19 Août 1153 – Ascalon, porte de l’Égypte, tombe aux mains des croisés

Le dernier bastion des fatimides avait résisté aux deux croisades, et c’est depuis cette ville que les raids étaient menés. La forteresse d’Ascalon fermait la porte vers l’Égypte.

Cette ancienne colonie de Tyr fut conquise par les Arabes en 638 par le calife Omar. Puis elle est occupée par l’émir Muâwiya gouverneur de la Syrie et futur calife omeyyade.

19aout-Battle_of_Ascalon-engraving
Premier siège d’Ascalon en 1099

Pendant la première croisade, la ville tint son rôle de principal bastion fatimide en Orient. Une première bataille oppose croisés et fatimides à Ascalon en 1099, pendant la première croisade. L’armée d’Al-Afdhal, vizir fatimide d’Égypte, forte de trente mille hommes, atteint la Palestine vingt jours après la prise de Jérusalem par les croisés. Le vizir hésite à attaquer la Ville sainte, et prend position près d’Ascalon. L’armée chrétienne commandée par Godefroy de Bouillon se réunit pour repousser l’armée musulmane. L’attaque débuta contre l’aile droite fatimide, où s’étaient regroupés la plupart des soldats musulmans. Un assaut conjugué de l’infanterie et de la cavalerie franque disloqua les rangs fatimides, et après une courte résistance des mercenaires éthiopiens au service des Sarrasins, dispersèrent l’armée.

La victoire d’Ascalon remportée par les Croisés permit aux Européens de confirmer leur victoire à Jérusalem. Cependant, à la suite d’un différend entre Godefroy de Bouillon et Raymond de Toulouse, la ville d’Ascalon ne fut pas occupée par les forces croisées. On dirait un scénario entre gendres du général. La forteresse resta aux mains des défenseurs défaits.

En 1111, Baudouin Ier de Jérusalem marche sur Ascalon. Le gouverneur fatimide de la ville, Chams al-Khilafa, effrayé, lui verse un tribut de 7000 dinars. La population palestinienne, qui se sent humiliée par cette capitulation, envoie des émissaires au Caire pour demander la destitution du gouverneur. Chams al-Khilafa expulse alors les fonctionnaires égyptiens et se met sous la protection de Francs. Baudouin lui dépêche trois cents hommes qui prennent en main la citadelle d’Ascalon. En juillet, Chams al-Khilafa est assassiné par un groupe de conjurés. La ville se révolte. Les citadins armés et la garde berbère du gouverneur assaillent la citadelle et massacrent les Francs.

19aout-Balduin3_big
Baudouin III

Nous voilà arrivés à la deuxième croisade. Ascalon avec son imposante forteresse sert de base pour les attaques fatimides. En 1153, Baudoin III de Jérusalem ayant subi un échec cuisant au terme de 5 ans de siège de Damas, décide de lancer une attaque sur Ascalon.

Ascalon, de par sa position acculée à la mer était difficile à prendre avec ses murailles hautes, et ses habitants peu commodes et exercés au métier des armes. L’Égypte fatimide assurait son ravitaillement en vivres, armes et soldats par terre et par mer.

Au début de l’année 1150, Baudouin III se rendit tout d’abord à  «Gadres» ou Gaza, qui, las, comme un millénaire plus tard, tombait en ruine. L’emplacement avait été choisi stratégiquement afin de couper tout lien terrestre entre Ascalon, situé à 20 kilomètres au nord, et l’Égypte. Une forteresse fut rapidement construite par les Templiers, et ainsi, Ascalon se trouva isolée de l’Égypte qui désormais ne pouvait la ravitailler que par voie maritime.

Baudouin III et son armée arrivèrent devant Ascalon le 25 janvier 1153, accompagnés par les Templiers de Bernard de Tramelay, les Hospitaliers de Raymond du Puy, le clergé de Jérusalem et sous la protection de la «Vraie Croix», la même qui allait être perdue à la bataille de Hattin un demi-siècle plus tard.

Tandis que Géraud de Sidon assurait le blocus de la ville à l’aide de quinze galères, la ville était attaquée à l’aide d’un grand nombre d’engins de siège, puis, au bout de 2 mois, par « une tour roulante d’une immense hauteur, semblable à une forteresse avec sa garnison », recouverte de cuir pour échapper aux flammes et dont la hauteur était suffisante pour dominer la muraille et accabler les défenseurs de traits.

Le gouvernement fatimide, malgré les luttes intestines dont il faisait l’objet, parvint tout de même au bout de cinq mois de siège à envoyer aux assiégés une importante flotte de près de soixante-dix navires, lesquels firent se replier à leur arrivée les nefs franques postées devant la ville.

Cette arrivée inespérée rendit le moral aux assiégés, qui dès lors devinrent plus audacieux. Alors que les machines de siège continuaient leur inexorable bombardement, les assiégés prirent le parti d’incendier la haute tour de bois en amoncelant dans l’intervalle la séparant du rempart qu’elle dominait un ensemble de sarments badigeonnés d’huile et de poix, auquel ils mirent le feu.

Cependant, ce stratagème s’avéra désastreux, car un léger vent détourna la flamme du « château de fût » et la repoussa vers les murailles, dont un pan de mur s’effondra au petit matin.

La victoire à portée de main, un évènement difficile à comprendre eut lieu. Les Templiers, pris de cupidité, quarante des leurs se ruèrent par la brèche pour commencer le pillage en bloquant l’accès aux autres combattants.  Mais l’armée voulant sécuriser le roi de peur d’une contre-attaque ne suivit pas. Les quarante templiers, avec à leur tête le chef de l’ordre, Bernard de Tramelay, furent massacrés et pendus aux murs et la brèche comblée.

Les attaquants étaient on ne peut plus découragés, et même le roi Baudouin s’était résigné à lever le siège. Mais devant l’insistance du clergé, le roi accepta de rester quelques jours supplémentaires devant les murs de la ville. Bien lui en prit.

Les Égyptiens, ragaillardis par leur précédent succès face aux Templiers, opérèrent une sortie, et une véritable bataille eut lieu sous les murailles d’Ascalon. Une aubaine pour Baudouin qui put finalement livrer bataille sous les murailles d’Ascalon. Les fatimides subirent de lourdes pertes.

Devant l’inexorable détermination franque, les Ascalonitains se résignèrent à demander l’âman . Une délégation de notables fut à cet effet envoyée au roi Baudouin pour demander une capitulation honorable, ce qui leur fut accordé. Le 19 août 1153, après six mois de siège, les habitants et la garnison d’Ascalon évacuèrent la ville, en bon ordre et « avec tout leur harnois ». Conformément à la promesse du roi, cette évacuation se déroula sans anicroche, les troupes royales accompagnant même les Ascalonitains jusqu’à Laris ( El – Arish ), à l’orée du delta du Nil.

La ville fut intégrée au royaume de Jérusalem par Baudouin III, complétant l’oeuvre des premiers rois de Jérusalem, parachevant ainsi la maîtrise franque du littoral palestinien et ouvrant surtout de nouvelles perspectives d’expansion, dorénavant toutes tournées vers l’Égypte fatimide, alors en pleine décadence.

Ainsi, durant les deux décennies suivantes, Ascalon devint de lieu de rassemblement des armées latines en partance pour l’Égypte sous la férule de l’infatigable roi Amaury de Jérusalem, qui organisa durant son règne pas moins de six expéditions vers le Delta.

Ascallon fut reprise par Saladin le 4 septembre 1187. Grisé par un succès qui s’annonçait certain, le sultan, d’habitude si magnanime, réunit devant Ascalon tous les prisonniers dont il avait pu s’emparer jusqu’alors, et leur fit trancher la tête. La forteresse fut rasée pour ne pas tomber entre les mains des croisés.

Après la capitulation d’Acre en 1191, Ascalon, ainsi que Jaffa tombèrent aux mains de Richard Cœur de Lion, qui y construisit une nouvelle forteresse.

 

Saladin exigea que la forteresse soit démantelée en préalable à la paix de 1192. Pressé de rentrer en Angleterre, Richard Cœur de Lion céda et la forteresse fut une seconde fois rasée. En 1270, le sultan mamelouk Baybars rasa complètement la ville. La ville arabe d’Al-Majdal fut construite près des ruines d’Ascalon, et en 1596, elle fut répertoriée comme la sixième plus grande ville de Palestine avec une population de 2 795 habitants.

Aujourd’hui, la ville d’Al-Majdal, désormais appelée Migdal Ashkelon, est revendiquée par les Palestiniens.

 

1er Août 1096 – La croisade populaire entre à Constantinople

Mais que peut faire l’empereur Alexis 1er Comnène de cette armée en guenilles, qui est plus connue par les bagarres et brigandages, et qui déferle à Constantinople, pour libérer les lieux saints ? Pour s’en défaire, il organise leur transfert sur le Bosphore. Au final, ils seront presque tous exterminés par les ottomans. 40,000 y périront.

Lorsque le pape Urbain II lance le 27 novembre 1095 son appel à délivrer les Lieux Saints, il espérait une mobilisation de la classe combattante, mais il se trouva avec 40,000 femmes, d’enfants et de paysans que plusieurs années de sécheresse et de famine ont désespérés, et qui y trouvent un moyen de s’échapper de leur quotidien. Puis plusieurs phénomènes astronomiques leur sont apparus comme signes envoyés par Dieu : chutes de météorites, aurores boréales, éclipse lunaire et apparition de comètes. La conviction que la fin du monde est alors proche connaît également un regain de popularité. Finalement, cerise sur le gâteau, un moine illuminé, Pierre l’Ermite, d’Amiens, qui prétend avoir reçu une lettre de la main de Dieu – pas moins – lui enjoignant à libérer la terre sainte s’y met de la partie. Nasrallah lui-même ne peut prétendre à pareille faveur divine. Il n’en faut pas plus pour la croisade populaire pour s’ébranler.

Gravure de Pierre Daret publiée autour de 1655, reproduction No

La longue marche commence. Première conséquence, la flambée d’antijudaïsme. Les Juifs sont considérés comme des ennemis, à l’instar des musulmans : on les considère responsables de la crucifixion, et ils sont plus visibles que les lointains musulmans. De nombreuses personnes se demandent pourquoi parcourir des milliers de kilomètres pour combattre des non-chrétiens quand il y en a près de chez eux. Alors on massacre du juif tout le long de la route.

Des milliers de croisés français suivent un autre prédicateur, Gautier Sans-Avoir et se joignent aux 40,000 Allemands de Pierre l’Ermite.

La marche des Français atteint Belgrade. Le gouverneur, surpris de cette arrivée et n’ayant reçu aucune instruction, leur refuse l’entrée de la ville. Il s’ensuit des accrochages entre les croisés et les soldats de Belgrade et, pour comble de malheur, seize hommes de Gautier sont surpris en train de voler dans le marché.  Ils sont dépouillés de leurs armures et pendus. Enfin, les croisés sont autorisés à pénétrer dans le territoire byzantin, où ils sont ravitaillés, et à continuer leur route, sous escorte, jusqu’à Constantinople.

Pierre l’Ermite et les autres croisés arrivent quelques jours plus tard à Belgrade. La vue des armes des seize compagnons de Gautier Sans-Avoir, pendues sur les murs de la ville, accroît la méfiance des croisés et un différend sur le prix d’une paire de chaussures au marché dégénère en émeute au cours de laquelle les croisés prennent la ville d’assaut et tuent environ quatre mille Hongrois.

Pour échapper aux représailles, les croisés traversent la Save à Belgrade, mais quelques escarmouches les opposent aux troupes byzantines. Les Belgradois ont fui leur ville que les croisés pillent et incendient.

Ils arrivent à Niš le 3 juillet. Le commandant de la ville leur promet des vivres et une escorte jusqu’à Constantinople, s’ils laissent la ville. Mais suite à des querelles et un moulin incendié, la ville de Niš envoie alors sa garnison contre les croisés, qui sont écrasés, et qui perdent le quart de leurs effectifs tués au combat. Les survivants atteignent finalement Sofia et sont conduits sous escorte vers Constantinople, pour rejoindre les croisés de Gautier. Ils arrivent à la ville le 1er août.

L’empereur Alexis, inquiet pour la sécurité de Constantinople, organise la traversée du Bosphore par, laquelle commence le 7 août, et leur assigne comme lieu de séjour le camp de Civitot. 30,000 croisés sont rassemblés à Civitot.

La croisés sont en ferveur et peu enclins à la prudence et à la patience, ils font route vers Nicomédie, en territoire turc. Là, une querelle oppose les Allemands et les Italiens aux Français. Les premiers choisissent pour chef un Italien du nom de Renaud, et les Français choisissent Godefroy Burel. Pierre l’Ermite a totalement perdu son influence sur les croisés.

Malgré les conseils d’Alexis, les croisés attaquent les villes turques. Renaud, à la tête de six mille Allemands et Italiens prend la forteresse de Xerigordon et l’utilise comme base arrière pour piller le pays. Le sultan seldjoukide Kılıç Arslan Ier envoie une armée qui coupe les points d’eau approvisionnant Xerigordon, assiège la citadelle puis la prend d’assaut. Les croisés sont écrasés lors de la bataille de Civetot et n’ont comme choix que la mort ou la conversion à l’Islam.

1aout-peoplescrusademassacre
Les Turcs massacrant les croisés

 

Arslan envoie ensuite des espions à Civitot qui font courir le bruit que Renaud et ses croisés ont pris Nicée. Les croisés, enthousiasmés par la victoire et aussi par la perspective du pillage, y vont malgré les recommandations de prudence. Le 21 octobre, 25,000 croisés prennent la route de Nicée, laissant quelques femmes, enfants, vieillards et malades à Civitot.

À trois miles du camp, à un endroit où la route est resserrée, l’armée turque leur tend une embuscade, et massacrent la plupart. Seuls les jeunes garçons et les filles sont épargnés pour être vendus sur le marché des esclaves. Seuls trois mille croisés, conduits par Godefroy Burel, s’enfuient et reviennent à Civitot, qui est assiégée par les Turcs. Les Byzantins réussissent à évacuer les croisés rescapés par bateaux.

Ainsi finit la première croisade populaire. Suivront d’autres croisades populaires, telle la Croisade des enfants en 1212, les Croisades des Pastoureaux de 1251 et 1320 la croisade des enfants, qui eurent encore moins de résultats.

1aout-civetot

22 Juillet 1209 – Les croisés massacrent la population de Béziers

Ils n’ont pas eu à trier les hérétiques des bons croyants, massacrant tout le monde, car « Dieu reconnaîtra les siens ».

Le chemin vers la Terre Sainte des croisés du légat du pape Arnaud-Amalric passait par Béziers. Un constat que même Arafat aurait eu de la peine à annoncer, avec sa route de Jérusalem qui passait par Jounieh. Cette croisade contre les Albigeois était destinée à éradiquer les hérétiques cathares dans le midi de la France.

La croisade décidée par le pape Innocent III, Philippe Auguste, roi de France, étant parti en guerre au nord, Arnaud-Amalric fut nommée à la tête de l’armée. Il était légat du pape, abbé de Cîteaux et chef du puissant ordre des moines cisterciens. Ce choix ne pouvait que plaire à Philippe Auguste qui ne voulait pas trop de cette nomination.

L’objectif donné à Amalric est d’attaquer les seigneuries et les communautés urbaines de la région qui, bien que catholiques, sont supposées soutenir l’hérésie. Le légat, qui bénéficie du ralliement forcé et contraint du comte de Toulouse Raimon VI, décide de briser d’abord le maillon le plus faible, à savoir Raimon-Roger de Trencavel, vicomte de Béziers et de Carcassonne…

21juillet-commemoration-croisade-contre-albigeois-1-copie-1
Massacre de Béziers

Les cathares, ou hérétiques albigeois ont fait leur apparition entre le Xe et XIIe siècle. Les adeptes du catharisme se qualifient eux-mêmes de « vrais chrétiens » et s’opposent avec vigueur à l’Église catholique. Ils sont soupçonnés de monothéisme dualiste, ou une foi manichéenne, comme quoi le monde est mauvais, et il importe de s’en détacher par la quête de la pureté absolue. Difficile à avaler à Rome où l’ostentation et pouvoir étaient indissociables. Bientôt l’expansion du catharisme et sa menace sont telles que l’Église catholique est contrainte de mener une guerre à l’éradication de cette religion.

Dénommée croisade contre les Albigeois, cette guerre bénéficie de l’onction du pape Innocent III. Elle va avoir raison de l’hérésie, mais son effet le plus tangible sera l’annexion de la région au domaine capétien, ce qui deviendra la France. Comme quoi, défendre la foi n’empêche pas de grappiller des gains et des terres au passage…

Le vicomte de Béziers et Carcassonne tenta de convaincre les croisés de sa bonne foi. Il essaya de négocier avec Amalric. Un arrangement fut proposé par l’évêque catholique de Béziers, qui suggéra aux habitants de livrer aux assaillants 222 cathares réfugiés dans la ville, contre la levée du siège, mais les habitants suspicieux refusèrent l’offre.

La ville ne craignait pas le siège. Il y avait des greniers pleins de provisions et possédés maintes sources à l’intérieur de ses murailles. À l’opposé, les assiégeants manquaient de vivres et devaient affronter une paysannerie hostile. Le siège se présentait d’autant plus mal que les croisés avaient toute latitude de rentrer chez eux au terme de quarante jours de campagne, laissant Amalric se démerder seul, selon la coutume féodale. Donc le temps ne pouvait que jouer en faveur des assiégés.

21juillet-lehugeur
La prise de Bézier par les croisés durant la croisade des Albigeois – Paul Lehugeur – XIX siècle

L’erreur fatale des assiégés fut d’accepter le combat et de sortir de la ville pour affronter les croisés en pleine campagne. Ces derniers, au lieu d’affronter les soldats sortis à leur rencontre, profitent de l’occasion pour pénétrer dans la ville, les portes n’ayant pas été fermées à temps. Béziers tombe rapidement entre les mains de l’armée du pape. La population, terrorisée, se réfugie dans l’église Sainte-Madeleine, mais les croisés n’en ont cure et massacrent à qui mieux mieux…

Avant l’attaque, Amalric aurait répondu lorsqu’on lui aurait demandé comment reconnaître les hérétiques des bons croyants : «Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens …»

Abou Bakr el Baghdadi et Abou Omar le Tchétchène s’enlacèrent en séchant une larme devant une telle horreur.

21juillet-beziers_ 05
Le siège de Béziers

L’assaut contre la ville fut donné essentiellement par les « ribauds », très probablement des bandes de routiers, truands de sac et de corde, habitués au combat. Ils « tuèrent tous ceux qu’ils rencontrèrent » (Guillaume de Tudèle, poète). Ils « massacrent presque tous les habitants, du plus petit jusqu’au plus grand, et mettent le feu à la ville » (Pierre des Vaux de Cernay, moine croisé et historien).

Bilan des comptes : 18,000 morts. Croisade accomplie.

3 juillet 1187 – Victoire de Saladin à Hattin

Maître de l’Égypte et de la Syrie, le sultan Saladin remporte une grande victoire sur les croisés au pied des cornes de Hattîn, près du lac de Tibériade, au nord-est de la Palestine. Et ainsi, les États francs de l’Orient perdent toute leur armée et leur chevalerie.

Rien que pour la naissance du mythe des Templiers, avec lequel on nous rebat les oreilles à la télé, au cinéma et dans les romans de Dan Brown, Saladin mérite le palet. Saladin, en mettant à genou les principautés et comtés d’Orient, et en décapitant au passage les quelques centaines de templiers restants, a réussi à atteindre le but de son jihad : libérer la ville de Jérusalem, et démarrer la légende du Graal et des Templiers.

3juillet-saladin-sultan-of-egypt-and-syria-chris-hellier
An-Nasir Salah ad-Din Yusuf ibn Ayyub

Moins d’un siècle plus tôt, les chevaliers d’Occident s’étaient élancés vers l’Orient en vue d’enlever aux musulmans Jérusalem et le tombeau du Christ. Chose faite, ce fut le temps des divisions et guerres internes. L’Orient et le pouvoir furent ainsi divisés en États francs et un siècle plus tard, en pleine déliquescence, dut faire face à un ennemi autrement plus coriace. Saladin el Ayyoubi avait réussi là où ses prédécesseurs, et ses successeurs d’ailleurs s’étaient cassés les dents: unifier les musulmans sous une seule bannière pour contrer l’envahisseur. Gamal Abdel Nasser essaya de lui chiper la recette pour cette unification miracle, mais Saladdin ne la lui fila pas.

 

 

En cette année de 1187, Saladin avait décrété le jihad pour libérer la ville sainte. De l’autre côté, Guy de Lusignan, jeune chevalier parachuté au Moyen-Orient chez son frère Amalhric, roi de Chypre. Voulant faire carrière dans cet eldorado oriental, il se maria à Sybille, cousine de Richard Cœur de Lion, et héritière du trône de Jérusalem, qui lui laissa le trône et la couronne. Du Gebran Bassil tout craché. Mais le roitelet fraîchement promu manquait de talent. Il voulait ferrailler comme papi, puis ripailler et violer quelques Sémites en prise de guerre. Faisant fi de la trêve signée avec les Arabes, entouré de quelques barons, il décida de reprendre les hostilités.

Renaud de Châtillon, un aventurier, nommé seigneur d’Outre Jourdain et de Montréal, à la tête d’une troupe, attaqua une caravane de pèlerins en route du Caire vers Damas. Il en massacra les hommes en armes et emprisonna les commerçants et les caravaniers dans sa citadelle de Kérak. Par la suite, il attaqua d’autres caravanes de pèlerins allant à La Mecque, se pavanant même d’y aller à son tour pour la détruire. Saladin demanda officiellement la restitution du butin et des prisonniers aux seigneurs francs, fit preuve diplomatie, voulant se préparer mieux, rebâtir son empire dévasté après les nombreuses guerres internes, et de refaire une santé après le long siège de Mossoul qui venait de tomber. Mais Renaud refusa de l’entendre.

En mars, il réunit ses troupes et marcha vers Montréal et Kérak qui tombèrent rapidement. Sur sa route, il rencontra un certain Baghdadi qui voulait être calife à la place du calife, et qui ne demandait pas mieux que décapiter des francs, mais Saladin préféra ne pas s’allier avec une telle ordure. Conformément à son alliance avec Raymond de Tripoli, Saladin demanda au Comte  de laisser ses éclaireurs faire une reconnaissance du côté du lac de Tibériade. Le comte, embarrassé, et en plein conflit avec le roi de Jérusalem qu’il refusait de reconnaître ne peut refuser. Manque de pot, l’armée de Saladin tomba sur une avant-tête  de 150 chevaliers templiers et hospitaliers qui rentraient après avoir attaqué  une colonne au nord de Nazareth. Ce fut un massacre : seuls cinq hospitaliers et trois templiers parviennent à s’enfuir, dont le maître de l’Ordre, Gérard de Ridefort.

La paix n’était plus possible, et même Raymond III, bon gré mal gré, dut se ranger dans le camp des francs, le massacre ayant eu lieu sur ses terres.

Dès les premiers jours de juillet 1187, les deux camps sont prêts pour en découdre. Du côté franc, les ordres militaires fournissent autour de 2000 chevaliers, dont 1200 templiers, 13000 fantassins et 40000 mercenaires de majorité Turcomènes. En face, Saladin, aligne une force de plus de 30 000 soldats, dont les redoutables archers montés.

3juillet-templiers

Le 2 juillet, l’armée franque arrive à Séphorie, marchant avec en tête la vraie croix qui devait leur porter bonheur et victoire. Ils sont à l’abri de toute attaque et disposent là de vivres en quantité et d’eau à volonté, grâce aux fontaines de la cité. Pour les forcer à venir à lui, Saladin attaque et incendie la ville de Tibériade distante de 27km.

 

 

 

3juillet-Gustave_Doré-_Battle_of_Hattin
Bataille de Hattin. Gravure de Gustave Doré

Le 3 juillet, l’armée franque entame la marche de la mort. Tout au long du chemin, Saladin avait empoisonné les sources d’eau, et les valeureux chevaliers francs tout bardés de fer, ressemblant à de grands pots de conserve en fer blanc, ont cuit toute la journée sous le soleil.Cuisson à l’étouffé, pour reprendre les termes de Top Chef. Sans jamais engager le combat, les cavaliers les harcèlent de tous côtés de leurs flèches, et ralentissent la marche. Cette tactique réussit si bien, qu’au soir du 3 juillet, le roi Guy de Lusignan, cuit à point, propose de rejoindre le village de Hattin où se trouve l’un des rares points d’eau. Mais Saladin lui barre la route. À la nuit tombée, les Francs, souffrant de la soif, sont obligés de bivouaquer au milieu des pierres brûlantes, sur le sable desséché. Toute la nuit, les attaques de harcèlement se multiplient. L’armée passe une troisième nuit sans dormir.

 

Les 4 juillet, la journée s’annonce encore plus chaude, les Francs se trouvent sous le vent. Saladin fait déployer ses troupes afin de bloquer toute tentative de sortie, puis fait mettre le feu aux broussailles. Le vent pousse la fumée et le feu vers les croisés. Sans eau pour se rafraîchir, les Francs étouffent sous leurs imposantes cuirasses. Ils mènent cependant des combats pour tenter de percer les lignes ennemies sans résultats.

 

3juillet-hattinz
Bataille de Hattin, avec la tente du roi de Jérusalem au fond à droite

Peu à peu, les Francs sont repoussés et contraints de se rassembler sur une élévation appelée les Cornes de Hattin, un piton basaltique dominant la plaine voisine. De toute l’armée, seul Raymond de Tripoli avec quelques détachements réussit à faire une sortie vers Séphorie et Tyr. Le reste de l’armée fut massacré ou pris prisonnier. Guy de Lusignan et sa suite se rendent à Saladin. Celui-ci tue de sa main Renaud de Châtillon, une ordure en moins. Gerard de Ridefort le grand maître de l’ordre du Temple fut fait prisonnier, ou mourut pendant le combat. Une autre source évoque son exfiltration dans un sous-marin vers la France où il se refit une fortune.

3juillet-Mort-de-Renaud-de-Chatillon-15th-c-illumination-in-Historia-by-Guillaume-de-Tyr-William-of-Tyre-BNF-Mss.Fr_.68-folio-399.
Entrer une légendeExécution de Renaud de Châtillon (Historia de Guillaume de Tyr)

 

 

 

Les chevaliers templiers et hospitaliers prisonniers furent massacrés sur le champ, et le reste des soldats vendus comme esclaves. Guy de Lusignan acheta sa liberté avant de se refaire une santé à Chypre. Jérusalem tomba trois mois plus tard. Et bientôt, de tous les états francs, il ne subsista que Tyr qui résista encore et toujours à l’envahisseur avant de tomber à son tour en 1268, soit presque un siècle après Jérusalem.