13 Juillet – Dioclès, esclave affranchi, sportif le mieux payé de tous les temps

Loin devant Tiger Woods, Ronaldo et Schumacher, en 24 ans de carrière, cet « hispanus lusitanus » accumule 35 863 120 sesterces, soit l’équivalent de 15 milliards de dollars.

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Diocles et son ducinarius

Dioclès (104-146) est l’un des plus fameux auriges de l’Antiquité. Il est né dans la province romaine de Lusitanie (Lusitania), qui couvrait la plus grande partie de l’actuel Portugal, ainsi qu’une portion du León et de l’Estrémadure espagnols. Les athlètes étaient sélectionnés par les couches sociales inférieures de la société, généralement les esclaves. Dioclès débute sa carrière à 18 ans et a pris part à 4 257. S’il a été le champion le mieux rémunéré de l’Empire romain, ce n’est pourtant pas le plus grand. Un conducteur de chars appelé Pompeius Musclosus aurait cumulé plus de 3 599 victoires. Mais Dioclès, en gérant sa fortune et en changeant d’équipes réussit à amasser une fortune supérieure même au fameux héritage de Néron, les fabuleux 30 millions de sesterces.

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Je n’ai pas pu trouver des dates précises sur sa naissance ou ses victoires, alors j’ai décidé de publier cet article ce jour du 13 juillet, date de clôture des Ludi publics, qui pouvaient cumuler jusqu’à 24 courses de chars par jour. Les citoyens pouvaient suivre « du matin au soir » des compétitions sportives de tous genres. Quoi de mieux pour s’abrutir ?

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Un aurige des Rouges

Pour avoir une échelle de comparaison, les gains de Dioclès  représentent cinq fois le revenu des gouverneurs provinciaux les mieux payés sur la même période, et cette somme aurait été suffisante pour fournir du grain à l’ensemble de la population romaine pendant un an ou financer l’armée romaine à son apogée pendant plus de deux mois, ou l’équivalent du budget militaire de l’UAE pour 2017, ou organiser les JO de Tokyo en 2020, ou payer l’addition du Dieselgate de Volkswagen, mais peut-être pas assez pour satisfaire l’appétit de la commission de l’attribution des contrats d’EDL au Liban…

Le principe du sponsoring et l’appartenance à des équipes avaient déjà été développés au cours des premiers siècles de notre ère. Les équipages étaient affiliés à des équipes entretenues par de riches citoyens, à l’instar des sponsors et entreprises contemporaines. Les chevaux, le char et l’équipement représentaient un lourd investissement. Ce dernier comprenait un casque en cuir, des protège-tibias, un protège-thorax, un maillot, un fouet et un couteau bien aiguisé, pour couper les rênes emmêlées et éviter que le char ne se renverse. Loin des Los Angeles Galaxy, New York Knicks et autres FC Barcelonne et Real Madrid, les équipes de l’époque répondaient à des noms plus sobres tels que les Rouges, les Bleus, les Blancs et les Verts.

Les jeux du cirque étant immensément populaires à Rome, avec 250,000 spectateurs hebdomadaires payants, les registres des jeux sont minutieusement maintenus : on sait donc que Dioclès a gagné 1462 fois, dont 502 victoires dans le dernier tour et a fini 861 fois deuxième

Diocles a gagné sa première course à 20 ans, soit deux ans après son arrivée dans l’équipe des Blancs. Quatre ans plus tard, il a fait un bref passage dans l’équipe des Verts, mais c’est avec leurs rivaux, les Rouges, qu’il a remporté ses plus belles victoires. L’un de ses chevaux, Pompeianus, serait 200 fois vainqueur !

Une plaque commémorative annonce qu’il prit sa retraite à 42 ans, 7 mois et 23 jours, une fois sa gloire et sa fortune faites.

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Hyppodrome romain de Tyr, l’un des hyppodromes romains les mieux conservés

28 juin 1492 – Pour plaire à son souverain, Antoine de Ville invente l’alpinisme

Pour répondre à un souhait du roi Charles VIII, Antoine de Ville s’attaque à la falaise du Mont Aiguille. Il va réussir une réelle performance acrobatique et audacieuse en prenant d’assaut la montagne comme on le faisait pour les châteaux forts : échelles, tours, et machine de guerre.  

Mais quel est l’intérêt de la montagne, terroir non agricole au climat si rude? Pendant longtemps, les sommets demeurent un territoire interdit, où les croyances situent la demeure des dragons et du diable. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle, la nature, l’océan et al montagne en particulier furent recherchés comme des « sites d’expérimentation et de définition d’une nouvelle catégorie esthético-morale ».  Mais au XVe siècle, seuls les fous penseraient s’y aventurer.

Les prémices de l’alpinisme peuvent être trouvées dans l’ascension du Mont Aiguille, 2087m en 1492. C’est une première initiative dont il est conservé une relation avérée de l’exploit.

Au moyen âge, le Mont Aiguille, baptisé en latin Supereminet Invius qui signifie « Il se dresse, inaccessible », est perçu comme un énorme rocher d’une hauteur prodigieuse. Les dessinateurs de l’époque le représentent sous la forme d’un champignon ou d’une pyramide renversée. Sous l’ancien Régime, il jouit d’une popularité supérieure à celle des géants des Alpes, ignorés du plus grand nombre.

En 1211, Gervais de Tilbury, neveu du roi d’Angleterre Henri II, le décrit comme un mont inaccessible duquel choit une source transparente; au sommet, de l’herbe verdoie et l’on y voit parfois des draps blancs, étendus pour sécher, selon l’usage des lavandières. Les lambeaux de neige qui subsistent au printemps sur la prairie sommitale et l’imagination du narrateur juché sur la cime du grand Vermont suffisent pour accréditer la légende des lavandières du Mont Aiguille.

Certaines des légendes qui s’y rapportent ont pu retenir l’attention des princes. La plate-forme sommitale apparaissait en effet, dans bien des esprits, comme une sorte d’Eden, un territoire préservé du monde profane. Une île en pleine terre.

1492, le jeune roi Charles VIII impressionné par la silhouette de cette tour rocheuse lors d’un voyage de Lyon à Notre Dame d’Embrum, pour accomplir un pèlerinage sur les traces de de son père, le roi Louis XI le Pieux, chargea Antoine de Ville, seigneur lorrain de Domjulien et Beaupré, et capitaine du roi, spécialiste de l’assaut des places fortes, de se risquer à l’ascension de la divine montagne. Les textes sont précis : le Roi de France Charles VIII n’émet pas un ordre, mais une invitation « à faire essayer si l’on pouvait monter sur cette montagne que l’on disait inaccessible ». Et le courtisan comme n’importe quel cadre du CPL, FL, Futur ou Amal s’y jeta corps et âme. Bel damm, bel rou7…

Donc, pour être exact, cette ascension ne fut nullement d’une conquête alpine ; Antoine de Ville, en s’attaquant à la falaise du Mont Aiguille, faisait œuvre de courtisan désireux de satisfaire un caprice de son souverain Charles VIII. Puis la forme singulière de la montagne, en forme de table, donnait envie d’aller voir ce qu’il y avait dessus!

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Illustration de l’exploit

Tout au plus pourrait-on reconnaître que le sire de Ville était un précurseur en matière d’escalade artificielle, puisque son ascension évoque la prise d’une place forte, beaucoup plus qu’une escalade de rocher ; les moyens employés : échelles, perches, etc., étaient ceux normalement usités lorsque l’on donnait l’assaut aux murs d’un château fort. Cette expédition fut authentifiée par un acte notarié le 28 juin 1492. Car le capitaine de Ville a bien voulu risquer de se casser le cou pour plaire à son seigneur, n’empêche, comme tout cadre du CPL et Cie, ne départira pas sans une récompense ou un nouveau poste, et il fallait authentifier l’acte par un notaire. Yves Lévy, huissier de son état effectue le constat depuis le bas « Ne voulant pas s’exposer d’y monter par le danger qu’il y avait d’y périr et par l’impossibilité d’y arriver de peur  qu’il ne parût tenter le seigneur… » L’acte certifié, de Ville put se pavaner de son action en attendant dans les antichambres, échine courbée la récompense, comme tout bon cadre du CPL et Cie en gros.

Pour son assaut, Antoine de Ville se fait assister par un prédicateur apostolique, l’escalleur du roi (échelleur), un maître tailleur de pierres, un maître charpentier, un laquais et un aumônier. L’ascension est réalisée par cette équipe de « spécialistes » au moyen d’échelles, de cordes et de grappins pour, enfin au sommet,  découvrir « un beau pré qui demanderait 40 hommes pour le faucher, avec des fleurs de couleurs et de parfums divers, et une belle garenne de chamois » ainsi qu’une « belle garenne de chamois qui jamais n’en pourront partir. » La question sans réponse qui se posa, comment ces bêtes sont elles arrivées sur ce plateau.

Antoine de Ville et ses compagnons séjournèrent plusieurs jours sur la prairie sommitale, y burent et y mangèrent, firent dire des messes, baptisèrent le mont « Aiguille-Fort », érigèrent 3 croix et bâtirent une petite maison de pierres sèches.

La seconde escalade ne sera réalisée qu’en 1834 par un berger du pays, Jean Liotard.

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Le Mont Aiguille