15 Août 1483 – Sixte IV consacre la chapelle Sixtine, qui ne plait pas

Le pape Sixte IV avait commandé cette chapelle et lui donna même son nom, Sixtine, avant de mourir un an plus tard. Son successeur et neveu, Jules II ordonne une refonte des fresques et demande à un Michel-Ange réticent de s’y mettre. Se dernier essaie de se soustraire, clamant qu’il est un sculpteur et non un peintre. Mais on ne dit pas non à Jules.

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La Sixtine, c’est ce bâtiment à l’architecture banale, mais aux fresques révolutionnaires. Elle fut fut construite par l’architecte Baccio Bontelli reproduisant exactement les dimensions du temple de Salomon: 40,92 m de long, 13,41 m de large et 20,69 m de haut, avec une voûte en berceau et un sol à deux niveaux.

Premier fait à clarifier : la décoration n’est pas exclusivement de Michel-Ange.

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Le Christ qui louche

La décoration est confiée aux plus prestigieux des artistes de l’époque. Elle inclut la somptueuse Circoncision de Moïse par du Pérugin, le Châtiment de Coré, Datan et Abiram ou la Tentation de Jésus, par Botticelli,  et la Traversée de la mer Rouge, de Biagio d’Antonio, qui, O Sacrilège, fait loucher le Christ, et d’autres par Ghirlandaio, Luca Signorelli et Cosimo Roselli, et Pier Mateai d’Amelia.

Le 15 août 1483, Sixte IV, très fier de l’édifice, consacre la nouvelle chapelle dédiée à N.-D. de l’Assomption, avant de mourir un an plus tard.

En 1503, Jules II devient pape. Il entreprend la construction de Saint-Pierre, et pose la première pierre le 18 avril 1506. Mais les travaux de construction déstabilisent la chapelle Sixtine et la voûte est fissurée. Alors Jules II décide d’en refaire la décoration et fait appel à Michelangelo Buonarroti pour ce travail. Il lui avait confié la création de sa sépulture quelques années plus tôt, et ne voit pas qui d’autre pourrait satisfaire son ego en créant une œuvre superbe. Michel-Ange essaie de se soustraire. Il clame haut et fort qu’il n’est pas peintre, mais sculpteur, avant de capituler et de s’y mettre à la tâche.

Le travail prévu consistait à représenter les douze apôtres dans les lunettes, en remplissant le reste de la voûte avec des figures géométriques. Mais Michel-Ange, en acceptant ce chantier avait mis comme condition une liberté d’expression absolue. Il estime le projet trop pauvre. Il en résulte la voûte actuelle, exécutée en quatre ans.

Ainsi, Michel-Ange, l’artiste solitaire, peint neuf scènes centrales représentant des épisodes de la Genèse, entourées de 20 nus (Ignudi) qui supportent des médaillons en trompe-l’œil, donnant une impression de relief, illustrant des scènes bibliques. À la base se trouvent douze figures de prophètes et de sibylles avec deux génies. Ces figures dominent une galerie des ancêtres du Christ. Enfin, dans les pendentifs des quatre coins, Michelangelo représente quatre épisodes du salut miraculeux du peuple d’Israël.

En octobre 1512, l’œuvre est achevée et le 1er novembre, fête de la Toussaint, le pape célèbre la messe dans la chapelle.

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Le jugement dernier

De 1536 à 1551, à la demande de Clément VII puis de Paul III, Michel-Ange exécute le Jugement dernier, avec quelque 400 personnages. Pour réaliser son œuvre, Michel-Ange détruit sur la paroi du fond, trois fresques du Péruguin pour faire de la place. Il rajoute quelques messages secrets, des nus et des scènes grivoises qu’on ne tarde pas à lui reprocher, comme, par exemple Saint Catherine nue, en levrette devant un Saint Basile déchaîné.

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Le pape Paul IV demande ainsi à Ricciardelli, ami et assistant de Michel-Ange de recouvrir les nus, qui s’y exécute, et dans la foulée acquiert le surnom d’ «Il Braghettone», le «fermeur de braguettes».

12 Août 30 av. J.-C. – Cléopâtre se donne la mort

Reine d’Égypte, surnommée « bouche d’or » par César pour ses talents, elle usa de son habileté politique et de son charme pour tenter de sauver son règne.

«Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé», note Blaise Pascal dans ses Pensées, manière de dire que l’Histoire tient à peu de chose ! Peu de destins, en tout cas, sont aussi romanesques que celui de la dernière reine d’Égypte, lointaine descendante d’un général d’Alexandre le Grand.

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Buste de Cléopâtre

Née vers 69 av. J.-C., Cléopâtre, reine d’Égypte  de la dynastie des Ptolémées d’origine macédonienne, règne sur le pays entre 51 et 30 avec ses frères et époux et époux Ptolémée XIII et Ptolémée XIV, puis au côté du général romain Marc Antoine.

La légende, les dramaturges et Hollywood se sont emparés du personnage pour construire tout un univers autour d’elle. Peu de sources parlent de Cléopâtre en dehors du contexte romain. Plutarque, Suétone et Appien, n’évoquent Cléopâtre que pour autant qu’elle prenne place dans l’histoire romaine. C’est ainsi que peu d’informations subsistent sur ce qu’elle fait à Rome au lendemain de l’assassinat de César, par exemple, ni à Alexandrie durant l’absence de Marc Antoine entre 40 et 37 av. J.-C.

De plus l’historiographie antique lui est globalement défavorable, car inspirée par le vainqueur de Cléopâtre, l’empereur Auguste et son entourage dont l’intérêt est de noircir la reine afin de renforcer l’image mauvaise de l’adversaire de Rome et de Marc Antoine encore populaire au sein de l’armée et au sénat.

Flavius Josèphe raconte ainsi qu’« Elle fit d’Antoine l’ennemi de sa patrie par la corruption de ses charmes amoureux ».

Cléopâtre est née probablement à Alexandrie. Elle est l’une des trois filles de Ptolémée XII Aulète, roi d’Égypte et vraisemblablement d’une concubine, probablement noire.  Ptolémée XII avait une autre fille légitime, Bérénice IV, qui renversa son père et régna de 58 av. J.-C. à 55 av. J.-C, avant qu’il ne la renverse à son tour et la décapite dans la foulée. On n’est pas des tendres chez les Ptolémée. On dirait un conseil des gendres d’Orangina.

Il est difficile de cerner la véritable personnalité de Cléopâtre, qu’un certain romantisme a contribué à déformer, mais elle avait à l’évidence beaucoup de courage et fut suffisamment puissante pour inquiéter les Romains. Aucune source sûre ne vient nous éclairer sur son aspect physique qui échappe à un classement esthétique banal. Certaines pièces de monnaie donnent l’image d’une femme aux traits lourds et au nez assez proéminent. En revanche, on sait qu’elle avait une présence forte et du charme, qu’elle dégageait une puissante séduction et que tout cela était complété par une voix ensorcelante ainsi qu’un esprit brillant et cultivé. Les textes rapportent qu’elle avait eu un enseignement de pédagogues cultivés, et qu’elle fut polyglotte, parlant, outre le grec, l’araméen, l’éthiopien, le mède, l’arabe, sans doute aussi l’hébreu et surtout l’égyptien, une première (et une dernière) chez les Ptolémée.

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Cléopâtre

Le testament du roi Ptolémée XII, mort en 51 av. J.-C., désigne comme ses successeurs Cléopâtre et un frère cadet de celle-ci, Ptolémée XIII, d’une quinzaine d’années environ, à qui elle est nominalement mariée.  Mais trois ans plus tard, les relations se dégradent entre les deux souverains. En fait c’est une véritable guerre qui éclate entre les deux monarques puisqu’à l’été 48 av. J.-C. ils se font face à Péluse. Il semble que Cléopâtre se trouve en difficulté, car elle doit fuir en Syrie puis à Ascalon où elle trouve de l’aide.

Entre temps, Pompée, vaincu par Jules César à Pharsale au début du mois de juin 48 av. J.-C., tente de trouver refuge en Égypte. Le jeune roi Ptolémée XIII et ses conseillers jugent sa cause perdue et pensent s’attirer les bonnes grâces du vainqueur en le faisant assassiner, dès qu’il pose pied sur le sol égyptien le 28 juillet 48 av. J.-C., sous les yeux de son entourage. César, qui débarque deux jours plus tard, et qui reçoit en cadeau la tête de son ennemi est furieux de ce lâche forfait et n’éprouve pour le pharaon que mépris. Il tente quand même de réconcilier le couple royal. Cléopâtre, pour arriver au général et le gagner pour sa cause, se fait enrouler dans un tapis et livrer au palais en tant que cadeau. Débuta entre eux une histoire d’amour. Mais Ptolémée, peu impressionné par les faibles effectifs de César (environ 7000 hommes), le fait prisonnier en Alexandrie pour quelques mois. Finalement, le roi se noya par accident, ce qui mit fin au conflit.

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Jules César

Cléopâtre épousa alors un autre de ses frères cadets, Ptolémée XIV sur l’injonction de César. Cependant, elle fut la seule à détenir le pouvoir, et entretint une liaison avec César. Ce dernier de retour à Rome ramena sa concubine avec lui. Il en fit faire une statue dorée de son amante qu’il plaça dans le temple de Vénus. On ne sait que très peu des services que Cléopâtre rendit à César, et comment elle arriva à l’ensorceler, mais dans ses mémoires, César la nomme « bouche d’or », ce qui laisse présager des talents secrets qu’elle avait.

Cléopâtre savait surtout manipuler les gens pour tracer son chemin. Ainsi, pour le triomphe de César, où l’habitude veut que les chefs ennemis sont paradés puis tués au terme du triomphe, Cléopâtre livra à César sa sœur Arsinoé, qui s’était fait reconnaître reine par les troupes de Ptolémée XIII, et elle assista tranquillement au défilé.

En 44 av. …-C. César est assassiné. Cléopâtre quitte alors Rome, faisant escale en Grèce pour accoucher de Césarion, le fils de César, puis fait voile vers Alexandrie. Elle profite de la situation confusion qui suit la mort de César pour rétablir l’autorité de l’Égypte sur Chypre.

A peine de retour dans son pays elle fait assassiner Ptolémée XIV, à la fois monarque inutile et rival potentiel. La naissance de son fils lui assure un successeur éventuel et elle prend donc seule le titre de reine.

La guerre que se livrent les assassins de César, Cassius et Brutus et ses héritiers, Octave et Marc Antoine, oblige la reine à des contorsions diplomatiques. Cléopâtre aide d’un côté Cassius, et en même temps, envoie une flotte aux partisans de César, qui reconnaissent Césarion pour roi.

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Marc Antoine

Dans le partage du monde romain intervenu après l’écrasement des républicains, l’orient est dévolu à Antoine. Il reprend alors le projet de César avant sa mort, c’est-à-dire une grande expédition contre les Parthes. Pour cela il convoque les souverains des royaumes clients à Tarse, y compris la reine d’Égypte. Celle-ci connaît au moins un des défauts de l’officier, sa vanité et son amour du faste, aussi arrive-t-elle dans un navire à la poupe dorée et aux voiles pourpres, siégeant sous un dais d’or, entourée d’un équipage déguisé en Nymphes, Néréides et Amours. Puis elle invite Marc Antoine à son bord pour un somptueux banquet. Commence alors une liaison de dix ans.

Marc Antoine s’absente régulièrement d’Alexandrie pour les campagnes militaires, et s’affronte avec son ancien allié, Octave, puis conclut une paix avec ce dernier en épousant sa sœur Octavie. Pendant ce temps à Alexandrie Cléopâtre donne trois enfants à Antoine, Alexandre Hélios, Cléopâtre Séléné et Ptolémée.

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Repas de Cléopâtre et Marc Antoine

Cléopâtre, comme toujours, profite de la confusion politique pour agrandir son règne, ainsi elle prend possession de villes de la côte syrienne, du royaume de Chalcis, au Liban actuel, et de la côte cilicienne. Elle reconstitue ainsi une partie de la thalassocratie des premiers rois lagides.

Mais après 37 av. J.-C., on commence à voir à Rome dans l’alliance entre Antoine et Cléopâtre une menace contre l’Empire et contre Octave qui démarre une campagne de dénigration du couple.

Entretemps, Antoine soumet l’Arménie et la Médie. Césarion est proclamé roi des rois, Alexandre Hélios reçoit en partage l’Arménie et les terres au-delà de l’Euphrate, Ptolémée est nommé à la tête de la Syrie et l’Asie Mineure. Cléopâtre Séléné se retrouve à la tête de la Cyrénaïque. Et Cléopâtre se contente de réclamer à son amant, en vain, la Judée.

Les relations avec Octave s’enveniment de nouveau en 32 av. J.-C. et poussent à l’affrontement. Marc Antoine mène la guerre en dépit du bon sens, sans énergie et alors qu’Octave peine à constituer son armée, il lui laisse le temps de s’organiser. Lorsqu’éclate la bataille navale d’Actium (septembre 31 av. J.-C.), Cléopâtre comprend rapidement l’issue de la guerre et rompt le combat avec sa flotte.

Antoine retourne en Égypte et ne prend pratiquement aucune mesure pour lutter contre l’avancée de plus en plus triomphale d’Octave. Il consume ses forces en banquets, beuveries et fêtes somptueuses sans se soucier de la situation. Cléopâtre quant à elle, elle ressort son arme de destruction massive : elle essaie de séduire Octave. Mais probablement, la quarantaine passée et après quatre accouchements, elle n’y arrive pas.

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Octave

Vers août 30 av. J.-C., Octave arrive à Alexandrie. Cléopâtre fit parvenir la fausse nouvelle de sa mort à Marc Antoire, qui mit fin à ses jours en se jetant sur son épée. Cléopâtre pensait avoir plus de manœuvres avec Octave sans Antoine, mais elle dut déchanter rapidement. Cléopâtre se donne la mort, selon Plutarque dans sa Vie d’Antoine, en se faisant porter un panier de figues contenant deux aspics venimeux. Ses deux fidèles servantes meurent avec elle pour continuer de la servir dans l’au-delà. Césarion est exécuté sur ordre d’Octave les trois autres enfants d’Antoine et Cléopâtre sont emmenés à Rome et élevés par Octavie, restée fidèle à la mémoire de son mari.

C’en est fini à jamais de trois mille ans d’Histoire pharaonique, soit la plus longue durée qu’ait jamais encore connue une civilisation, même s’il se trouvera encore des scribes quatre siècles plus tard pour graver des hiéroglyphes sur les monuments.

L’Égypte devient une simple province romaine… et le principal grenier à blé de la ville éternelle. Rattachée trois siècles plus tard à l’Empire romain d’Orient, elle deviendra byzantine avant d’être conquise par les Arabes en 642.

4 Août 70 – Titus lève le siège de Jérusalem, après avoir détruit le temple

Le 10 du mois de Loos, soit le 4 août, Titus détruit le Temple de Jérusalem. Un soldat y jette un fagot et le temple prend feu. Cette date correspond à la chute de Jérusalem.

Le siège de Jérusalem en 70 est l’événement décisif de la première guerre judéo-romaine, la chute de Massada en 73 ou 74 y mettant un terme.

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Reconstitution du Temple de Jérusalem

L’armée romaine, menée par le futur empereur Titus, qui est secondé par Tibère Alexandre, assiège et conquiert la ville de Jérusalem, qui avait été tenue par ses défenseurs juifs depuis 66. La ville est mise à sac, et le second Temple de Jérusalem détruit.

Cet événement a été conté en détail par le dirigeant juif passé au service des Romains puis devenu historien, Flavius Josèphe.

Pompée avait conquis Jérusalem en 66 av J.-C, et depuis, les Romains gouvernent la Judée soit à travers des princes locaux mis en place, comme Hérode Ier le Grand ou Hérode Agrippa Ier, soit directement par des procurateurs souvent corrompus, qui suscitent l’hostilité des Juifs en s’appuyant sur l’importante population hellénisée.

Les causes immédiates de la révolte des Juifs, en 66, sont un sacrifice païen devant l’entrée de la synagogue de Césarée, suivi par le détournement de 17 talents du trésor du Temple de Jérusalem par le procurateur Gessius Florus. Franchement, une révolte pour 17 talents ! Même pas de quoi satisfaire un sous-fifre de parlementaire chez nous.

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Buste de Titus

Titus, arrivé pour mater la rébellion, est secondé par Tibère Alexandre, apostat du judaïsme, ancien procurateur de Judée, qui connaît donc la région et qui a déjà massacré des Juifs à Alexandrie en tant que préfet d’Égypte sous Néron. Les Juifs opposent aux Romains 23 400 hommes, mais ils appartiennent à des factions antagonistes et obéissent à de multiples chefs qui se sont entretués dans une féroce guerre civile. Jérusalem est donc tenue par trois factions zélotes dirigées par Éléazar ben Simon dont la forteresse est la cour intérieure du Temple, Simon Bargiora qui tient la ville haute et partie de la ville basse et Jean de Gischala qui tient le mont du Temple. Tacite raconte que « ce n’était entre eux que combats, trahisons, incendies et une partie du blé avait été dévorée par les flammes ».

En gros, rien n’a changé en Orient depuis : détournement d’or, guerres civiles, factions antagonistes, trahisons…

Au moment du siège, Jérusalem, entièrement ceinte de remparts, fait 7 kilomètres de tour et peut abriter 600 000 personnes.

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Titus met en place le siège devant la ville peu avant la Pâque 70. Il a avec lui quatre légions qu’il dispose d’abord sur les collines entourant Jérusalem. Malgré la gravité de la situation, les Juifs ne s’entendent toujours pas et Jean, en bon juif, profite de ce qu’Éléazar laisse les pèlerins venir au Temple célébrer la Pâque, pour y introduire ses hommes et s’en emparer, éliminant ainsi Éléazar.

Titus fait alors aplanir le terrain au pied des remparts de façon à en faciliter l’approche et construire des hélépoles, les fameuses tours roulantes, qui permettent à son armée de s’attaquer au nouveau rempart de la ville neuve. Le 25 mai 70, les troupes romaines peuvent le franchir, puis, cinq jours plus tard, s’emparer du second rempart et de la ville neuve jusqu’au pied de la forteresse Antonia, tenue par Jean de Gischala.

Mais les factions juives de Jean de Gischala et de Simon bar Giora résistent toujours, alors Titus décide de construire autour de Jérusalem une muraille de 7 kilomètres de long pour mieux isoler la ville.

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Siège de Jérusalem

Jérusalem possédait des provisions pour tenir le siège durant des années. Cependant, pour « motiver » les habitants au combat, les zélotes incendièrent ces provisions !!!

Un peu de famine pour se remuer le cul. La famine commença à faire ses ravages. Flavius Josèphe raconte : « Les terrasses étaient encombrées de femmes et de petits enfants exténués, les ruelles de vieillards morts ; des garçons et des jeunes gens erraient comme des fantômes, le corps tuméfié. Sur les places, ils tombaient là où le fléau les accablait. Les malades n’avaient pas la force d’ensevelir les cadavres de leurs proches ; ceux qui étaient encore vigoureux différaient ce soin, effrayés par la multitude des cadavres et l’incertitude de leur propre sort ; beaucoup tombaient morts sur ceux qu’ils ensevelissaient ; beaucoup, avant que fût venu pour eux le moment fatal, succombaient dans ce labeur »7. Et, malgré cela, la guerre civile continue alors dans Jérusalem où les zélotes se livrent toujours à de nombreuses exécutions sommaires, particulièrement parmi les prêtres.

Le 20 juillet, les Romains réussirent à percer une brèche dans le rempart, pour se retrouver devant un nouveau rempart qui avait été construit à la hâte par les assiégés.

Puis, ils construisirent une rampe d’accès à l’esplanade du Temple, et progressèrent malgré la résistance des Juifs qui, pour les repousser, mettaient le feu aux différents portiques qui entourent le Temple. En ce moment de la fin du siège quand les sacrifices quotidiens avaient cessé dans le Temple, la famine atteint en ville son point culminant : « en dernier lieu, ils usèrent du cuir de leurs ceintures et de leurs sandales ; ils grattèrent, pour la mâcher, la peau de leurs boucliers. D’autres se nourrirent de brindilles de vieux foin ». Josèphe cite aussi un cas de cannibalisme où une mère cuit et dévore son bébé.

Les combats redoublent d’intensité dans les derniers jours d’août 70. Finalement, le 10 du mois de Loos, quand les Romains s’approchèrent du Temple, un légionnaire jette un brandon dans le Temple qui s’embrase, et malgré les ordres de Titus, les Romains ne peuvent éteindre l’incendie.

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Finalement, les Romains donnent l’assaut final le 25 septembre (8 du mois de Gorpiée) en massacrant la population et en incendiant la ville. Simon bar Giora et Jean de Gischala sont faits prisonniers.

Selon Favius Josèphe, le nombre de prisonniers de guerre s’élève à 97 000 et le nombre de morts pendant le siège à 1 100 000, ce qui peut paraître exagéré même s’il faut se rappeler que le siège a commencé peu avant la Pâque, fête de pèlerinage où les Juifs avaient l’habitude de se rendre à Jérusalem. Mais en Orient, on sait depuis toujours jouer avec les chiffres. 700 prisonniers, dont Simon et Jean, sont emmenés à Rome pour le triomphe de Titus.

25 juillet 306 – Constantin proclamé empereur

Faisant fi de la méritocratie, Constantin remet l’hérédité par le sang et se fait proclamer empereur. Première étape d’une longue marche qui le rendra maître de Rome, après avoir éliminé tous ses rivaux.

Le 25 juillet 306, Constantin est proclamé empereur par ses soldats à Eburacum, en Bretagne (aujourd’hui York, en Angleterre), où il a rejoint le quartier général de son père Constance Chlore, qui vient de mourir.

C’est le début d’une prodigieuse ascension qui va conduire le jeune trentenaire à la tête de l’Empire romain, après l’élimination de tous ses rivaux, et après avoir enterré la méritocratie pour l’hérédité, un peu comme chez les oranges chez nous.

Une dizaine d’années plus tôt, Dioclétien et son compagnon d’armes Maximien Hercule ont tenté de résoudre la question successorale à la tête de l’Empire romain en instaurant la « tétrarchie », du grec ancien, ou quatre gouvernements. Pourquoi faire simple quand on peut faire complexe ?

En fait, sous la pression des invasions barbares, l’Empire romain connaissait une grave crise. Les empereurs ayant de plus en plus de mal à repousser les envahisseurs, l’armée prit, parallèlement à la croissance de ses effectifs, une place de plus en plus importante dans l’État, désignant et renversant les empereurs. Comme quoi, Émile, Michel et Michel n’ont pas inventé le passage de la grande muette à la tête de l’état. Au sein de l’Empire romain, des guerres civiles s’ajoutaient aux guerres étrangères, les légions d’une région désignant un général populaire empereur, dans l’espoir d’obtenir la prime attribuée par les nouveaux empereurs à leurs troupes : le donativum. Il arriva que certaines parties de l’Empire fissent sécession, proclamant leur propre empereur. Bref, c’était le bazar à la tête de l’Empire.

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Palais de Dioclétien (actuel emplacement de la ville de Split en Croatie)

Ce problème fut résolu par Dioclétien. Ce dernier, arrivé au pouvoir en étant désigné nouvel Auguste par ses troupes, puis en éliminant ses concurrents, il décida d’instaurer un nouveau système. Pour ne plus être seul à gouverner tout l’Empire, il nomma Maximien César, avec charge de défendre la partie occidentale de l’Empire. La répartition territoriale se fit naturellement en fonction de la langue administrative, la partie orientale de l’Empire (Balkans et Grèce en Europe, Proche-Orient, Égypte) utilisant traditionnellement le grec, la partie occidentale (Italie, Gaules, Espagnes, Nord de l’Afrique, cours supérieur du Danube), utilisant le latin.

Cependant, malgré ces deux chefs, l’Empire n’était pas divisé, et Dioclétien gardait toute autorité sur son César, ainsi que sur l’ensemble de l’Empire et des légions. Maximien ne bénéficiait que d’une délégation de pouvoir. Il fut néanmoins bientôt élevé au rang d’Auguste, égalant en titulature Dioclétien.

Pour compléter la tétrarchie, Dioclétien et Maximien désignèrent chacun son César, ou remplaçant.

Dioclétien choisit Galère, berger d’origine dace devenu un brillant stratège dans l’armée de Rome, qu’il maria à sa fille. Quant à Maximien, il a jeté son dévolu sur Constance Chlore, militaire illyrien comme lui.

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Portrait des Quatre Tetrarques, porphyre initialement placée au palais de Constantin, puis trasnférée à la basilique St Mark à Venise

Constance Chlore avait auparavant noué une liaison avec Hélène, une femme de basse extraction, exerçant la profession de stabuleria, ce qui peut se traduire par « servante d’auberge » ou par prostituée recrutant ses clients dans les étables (stabula) près des auberges. Il s’éprit de la belle femme et l’épousa. Elle lui donna un fils: Constantin, le futur empereur. Tôt convertie à la religion chrétienne, Hélène a contribué à rapprocher son mari et son fils de la foi nouvelle, l’un et l’autre se gardant toutefois d’afficher leurs convictions en public.

Mais une fois nommé César, raison d’État oblige, Constance Chlore fut forcé de répudier Hélène et se remaria avec Théodora, fille de son protecteur Maximien, qui lui donna six enfants.

De la succession par le mérite à la succession héréditaire

Usés par la tâche, Dioclétien et Maximien se retirent de leur plein gré le 1er mai 305, selon la règle qu’ils ont eux-mêmes fixée. Mais leurs successeurs montrent beaucoup moins de désintéressement et ne tardent pas à se disputer le pouvoir.

Suivant l’exemple de Dioclétien, Constance Chlore, nouveau «Auguste» d’Occident, doit choisir un «César», qui fut Sévère, tandis que son propre fils est placé sous le commandement de Galère, «Auguste» d’Orient. Mais Constantin avait les dents longues, et ne voyait pas les choses de cet œil. Apprenant que son père était mourant, Constantin obtient de revenir auprès de lui, à York. Il resta avec lui jusqu’à ce que Constance Chlore décède, et alors, il se fait désigner «Auguste» à sa place, faisant fi des règles édictées par Dioclétien.

De son côté, à Rome, Maxence, fils de Maximien, n’accepte pas davantage d’être privé de la succession de son père. Il se fait à son tour proclamer «Auguste» par la garde prétorienne, la troupe d’élite stationnée dans la ville éternelle et chargée de la protection de l’empereur.

Ainsi le principe héréditaire vient-il brutalement se heurter à la cooptation au mérite qu’avaient tenté d’instituer les premiers tétrarques… Gebran Bassil jubile. Constantin aussi. Avec la mort de la méritocratie, s’ensuit une confusion augustéenne, où les césars et augustes sont nommés, puis écartés en orient et en occident.

Maxence, pour consolider son pouvoir, invita son père Maximien Hercule à revêtir de nouveau la pourpre et prendre place à ses côtés, puis il poursuivit Sévère, le César légal qui lui disputait le pouvoir en Occident, et le fait mettre à mort.

En 307, Maximien, qui prend peur devant la tournure des choses, tente d’évincer son fils mais il échoue et doit se réfugier à Trèves, au nord de la Gaule, sous la protection de son gendre Constantin. Mais, il ne peut s’empêcher de comploter contre ce dernier. Dénoncé par sa fille, il s’enfuit à nouveau jusqu’à Marseille, poursuivi par Constantin. Finalement il est contraint de se suicider en 310.

De son côté, Galère, nouveau «Auguste» d’Orient, ajoute à la confusion en tentant de remettre de l’ordre dans la tétrarchie. Il hisse à la fonction d’«Auguste» son compagnon d’armes Licinius, un ancien paysan dace comme lui. Mais, malade, il doit se retirer de la compétition. Avec lui disparaissent les derniers vestiges de la tétrarchie.

Finalement, le 28 octobre 312, Constantin bat son rival Maxence au Pont Milvius, sur le Tibre, à la sortie de Rome.

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La Bataille du Pont Milvius – détail (Fresque de Raphaël, Vatican, Salle de Constantin)

Cette bataille entre les deux prétendants à l’Empire va s’inscrire dans les mémoires en raison moins de son aspect militaire que de son aspect symbolique : pour la première fois, en effet, le futur empereur Constantin le Grand révèle son empathie pour la religion chrétienne, et arbore la croix.

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Constantin le Grand, ou Saint Constantin, saint de l’église Orthodoxe

Le règne de Constantin voit l’établissement de la liberté de culte individuel qui met fin aux persécutions des chrétiens (édit de Milan, 313). Il met provisoirement fin aux dissensions des Églises d’Orient en convoquant le concile de Nicée (325) et affirme son autorité dans le domaine religieux : c’est le césaropapisme. Il instaure une monnaie stable (le solidus, 312), développe l’administration centrale, défend les frontières de l’Empire contre les Francs, les Alamans, les Sarmates, les Goths et les Perses. Il fonde en 330 une nouvelle capitale à son nom, Constantinople (actuelle Istanbul). Ses réformes favorisèrent largement l’essor du christianisme, vers lequel il se tourna progressivement et dont il est devenu l’un des saints pour l’Église orthodoxe.

Ses noms de référence sont Imperator Caesar Flauius Valerius Aurelius Constantinus Pius Felix Inuictus Augustus, Germanicus Maximus, Sarmaticus Maximus, Gothicus Maximus, Medicus Maximus, Britannicus Maximus, Arabicus Maximus, Adiabenicus Maximus, Persicus Maximus, Armeniacus Maximus, Carpicus Maximus. (Gebran, faut s’y mettre à la rédaction du nom, le temps presse !)

 

18 Juillet 64 – Rome brûle et Néron s’émerveille

Quoi de plus émouvant qu’un barbeuc romain sous le ciel étoilé. Pour couper court au suspens : non, Néron n’a pas brûlé Rome ni joué de la lyre en regardant le feu. Il s’est juste « enthousiasmé par la beauté du spectacle » d’après Suétone. Il faut chercher les coupables ailleurs, si coupable il y en a.

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Lucius Dominitius Claudius Nero

Il y en a des personnages qui resteront gravés dans la mémoire de l’humanité associés à un fait précis : Néron et l’incendie de Rome, Hannibal et les éléphants, Michel Aoun et Iznogood. Pour Néron, il est vrai que sa courte vie n’inspire que peu de sympathie pour sa personne: perfide, pervers, assassin de sa mère, de sa femme et de son principal garde du corps. Il était également l’incarnation du mauvais empereur pour les Romains, ainsi qu’il fut la figure de l’antéchrist pour les chrétiens.

Dans la nuit du 18 au 19 juillet, en un temps de canicule et de vent sec, il y eut un départ de feu. L’historien Tacite, contemporain des faits raconte :

« Le point de départ de l’incendie se trouva dans cette partie du Cirque qui est contiguë aux collines du Palatin et du Caelius. De là, à cause des boutiques dans lesquelles les marchandises alimentent les flammes, le feu, violent et activé par le vent, dévore toute la longueur du Cirque. En effet, il n’y avait rien pour le retenir, ni les maisons entourées de clôtures, ni les temples ceints de murs et ni rien d’autre d’équivalent. L’incendie se répand avec violence d’abord dans les parties planes, puis s’élance vers les quartiers en altitude avant de dévaster les parties basses de la ville. Par sa rapidité foudroyante, il devance les secours et trouve une proie facile dans la ville aux ruelles étroites et tortueuses, aux quartiers mal alignés, comme était l’ancienne Rome. »

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Hubert Robert, L’Incendie de Rome, vers 1770-1785

Les vigiles, chargés de la prévention et de l’extinction des incendies, ne peuvent contrôler le feu, et l’obscurité de la nuit ainsi que la panique d’une foule importante ont pu nuire à leur travail.  Sept jours et nuits durant, Rome brûle, l’incendie ravagea 10 des 14 régions de la ville. Le nombre des victimes ne fut pas comptabilisé, mais 200,000 habitants sur les 1 million que comptait la ville perdirent leurs foyers. Les quartiers populaires, composés de maisons en torchis et parfois hauts de 4 étages, sont les plus touchés.

La population, traumatisée, souhaitait trouver des responsables, et même si elle ignorait la cause de l’incendie. Des rumeurs évoquent des hommes jeter des torches contre les maisons et l’historien Suétone va le répéter dans son oeuvre, la Vie des Douze Césars : « on vit des gens lancer des torches contre les maisons en disant tout haut qu’ils avaient reçu des ordres ». La cause ? Néron qui voudrait se construire un palais plus grand. Cette rumeur se répandit selon laquelle il serait le commanditaire du sinistre. Elle partit d’une accusation du tribun militaire Subrius Flavius, un opposant notoire, qui fut éliminé l’année d’après (prend note Nabih. Pas plus qu’une année!).

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Henryk Siemiradzki, 
Les Torches de Néron (Lumières guidant la Chrétienté), huile sur toile, 1876

Comme toujours, devant les catastrophes de cette ampleur, la populace évoque la vengeance des dieux : pour les Romains, les dieux punissent Rome à cause de Néron qui s’est approprié le pouvoir par la force, en écartant puis tuant Britannicus, l’héritier légitime. Pour les chrétiens, c’est la nouvelle Babylone qui est punie pour ses excès et la vie de débauche et d’impiété. À noter que les adeptes du Chrestus, furent accusés d’avoir mis le feu. Cette suspicion est également confortée, comme le reconnaîtra au IVe siècle, Jean Chrysostome, par certains chrétiens apocalyptiques qui refusèrent de participer à la lutte contre le brasier, se félicitant même de la destruction de la “Bête aux sept collines”.

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Gravure, représentation Néron avec la lyre à la main observant l’incendie de Rome

Que faisait Néron pendant ce temps ? Néron, passionné d’art grec, composait un poème intitulé La Prise de Troie. L’incendie de Rome aurait pu l’émerveiller et lui aurait donné de l’inspiration pour la composition de son poème. Tacite mentionne cette rumeur, mais sans vraiment la confirmer: « Mais toute cette popularité manqua son effet, car c’était un bruit général qu’au moment où la ville était en flammes il était monté sur son théâtre domestique et avait déclamé la ruine de Troie, cherchant, dans les calamités des vieux âges, des allusions au désastre présent. »

Il résidait dans sa villa d’Antium. L’empereur regagna précipitamment la capitale arrivant au troisième jour de l’incendie, coordonnant la lutte contre le fléau et organisant les secours. La première action de Néron a été de prendre les dispositions nécessaires pour sauver les oeuvres qui pouvaient encore échapper aux flammes. Tacite raconte : « Néron, pour consoler le peuple fugitif et sans asile, ouvrit le Champ-de-Mars, les monuments d’Agrippa et jusqu’à ses propres jardins. Il fit construire à la hâte des abris pour la multitude indigente ; des meubles furent apportés d’Ortie et des municipes voisins, et le prix du blé fut baissé jusqu’à trois sesterces. (…) Mais aucun moyen humain, ni largesse impériale, ni cérémonie expiatoire ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d’avoir ordonné l’incendie. »

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La palais doré de Néron. Reconstruction virtuelle. XXe siècle.

Finalement, Néron reconstruisit un Rome mozderne, et pour lui, il s’offrit un nouveau palais. Plus qu’un palais, ce fut un immense parc de 80 hectares planté au coeur même de la ville, « un morceau de campagne implanté en milieu urbain » comme dirent ses contemporains. Un artiste a besoin d’un certain cadre pour pouvoir s’exprimer. S’y trouvaient des pièces d’eau variées et nombreuses, des espaces cultivés et d’autres naturels, une statue colossale de Néron, haute de plus de 35 mètres (prend note Nabih. Pas moins de 35 mètres !). Des animaux sauvages et domestiques. Sans oublier les bâtiments luxueux qui émerveillaient par leurs machineries extraordinaires, éparpillés dans ce parc qui résume l’univers. Parmi eux, la cenatio rotunda que décrit l’historien Suétone: « Le plafond des salles à manger était fait de tablettes d’ivoire mobiles et percées de trous, afin que l’on pût répandre d’en haut sur les convives soit des fleurs soit des parfums; la plus importante d’entre elles était ronde et tournait continuellement sur elle-même, le jour et la nuit, comme le monde. »

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La mort de Néron. Vasiliy Smirnov, 1888

13 Juillet – Dioclès, esclave affranchi, sportif le mieux payé de tous les temps

Loin devant Tiger Woods, Ronaldo et Schumacher, en 24 ans de carrière, cet « hispanus lusitanus » accumule 35 863 120 sesterces, soit l’équivalent de 15 milliards de dollars.

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Diocles et son ducinarius

Dioclès (104-146) est l’un des plus fameux auriges de l’Antiquité. Il est né dans la province romaine de Lusitanie (Lusitania), qui couvrait la plus grande partie de l’actuel Portugal, ainsi qu’une portion du León et de l’Estrémadure espagnols. Les athlètes étaient sélectionnés par les couches sociales inférieures de la société, généralement les esclaves. Dioclès débute sa carrière à 18 ans et a pris part à 4 257. S’il a été le champion le mieux rémunéré de l’Empire romain, ce n’est pourtant pas le plus grand. Un conducteur de chars appelé Pompeius Musclosus aurait cumulé plus de 3 599 victoires. Mais Dioclès, en gérant sa fortune et en changeant d’équipes réussit à amasser une fortune supérieure même au fameux héritage de Néron, les fabuleux 30 millions de sesterces.

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Je n’ai pas pu trouver des dates précises sur sa naissance ou ses victoires, alors j’ai décidé de publier cet article ce jour du 13 juillet, date de clôture des Ludi publics, qui pouvaient cumuler jusqu’à 24 courses de chars par jour. Les citoyens pouvaient suivre « du matin au soir » des compétitions sportives de tous genres. Quoi de mieux pour s’abrutir ?

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Un aurige des Rouges

Pour avoir une échelle de comparaison, les gains de Dioclès  représentent cinq fois le revenu des gouverneurs provinciaux les mieux payés sur la même période, et cette somme aurait été suffisante pour fournir du grain à l’ensemble de la population romaine pendant un an ou financer l’armée romaine à son apogée pendant plus de deux mois, ou l’équivalent du budget militaire de l’UAE pour 2017, ou organiser les JO de Tokyo en 2020, ou payer l’addition du Dieselgate de Volkswagen, mais peut-être pas assez pour satisfaire l’appétit de la commission de l’attribution des contrats d’EDL au Liban…

Le principe du sponsoring et l’appartenance à des équipes avaient déjà été développés au cours des premiers siècles de notre ère. Les équipages étaient affiliés à des équipes entretenues par de riches citoyens, à l’instar des sponsors et entreprises contemporaines. Les chevaux, le char et l’équipement représentaient un lourd investissement. Ce dernier comprenait un casque en cuir, des protège-tibias, un protège-thorax, un maillot, un fouet et un couteau bien aiguisé, pour couper les rênes emmêlées et éviter que le char ne se renverse. Loin des Los Angeles Galaxy, New York Knicks et autres FC Barcelonne et Real Madrid, les équipes de l’époque répondaient à des noms plus sobres tels que les Rouges, les Bleus, les Blancs et les Verts.

Les jeux du cirque étant immensément populaires à Rome, avec 250,000 spectateurs hebdomadaires payants, les registres des jeux sont minutieusement maintenus : on sait donc que Dioclès a gagné 1462 fois, dont 502 victoires dans le dernier tour et a fini 861 fois deuxième

Diocles a gagné sa première course à 20 ans, soit deux ans après son arrivée dans l’équipe des Blancs. Quatre ans plus tard, il a fait un bref passage dans l’équipe des Verts, mais c’est avec leurs rivaux, les Rouges, qu’il a remporté ses plus belles victoires. L’un de ses chevaux, Pompeianus, serait 200 fois vainqueur !

Une plaque commémorative annonce qu’il prit sa retraite à 42 ans, 7 mois et 23 jours, une fois sa gloire et sa fortune faites.

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Hyppodrome romain de Tyr, l’un des hyppodromes romains les mieux conservés