24 Juillet 1911 – Hiram Bingham découvre Machu Picchu

Après une longue marche dans la jungle, arrivé au sommet, Bingham tombe sur la citadelle inca de Machu Picchu, trésor architectonique jusqu’alors resté caché pendant plus de 4 siècles sous l’exubérante nature du canyon de l’Urubamba.

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Hiram Bingham

Le professeur de l’université de Yale, Hiram Bingham auteur de cette trouvaille, est un anthropologue converti, historien et explorateur nord-américain passionné par l’archéologie. Bien qu’il soit considéré comme un archéologue, il préféra toujours le terme explorateur, insistant pour être décrit ainsi dans les Who’s Who de son époque.

Né à Honolulu, Hawaï, en 1875, il étudia l’histoire et la géographie de l’Amérique du Sud à l’Université de Yale. Il s’est intéressé aux légendes sur la llacta de Vitco, le dernier refuge des Incas en rébellion contre les Espagnols, dans la jungle de Vilcabamba, contées de manière épique par les chroniqueurs de cette époque. Sa première incursion eut lieu en Argentine en 1906.

En juillet 1911, après plusieurs jours de marche, Hiram tombe sur des murs construits, recouverts de végétation.
« Nous nous frayions un chemin à travers la forêt vierge (…). Quand soudain, je me suis retrouvé face aux murs de maisons en ruines construites grâce à un travail de pierres très minutieux qu’avaient fait les Incas », raconte-t-il dans son livre consacré, en 1948, à sa « découverte » (La Fabuleuse Découverte de la cité perdue des Incas, Pygmalion, réed. 1998).

« Alors que j’examinais les grands blocs de la ligne inférieure et calculais qu’ils devaient peser  entre 10 et 15 tonnes chacun, je ne pouvais pas en croire mes yeux. Quelqu’un allait-il croire ce que je venais de découvrir? Heureusement (…), j’avais un bon appareil photo et le soleil brillait »

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En réalité, l’archéologue cherchait la ville de Vitco, le dernier refuge des Incas et lieu de résistance contre les Espagnols, et il était convaincu de l’avoir trouvée. Cette découverte fut le fruit d’une investigation exténuante basée sur les informations fournies par des paysans en plus de nombreuses années de voyage et exploration de la zone.

Bien que la découverte soit attribuée à Bingham, Enrique Palma, Gabino Sanchez et Augustin Lizárraga furent les premiers à visiter ces vestiges archéologiques et à graver leur nom sur une pierre, le 14 juillet 1901. Hiram Bingham s’accommoda rapidement de ce petit contretemps, en grattant activement leur nom pour s’attribuer la paternité de cette découverte.

Le site se trouve à l’est de la cordillère des Andes, aux limites de la forêt amazonienne  au Pérou, à cent trente kilomètres de Cuzco, à 2 438 mètres d’altitude. Les ruines sont à cheval sur la crête entre deux sommets : le Huayna Picchu signifiant « jeune montagne » et le Machu Picchu, signifiant « vieille montagne » en quechua.

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Hiram Bingham (gauche) avec des membres de son équipe

Pour Hiram, ce site ne pouvait être que la Vitcos tant recherchée. Il s’y accrocha bec et ongle à cette théorie, même quand d’autres chercheurs prouvèrent catégoriquement que Machu Picchu ne pouvait être la capitale recherchée. Pour lui, ce site découvert sous les lianes était Vitcos, la capitale de l’un des derniers empereurs incas, Manco II, et de ses fils. Ledit Manco aurait emporté dans sa fuite de véritables trésors, notamment la plus grande et la plus précieuse des effigies en or du Dieu Soleil, qui ornait le grand temple de Cuzco. Il n’en fallait pas plus pour exciter les imaginations de tous les chasseurs de trésors. C’est pour cette raison que Walid avait envoyé Taymour sur place.

Suite à la découverte de Machu Picchu, la Vitcos de ses rêves, Bingham sollicita un soutien économique à l’Université de Yale et la Société Géographique Nationale, qui lui fut donnée. Il employa un groupe d’archéologues et anthropologues pour effectuer les fouilles sur le site. Bingham obtint le 31 octobre 1912 l’autorisation d’exécution d’œuvres sur Machu Picchu, et d’emporter les objets rencontrés durant ses travaux archéologiques aux États-Unis. Selon l’article nº4 de cette autorisation Bingham pouvait faire sortir librement toutes les pièces obtenues pendant ses explorations, sous la condition de les rendre au Pérou sur simple pétition.

Tu parles, Charles !

Le site fut retourné mètre par mètre, et aujourd’hui, Bingham et son expédition sont le plus grand exemple de piraterie culturelle qu’a connu l’Amérique du Sud.

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23 juillet 1904 – Un réfugié syrien invente la corne à glace, ou cornet

Canicule et situation régionale combinée, un article sur la glace et un réfugié syrien qui inventa le cornet en 1904.

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Ernest Hamwi

Le 23 juillet 1904, à la foire internationale de Saint-Louis, Missouri. Arnold Fornachou, vendeur de glaces, se retrouve à court d’assiettes en papier pour servir ses clients. Dans le stand à côté, un boulanger syrien du nom d’Ernest Hamwi propose des zalabias, qui ressemblent à de grosses crêpes rondes et plates cuites dans un moule à gaufres. Solidaire de son voisin désemparé, Hamwi lui propose de servir ses glaces sur ses gaufres. Il roule les zalabias chauds en forme de cône avant de les laisser refroidir pour y mettre de la crème glacée.

Cette histoire découle d’une lettre adressée au Ice Cream Trade Journal, par Hamwi, en 1928, bien après qu’il eut fondé la Cornucopia Waffle Company, devenue ensuite la Missouri Cone Company.

C’est l‘une des versions liées à l’invention du cornet à glace. Une seule chose est certaine, c’est que le cornet comestible qui sert à servir la glace a fait son apparition vers le 23 juillet, à la foire internationale de Saint-Louis. Nombreux étaient les vendeurs de glaces à l’Exposition universelle, et plusieurs ont réclamé la paternité du cornet.

Un New-Yorkais, nommé Italo Marchioni, a affirmé qu’il vendait de la glace dans un récipient comestible en pâtisserie depuis 1896. Il est avéré en tout cas qu’il a obtenu le brevet le 13 décembre 1903, pour un moule à coupe en pâte destiné à recevoir la glace ; il avait tenté de trouver une solution au manque à gagner causé par le bris des récipients en verre qu’il utilisait, ou par le fait que les clients ne les rapportaient pas. Son brevet ne concernant pas qu’une seule forme de moule, alors que bien d’autres avaient été créées, Marchioni a ensuite perdu le procès qu’il avait intenté contre les fabricants de cornets pour violation de brevet.

15 Juillet 1872 – Mège-Mouriès gagne le concours pour trouver un substitut au beurre en brevetant la margarine

Vous aimez le Nutella ? Il faut remercier ce monsieur alors. Répondant à un concours lancé par Napoléon III pour équiper la marine en substitut au beurre, Mège-Mouriès réussit une émulsion blanche résultante de graisse de boeuf fractionnée, de lait et d’eau baptisée « margarine », néoplasme composé du grec margaron « blanc de perle » et du nom du polyalcool-glycérine.

David Woolf jubile « L’huile de noix de coco, ça y est ! C’est la solution à tous les maux de la terre ! Laissez tomber le beurre… » Las, ce fut d’autres matières végétales qui furent utilisées.

Le beurre apparaît avec la domestication des vaches vers 3500 ans avant J.-C., les Sumériens apprennent à le baratter, en battant la crème prélevée sur le lait. Les Romains, rebutés par ce produit alimentaire, s’en servent plutôt comme crème de beauté. Peu utilisé en cuisine, en France, où on préfère le lard, le saindoux et l’huile d’olive, le beurre gagne en popularité à partir du XVIIe siècle. L’ajout de sel dans le beurre vient de la nécessité de mieux le conserver. La technique du beurre fondu vise le même but et permet une conservation jusqu’à deux ans dans des récipients de terre. N’empêche, il reste un produit difficile à produire et à conserver, surtout pour les longues expéditions maritimes.

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Hippolyte Mège-Mouriès

Napoléon III, soucieux de remédier à ce problème lance un concours en 1869 pour trouver un « corps gras semblable au beurre, mais de prix inférieur, apte à se conserver longtemps sans s’altérer en gardant sa valeur nutritive » propre à suppléer au beurre et palier à ses problèmes de coût et de conservation. Les concours étaient semble-t-il une affaire de famille, déjà que son oncle, Napoléon I avait lancé un concours pour la création des boîtes de conserve afin d’alimenter les armées en campagne.
Le pharmacien français Mège-Mouriès réalisa une émulsion blanche résultant de graisse de bœuf fractionnée, de lait et d’eau baptisée « margarine ». Le brevet est déposé en 1872 et la commercialisation de la margarine va alors se développer. Au début de sa commercialisation, la filiale agricole s’essaya à ce produit bon marché pour engraisser les volailles, notamment les dindes, mais elle causa la mort prématurée des animaux étant d’un apport nutritif faible. Elle fut donc limitée au ravitaillement des navires avant de prendre un nouvel essor avec la pâtisserie qui cherchait à produire à moindre coût.

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Les progrès de la science au début du XXe siècle et notamment la découverte des procédés d’hydrogénation des huiles ont permis d’utiliser les huiles et graisses végétales dans la fabrication des margarines bien différente de la recette initiale.

Marlon Brando le testa pour Last Tango in Paris, mais ça faisait gratter. Puis les critiques de l’époque s’insurgèrent contre ce produit et mirent en garde les ouvrages culinaires de l’époque : « L’oléomargarine est un beurre artificiel produit par la graisse ou suif de boeuf broyé, puis chauffé. » Ce résidu solide, coloré, baratté avec du lait constitue l’oléomargarine : on a donné à ce produit les noms de similibeurre, beurrine, oléonormand, etc., pour dérouter le public.

Mais ce n’est rien comparé aux ravages de la margarine moderne, aujourd’hui fabriquée à 80% d’huile de palme, et responsable de déforestations massives. Faut faire un tour dans un bocal de Nutella pour mieux comprendre…

 

 

 

1er juillet 1751 – Naissance tumultueuse de l’Encyclopédie

Le 1er juillet 1751 paraît le premier volume de l’Encyclopédie «tableau général des efforts de l’esprit humain dans tous les genres et dans tous les siècles». La levée des boucliers ne se fait pas attendre, science et religion ne font pas un bon couple.

L’aventure inédite et révolutionnaire est née six ans plus tôt dans la tête du libraire Le Breton qui voulait traduire la Cyclopaedia de l’anglais Ephraïm Chambers, un dictionnaire illustré des sciences et des arts publié en 1728. Mais Denis Diderot à qui il soumet l’idée voit plus grand. Il ne veut pas juste traduire l’ouvrage, mais écrire une œuvre qui englobera tout. Absolument tout. Il perçoit l’immense portée philosophique que peut représenter le projet. Il n’hésite donc pas un instant à se lancer corps et âme dans l’entreprise, faisant appel à plusieurs grandes plumes de l’époque. Rousseau, Voltaire et Montesquieu qui peinaient à faire accepter leurs articles par Wikipédia jouent le jeu. Il planche sur le nom, il pense tout d’abord à Al Jarass (qui contient tout, absolument tout), mais c’est déjà pris. Alors il invente un néologisme grec, Encyclopédie, qui signifie « les sciences destinées à être enseignées ».

Diderot s’associe les services de son ami, le mathématicien et philosophe Jean Le Rond d’Alembert. En octobre 1750, il expose son projet dans un Prospectus en vue d’attirer des souscripteurs. Pas moins de 2.000 répondent à l’appel, ainsi que le support de madame de Pompadour, maîtresse du roi Louis XV. Le projet est lancé.

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Séance de lecture chez Diderot

Le succès de l’Encyclopédie est immédiat en France, mais aussi dans toute l’Europe des Lumières. Son tirage s’élève rapidement à 4200 exemplaires, ce qui est beaucoup compte tenu du coût et de l’ampleur de l’œuvre. Les livres à l’époque étaient vendus tout au plus à 1,500 copies. Diderot aurait pu vendre beaucoup plus si la version Kindle n’avait pas été piratée et offerte en téléchargement gratuit sur un serveur russe.

Les premiers ennuis débutent en 1752, avec un article sur la Genèse et la création du monde rédigé par un ecclésiastique quelque peu libre penseur. Un arrêté du conseil du roi Louis XV interdit l’impression et la diffusion des deux premiers volumes de « L’Encyclopédie » ou « Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers ». L’œuvre est jugée subversive par les Jésuites qui la qualifient « d’athée et matérialiste », « contaminées par l’esprit voltairien ».

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Un dîner de philosophes, par Jean Huber. Denis Diderot est le second de la droite (assis)

Mais Mme de Pompadour et le directeur de la Librairie, Malesherbes, arrivent à convaincre le roi et font lever l’interdiction, autorisant la parution des cinq tomes suivants.

 En 1759, le pape Clément XIII condamne l’Encyclopédie de Diderot

L’encyclopédie n’est pas qu’un simple dictionnaire : Diderot y récuse l’idée de monarchie de droit divin et définit les limites de tout pouvoir, si bien que son « Encyclopédie », malgré le soutien du public, cette fois-ci, l’ouvrage dans tous ses volumes est interdit, par le pape, le roi et Nabih Berri. Le travail sera tout de même secrètement poursuivi par Diderot et le libraire Le Breton. Mais ce dernier censurera plusieurs articles à l’insu des auteurs, ce qui scandalisera Diderot lorsqu’il s’en apercevra.

D’Alembert, découragé, renonce à poursuivre l’entreprise. Les dix derniers tomes sont publiés clandestinement par Diderot en 1765 et les derniers volumes de planches illustrées sont enfin publiés sans la participation de Diderot en 1772. Au total, en trente ans, auront été publiés 28 volumes auxquels ont participé environ 200 auteurs, y compris les plus réputés de leur temps : Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Condorcet, Quesnay, Turgot, Marmontel, Helvétius, le baron d’Holbach… David Wolfe n’y apparaît pas, son article sur la noix de coco ayant été recalé.

En chiffres, l’Encyclopédie a fait :

  • 17 volumes d’articles, publiés entre 1751 et 1765
  • 11 volumes d’illustrations, publiés entre 1762 et 1772
  • 18,000 pages de texte
  • 75,000 entrées
    • 44,000 articles principaux
    • 28,000 articles secondaires
    • 2,500 illustrations
  • 20,000,000 mots au total

Pour comparer: Facebook pointe en tête avec 30 milliards d’articles partagés chaque mois, suivi par Wikipedia qui totalise 5 millions et demi d’articles en mai 2017 en anglais, avec une croissance de 20,000 articles par mois. L’Encyclopédie de Diderot leur a pavé la route avec seulement 75,000 entrées, pour que le premier serve à faire fondre la masse grise et le second à copier-coller les devoirs.

 

29 juin 2007 – Après le fiasco du premier Apple phone, le Rokr E1, le 29 juin 2007 Apple commercialise l’iPhone

Le Rokr E1, premier téléphone de la marque à la pomme dévéloppé conjointement avec Motorola fut un bide total. Le 29 juin 2007, le premier iPhone est commercialisé. Ce fut une machine truffée de bugs, avec des problèmes à n’en plus finir, mais au potentiel en or. Avant cette date, on était thé ou café, dessert ou fromage, Nord ou Sud, et depuis, on est iPhone ou autre.

2007, c’était il y a dix ans. Ce n’est pas vraiment de l’histoire, mais l’histoire fut écrite ce jour-là. Depuis l’annonce par Steve Jobs de l’iPhone en janvier de cette même année, la ferveur du public et la panique des ingénieurs d’Apple ne cessaient de monter.

Le 29 juin, ce sont les queues devant les Apple Stores. Le public qui se rue à l’intérieur après plusieurs jours d’attente sur le trottoir, dormant sur place sous les tentes. Les analystes et les médias ne comprennent pas cet engouement pour un téléphone. Ils filmaient ces extra-terrestres faisant la queue, attendant l’ovin d’iPhone. Pourtant ce genre de folie de groupe n’est pas nouveau à New York. En 1945, les New-Yorkais faisaient déjà la queue pour un produit qui voulait révolutionner leur vie: le stylo bille, notre fidèle BIC. Et à l’époque, ils ont payé l’équivalent de 150 dollars pour se le procurer. Sauf que depuis, et contrairement à l’iPhone, son prix a bien baissé.

La conception de ce premier iPhone avait démarré dans le plus grand secret. Jobs voulait l’expérience de l’internet sur un téléphone sans boutons.

« C’était comme la première mission sur la Lune ! » raconte Tony Fadell, le père de l’iPod.

Au moment du keynote, en janvier 2017, l’iPhone n’était qu’un « prototype qui fonctionnait à peine » Il n’y avait pas encore de ligne de production mise en place, il en existait une centaine d’exemplaires, dont certains avaient de gros défauts, pleins de bugs, et qui plantaient aléatoirement. Par exemple, l’iPhone pouvait lire un extrait de musique ou de vidéo, mais pas jouer un clip entier sous peine de planter. Il pouvait envoyer un e-mail puis surfer sur le Web, mais pas l’inverse ! Des heures de tests avaient permis de définir l’ordre précis dans lequel on pouvait enchaîner les actions sans plantage. Mais toute sortie de route était pénalisée.

Concevoir un écran tactile était à lui seul un projet titanesque. Un des tout premiers appareils équipés de la technologie tactile multipoints, sur lequel travaillait l’équipe Mac, était « énorme, il remplissait la pièce ». Le premier vrai prototype ressemblait à un iPod dont on utilisait la molette cliquable pour composer les numéros. Pas assez cool pour le boss.

Le deuxième prototype, conçu début 2006, plus proche de la version finale, était entièrement en aluminium. Deux experts des antennes ont dû aller « jusqu’en salle du conseil pour expliquer à Steve (Jobs) et (Jonathan) Ive qu’on ne pouvait pas faire traverser du métal à des ondes radio » raconte Phil Kearney, qui dut expliquer aux « artistes » que c’était juste une belle brique, qui ne pourrait jamais fonctionner. Loin de faciliter les discussions, par obsession du secret, Steve Jobs avait tenu à séparer les équipes du logiciel de celles travaillant sur le matériel… Au final : un bel appareil qui ne peut servir que comme presse-papier.

Pour mettre la pression, Jobs annonce la keynote aux grands désarrois de ses ingénieurs. En janvier 2007, la veille du jour J, après cinq jours de répétitions d’arrache-pied, l’ultime prototype se comportait rarement sans plantage. Les ingénieurs d’Apple avaient établi un «  golden path  », autrement dit un cheminement sûr pour le démonstrateur, Steve Jobs. S’il enchaînait les tâches dans le bon ordre, l’iPhone donnait l’impression de bien fonctionner. Mais au moindre faux pas, il aurait planté. En fin de compte, le miracle se produisit. Steve Jobs parvint à accomplir sa démonstration sans incident.

Pendant ce temps, au cinquième rang, une bande d’ingénieurs et de cadres, stressés et exténués, saluaient chaque étape réussie de la présentation de Steve Jobs d’une lampée de Scotch, se préparant à subir la foudre de Jobs en cas de plantage.

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George E. Kennedy Jr., left, first in line to purchase the new iPhone, shows his purchase, at an Apple store in Tysons Corner, Va., Friday, June 29, 2007. Kennedy is switching from Nextel to AT&T, and for him it is « bye bye Blackberry, hello iPhone. » (AP Photo/Manuel Balce Ceneta)

La keynote réussie, restait à sortir un produit commercialisable. Finalement, le 29 juin 2007, les portes des Apple Store s’ouvrent, et les fans, qui attendaient depuis plusieurs jours aux portes, vont se ruer à l’intérieur pour s’en emparer. À l’époque, le premier iPhone n’avait pas d’App Store, une faible 2G, pas de fonction copier-coller ni même de possibilité de changer le fond d’écran. Ce modèle n’était pas opérationnel, les bugs étaient nombreux, et ni les médias ni les analystes ne comprenaient la folie qui entourait le produit. Mais en 2007, tout ce qui intéressait les gens avec l’iPhone, au-delà de l’aspect gadget ultramoderne véhiculé par Apple, c’était l’expérience du Web qu’offrait le téléphone avec une qualité encore jamais vue.

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Quelques mois plus tard seulement, Apple baissait le prix de son téléphone, le faisant passer de 600 à 400 dollars. Le modèle sorti l’année suivante, l’iPhone 3G ne sera vendu que 200 dollars. Un rabais tout simplement inconcevable aujourd’hui: l’iPhone 7 coûte aux alentours de 650 dollars dans les magasins alors qu’il ne coûte que 227 dollars à produire.

 

Quelques anecdotes sur l’iPhone:

L’iPhone n’était pas le premier téléphone d’Apple. En 2005 le Rokr E1 lancé avec Motorola fut un total échec.

Adios femmes et enfants. À quelques semaines du lancement de l’iPhone, insatisfait de l’appareil, Jobs avait demandé à toutes les personnes travaillant sur le projet de rentrer chez elles pour prendre quelques affaires dans une valise et revenir travailler non-stop jusqu’à ce que tout fonctionne comme il se doit.

Le téléphone de Google et Android ringardisé avant son lancement. Andy Rubin, papa d’Android et à la tête du projet de téléphone Google du nom de code Sooner était en route pour un rendez-vous à Las Vegas, où se tenait l’édition 2007 du CES. Il devait y rencontrer un fabricant de téléphones, prêt à intégrer son bébé. Bluffé par la présentation qu’il était en train de voir, il a demandé à son chauffeur de s’arrêter sur le bas-côté pour finir de regarder l’événement. « Shit ! », aurait-il dit à un de ses collègues dans la voiture, «  je crois qu’on ne va pas sortir le téléphone  ».

Le téléphone en question était pourtant plus performant que l’iPhone sur certains aspects. Il était, entre autres, multitâche, fonctionnait sans avoir besoin d’être connecté régulièrement à un PC ou un Mac et intégrait un Android Market. Problème : il était laid et ringard, avec un clavier physique et écran non tactile. Google dut remettre à plat son projet pour le relancer en 2008 sous le nom de code Dream.

Le Gorilla Glass. À l’origine, l’iPhone devait avoir un écran en plastique, comme ceux des iPod. Mais une fois les premiers prototypes en main, Steve Jobs voulut passer au verre, plus noble et élégant. La difficulté était de trouver un verre solide et inrayable… Un tel matériau existait bel et bien : baptisé Gorilla Glass, il avait été inventé dans les années 60 par l’entreprise Corning… mais n’avait jamais trouvé de marché. Corning n’en produisait donc pas et n’avait pas d’usine capable d’en fabriquer dans le délai de six mois fixé par Jobs. Quelque peu poussé par le patron d’Apple, Wendell Weeks, directeur général de Corning, releva le défi. Le Gorilla Glass, qui orne encore les iPhone, a été produit en moins de six mois après qu’une usine fut transformée en une nuit.

L’iPad avant l’iPhone. Apple travaillait sur une tablette tactile bien avant de se mettre à développer son iPhone. Mais Steve Jobs avait un problème avec le concept de tablette : il ne savait pas comment le « vendre » ce Safari Pad. En revanche, il pensait pouvoir vendre un appareil tactile destiné à remplacer les téléphones mobiles de l’époque. Apple s’est donc orienté vers l’iPhone. Le Safari Pad ne fut lancé que trois ans plus tard sous le nom d’iPad.

Steve Jobs ne voulait pas de l’App Store. Il était même très réticent à ce que des applications tierces viennent polluer son appareil avec des virus ou des logiciels indésirables. Pour que Steve Jobs change d’avis, il a fallu toute l’insistance de Phil Schiller et d’Arthur Levinson. Siégeant au board de Google, ce dernier savait que le magasin applicatif était central à Android. L’App Store a été lancé en juillet 2008, avec l’iPhone 3G.

Le nom d’iPhone était propriété de Cisco. Ainsi que l’iOS. Un accord passant par les cases tribunal et  chéquier permit à Apple de garder le nom.

15 juin 1844 — Charles Goodyear brevette le caoutchouc

Cette découverte ne fut pas sans accrocs. Mr Goodyear, après être passé trois fois par la case prison, essuyé trois banqueroutes, deux déménagements forcés et inhalés des milliers de litres d’air aux effluves de caoutchouc brûlé, arriva à sortir de ses fours la matière proche de celle qu’on flambe les soirs de nos désaccords cordiaux à Tarik el Jdidé.

Charles Goodyear commença à travailler dans une quincaillerie de Philadelphie à l’âge très respectable de 14 ans, soit le double de la moyenne des migrants syriens travailleurs au noir.

Quelques années plus tard, vers 1824 Charles ouvre sa propre quincaillerie, qui fera faillite suite au crash boursier de 1828. Il passera une première fois par la prison pour dettes impayées avant de s’y remettre au business. Il a la niaque. Il s’intéresse au potentiel du caoutchouc. Il essaie de l’exploiter dans de nouvelles utilisations, mais la matière est instable. Le caoutchouc utilisé résiste mal aux changements de température : mou quand il est soumis à la chaleur, cassant une fois exposé au froid. Ses expériences et les odeurs incommodantes le forcent à déménager. Il part s’installer à New York pour expérimenter un nouveau mélange d’acide nitrique et de caoutchouc qui lui permet de décrocher un contrat pour des sacs postaux. Mais la recette n’est pas la bonne. Les sacs fondent au soleil ! Top Chef lui conseille de raffiner sa recette en ajoutant un peu plus de mayonnaise. Mais ça ne prend toujours pas. Ruiné il doit déménager encore une fois à Woburn.

En 1839, Goodyear achète les droits à un nouveau procédé qui utilise l’addition du soufre au caoutchouc par imprégnation pour éliminer la nature collante du produit. Un jour, affairé à ses fours, un extrait de caoutchouc soufré tombe dans un poêle : la cuisson stabilisa les propriétés élastomères de la gomme. Goodyear découvre ainsi par hasard le procédé de « vulcanisation ». Le jury de Top Chef fait la moue, car un peu de mélasse aurait fait l’affaire quand même. Mais le produit fini n’est pas parfaitement homogène… Goodyear fait faillite et repasse par la case prison.

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Finalement, en 1842, un nouveau procédé consistant à l’ajout de vapeur d’eau sous pression au mélange de caoutchouc et du soufre permit d’obtenir un produit stable et homogène. Charles Goodyear est aux anges.  Les applications et les inventions se succèdent : fils de caoutchouc, canots de sauvetage, ressorts, roues, etc. Mais la fortune ne lui sourit toujours pas, car l’idiot, pris par son labo et ses essais, se fait coiffer au poteau par Thomas Hancock qui le devança en déposant le brevet de la vulcanisation le 21 novembre 1843, ayant pu découvrir sur les échantillons de Goodyear les traces de soufre révélant son procédé. Charles Goodyear ne tira presque aucun bénéfice de ses inventions.

Il passa ses dernières années en procès, essayant de poursuivre en justice ceux qui ont spolié son invention. Ses économies y passent en frais de justice. Il repasse brièvement par la case prison pour une chambre d’hôtel impayée avant de s’éteindre le 1er juillet 1860, très endetté et malade à force d’avoir brassé l’air de ses cuissons.

En 1898, l’entreprise Goodyear Tire & Rubber Company spécialisée dans la production de pneus en caoutchouc, est fondée aux États-Unis. Cette entreprise n’est aucunement liée à Charles Goodyear ni à sa famille. Comme quoi, ce n’est même pas le nom de Charles Goodyear que le Sayyed bénit à chaque brasier de pneus.

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