6 Juillet 1917 – Naissance de la légende du désert, Lawrence d’Arabie, avec la prise du port d’Aqaba

 

La légende de l’anglais compliqué, égomaniaque, masochiste, à l’homosexualité ambiguë, qui tout à la fois aime jouer à un dieu plein de défauts… avec une obsession à s’habiller en blanc nait en ce jour-là du 6 juillet 1917. Piètre guerrier, il faillit se faire tuer pendant la charge en tirant une balle dans la tête du chameau qu’il montait.

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Lawrence, en 1928

L’histoire de Lawrence est telle que le lecteur, gavé de gloire et de clichés, s’attend à un mélange inextricable de combats et de méditations dostoïevskiennes. L’image idiosyncrasique du film est proche de la réalité dans le sens que c’est un homme très compliqué. Après avoir visité Beyrouth, puis Byblos, le jeune archéologue, officier, aventurier et écrivain britannique, connu sous le nom d’Al Aurens par ses compagnons arabes décide de se joindre aux forces rebelles arabes. La Première Guerre mondiale ayant éclaté, les Britanniques ont besoin d’occuper les garnisons turques dans la péninsule arabique. Ils promettent mont et merveilles à qui veut abattre du turc. Ainsi, Lawrence s’approche de l’émir Fayçal, et, quelque peu illuminé, il lui promet la couronne de  l’empire arabe de Damas, disparu plus de mille ans auparavant, s’il aide les Britanniques dans leur combat. Fayçal, en bon arabe qui ne rêve que de pouvoir fléchit. Se succèdent alors les opérations au Sinaï, dans la Médine, à Baalbek.

 

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T.E. Lawrence (à droite) à Aqaba, avec  Nesib el Bekri (centre), qui fut un des premiers lors de l’attque

La légende ne prend son essor qu’avec la prise du port d’Aqaba. L’état major anglais voulant prendre le port, Lawrence les convainc de laisser les Arabes faire le boulot à leur place. Il organise la charge ainsi avec son ami Fayçal.L’expédition se dirigea vers Aqaba en mai, sous le soleil du désert. Les rebelles de Fayçal ne rencontrent pas de difficultés particulières si ce ne sont quelques attaques de bandes arabes à la solde des Turcs. Ils perdirent plus d’hommes à cause de morsures de serpents et de scorpions que d’attaques de l’ennemi ! En voilà pour la gloire et la postérité. Les Turcs envoyèrent quatre escadrons de 400 cavaliers pour défendre le port, mais les Arabes les devancèrent, avec à leur tête Aouda Abou Tayi, le chef de la tribu bédouine d’Arabie des Howeitat qui lança personnellement la charge contre les troupes turques le 6 juillet.

Le premier ennemi était la chaleur. C’est entouré de cheikhs tribaux truculents et divisés, plus amateurs de razzias que du fantasme de l’unité arabe que Lawrence marque cette victoire. Certaines tribus partaient pour la bataille avec leurs esclaves armés de dagues, en croupe des méharis. Les guerriers se dénudent carrément dans l’assaut pour que leurs vêtements souillés n’infectent pas leurs blessures. Et Lawrence de savourer le spectacle des jambes athlétiques et des corps nus. Son homosexualité n’avait jamais été avouée directement, même si elle était reconnue dans son entourage proche.

L’attaque d’Aqaba fut une victoire écrasante. La résistance turque fut faible, mais les Arabes massacrèrent par pure vengeance plusieurs centaines de soldats. Au total, 300 Turcs furent tués et 160 autres capturés, pour seulement 2 bédouins tués et quelques blessés.

Lawrence faillit lui-même périr au cours des opérations : la légende du désert, probablement plus habitué à manier la théière que les armes à feu, abattit maladroitement son dromadaire en lui tirant un coup de pistolet à bout portant dans la tête, et lors de la chute de la bête sacrifiée pour la bonne cause de l’union arabe, il fut éjecté à plusieurs mètres.

La prise d’Aqaba permit le déplacement des troupes de Fayçal plus loin vers le nord, où des opérations pouvaient dorénavant être menées grâce au support logistique britannique transitant par Aqaba. L’ouverture de ce second front permit également de soulager les Britanniques en Palestine, et isola de facto les troupes ottomanes établies à Médine. Lawrence fut cité dans l’ordre du jour, promu de lieutenant au grade de major, et eut l’occasion de porter encore du blanc…

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T.E. Lawrence au centre, avec l’émire Fayçal à sa droite

Lawrence continua ses pérégrinations pour quelque temps en Arabie. À Deraa, où il fut fait prisonnier, et pour éviter la torture, il préféra se faire violer par les soldats qui n’en demandaient mieux, ce qui n’était pas trop mal pour lui, étant ouverts, comme il le mentionne dans ses écrits, à ce qu’il décrit « man to man love ».

Il continue ses combats à Jérusalem, où pour la première fois depuis les croisades des troupes chrétiennes bivouaquent autour du Saint Sépulcre, et à Damas où il entre en compagnie de Fayçal, auquel il destine la couronne de Syrie.

Le 3 octobre 1918, Lawrence démissionne de l’armée suite à la publication de l’accord de Sykes-Picot qui partage le Moyen-Orient entre les Anglais et les Français. Finalement, après plusieurs tours de négociations, Fayçal récupère le trône de l’Iraq, son frère Abdallah le trône de la Transjordanie, tandis que leur papa gouverneur du royaume du Hedjaz perd celui-ci qui est annexé le 8 janvier 1926 par Ibn Séoud, autre protégé des Anglais et conseillé par Harry Saint John Philby, un émule de Lawrence et faiseur de rois en Orient.

Ainsi s’achève le rêve de T.E. Lawrence. Brisé par le sentiment de l’échec et de l’ingratitude, il abandonne toute fonction officielle. En dépit de sa notoriété, il manque de sombrer dans la clochardise et finit par s’enrôler comme simple soldat sous un nom d’emprunt.  Le héros solitaire va dès lors se partager entre divers engagements militaires, son œuvre littéraire et la vitesse.

Il se fracasse à moto sur une petite route anglaise et meurt le 19 mai 1935, à 46 ans.

2 juillet 1940 – Churchill lance l’Opération Catapult

À l’origine de l’anglophobie française moderne, et du maintien du surnom  de « Perfide Albion », l’opération Catapult. Quoi de mieux que de bombarder la flotte de ses alliés ancrée dans ses ports pour se remonter le moral ? Churchill avait besoin d’une victoire, et ce n’est pas face aux Allemands qu’il allait se faire les dents. Il y avait bien plus facile… La flotte française alliée réfugiée dans ses ports.

L’opération Catapult et Mers el Kebir Mers-El-Kébir sont de ces noms qui rappellent de sombres souvenirs de l’histoire de France : l’armistice de 1940, et le coup de poignard dans le dos de Churchill.

Quelques jours avant cette opération, le 22 juin exactement, le gouvernement français signe un armistice avec l’Allemagne après une campagne de six semaines qui a mis exergue le manque de préparation et l’absence de stratégie des généraux pantouflards, endormis sur leurs lauriers de la der des ders. L’armistice stipule entre autres que les navires français devront être désarmés dans leurs ports.

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Mers el Kebir, le 2 juillet 1940

Les amiraux et capitaines préfèrent fuir à bord de leurs navires, soit dans les ports anglais soit dans les ports des colonies françaises pour continuer le combat, car, las, les marins pensaient que l’immense empire colonial de la France, mais s’il était très mal préparé, voire pas du tout, à la conduite de la guerre, allait servir de nouvelle base pour reprendre les hostilités.

Le 2 juillet, Churchill décide de lancer l’opération Catapult contre tous les navires français.

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Winston Churchill

En Angleterre, contrairement à ce qu’a laissé entendre la belle histoire des vainqueurs, l’ambiance est des plus moroses. Les témoignages des Londoniens de l’époque, mentionnent des citoyens pessimistes, avec le moral dans les chaussettes. On est loin du modèle de l’anglais prêt à tout pour se battre jusqu’au bout… Le Premier ministre malgré sa détermination à continuer la lutte est en ballotage défavorable, car là encore, contrairement à l’histoire véhiculée après-guerre, une partie du gouvernement britannique est prête à négocier avec les nazis. Churchill vient tout juste d’être nommé Premier ministre, malgré la résistance du « camp de la paix » qui veut arrêter la guerre. Il veut frapper les esprits, tant américains que britanniques, quitte pour cela à trahir son allié français. L’historien britannique Richard Lamb écrit : «Le verdict de l’histoire doit être qu’en ignorant l’avis de son amirauté, et en provoquant une guerre larvée avec la France, Churchill a porté atteinte à la cause alliée. Son refus de croire les promesses des Français qu’ils ne permettraient jamais aux Allemands de s’emparer de la flotte fut presque sa plus grave erreur politique de la guerre».

Une victoire militaire était nécessaire. L’opération Catapult fit deux coups d’une seule pierre. En plus de montrer à ses concitoyens que l’Angleterre ne cèdera pas, et il fit en sorte que le poids militaire de ses alliés français fut réduit au maximum, ainsi il n’aurait pas à les consulter ni négocier avec eux pour la suite des opérations.

Le 3 juillet au matin, les opérations ont lieu dans le port d’Alexandrie, où les amiraux anglais et français trouvent un accord sans verser du sang, dans les ports anglais où les navires français sont saisis après une résistance pour la forme, et à Mers el Kébir où le gros de la flotte française est ancrée en une position qui ne leur permet même pas de riposter, leurs canons dirigés vers la terre.

Au matin du 3 juillet, une escadre de navires britanniques alliés apparaît à l’horizon de Mers el Kébir. À la surprise de les voir passer si près des côtes, succède rapidement un mélange d’excitation et de suspens dans les rangs des marins français : les anglais viendraient les chercher pour continuer la lutte. Mais au fur et à mesure que le temps s’égrène, la situation devient inquiétante pour les non informés : rappel des personnels à bord, procédures et définition des ordres d’appareillage, puis l’alarme du branle-bas de combat qui résonne dans tout le port. Pourtant les amiraux français avaient déclaré sur l’honneur qu’ils ne rejoindraient pas l’Axe. Que s’est-il passé?

Churchill donnera l’ordre à l’Amiral Sommerville, commandant l’escadre britannique, de lancer un ultimatum aux Français. Parmi les propositions : le sabordage, l’internement dans des ports français des Antilles ou rejoindre l’Angleterre pour continuer la lutte. Comme les négociations traînaient, Churchill n’attendit pas la fin et fit bombarder la flotte. Ce fut comme un exercice de tir, les navires français étant dans l’incapacité de répondre. Bilan : 1297 marins français morts, et 350 blessés.

Le drame et l’ampleur du nombre de victimes suscitèrent de nombreuses réactions d’indignation même en Grande-Bretagne, mais en suivant avec son célèbre discours « … nous nous battrons sur les plages, dans les rues […] nous ne nous rendrons jamais…« , Churchill réussit à envoyer un message au monde entier : l’Angleterre ne cédera pas, et toute la nation se fédèrera derrière lui.

Voilà comment on traite ses alliés. Churchill fut bien content de sa stratégie, et remercia amplement son conseiller Saad Hariri, qui lui avait assuré avoir fait de même avec ses alliés pour la présidentielle, afin de garantir  sa place de Premier ministre, lui aussi.

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Sans son opération Catapult, Churchill n’aurait pas eu la maîtrise totale de la poursuite du conflit, maîtrise qu’il avait acquise en se débarrassant de l’alliance Franco-Britannique. Dorénavant, et jusqu’en 42, la Chambre des Communes lui était toute dévouée, il s’était entouré exclusivement de yes men, et n’avait plus à consulter ce grincheux de de Gaulle qui ne pesait plus dans le conflit. De même, il s’était débarrassé de la vieille garde du parti conservateur, les Chamberlain et Halifax. Et avec sa double casquette de ministre de la Défense et Premier ministre, il s’était attribué des pouvoirs spéciaux pour continuer SA guerre.

1er juillet 1751 – Naissance tumultueuse de l’Encyclopédie

Le 1er juillet 1751 paraît le premier volume de l’Encyclopédie «tableau général des efforts de l’esprit humain dans tous les genres et dans tous les siècles». La levée des boucliers ne se fait pas attendre, science et religion ne font pas un bon couple.

L’aventure inédite et révolutionnaire est née six ans plus tôt dans la tête du libraire Le Breton qui voulait traduire la Cyclopaedia de l’anglais Ephraïm Chambers, un dictionnaire illustré des sciences et des arts publié en 1728. Mais Denis Diderot à qui il soumet l’idée voit plus grand. Il ne veut pas juste traduire l’ouvrage, mais écrire une œuvre qui englobera tout. Absolument tout. Il perçoit l’immense portée philosophique que peut représenter le projet. Il n’hésite donc pas un instant à se lancer corps et âme dans l’entreprise, faisant appel à plusieurs grandes plumes de l’époque. Rousseau, Voltaire et Montesquieu qui peinaient à faire accepter leurs articles par Wikipédia jouent le jeu. Il planche sur le nom, il pense tout d’abord à Al Jarass (qui contient tout, absolument tout), mais c’est déjà pris. Alors il invente un néologisme grec, Encyclopédie, qui signifie « les sciences destinées à être enseignées ».

Diderot s’associe les services de son ami, le mathématicien et philosophe Jean Le Rond d’Alembert. En octobre 1750, il expose son projet dans un Prospectus en vue d’attirer des souscripteurs. Pas moins de 2.000 répondent à l’appel, ainsi que le support de madame de Pompadour, maîtresse du roi Louis XV. Le projet est lancé.

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Séance de lecture chez Diderot

Le succès de l’Encyclopédie est immédiat en France, mais aussi dans toute l’Europe des Lumières. Son tirage s’élève rapidement à 4200 exemplaires, ce qui est beaucoup compte tenu du coût et de l’ampleur de l’œuvre. Les livres à l’époque étaient vendus tout au plus à 1,500 copies. Diderot aurait pu vendre beaucoup plus si la version Kindle n’avait pas été piratée et offerte en téléchargement gratuit sur un serveur russe.

Les premiers ennuis débutent en 1752, avec un article sur la Genèse et la création du monde rédigé par un ecclésiastique quelque peu libre penseur. Un arrêté du conseil du roi Louis XV interdit l’impression et la diffusion des deux premiers volumes de « L’Encyclopédie » ou « Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers ». L’œuvre est jugée subversive par les Jésuites qui la qualifient « d’athée et matérialiste », « contaminées par l’esprit voltairien ».

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Un dîner de philosophes, par Jean Huber. Denis Diderot est le second de la droite (assis)

Mais Mme de Pompadour et le directeur de la Librairie, Malesherbes, arrivent à convaincre le roi et font lever l’interdiction, autorisant la parution des cinq tomes suivants.

 En 1759, le pape Clément XIII condamne l’Encyclopédie de Diderot

L’encyclopédie n’est pas qu’un simple dictionnaire : Diderot y récuse l’idée de monarchie de droit divin et définit les limites de tout pouvoir, si bien que son « Encyclopédie », malgré le soutien du public, cette fois-ci, l’ouvrage dans tous ses volumes est interdit, par le pape, le roi et Nabih Berri. Le travail sera tout de même secrètement poursuivi par Diderot et le libraire Le Breton. Mais ce dernier censurera plusieurs articles à l’insu des auteurs, ce qui scandalisera Diderot lorsqu’il s’en apercevra.

D’Alembert, découragé, renonce à poursuivre l’entreprise. Les dix derniers tomes sont publiés clandestinement par Diderot en 1765 et les derniers volumes de planches illustrées sont enfin publiés sans la participation de Diderot en 1772. Au total, en trente ans, auront été publiés 28 volumes auxquels ont participé environ 200 auteurs, y compris les plus réputés de leur temps : Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Condorcet, Quesnay, Turgot, Marmontel, Helvétius, le baron d’Holbach… David Wolfe n’y apparaît pas, son article sur la noix de coco ayant été recalé.

En chiffres, l’Encyclopédie a fait :

  • 17 volumes d’articles, publiés entre 1751 et 1765
  • 11 volumes d’illustrations, publiés entre 1762 et 1772
  • 18,000 pages de texte
  • 75,000 entrées
    • 44,000 articles principaux
    • 28,000 articles secondaires
    • 2,500 illustrations
  • 20,000,000 mots au total

Pour comparer: Facebook pointe en tête avec 30 milliards d’articles partagés chaque mois, suivi par Wikipedia qui totalise 5 millions et demi d’articles en mai 2017 en anglais, avec une croissance de 20,000 articles par mois. L’Encyclopédie de Diderot leur a pavé la route avec seulement 75,000 entrées, pour que le premier serve à faire fondre la masse grise et le second à copier-coller les devoirs.

 

23 Juin 1839 – Lady Esther Stanhope, connue comme reine de Tadmor, sorcière de Joun, ou tout simplement el Sett, s’éteint dans les ruines de son palais au Mont-Liban

La Lady orientaliste, reine autoproclamée, archéologue autodidacte, exploratrice, fantaisiste, délurée, folle et un peu sorcière décède dans son palais vide et froid. Il n’y avait que Madonna et Lady Gaga qui la visitaient encore,  pour glaner des idées choquantes à plagier.

Lady Esther Stanhope est certainement la plus intrigante des orientalistes. Elle est issue d’une vieille famille traditionnelle et classique, à l’image de la noblesse de cette époque, avec tout son lot de contrainte pour la gent féminine. Mais Esther Stanhope ne voyait pas les choses sous cet angle. Elle a vécu sa jeunesse en Angleterre, après une éducation sauvage passée à combattre ses governesses et la société. Elle a vécu dans cette Europe souvent mal décrite du XVIIIe siècle : l’Angleterre de l’hypocrite raideur, des mœurs négligées, délurées, tolérées, mais publiquement répudiées. Partout l’exagération et l’extrême, le factice. Elle vécut dans cette Angleterre-là, en guerre contre les vertus de convention, la moralité d’emprunt et les impostures de tous ordres.

Un exemple qui résume la situation dans les salons anglais de l’époque, on s’est imaginé dans certains cercles que l’ennui était la plus belle chose du monde ! Plus on était fade et stupide et froid, plus on avait de succès : c’était le bon ton… La naïveté comme vertu, poussée à l’extrême. Esther Stanhope ne s’y est jamais retrouvée.

À la mort de son oncle, le Premier ministre, lord Pitt, lady Stanhope décida de quitter l’Angleterre et venir habiter le Mont-Liban. Le Mont-Liban était mystifié dans l’imaginaire populaire européen avec son émir qu’on considérait dans les cours d’Europe — à tort probablement — comme prince réformateur et visionnaire, protecteur des chrétiens du Moyen-Orient.

La décadence de l’Empire ottoman incitait ses vassaux à se rebeller, comme Mehemet Ali en Égypte et l’émir Béchir au Liban. À cette époque, tout le monde conspirait contre le pouvoir ottoman. C’est dans cet état de presque anarchie et de turbulence que lady Stanhope arriva dans le pays. L’émir Béchir lui concéda un vieux couvent, le couvent de Mar Elias, où elle habita à son arrivée. Mais ce n’était pas assez in. Au bout de quelques années, elle transféra sa maisonnée à Machmoucheh, puis à Joun, non loin de Saïda. Là-bas, elle construisit toute une aura mystique autour de son personnage. Elle fut reconnue comme illuminée, sorcière et prêtresse. Elle faisait tout pour amplifier son image d’excentrique. Par exemple, elle demanda à l’émir Béchir de lui donner son bourreau qu’elle rattacha à ses ordres, pour l’accompagner dans tous ses déplacements, portant toujours ses armes et outils. Lady Gaga palissait d’envie.

Pareil pour le choix de sa demeure. Elle refusa de s’installer dans un lieu commun. C’est à Joun, entourée de précipices et de ravins sauvages et de torrents furieux qu’elle édifie son palais. Ce n’était pas un palais au sens propre du terme. Sa résidence était un amas confus de maisonnettes basses, liées les unes aux autres par des galeries obscures, des corridors tortueux, entourant des cours irrégulières. C’était plus un labyrinthe qu’une maison. Tout était disposé pour le mystère. Elle avait semé son domicile de trappes et de cachettes. On appelait son palais Deir el Sett, ou Le Couvent de la Dame.23juin-joun

Sa maison se transforma en un refuge pour les mendiants, une destination pour les devins et autres charlatans, un abri pour les persécutés. On y venait de tout l’Orient. On faisait le voyage pour lui vendre des services mystiques ou divinatoires, de vieux talismans ou grimoires. Zein el Atet y fit fortune en vendant sa Jujuba, Mariam Nour y copia sa posture en tailleur, et David Wolfe y apprit l’existence de l’huile de noix de coco. Lady Stanhope régnait de son palais. Outre ses activités ésotériques, elle s’engagea dans l’arène politique de l’époque. Elle fut une farouche opposante de l’émir Béchir, quoique lui rendant régulièrement visite. Elle communiquait aussi régulièrement avec Ibrahim Pacha. Elle traitait avec eux d’égal en égal. À cette époque, un conflit armé eu lieu entre l’émir Béchir Chéhab, prince maronite au pouvoir et à l’ambition sans limites, et Béchir Joumblat, grand notable et chef féodal des Druzes dont la puissance et la richesse égalaient, voire dépassaient celles de l’émir. La bataille balança en faveur de l’émir qui vainquit Joumblat à la bataille de Semqaniyé. Les historiens racontent que dans cette balade, Béchir Joumblat fut pris prisonnier puis égorgé, et qu’un autre Joumblat, prénommé Walid, changea six fois de camps avant de parader au final à droite du Chéhab. Que nenni, lady Stanhope s’y immisça dans le conflit offrit l’asile aux Druzes défaits et à la famille de Béchir Joumblatt, défiant le pouvoir du prince triomphateur.

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Lady Hester Stanhope

L’extravagante Lady Stanhope réussit en quelque sorte à s’intégrer dans la société, en comprenant les tenants et aboutissants et les subtilités politiques de la région, tout en restant différente. Par exemple, elle délaissa ses habits occidentaux, mais elle refusa de porter le voile que les femmes de l’époque, indépendamment de leur religion, portaient au Liban. D’ailleurs Marine Le Pen lui envoya un courrier de félicitation sur ce sujet. Elle s’habilla en homme, en saroual, arborant le couvre-chef masculin. Elle recevait ses visiteurs en fumant le narguilé, ce qui était une activité purement masculine. Elle ne se déplaçait que sur son pur-sang, toujours au galop, accompagnée du bourreau qui la suivait partout. Elle adorait ses chevaux auxquels elle consacrait de longues heures. Quand sa fortune s’épuisa et qu’elle ne put plus entretenir sa maison, elle renvoya ses domestiques et ordonna au bourreau de massacrer ses chevaux qu’elle aimait plus que tout…

Outre son attachement à la région, elle était fortement intéressée par son histoire. Elle effectua et finança des fouilles archéologiques dans la région, les premières fouilles modernes dans la terre sainte, basée sur des manuscrits et documents historiques. C’était des fouilles à un but bien particulier : elle recherchait un trésor dont elle avait eu vent. N’empêche, c’était une vraie fouille archéologique. D’après les mémoires de son médecin et accessoirement amant, lady Stanhope avait en sa possession un manuscrit italien médiéval, récupéré des archives d’un monastère en Syrie, qui mentionnait un grand trésor enfoui dans la région. Elle le localisa dans les ruines du port d’Ashkelon, au nord de Gaza, en Palestine. Alors la Lady, ayant plus de scrupule que les gardiens du Louvre et du British Museum, demanda un permis d’excavation aux autorités ottomanes et prépara une expédition. Elle guida la mission archéologique, et fouilla l’ancien port d’Ashkelon. Elle ne trouva point de trésor, mais mis à jour une belle statue en marbre, de sept pieds de hauteur. Par dépit, elle ordonna aux ouvriers de la fracasser en mille morceaux, et de la jeter dans la mer, ce qu’ils firent.

23juin-XGAD7_033Lady Esther Stanhope tenait une maison ouverte, et sa fortune et ses revenus passèrent dans l’entretien de son train de vie. Elle dut vendre peu à peu tout ce qu’elle possédait. À la fin, se trouvant démunie et sans aucune ressource, elle décida de murer l’entrée de son palais en attendant la mort. Ainsi elle décéda pauvre, sans un sou, habillée de ses vêtements troués, dans sa maison vide et murée, et qui tombait en ruine, ses serviteurs étant partis avec les maigres biens qui lui étaient restés… De tous ceux qui l’avaient détroussée, aucun ne fut poursuivi, même pas Gibran qui commençait déjà à mettre de côté des sous pour s’acheter un jet.

 

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22 juin 1893 – Arrogant et Têtu, le Vice-amiral Tryon Envoie au Fond de l’Eau le HMS Victoria à Tripoli

Comme quoi la bêtise humaine peut venir à bout de toute technologie, science ou logique. Lors d’une manœuvre en mer censée épater les badauds et leur donner plein les yeux, , l’amiral Tryon s’entête dans ses ordres et vient empaler le HMS Victoria contre le HMS Camperdown. Résultat des courses : le navire amiral au fond de l’eau et le Camperdown cloué au port.

Les badauds rassemblés au port de Tripoli n’en croient pas leurs yeux. C’est ça la fameuse toute puissante et première force marine de l’histoire ? N’importe quel pêcheur du port a fait la même manœuvre au moins des centaines de fois sans jamais frôler le moindre rocher ou navire. Car le HMS Victoria vient de sombrer devant la foule, plongeant en quelques minutes et disparaissant de la surface de la mer, plus vite que la valeur de Saudi Oger.

Ce matin du 22 juin, la f22juin-HMS_Victoria_(1887)_William_Frederick_Mitchelllotte de onze navires de guerre anglais, devait en une manœuvre planifiée comme une cérémonie d’Oscars montrer à ces manants autochtones, et surtout aux français et italiens dont les espions rodent toujours dans le mont Liban, comment la marine anglaise maîtrise la mer. Car la méditerranée est devenue la route vitale qui relie les Indes au reste de l’empire de Sa Majesté. Le message doit être bien clair : aucune menace ne sera tolérée. Et quoi de mieux pour faire passer ce mes

 

sage qu’un géant de 100m de long, 21m de large, 8.15m de tirant d’eau, car le cuirassé HMS Victoria, qui a à peine six ans, est vanté comme étant le plus puissant et le plus rapide des cuirassés en service, possédant le meilleur blindage et les canons les plus puissants. Ce navire amiral, fine fleur de ce que la technologie pouvait produire avait un seul point faible : son commandant.

 

L’amiral Tryon, Tryon était un tacticien bien reconnu dans la première force navale de la terre, considéré comme un des meilleurs du haut État major de la Royal Navy. Il croyait dur comme fer en l’obéissance absolue des équipages en temps de guerre. Et c’est ce qu’il prônait ce jour de manœuvre! Au briefing, lord Tryon avait informé les capitaines d’une manœuvre classique, une avancée en deux colonnes, vers la côte, puis les têtes de colonnes, soit les cuirassés Victoria et Camperdown tourneront de180 degrés vers l’intérieur, suivis par le reste des navires, et ainsi les deux colonnes repartiront dans le même ordre. Et de fait, il demande à ce que les deux colonnes soient séparées de 1,100m. Les officiers lui ont fait remarquer que 1,100 m c’est trop peu, chaque navire a besoin de 800m pour effectuer un demi-tour. Pardon me ? L’addition n’était point le point fort du Lord, puis on ne discute pas avec un amiral de Sa Majesté. D’ailleurs, les capitaines s’attendaient à ce que l’amiral les teste en pleine manœuvre avec de nouveaux ordres à exécuter, les mettant à l’épreuve en envoyant de nouveaux signaux. La manœuvre vouée à l’échec débute. Mais l’ordre de changer ne vient pas. Et en bons soldats de Sa Majesté, avec un flegme tout britannique, les deux navires naviguent l’un vers l’autre : le HMS Victoria et les HMS Camperdown entrent en collision. Le navire amiral s’est empalé sous la ligne de flottaison.

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Collision des HMS Camperdown et HMS Victoria

Comme une erreur n’est jamais assez, et contre toute logique, Tryon ordonne de faire machine arrière. L’eau s’engouffre alors dans la brèche alors dans les soutes. Conscient de son erreur, essayant de sauver le navire, Tryon ordonne de reverser les machines en avant toute pour rejoindre le port. Hélas, en moins de temps qu’il ne faut à Trump pour twitter, le Victoria s’enfonce dans les flots, entraînant avec lui 358 hommes, parmi lesquels le vice-amiral Tryon. Seul un député du parlement libanais aurait pu faire pire.

Le Victoria, devenu cimetière marin, git encore à presque 200m de profondeur face à la Mina – Tripoli dans une position des plus shocking : proue enfoncée dans les sédiments et la poupe vers le haut, car les machines reversées en avant toute ont quasiment propulsé le Victoria vers le fond, le clouant dans la vase. Un Brexit avant l’heure en quelque sorte.

À noter que Tryon, fervent admirateur de Nelson conservait quelques objets de valeur dans sa cabine, dont l’épée du grand amiral. Avis aux pilleurs de cimetières et voleurs de tout genre, bandits, cagoulards, ministres et députés, maraudeurs, barboteur : l’épée vaut une fortune.

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L’épave verticale du HMS Victoria

 

21 Juin 217 av. J.-C. – Hannibal décime à Trasimène les légions romaines équipées de cochons de guerre

Il a traversé les Alpes avec des éléphants. Rome répond avec des attaques de cochons de guerre, mais n’arrive pas à entraver l’avance. La bataille de Trasimène, l’une des plus importantes victoires d’Hannibal dans la Deuxième Guerre punique, ouvre la route de Rome à l’armée carthaginoise.

Le 20 Juin 217 av. J.-C., Fluminius avec son armée, ultime rempart que Rome peut placer sur la route d’Hannibal avance à la recherche de l’armée exténuée d’Hannibal.

Fluminius s’est même muni de ses armes anti-éléphant pour contrer les fameux pachydermes de guerre d’Hannibal: des cochons de guerre enduits d’huile ou de résine en enflammés avant d’être lâchés parmi les éléphants pour les effrayer.

Non, ce n’est pas Angry Birds, mais bel et bien la seconde Guerre Punique. Pline l’Ancien, repris par Aleanus avait déjà recommandé cette arme, précisant que « les éléphants sont effrayés par le plus petit grognement de cochon. » Mais l’armée carthaginoise est dans un état de fatigue avancé. Ils ont réussi la traversée la méditerranée, la péninsule ibérique, et réalisé l’impossible, la montée et la descente des Alpes en dix-huit jours ! Ils ont tant enduré sur les pistes blanches de la montagne, même les quarante éléphants de guerre sont tous morts malades ou devenus fous, se sont jetés dans les abîmes, entraînant avec eux cornacs et soldats.

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Hannibal sur un éléphant de guerre (fresque)

Les morsures des glaciers ont esquinté les sabots des chevaux, Hannibal lui-même a perdu un œil, ils ont même croisé une certaine Jackie Chamoun qui fuyait en ski, poursuivie par une horde de prêcheurs. Chaque jour était une bataille. Tant d’hommes qui n’ont jamais vu la neige tombaient épuisés. Mais, à la fin, il a réussi la traversée des Alpes, perdant la moitié de son armée qui est à bout de forces. La Tosca

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Hannibal

ne qu’il découvre avec son soleil, ses champs et ses vignes n’arrive pas à leur faire oublier la brume, la neige, la glace et la souffrance sous le soleil. Fluminius n’a qu’à cueillir cette horde de barbares exténués. Il sait bien qu’il est le dernier espoir de Rome qui n’a plus d’armée à mettre sur le chemin d’Hannibal. L’empire tremble. L’ennemi déferle et rien ne semble pouvoir arrêter ce fou qui rassemble avec lui toutes les peuplades opprimées et révoltées que ce soit les Ibères, Gaulois, Baléares, Étrusques, Libyens ou Numides… Il a la responsabilité de sauvegarder Rome, sinon, Antoine Kerbaj n’arrêtera plus d’ânonner à ses oreilles « Roma, Roma, je suis ton soldat et gnagnagna ».  Il espère que cette bataille sera décisive. Il a quitté Rome avec 25,000 hommes, et poursuivait les hordes carthaginoises.

Hannibal poursuivi et traqué savait que l’armée romaine devait inévitablement passer par le lac de Trasimène. Au lieu de fuir, il décide de placer son armée sur les hauteurs qui surplombent le vallon de Trasimène tout en faisant allumer des feux sur des collines lointaines pour faire croire à Fluminius que son armée est encore loin. Si l’armée romaine décide de passer par le vallon en suivant le fleuve, il pourra les attaquer par surprise, par contre, s’ils passent par la montagne, ou s’ils envoient des éclaireurs et découvrent sa position, alors il sera pris à son propre piège avec son armée de 40,000 hommes divisée sur deux hauteurs et séparée en deux groupes.

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Le 20 juin au soir, l’armée romaine arrive au lac et y campe pour la nuit. Le brouillard recouvre tout le terrain. Satané brouillard. Les deux armées ne se voient pas. Le silence règne, surtout du côté carthaginois, Hannibal ayant ordonné silence absolu, même pas un cliquetis d’arme n’était toléré. On n’entendait dans la nuit qu’Antoine Kerbaj qui criait toujours « Roma, Roma, je ne suis qu’un soldat, je veux dormir, dormir… ».

Le 21 au matin, le soleil se lève. Le brouillard commence à se dissiper en hauteur. Si l’heure avance encore, les Romains pourront voir les positions découvertes de leurs ennemis. Mais ils lèvent le camp et se mettent en marche dans le brouillard, en position normale : les chefs devant, les charriots et les vivres au milieu, et les soldats sur les côtés, suivant le vallon. La réaction des Carthaginois ne se fit pas attendre. Ils se ruèrent de « mille endroits à la foi », décimant tout d’abord le groupe des chefs. Fluminius a la tête tranchée dès les premières minutes. Le temps que les Romains réalisent que c’est une embuscade et c’est la panique. Adios l’ordre légendaire des légions romaines. C’est le sauve-qui-peut. En fin de journée 15,000 soldats romains sont massacrés au fil de l’épée, l’eau du lac est rouge de sang. 10,000 autres soldats sont faits prisonniers. Les captifs italiens, non romains sont libérés: c’est la poursuite de la politique commencée rappelant aux peuplades qu’Hannibal leur apportait avant tout « la liberté », c’est là toute son habileté politique.

L’eau du lac est rouge de sang. Hannibal n’a perdu de son côté que 1,500 hommes, la plupart sont des Gaulois, turbulents et moins disciplinés, ce qui en faisait des cibles faciles.

La route de Rome est ouverte.

(Spoiler) Hannibal ne marchera pas surRome, car il n’avait pas de machines de siège. Il envahit le reste de l’Italie avant d’être refoulé.

20 Juin 1815 – Les Rothschild attaquent la bourse de Londres

Au lendemain de la bataille de Waterloo, spéculant sur le résultat de la bataille et propageant de fausses informations, Nathan Rothschild effectue son fameux « coup de bourse » qui donne à sa famille le pouvoir financier absolu sur la bourse de Londres. Comme quoi, il n’y avait pas que les vautours qui se gavaient au lendemain des batailles. Quelques banquiers trainaient aussi…

Certains gagnent des batailles, mais perdent leurs âmes. C’est ce qu’on pourra dire des Anglais au lendemain de la bataille de Waterloo. La famille Rothschild, n’est plus à présenter, de commerçants juifs ayant gravi les échelons depuis la maison où leur ancêtre tenait négoce et change, la maison « à l’écusson rouge » ou zum roten schild à Francfort-sur-le-Main en Allemagne, qu’ils prirent comme patronyme, pour devenir financiers, banquiers et barons.

Or en 1815, la famille était assez puissante : elle possédait des banques dans cinq pays, et avaient prêté de l’argent à pratiquement tous les gouvernements où ils opéraient, notamment aux Anglais autant qu’au Français pour financer la guerre, ils attendaient le dénouement pour reprendre les affaires. Le retour de Napoléon, et la bataille que la coalition s’apprêtait à livrer allaient décider du sort de l’Europe.

Une des forces de la banque Rothschild était le réseau d’informateurs et d’espions, partout présents à l’échelle internationale, et qui rapportait toute sorte d’information en des échanges codés et secrets. Avec leurs agents, la famille avait son réseau d’information privé.

 Les voitures de Rothschild arpentaient les routes, les bateaux de Rothschild voguaient le long des canaux, l’ombre des agents de Rothschild se déplaçait sans un bruit dans les rues des capitales. Tous transportaient de la monnaie, des messages ou encore des courriers confidentiels, et par-dessus tout – des informations exclusives concernant les plus récents mouvements sur le marché des matières premières et la bourse.

Et il n’y avait de plus précieuse information que celle concernant Waterloo en ce jour du 18 juin.

De la bataille de Waterloo dépendait le futur du continent européen. Si Napoléon sortait victorieux de cette bataille, la France se verrait devenir maître inconditionnel en Europe. Et dans le cas contraire, l’Angleterre deviendrait de facto le pays le plus puissant d’Europe et se trouverait ainsi en position d’étendre largement sa sphère d’influence. Si l’Angleterre venait à être vaincue, la livre anglaise sombrerait sous des dettes colossales tandis que le franc s’envolerait. A contrario, si elle venait à écraser Napoléon, la valeur de la livre atteindrait des records.

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Nathan Mayer de Rothschild

Nathan de Rothschild, qui tenait la banque à Londres avait fait de gros investissements, et attendait, comme toute la bourse de Londres d’ailleurs, le résultat de la bataille pour savoir comment adapter sa stratégie. Or, contrairement aux autres banquiers de Londres, Nathan n’avait d’appartenances qu’à la maison des Rothschild. Les sentiments nationaux n’avaient pas lieu d’exister dans sa stratégie froide. C’était le genre de banquier calculateur et tranquille, pas le genre de celui dont les gardes du corps poignardent les passants à Achrafieh. Alors que les deux armées se préparent à la bataille, Nathan Rothschild avait déployé ses agents aux positions les plus stratégiques dans les deux camps, ainsi qu’il avait préparé les postes pour le transport des bulletins d’information. Et il avait concocté sa stratégie en grand secret. Aucun commis ou assistant n’était au courant du coup qu’il préparait, surtout pas son petit commis nommé Rafic H. qui essayait alors d’apprendre le métier en spéculant sur les dettes souveraines libanaises.

18 Juin au matin, la bataille de Waterloo commence. Le sort du combat qui laissa 25,000 morts resta indécis jusqu’à la soirée. Mais dès la fin de l’après-midi du 18, une information capitale dépêchée par un agent des Rothschild part vers Londres, avant les dépêches officielles.

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Diorama du champs de la bataille de Waterloo
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Bataille de Waterloo

Le 20, l’information que Wellignton est sorti victorieux arrive à Nathan qui la garda secrète. Il partit vers la place boursière de Londres et s’installa dans son coin préféré, contre ce qui fut appelé plus tard le ‘pilier Rothschild’. Avec un visage de poker, le chef de la maison Rothschild donne le signal à ses agents situés aux alentours de vendre des livres britanniques. Rafic H. qui trainait dans la salle passa l’info à son copain Najib M. qui avait besoin d’un peu de tunes pour s’acheter des voix.

Presque instantanément, les agents de Rothschild commencent à vendre des livres, qui, vu les sommes déversées sur le marché commença à perdre de sa valeur. Il ne fut pas nécessaire d’attendre bien longtemps pour voir la devise anglaise s’effondrer totalement.

Nathan ne s’éloigna pas de son ‘pilier’ de toute la durée de l’opération, le visage toujours figé. Il continua à vendre, et à vendre encore. La livre continua sa dégringolade, et dans la salle, le bruit commença à circuler que Rothschild « savait » que Wellington avait perdu.

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Le pilier de Rothschild

Un mouvement de panique s’ensuivit, alors que tous se précipitaient pour se débarrasser de leurs livres en échange d’or ou d’argent dans l’espoir de conserver ne serait-ce qu’une partie de leur richesse. La livre continua sa chute effrénée, et après quelques heures de ventes incessantes, se trouva ruinée, à 5% de sa valeur initiale.

Nathan Rothschild, moins expressif que jamais, toujours adossé contre son pilier, continuait de donner des ordres à ses agents, mais ses signaux ont changé. Ils ont changé de manière si subtile que seuls ses agents surentraînés se trouvaient en mesure de s’en apercevoir. Immédiatement, une douzaine de ses agents se précipitèrent vers le guichet et achètent toutes les livres disponibles pour trois fois rien. Najib M. passa l’info à Walid J. qui suivit la foule des agents pour se faire un peu de pèze pour s’acheter une nouvelle montagne.

Ce ne fut que peu de temps après que la vraie nouvelle se fit savoir dans la capitale anglaise. L’Angleterre était devenue maître incontesté en Europe.

En l’espace de quelques secondes, la livre vit sa valeur flamber jusqu’à atteindre des sommets.

Nathan avait achevé son contrôle sur l’économie anglaise qui était à sa merci. En l’espace de quelques heures, sa fortune avait été multipliée par plus de vingt.

Ce n’est pas tout, grâce au pouvoir acquis dans la bourse de Londres et à ses réserves quasiment illimitées, la famille Rotshchild, avec la branche française rejoue le même coup en France. En 1818, la banque achète une énorme quantité d’obligations du gouvernement français. Ensuite elle inonde le marché des principales places commerciales d’Europe de ces obligations ce qui provoque une panique boursière. Le commis Walid J. passa l’info à son copain Gebran B. qui avait besoin d’un max d’oseille pour un nouveau jet et un peu plus d’ego. Alors, le scénario joué à Londres est suivi, et la famille rachète pour une bouchée de pain les titres et obligations du gouvernement français, empochant en chemin le contrôle de la bourse de Paris.

Comme quoi, vainqueurs et perdants de la bataille de Waterloo sont logés à la même enseigne. Les soldats croupissent et les banquiers trinquent.

À bon entendeur, salut.

19 Juin 1867 – Maximilien l’autrichien, nommé par les français empereur du Mexique est fusillé

 

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Maximilien, un Autrichien ayant reçu de la France le titre d’empereur du Mexique, fusillé à Queretaro par les troupes victorieuses de Benito Juarez, qui n’est autre que son prédécesseur et son successeur ! C’est trop marrant pour ne pas s’y attarder.

Que va faire au Mexique  un Habsbourg, au nom aussi long qu’un discours de Nasrallah? Raquel et Antonio étant mariés puis divorcés, la tequila et les halapeños mis à part, qu’y a-t-il à Mexico d’aussi intéressant ? Maximilien de Habsbourg, né le 6 juillet 1832, à Vienne, avant de devenir Maximilien 1er, dernier empereur du Mexique, est avant frère de l’empereur d’Autriche, beau-frère de l’impératrice – et pas n’importe quelle impératrice ! Sissi, l’impératrice la plus connue de tout temps, merci Hollywood -, époux de la fille du roi des Belges, Charlotte de Belgique.

En fait, c’est l’insistance d’un autre empereur, Napoléon III de France qui amena ce jeune bel homme bien apprécié au trône mexicain. En effet, les troupes françaises sont engagées depuis 1861 au Mexique, dans le but d’y instaurer un empire latin et catholique favorable aux intérêts de la France, et de contrebalancer l’influence croissante des jeunes États-Unis protestants. Ayant reçu l’accord du Saint-Siège, Napoléon III commence à chercher dans la liste des couronnés chômeurs un empereur. Il refusa le CV de Gibran Bassil qui ne demandait qu’à être président, roi ou empereur, n’importe où sur la planète, pourvu que le titre et les biffetons soient du package, et lui préféra Maximilien.

Le jeune Maximilien, instruit, bel homme, libéral avant l’heure, s’ennuyait dans son château de Miramar. Il s’était marié avec la belle et spirituelle Charlotte de Belgique. Sur son mariage, Maximilien écrivit dans une lettre « Elle est petite, je suis grand, ce qui doit être. Elle est brune, je suis blond, ce qui est bien aussi. Elle est très intelligente, ce qui est bien ennuyeux (…) » La Lombardie-Vénétie que Maximilien gouvernait ne lui resta pas longtemps. L’Autriche perdit cette région qui est annexée à la France suite à la défaite de l’Autriche face au roi de Sardaigne Victor-Emmanuel II et son allié Napoléon III. Le jeune couple se réfugie à Miramar où Maximilien profite de la luxueuse oisiveté qui lui est offerte. Mais Charlotte s’ennuie ferme. Elle a d’autres ambitions et le projet de la couronne impériale arrive à point, et elle incite l’archiduc à décrocher la couronne.

Après multiples tergiversations et hésitations, poussé par la famille, par l’opinion publique, par le Vatican, par la France qui promet l’appui militaire inconditionnel, et par une délégation mexicaine qui vient leur offrir le trône dans leur château de Trieste, Maximilien finit par accepter. Commence alors le voyage. Charlotte est enthousiasmée, exaltée. Mais Maximilien 1er et Carlotta, reconnue depuis comme l’impératrice Carlota, n’ont aucune idée de ce qui les attend. Las, le Mexique qu’ils ne connaissent pas du tout ne ressemble en rien au paradis promis. C’est un cadeau empoisonné. Ce n’est pas la cour respectueuse où l’étiquette impériale prime qui les attend, mais un pays presque hostile, soulevés par les libéraux et les républicains, une chaleur excessive, des insectes gros comme des poings, et un fou blond au prénom Donald sur la frontière nord qui s’efforce à construire un mur sans fin tout en réclamant de l’argent… Carlotta déchante tandis que Maximilien voit une occasion pour assouvir sa passion pour les sciences naturelles.

Mais dès son arrive au pouvoir en 1864, l’empereur accumule fautes et maladresses qui seront fatales au régime. La menace d’une invasion de la France par la Prusse conduit Napoléon à retirer ses forces du front mexicain pour les concentrer en Europe. Maximilien ayant dissout l’armée mexicaine et n’ayant que le contingent français pour le défendre, il se retrouve seul face à l’armée levée par les libéraux et les républicains et qui avance rapidement vers Mexico. Il dépêche alors l’impératrice en Europe pour chercher du soutien qui lui est refusé. Entretemps, Maximilien est arrêté le 15 mai 1867 avant d’être fusillé, le 19 juin de la même année.

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Maximilien, emmené au peloton d’execution

Charlotte, qui montrait déjà des signes avant-coureurs de démence, sombre dans une folie peuplée de fantômes et de complots  de folie sombre et devint la maniaco-dépressive la plus connue de toute l’Europe qui vivra internée jusqu’à sa mort en 1927, soit 60 ans après la mort de son époux.

Une question qui reste : pourquoi Maximilien de Habsbourg et non pas un autre ? Pourquoi lui. Une réponse. Or, une rumeur fait de ce Maximilien de Habsbourg le fils de Napoléon II, duc de Reichstadt reclus à la Cour de Vienne entre 1814 et 1832. Officiellement Napoléon II, fils du premier du nom, ou l’Aiglon, est décédé sans descendants. Mais, lorsqu’il résida à la Cour de Vienne, Napoléon II fut très intimement lié à sa cousine l’archiduchesse Sophie de Bavière, épouse de l’archiduc François-Charles.

Alors, Sophie était déjà mère de l’archiduc François-Joseph, futur empereur d’Autriche-Hongrie ; mais c’est au cours du séjour de Napoléon II à Vienne que naquit en 1832 son deuxième fils, Maximilien, futur empereur du Mexique. Ce qui laisse donc planer un doute sur l’identité du père de Maximilien qui pourrait donc être le fruit des amours secrètes de l’archiduchesse Sophie et de Napoléon II, duc de Reichstadt. Napoléon III aurait-il placé son petit cousin, héritier de tonton Bonaparte sur le trône du Mexique, ce qui revient à écarter un potentiel concurrent au titre d’empereur des Français ?

The Execution of Maximilian
Exécution de Maximilien (centre)

Lancement le 15 juin

-> Trouver le nom : DONE (quoi de plus pédant qu’ “Ave Tempus“??)

– > Lancement du blog : DONE… Reste à le populer!III-A-12

-> Créer l’email, trouver le pseudo, créer le compte Facebook : DONE

Mon objectif est de trouver un sujet qui a eu lieu à la date du jour, et d’en faire un article. Espérant avoir le courage et la niaque pour tenir le rythme, un article par jour, sur 365 jours…

Le premier article sera publié le 15 juin. En attendant, je recompte les jours.

Ave Tempus!

Panta Rhei