture. De son vrai nom, princesse Amal el Atrach, elle a vécue une vie digne d’un roman. C’est un peu Mata Hari, combinée à Marilyn et à James Bond. Une vie de glamour, de spectacles et d’espionnage, la chanteuse Asmahan, agent au service des britanniques et des nazis, est « terminée » en ce 14 juillet 1944.

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Elle est née le 25 novembre 1918, dans un bateau qui ramenait sa famille à Beyrouth de la Turquie via Athènes. Le navire ayant failli couler, son père lui donne le nom Amal, ou espoir. La famille fuyait la Turquie, car son père le prince Fahd el Atrach, gouverneur d’une région de l’Empire ottoman s’est vu sans poste aux derniers jours de l’existence de l’empire. Son père étant syrien druze de Jabal el-Druze et sa mère Alia, musicienne, Libanaise druze originaire du Mont Liban, la famille décide de revenir s’installer à Beyrouth au lendemain de la guerre.

Son père décède en 1924, alors les pérégrinations de la famille reprennent, à Damas, puis à Haïfa, avant de s’installer définitivement au Caire.

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Asmahan et Farid Al Atrach

À l’image de son frère Farid Al Atrach, Asmahan devient rapidement un prodige. Elle est découverte par un producteur compositeur qui la pousse à suivre la carrière de son frère, et lui trouve le nom de scène Asmahan, qui veut dire la sublime, en Perse.

Mais dans l’Orient de l’époque, la scène musicale n’avait pas acquis encore ses lettres de noblesse avec Haifa, Nancy, Elissa, Silicone et co., qui sont charcutées, rembourrées et proportionnellement rétribuées. Fouad, le frère aîné d’Asmahan désapprouve et refuse de voir sa sœur le déshonorer en chantant. Il offre ainsi sa main à son cousin Hassan Al-Atrach. Asmahan se plie, et pour les cinq années suivantes, elle se range et passe à une vie rangée de mère au foyer.

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Au bout de quatre ans, malgré sa vie de princesse au Jabal el Druzeén Syrie, Asmahan étouffe. C’est le divorce, elle lui laisse sa fille Camélia et retourne au glamour du Caire. Elle y mènera la vie d’une femme libre et mondaine, entre parties de poker, nuits blanches et flirts sans lendemain, même un avortement. Elle refuse même une offre pour une carrière à Hollywood.

Mais Asmahan, malgré et même peut-être à cause de ses nombreux contacts, et constamment menacée d’expulsion, car elle avait perdu la nationalité égyptienne avec son mariage.

Elle est tout d’abord jalousée par la reine veuve Nazli Sabri dont l’amant, le chambellan Mohamad Hassanein pacha, et le propre fils, le futur roi Farouk Ier d’Égypte, portent un grand intérêt à la chanteuse. Pour se protéger, elle se marie au réalisateur égyptien Ahmed Baderkhan puis au réalisateur gigolo Ahmed Salem.

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Asmahan, 2e à droite dans une soirée

Pendant la Seconde Guerre mondiale, et en parallèle de sa carrière artistique, Asmahan est payée par les services britanniques, qui lui versent la somme de £40,000 pour intervenir auprès de son ancien mari, et les Druzes de ne pas intervenir contre les Alliés lors de l’Opération Exporter.

Elle travaille aussi pour la France Libre, espionnant les agents de la France de Vichy ainsi que les nazis présents dans la région.

Le 14 juillet 1944, Asmahan en compagnie de Mary Baines, enseignante universitaire, amie et confidente de cette première, ont voulu prendre la voiture pour une course. Mais son chauffeur habituel s’est absenté subitement. Un autre homme se présente comme chauffeur remplaçant. Elle ne prend pas garde et embarque avec son ami. La Rolls-Royce Silver Ghost d’Asmahan est retrouvée quelques heures plus tard noyée dans le Nil, avec les deux femmes sans vie. Le mystérieux remplaçant de son chauffeur, ayant disparu à jamais sans laisser de trace.

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Mary Baines, Farid Al Atrach et Asmahan

Les services de renseignement britannique sont accusés de s’être débarrassés d’elle après qu’elle a tenté de rencontrer des agents allemands ; la Gestapo allemande a également été accusée pour l’aide qu’elle avait donnée aux forces britanniques et ceux de la France libre ; le roi Farouk Ier d’Égypte après qu’elle eut repoussé ses avances ; son frère Fouad pour l’avoir déshonoré ou son premier mari pour l’avoir humilié ; même la diva Oum Kalthoum est suspectée d’avoir commandité l’assassinat pour en finir avec cette concurrente hors normes.

La mort de la chanteuse reste jusqu’à nos jours une énigme.

10 juillet 1872 – Verlaine tire à bout portant sur Rimbaud

Drogue, Sexe et Rock and roll. Verlaine qui ne veut pas se séparer de son jeune amant lui tire dessus au lieu de se suicider comme c’était initialement le plan. Heureusement, il est moins bon tireur de revolver que tireur de jeunes esthètes bisexuels. Il le rate, et finit en prison pour deux ans. Du Simon Asmar comme on n’en fait plus…

Verlaine et Rimbaud ont laissé à la poésie française les plus beaux vers du XIXe siècle, le tout couronné par une relation chaotique, faite de passion, d’enlèvements, d’amour subversif, d’humiliation et de drogue dans un Paris en pleine révolte.

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Verlaine

Un monstre. Fonctionnaire à la ville de Paris, il se soûle chaque soir à l’absinthe. Il rentre tard, n’enlève même pas ses chaussures avant de grimper sur le lit pour violer Mathilde, la fille de 17 ans qu’il avait épousée. Quand elle geint, il la frappe. Quand elle ne geint pas, il la frappe aussi. Il jette aussi son bébé contre les murs. Mais quand il dessoule, il retrouve son caractère doux et hésitant, et écrit des poèmes sur la douleur de vivre.

« Sa mère a fait trois fausses couches. Elle gardait les fœtus dans des bocaux. Elle leur parlait. Voilà le spectacle auquel assiste Verlaine dans son enfance. Or Verlaine est incroyablement laid. Il est le sosie de ces fœtus morts. On le lui dit souvent. Il aimait les femmes, il avait besoin d’elles. Ce sont les femmes qui ne l’ont pas trouvé beau.

L’amour de sa vie, c’était sa cousine Élisa, que sa mère a adoptée. Elle a épousé un sucrier, puis est morte en couche. Verlaine était un grand sensuel. Mais le dédain des femmes l’a amené dans les bordels, puis à épouser une fille de quinze ans, puis à coucher avec des hommes, puis à retourner vers les prostituées, à la fin de sa vie. » (Jean-Pierre Guéno)

Rimbaud

Visage de poupin, beau comme un ange, une plume à faire pâlir d’envie toute l’Académie française. Il débarque à Paris après avoir correspondu avec Verlaine, lui envoyant ses textes.

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Rimbaud (à gauche) et Verlaine (à droite)

En janvier 1872, fasciné par ce jeune paysan à l’accent ardennais si prononcé qu’on le prendrait pour un patois, Verlaine installe le jeune garçon chez lui. Il se sait bisexuel. Rimbaud, lui, n’a que 17 ans, même si on ne lui donnait que 13 ou 14 ans tout au plus. Il a la beauté du diable. Il déteste les bonnes manières et les honneurs, et surtout ce qu’il surnomme la Sainte-Trinité : l’Église, l’Armée et les Institutions.

Ensemble, ils défraient la chronique, provoquent les bourgeois, boivent jurent, font le bonheur des lecteurs de la revue Parnasse avec leurs rimes, et surtout, pour rien au monde, ils ne ratent en fin d’après-midi « l’heure tout émeraude », celle de l’absinthe, la vraie, celle qui rend fou.

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Mathilde Mauté de Fleurville

Pendant quelques mois, les deux poètes et Mathilde vivent un vaudeville fétide, un ménage destructeur à trois, où la consommation massive d’absinthe joue un rôle primordial. La jeune Mathilde intercepte des lettres, des poèmes que les amants s’échangent. Elle est humiliée. En juillet 1872, Rimbaud n’en peut plus, il veut son amant pour lui tout seul, il enlève Verlaine et partent à Bruxelles.

L’exil est tumultueux. Les deux hommes sont ivres morts la plupart du temps. Rimbaud, semble-t-il, tente un jour de poignarder Verlaine. Ce qui nous amène à cette journée du 10 juillet 1873. Le matin de ce jour-là, Verlaine, à bout, achète un revolver pour en finir de ses jours. De retour dans la chambre qu’il partage avec Rimbaud, ce dernier lui annonce son départ, pour l’armée ou ailleurs, et la rupture. Verlaine, anéanti par l’amour, ferme la porte, sort son revolver et lui tire deux balles à bout portant. L’une se loge dans le plancher, l’autre dans le bras de Rimbaud. Un deuxième trou de balle en quelque sorte… De commun accord, les deux amants étouffent l’affaire, aucune plainte n’est posée par Rimbaud.

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Le revolver à six coups utilisé par Verlaine

Mais quand Rimbaud sort de l’hôpital, il annonce à Verlaine sa décision de partir. Ils se dirigent vers la gare du Midi. Sur la place Rouppe, Verlaine s’approche de lui et porte la main dans sa poche. Rimbaud pense qu’il sort à nouveau son revolver, il se précipite alors vers un agent de police. Ce dernier, sans s’embarrasser des explications, il emmène les deux hommes au commissariat.

L’enquête est ouverte, le juge veut ordonner la peine maximale, car un rapport arrivé de Paris désigne Verlaine comme un communard. Il a besoin de prouver la pédérastie du prévenu, ce qui en ferait un élément aggravant. Le juge commande une expertise médicale. Verlaine est emmené dans une pièce par un policier qui lui examine le sexe et lui scrute l’anus, un peu à la manière des gendarmes du poste de Hobeich. Le rapport qui suit l’examen:

« Le pénis est court et peu volumineux. Le gland est surtout petit et va s’amincissant, s’effilant vers son extrémité libre à partir de la couronne. Celle-ci est peu saillante et sans relief. (…) L’anus se laisse dilater assez fortement par un écartement modéré des fesses, en une profondeur d’un pouce environ. (…) De cet examen, il résulte que Paul Verlaine porte sur sa personne des traces d’habitude de pédérastie active et passive.»

Verlaine passe 555 jours en prison, loin des bars et des bouteilles d’absinthe. Il perd tout: sa femme, son enfant, son amant. Il compose plusieurs poèmes, qu’il tente de faire publier dans un recueil intitulé «Cellulairement», mais il est grillé par le scandale et n’arrive pas à se faire publier. Il disséminera les poèmes dans d’autres œuvres.  Et quand il sort de prison, il correspond toujours avec Rimbaud. L’enfant prodige, ingrat comme tous les prodiges, en profite alors pour le faire chanter et lui demander de l’argent.

Verlaine et Rimbaud se reverront une dernière fois après la libération du premier, en février 1875 à Stuttgart, où Rimbaud remet à son ami le manuscrit des Illuminations.

Verlaine s’exilera en Angleterre et ne réintègrera les cercles littéraires que dix ans plus tard. Pendant ce temps, Rimbaud rédige « Une saison en enfer » dans la ferme familiale.  Il a compris que toute carrière littéraire lui a été interdite, et ça n’a pas été étranger à son grand départ.

Et pour conclure, citant David Caviglioli « Passe encore qu’on raconte aux écoliers des histoires de viol conjugal, d’inceste, d’alcoolisme, d’armes à feu ou d’écartement anal. Mais on ne va tout de même pas leur expliquer si tôt que l’amour unit en général une personne qui souffre à une personne qui s’ennuie. »

5 juillet 1887 – L’héritier de la distillerie Jameson Irish Whiskey s’offre une fillette en festin

Rien n’est de trop pour développer son art. De passage à Riba-Riba au Congo, James S. Jameson, pour pouvoir en faire une aquarelle, acheta une fillette à ses parents et l’offrit à manger à des cannibales. Son interprète Assaad Farran, originaire du Mont-Liban a rapporté les faits.

L’héritier de la distillerie Jameson, la même qui rachetée par Pernod-Ricard et qu’on sert à Mar Michael avec deux glaçons, est né en 1856. Après avoir fini ses études et son service militaire se donna entièrement au travail de naturaliste. Ainsi, ses pérégrinations l’emmenèrent à Colombo, Calcutta, Singapour, Bornéo, l’Afrique du Sud, l’Espagne et l’Algérie, qu’il visita en quête de curiosités et découvertes.

En 1887, Jameson s’engage avec le corps expéditionnaire de H.M. Stanley, parti au cœur de l’Afrique délivrer Emin Pacha. En 1885, à la naissance de l’État indépendant du Congo, la révolte mahdiste au Soudan détruisait l’ensemble de l’administration égyptienne. Il en résulta que la province soudanaise  Equatoria, la plus équatoriale, dirigée par le docteur allemand Emin Pacha,  fut totalement coupée de ses bases et abandonnée à son sort.

Pour éviter au gouverneur d’Equatoria et aux fonctionnaires égyptiens  le sort de Gordon Pacha et de son personnel lors des combats de Khartoum et, peut-être intéressé par l’annexion facile aux colonies anglaises que représentait la situation de cette province, l’opinion britannique en la personne de l’homme d’affaires William Mackinnon, proposa à Stanley de monter une expédition  pour secourir Emin Pacha.

Arrivé à Banana, comme on disait alors, en plus de l’expédition et des longues journées de camps, Jameson s’adonne à des recherches de naturaliste et la consignation de ses observations en vue de l’illustration de ses futures Forschungen. Mais la maladie l’éprouvera souvent et le service le contraindra à plusieurs déplacements à la rencontre de Tippo-Tip, riche marchand d’esclaves aveugle, propriétaire de plantation et gouverneur, au service d’une succession de sultans de Zanzibar, plus connu pour sa cruauté qu’autre chose.

Un soir à Riba Riba, comme la discussion trainait sur l’anthropophagie que Jameson mettait en doute, Tippo-Tip demanda à Jameson six mouchoirs.

Farran témoigna qu’à Riba Riba, Jameson confia à Tippo-Tip à quel point il était désireux d’étudier la pratique du cannibalisme, qu’il croyait commune chez les indigènes. Pour honorer son invité. Tippo-Tip demanda à Jameson six mouchoirs, qu’un de ses subordonnés troqua à une famille contre leur fille de 10 ans.

Elle fut conduite à la cabane des cannibales. L’interprète traduisit au chef : «Ceci est un cadeau d’un homme blanc, qui souhaite vous voir la manger ». Suarez applaudit à cette initiative et ramena des cordes. La fillette fut attachée à un arbre. On l’éventra deux fois avec un coutelas. Jameson relate l’attitude résignée de la fillette tandis que le sang et les viscères jaillissaient de son abdomen. Lorsqu’elle mourut exsangue, elle fut dépecée et mangée par les hommes qui avaient aiguisé leurs couteaux à proximité. On ne sait pas si du whisky Jameson a été servi avec le repas, mais on doute fort. Le festin terminé, on ne laissa que les deux lobes d’oreille à Mike Tyson pour son snack de l’après-midi.

D’après Farran, Jameson installa son matériel d’artiste et en fit six aquarelles. Fier de son travail, une fois le festin terminé, il demanda aux chefs des tribus de lui corriger ses croquis pour être sûr de tous les détails. Il ne voulait pas qu’on lui reproche plus tard une erreur ou un détail manquant ! Il voulait avoir la conscience tranquille !

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Le seul dessin de Jameson qui nous soit parvenu

Bien sûr, l’histoire fit grand bruit. Jameson, dans sa correspondance avec sa femme clama son innocence en clamant qu’il n’était pas au courant de ce que Tippo-Tip voulait en faire avec la fillette, mais surtout, qu’il n’avait pas son matériel de peinture, et qu’il ne fit ses dessins que quelques jours plus tard. La famille de Jameson qui décéda quelques mois plus tard accusa l’interprète Assaad Farran de mensonges. En fin de compte, c’est un « Levantin », ce qui dans le langage du temps, ne vaut guère mieux que « rastaquouère ».

Mais les faits restent là. Bon appétit.

 

 

 

 

30 juin 1643 – Molière, ayant lâché le métier d’avocat pour le théâtre, fonde l’Illustre Théâtre

Le 30 juin 1643 est établi le contrat de société fondant L’Illustre Théâtre. C’est une aventure vers l’inconnu, car de tous les signataires du contrat, seule Madeleine Béjart, maîtresse de Molière a déjà foulé la scène. Deux ans plus tard, il se fait jeter en prison pour créances non payées. Comme quoi la dèche des artistes ne date pas d’hier.

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Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière

À ce jour-là de l’année 1643, Jean-Baptiste Poquelin, 21 ans, fonde L’Illustre-Théâtre avec ses amis comédiens. Avec neuf amis, ils s’associent par-devant notaire pour constituer une troupe de comédiens sous le titre de l’« Illustre Théâtre ». Ce sera la troisième troupe permanente à Paris, avec celle des « grands comédiens » de l’Hôtel de Bourgogne et celle des « petits comédiens » du Marais.

 

Pour plusieurs d’entre eux, cet engagement s’inscrit sans doute dans le mouvement qu’a impulsé la Déclaration du 16 avril 1641, par laquelle Louis XIII levait l’infamie qui pesait sur le métier de comédien, précisant qu’« en cas que lesdits comédiens règlent tellement les actions du théâtre qu’elles soient du tout exempt d’impureté, nous voulons que leur exercice, qui peut innocemment divertir nos peuples de diverses occupations mauvaises, ne puisse leur être imputé à blâme, ni préjudicier à leur réputation dans le commerce public. »

Né le 15 janvier 1622 à Paris dans le ménage du tapissier du roi Louis XIII, le futur comédien a fait d’excellentes études de droit, mais sans guère l’envie d’y donner suite, au grand désespoir de son père.

Avocat à 18 ans, il se lie avec des comédiens italiens et rencontre aussi Madeleine Béjart (24 ans), directrice d’une troupe déjà connue, ainsi que ses frères Joseph et Louis. Il tombe amoureux de Madeleine, et n’hésite pas à s’établir avec elle malgré la différence d’âge. La première dame, Bibi Macron l’avait prévenu et conseillé de s’en foutre du qu’en dit-on.

Fort de ces nouvelles amitiés, il rompt avec son père pour suivre sa vocation de comédie. C’est ainsi que naît l’Illustre-Théâtre. La même année meurent le cardinal de Richelieu et le roi Louis XIII, et monte sur le trône le roi Louis XIV âgé de 5 ans… L’ascension de Molière sera concomitante avec celle du futur Roi-Soleil.

Le 28 juin 1644, il signe pour la première fois du nom de scène qu’il s’est choisi : Molière.

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Molière dans le rôle de Mascarille des Précieuses ridicules. Dessin de Kugel, huile sur pierre. (BnF)

À la mi-septembre 1643, les nouveaux comédiens louent la salle du Jeu de Paume dit des Métayers. La première représentation parisienne a lieu le 1er janvier 1644. Contrairement à ce qu’une certaine tradition répète depuis trois siècles, il semble que la troupe ait connu, pendant les huit premiers mois, un succès d’autant plus grand qu’il n’y avait pas de troupe à Paris :  le jeu de paume du Marais où, depuis quelques années, Pierre Corneille, donnait ses pièces à jouer, avait brûlé dès le 15 janvier et que les « petits comédiens », ainsi nommés par opposition aux « grands comédiens » de l’Hôtel de Bourgogne, étaient partis en province pendant les travaux de reconstruction. La troupe de Molière est seule dans la capitale.

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Madeleine Béjart dans le rôle de Magdelon des Précieuses ridicules. Dessin de Kugel, huile sur pierre. (BnF)

Son répertoire est constitué, comme celui des autres troupes, de tragédies, de tragi-comédies alors très à la mode, de comédies et de farces. Mais le succès est de courte durée et la faillite survient deux ans plus tard, en mai 1645.

Ne pouvant rembourser ses multiples créanciers, Molière est emprisonné en août 1645 : après moins de deux ans d’existence, l’entreprise de l’Illustre Théâtre a définitivement échoué, mais elle aura marqué l’histoire du théâtre.

Les restes de la troupe (Molière et la famille Béjart) rejoindront l’année suivante la troupe itinérante de Charles Dufresne, protégée et entretenue depuis de longues années par les duc d’Épernon, gouverneurs de la Guyenne. Il entame avec Madeleine des tournées à travers la France. Dix ans plus tard, à Lyon, il crée sa première comédie, l’Étourdi. Elle est suivie l’année suivante à Béziers du Dépit amoureux.

À 37 ans enfin, le comédien donne devant Louis XIV Nicomède. Cette tragédie du vénérable Corneille ne déride pas le jeune roi. En effet, Louis XIV âgé de 20 ans a besoin d’un bol d’air frais, autre que les classiques grecs et ce que le vieux Corneille lui rebat les oreilles avec.  O Rage, O Désespoir, d’accord, c’est mouvant, mais après ?! Le comédien enchaîne alors dans la foulée avec Le Docteur Amoureux, une comédie qui le fait rire aux éclats ! La carrière de Molière est lancée.

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Cette peinture, anonyme, du XVIIe siècle représente une scène avec le décor traditionnel des comédies, l’éclairage assuré par des lustres portant des chandelles (qu’il faut moucher toutes les demi-heures, ce qui explique la division des pièces en actes), une rangée de chandelles aussi le long de la rampe, sous laquelle sont écrits les noms des personnages (de gauche à droite : Molière, Jodelet — un acteur de sa troupe —, Poisson, Turlupin, Matamore, Arlequin, Guillot Gorju, Gros Guillaume, le dottor Grazian Balourd, Gautier Garguille, Polichinelle, Pantalon, sur le balcon, Scaramouche avec sa guitare, Briguelle et Trivelin.

Parallèlement à son activité théâtrale, la vie privée de Molière ne manque pas d’épisodes rocambolesques : un jour, il estoque à l’épée un sanglier au cours d’une chasse royale, ce qui lui attire la faveur du souverain. Une autre fois, il tue un cocher, doit s’enfuir en Hollande, et ne peut rentrer en France qu’en tentant d’y enlever un autre réfugié recherché par la justice pour une affaire des poisons. Il meurt de manière non moins spectaculaire, puisqu’il se rompt une veine en jouant l’une de ses pièces. À la mort de Molière, le roi ordonne la fusion de la troupe avec celle de l’Hôtel de Bourgogne, ce qui donne naissance à la Comédie-Française.

Le français devient la langue de Molière, la langue de l’avocat raté, du taulard, et du bon vivant toujours fauché.

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24 juin 1901 – Pablo Ruiz devient Pablo Picasso

Le jeune peintre inconnu a droit à un vernissage à Paris, et du coup décide de signer du nom de sa mère. Picasso sonnait plus rond et plus thêatral que Ruiz. Le jeune Pablo commence à l’utiliser pour signer ses toiles en prévision de ce premier vernissage chez Ambroise Vollard, marchand d’art à Paris. Suite à cette première exposition, Félicien Fagur, critique d’art en dit qu’il est « peintre, absolument peintre, il adore la couleur pour elle-même ». Comme quoi, tous les critiques ne sont pas cons. Certains sont visionnaires.

Et ces visionnaires auraient pu être millionnaires aujourd’hui, car un investissement de 150 anciens francs en 1901, soit ce que le marchand Pere Manach a payé contre toutes les toiles de Picasso, aurait rapporté au plus bas $650,000,000 un siècle plus tard. Riad Salamé s’est mis à la peinture après avoir fait ce calcul, rêvant à une nouvelle ingénierie financière pareille à offrir en cadeau pour les banques.

Ce n’est pas le cas de tous les critiques. Sur sa précédente exposition au cabaret du Els Quatre Gats, un critique anonyme parlant du modernisme de Pablo Ruiz « cette exposition révèle chez ce peintre, comme chez bien d’autres avant lui, en proie â une folle passion pour cette école, une déplorable perversion du sens artistique et une conception erronée de l’art. »

En 1901, le jeune peintre rend un hommage très personnel aux anciens. À Vélasquez avec les naines royales qui posent sans vergogne. À Goya le vaporeux, a

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vec sa Spanish Woman, mondaine et bien contemporaine, à la fois tout en détail minutieuse et en touches rapides. À Van Gogh et à Gauguin pour les contours noirs très marqués et l’intensité franche des couleurs avec Arlequin et sa compagne. À Degas  avec La Nana, clin d’œil moqueur à ses ballerines trop charnelles et à sa fillette en bronze de 14 ans, chétive et malsaine. À Toulouse-Lautrec dans ses tableaux de la vie parisienne comme ce French cancan qui danse en état d’ivresse dans des vapeurs éthyliques. Les influences se mélangent.

Et le fier Andalou ne se prend pas pour une sous-merde, finit par signer haut fort sur son autoportrait: Yo, Picasso (Moi, Picasso)

La première visite de Picasso à Paris date de l’automne-hiver 1900. Le «le petit Goya» comme l’ont surnommé ses amis, a convaincu Ambroise Vollard, grand marchand d’art moderne, de lui exposer ses peintures. Il passe le début de l’année 1901 à Madrid où il apprend le suicide de son ami Carles Casagemas. Un dépit amoureux qui s’est soldé par une balle dans la tempe en plein Café de l’Hippodrome à Montmartre devant la femme en jeu, Germaine Gargallo. Marcela Iacub a bien essayé de contacter Picasso et se faire passer pour Germaine sans succès.

Picasso ne produit pas, ou très peu, et la date de l’expo approche. Il rentre à Paris avec seulement quelques tableaux, pas assez pour une expo. Il s’installe 130 ter, boulevard de Clichy, à Montmartre, dans l’ancien atelier de Casagemas, avec un peu plus d’un mois pour œuvrer. Commence alors un travail frénétique. Jusqu’à trois tableaux par jour. La période bleue y est crachée au rythme de 3 tableaux par jour pour atteindre u64 œuvres réalisées en un temps record, dans un style expérimental, à la fois virtuose et changeant, pile pour l’exposition.

Poussé par la critique qui désormais loue ses traits fermes et précis, Picasso devient un tourbillon créatif, «celui qui peint 24 heures sur 24», comme le baptise Gustave Coquiot.

Après la ­fièvre parisienne et l’impertinence des reprises, la mélancolie se fait jour, peuplant ses tableaux d’esseulés, de muets avec les postures et les mains en position émouvante, de buveurs d’absinthe, d’Arlequins tristes (son alter ego), même accompagnés de mère aux abois bien avant Guernica.

La palette sourde qui sera la marque de sa période bleue envahit ses toiles. Et pour son ami Casagemas, il offre une mise en bière rêvée, picturale et grandiose à la Courbet avec des prostituées dans les cieux, copiées sur les malheureuses de la prison des femmes de Saint-Lazare.